Courrier des lecteurs

Vivre avec l'effondrement

Mercredi 4 Septembre 2019 - 13:00

Devant le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité, les divers pics de ressources dépassés, 4 des 9 frontières écologiques outrepassées, les prochaines décennies seront les plus bouleversantes qu'aura jamais vécu l'humanité. Elles se composeront de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons, l'intervalle de survie, le début d'une renaissance.
 
De telles affirmations s'appuient sur de nombreuses publications sous la bannière de l'Anthropocène, au sens de rupture du système-Terre. C’est le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. Ces ruptures sont imparables, le système-Terre se comportant comme un automate qu'aucune force humaine ne peut contrôler. La croyance dans le libéral-productivisme renforce ce pronostic. La prégnance de cette croyance est si invasive qu'aucune alternative ne parviendra à remplacer, sauf après l'événement exceptionnel que sera l'effondrement systémique mondial lié au triple crunch énergétique, climatique, alimentaire. La décroissance est notre destin.
 
La seconde étape sera plus pénible : abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, perte des infrastructures dont l’apport électrique, et faillite des gouvernements. Ce sera une période de survie : le principal des ressources proviendra de résidus recyclables de la civilisation thermo-industrielle en ruine.
Si l'espèce humaine n'a pas disparu, on peut espérer que s'ensuive une troisième étape : renaissance au cours de laquelle les groupes humains les plus résilients, désormais privés des reliques matérielles du passé, retrouvent les techniques initiales propres à la sustentation et de nouvelles formes de gouvernance pour garantir une longue stabilité structurelle, indispensable à la civilisation.
 
Ce qui nous attend est terrible. Canicules mortelles, déclin des rendements agricoles, chaos social, épidémies, famines, guerres... Qui concerneront tout le monde, pas seulement le sud et les pauvres. Peur et impuissance se conjugueront avec la perte du futur attendu, la mort de proches, le vide de sens.
 
Devant tant d'horreurs jusqu'à douter ou nier que ces futurs puissent se produire, nous pourrions baisser les bras et nous désengager de toute action pour se recroqueviller sur notre quotidienneté. Provoquer l'anxiété n'est pas mobilisateur. Nous croyons le contraire. Une chose est d'établir un rapport objectif sur l'état du monde et son évolution vers le pire, une autre est de nier que le débat sur cet état du monde est traversé d'affects, surtout lorsqu'il englobe toutes les dimensions de notre vie. Il nous faut donc créer une vision de résilience locale.
 
L'essentiel de la vie dépendra de cet échelon local. Les États, les institutions internationales, les firmes transnationales étant défunts, seuls les groupes humains locaux pourront maintenir une certaine civilisation. D'abord en réexaminant comment satisfaire, à moindre empreinte écologique, les besoins de toute société : air, eau, alimentation, vêtements, habitat, énergie, sécurité, mobilité, communication, apprentissage et connaissances, outils, santé, justice, institutions politiques, imaginaire collectif : les valeurs partagées qui soudent la société. Afin de préparer ce vaste mouvement d'exode urbain prévisible, d'autosuffisance locale et de société Low Tech, voici quelques orientations pour cette résilience :
 
- La première est de pratiquer la permaculture en tant que vision du monde et science pragmatique des sols et des paysages. La permaculture est plus qu'une technique agricole : c’est une autre façon de concevoir le monde, un changement philosophique et matériel global. Dans la société permaculturelle, les réseaux sont visibles, la frontière entre producteur et consommateur s'estompe. Aussi bien par nécessité de résilience que par éthique des ressources, il s'agit de boucler les cycles, de passer d’une économie d’extraction des stocks à une économie renouvelable de flux. Les paysages se déspécialisent, les fonctions se diversifient.
 
- La deuxième orientation institue de nouvelles formes politiques territoriales ancrées dans le soin des paysages, œuvrant à la résilience face au nouveau régime climatique. Ces nouveaux territoires prennent le nom de « bio régions » et se substituent aux découpages actuels grâce à un changement d’échelle et une politique de décroissance. Les bio régions permettront, avant, pendant et après l’effondrement, d’organiser des systèmes économiques locaux territoriaux où les habitants travailleront en coopération. La dynamique bio régionale stimulera le passage d’un système centralisé à une organisation basée sur la diminution des besoins de mobilité, la coopération, le ralentissement, composée d’une multitude de dispositifs et de sources d’énergie. Les bio régions seront les territoires du ressaisissement solidaire. Leur taille sera de l’ordre du canton.
 
