Société

Volcan: Le Piton Jacob officiellement baptisé

Lundi 19 Décembre 2016 - 20:40

Désormais, la nomination des cônes volcaniques se fait de manière collégiale entre l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise, le Parc national de La Réunion et la Cité du Volcan. Ainsi furent récemment nommés les Piton Kei Aki (éruption du 17 mai 2015, en hommage à ce grand chercheur qui a longtemps étudié le Piton de la Fournaise et qui nous a quitté en mai 2005) et le Piton Kala et Pélé (éruption du 24 août 2015, en célébration du rapprochement des parcs nationaux de La Réunion et d’Hawaii).

En ce 20 décembre 2016, dans le cadre des commémorations de l’Abolition de l’esclavage, en écho à une suggestion formulée par M. Henri Cornu (1904-1993) dans une tribune publiée dans les colonnes du Journal de l’Île de La Réunion en 1976, le collège a décidé de nommer le cône édifié lors de l’éruption du 11 septembre 2016 « Piton Jacob ».

Cette nomination rend hommage à l’esclave qui a « découvert » le Pas de Bellecombe en 1768. Au milieu du XVIIIème siècle, l’ascension du Piton de la Fournaise n’était pas une sinécure. En effet, point de route comme aujourd’hui, la plupart des expéditions partaient du littoral et les difficultés au cours de l’ascension étaient nombreuses (dénivelé, terrain escarpé, météo exécrable...). C’est dans ce contexte que le 25 octobre 1768, un groupe, comprenant environ 25 personnes, partit de Saint-Benoît dans le but de faire l’ascension du Volcan, alors en éruption. Etaient présents :

- L’instigateur de l’expédition, Honoré de Crémont (1731-vers 1800), Ordonnateur du Gouverneur,
- Guillaume Léonard de Bellecombe (1728-1792), alors Gouverneur de l’île,
  
Sont également présents plusieurs créoles, de diverses conditions sociales, connaissant bien le terrain :
- Le naturaliste créole Joseph Hubert (1747-1825) et son frère cadet, Jean Baptiste Hubert de Montfleury (1749-1825),
- Jean Duguain (guide),
- Jacques Fontaine,
- M. Guichard,

Il y avait là également au moins deux esclaves, Jacob et Charlot, ainsi que plusieurs porteurs. Lorsque l’équipée parvient au bord de l’Enclos le 27 octobre 1768, l’attitude des guides fit comprendre à M. De Crémont que les expéditions antérieures, les chasses aux cabris et aux Marrons n’avaient pas été plus loin...ce qui l’encouragea à franchir l’obstacle. De Crémont promit alors « six pièces de toile bleue aux noirs qui trouveraient un pas dans le rempart ».

C’est donc l’esclave Jacob, qui après de longues recherches aurait découvert le fameux passage...que M. De Crémont baptisa « Pas de Bellecombe », en présence du Gouverneur. Le lendemain, alors qu’une partie des membres de l’expédition, trop fatiguée, avait rebroussé chemin, l’équipée réduite, composée des frères Hubert, de M. De Crémont, Guichard, Fontaine et Jacob descend dans l’Enclos via le Pas de Bellecombe...mais pas le Gouverneur : ce dernier, las et fatigué, fit demi-tour à son tour et n’aura ainsi jamais foulé le passage qui porte son nom. Parvenu au sommet, M. de Crémont proposa à Jacob de l’affranchir s’il accepte de se rendre au bord du cratère central en éruption. Mais ce dernier aurait décliné la proposition, ce qui montre la crainte suscitée par le Volcan à cette époque !

Baptiser ce nouveau cône, qui fait face au Pas de Bellecombe, du nom de l’esclave Jacob, dont nous savons malheureusement peu de choses, est un clin d’œil historique, un hommage au « véritable découvreur » de ce passage, aujourd’hui bien aménagé, qui permet chaque année à des centaines de milliers de visiteurs de contempler la cime de notre Volcan.
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1.Posté par A mon avis le 19/12/2016 22:00

Pourquoi utiliser un terme religieux (baptiser=cérémonie ecclésiastique) pour désigner "la dénomination officielle" (et non pas la nomination) d'un piton volcanique ?

2.Posté par A mon avis le 19/12/2016 22:02

Mis à part ma remarque précédente, article très intéressant !

3.Posté par Notre langue: le français! le 20/12/2016 12:12

Comme une dénomination, une dénomination a bien aussi , en linguistique, le sens de "opération consistant à donner un nouveau nom à une chose".
Quant à "baptiser", tout le monde sait qu'il a depuis longtemps un sens métaphorique profane. Il ne faudrait pas que la haine anti-religieuse d'une coterie empêche tous les Français de parler leur langue et d'en comprendre toutes les ressources.

4.Posté par Notre langue: le français! le 20/12/2016 13:47

Erreur dans post 3.
Lire: "Comme une dénomination, une NOMINATION..."

5.Posté par Hugues le 20/12/2016 16:24

Et pourquoi ou pour qui?
Pourquoi pas l'appeler Isaac ou Abraham, Serait-il le patriarche du volcan et de la Réunion ?
On est le 20 décembre, le jour où à la Réunion on " fête " le fin de l'esclavage.
Pourquoi pas Mme desbassins sans D conner ?

6.Posté par A mon avis le 20/12/2016 17:15

@ 3 Notre langue: le français!
Je n'ai pas la prétention d'être linguiste, je me contente des définitions du dictionnaire :
en l'occurrence :
- dénomination = attribuer un nom
- nomination (d'après le Littré)
♦ Action de nommer à quelque emploi.
♦ Effet de cette nomination. Sa nomination à un emploi lucratif.
♦ Droit de nommer à un emploi, à une dignité.
♦ Fait d'être nommé, notamment à une remise de prix.


Quant à "officiellement baptisé" : le titre de cet article pourrait laisser croire qu'une cérémonie ecclésiastique a eu lieu, ce qui n'est pas le cas (mais qui serait tout à fait plausible, étant donné que les prêtres ne sont pas avares de bénédictions !)

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