- La troisième orientation est celle d’un imaginaire social libéré des illusions de la croissance verte, du productivisme et de la vitesse. La ville connectée, emblème d’une technologie hors-sol, laissera la place à des bourgs et des quartiers auto producteurs d’énergie et d'alimentation. Les champs redessinés en polycultures-élevage pourront être traversés à pied. Des axes végétaux résorberont les infrastructures de la vitesse ainsi que les friches industrielles. Qui dit résilience dit convivialité et proximité.
 
- Une quatrième orientation sociale - destinée à atténuer les effets destructeurs de l'envie, de la jalousie et de la haine - sera la mise en œuvre d'une politique de quotas individuels de ressources de base, au moins dans les domaines de l'énergie et de l'alimentation, une politique de partage égalitaire, une politique de rationnement, au moyen d'une carte carbone : chaque habitant de bio région reçoit un quota annuel de droits d’émissions de CO2 qui encadre toute consommation d’énergie et d'alimentation. C’est un revenu de base en nature.
 
- Enfin, après les terribles souffrances de l'effondrement, la cinquième orientation prendra soin. Le Care plutôt que le Cure. Elle constitue une bonne partie de la réponse à la question : comment vivre la fin du monde ? Prendre soin de nous-mêmes, des autres, des non humains. Prendre soin de notre psyché, c’est-à-dire accueillir par l’écoute : tristesse et désespoir, colère et rage, inquiétude et peur. Tous ces affects vont s’intensifier. Il ne s’agit nullement de s’y complaire, mais de les apprivoiser individuellement et collectivement pour exprimer son malaise et s’en libérer afin de résister et de s’organiser pour imaginer la suite. L'entraide est une interaction de guérison, le Care est un moyen de sécurité collective, de protection contre l’agression.
 
Ces orientations s'inspirent autant des principes émancipateurs gandhiens : le swaraj, autonomie ou auto gouvernance, le swadeshi, ou autosuffisance et création d’économie locale, et le satyagraha, résurgence de la véritable démocratie ; que des principes du municipalisme écologique de Murray Bookchin mis en œuvre actuellement au Rojava (territoire kurde autonome, nord-est de la Syrie).
Le lecteur de ces lignes sera évidemment effrayé d’une telle vision du futur, engoncé dans l’hédonisme ambiant, la surconsommation, la vitesse. Il aurait pourtant tort de mépriser ces orientations, car il se pourrait bien qu’elles inspirent notre avenir.
 
D’après la motion « Effondrement » d’Yves Cochet, 2019, Congrès National d’EELV
Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID aid97400.re
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1.Posté par Fredo974 le 04/09/2019 14:51 (depuis mobile)

On doit se marrer chez toi !

2.Posté par A mon avis le 04/09/2019 16:49

La vision apocalyptique des collapsologues, repose sur des arguments malheureusement tout à fait factuels et réalistes.
Mais ils heurtent l'entendement humain. Et ainsi nous refusons de penser qu'un tel avenir de l'humanité puisse être possible.

" L’homme a toujours fait preuve d’une capacité d’adaptation incroyable, mais paradoxalement, il n’y a rien de plus difficile que le changement. Tous les signaux sont au rouge et on ne sait pas trop de quoi après-demain sera fait, notre capacité de projection est remise en question. Nous voyons se cristalliser les divergences entre ceux qui vont vouloir éteindre l’incendie par le feu et ne rien changer à leurs pratiques, et ceux qui auront un sentiment d’urgence et voudront faire adopter des mesures radicales."


https://www.liberation.fr/planete/2019/07/29/severine-durand-notre-capacite-de-projection-est-remise-en-question_1742761

Ainsi, cette vision catastrophiste, n'est elle pas néfaste à l'écologie politique ? Et ne donne-t-elle pas du grain à moudre aux chantres du " Notre puissance technologique nous permettra toujours de surmonter les aléas du réchauffement climatique, et pourra assurer la nourriture à toute la population"

Car nous préférons entendre ce qui correspond à nos désirs !

3.Posté par A mon avis le 04/09/2019 16:55

Confrontation (ancienne) mais intéressante entre Yves Cochet et Pascal Bruckner :

https://developpement-mental-semantique.com/le-catastrophisme-maladie-infantile-de-lecologie-politique/

4.Posté par miro le 04/09/2019 17:17

Mon dictionnaire ne contient pas tous les mots utilisés par l'auteur. Je n'ai pas compris grand chose à ses explications. Soyez simples SVP. Tout le monde y gagnera .

5.Posté par chikun le 04/09/2019 17:55

tu f'rais mieux de nous parler de tous ces condamnés qui vont se représenter aux élections en 2020.
C'est ça ta démocratie ?

6.Posté par Bruno Bourgeon le 04/09/2019 19:11

Non, Chikun, ce n'est pas ma démocratie. Mais si on pouvait parler de choses moins terre à terre que l'horizon de mars 2020 quand l'existence humaine est menacée, il y a des urgences qui n'en valent pas d'autres.

7.Posté par Bruno Bourgeon le 04/09/2019 19:13

Miro, désolé si certains vocables vous échappent. Je pense que l'ensemble du texte, à me relire une énième fois, paraît tout à fait accessible.

8.Posté par Bruno Bourgeon le 04/09/2019 19:22

A mon avis, excellente référence que je viens de lire. J'en suis malheureux pour Pascal Brückner victime d'un obscurantisme idéologique.

9.Posté par Bruno Bourgeon le 04/09/2019 19:24

La vérité objective est que le catastrophisme ou la collapsologie heurte l'entendement humain. D'où l'incompréhension. Et l'heuristique de la peur décrite par Hans Jonas n'a peut-être plus court de nos jours, dans ce monde hédoniste où les nerds ne jurent que par les transhumains que nous deviendrons peut-être...

10.Posté par Bruno Bourgeon le 04/09/2019 19:24

Fredo, je t'invite chez moi, il y a de l'Apérol, du Spritz si tu préfères...

11.Posté par A mon avis le 04/09/2019 21:36

@ 8 Bruno Bourgeon : Pascal Bruckner fidèle à lui même !

12.Posté par obs le 06/09/2019 11:44

scenario réaliste, mais un parmi tant d'autres...

13.Posté par pedago le 09/09/2019 07:17

Nous avons survécu jusqu'ici en raison non pas en raison de nos qualités mais plutôt du fait que la planète qui nous accueille est d'une abondance débordant de tous côtés d'une incroyable richesse, prête à pardonner tous les errements. malgré sa générosité quasi infini nous sommes quand même parvenu à dépasser ses bornes.
Nous nous révélons incompétent dans la préparation à des désastres futur du fait de la combinaison en nous de 3 facteurs :
nous souffrons d'un manque total d'imagination
nous affichons un optimisme irraisonné que nous appelons espérance
et surtout nous n'envisageons de solutions adoptées que dans une perspective purement commerciale
Nous ne sommes disposés à sauver notre espèce de l'extinction qu'à une seule condition si cela peut rapporter

14.Posté par A mon avis le 10/09/2019 11:25

@ 13.Posté par pedago :
Vous dites :
" la planète qui nous accueille est d'une abondance débordant de tous côtés"

C'est une vision de l'Homme distinct de la nature, de l'Homme au-dessus de la nature. (Vision inculquée depuis l'enfance par le catéchisme catholique !)

La Terre ne nous accueille pas ; pas plus qu'elle n'accueille "l'abondance de richesses débordant de tous côtés" !

L'humanité n'est qu'un élément de la nature, un "être vivant" parmi tous les autres êtres vivants.

Nous nous différencions des autres par le développement anarchique de notre espèce :
- qui est devenue une espèce invasive à l'échelle planétaire ;
- qui accapare à son profit et détruit toutes les autres espèces vivantes jusqu'à provoquer la modification de son propre milieu de vie à l'échelle planétaire. Et pour cela nous ne manquons pas d'imagination !
- et qui finit par provoquer son propre anéantissement.

Pour le reste de votre commentaire, vous avez raison sur le fond !

15.Posté par Nivet le 11/09/2019 09:16

13 & 14) Sur le fond, vous n'avez pas tort;
Mais l'Homme n'est pas le prédateur ou destructeur que vous dites.
Un seul chiffre : La population mondiale est passée de 1, 6 milliards d'individus à 6 milliards au cours du 20 ème siècle !
Et ce n(est pas fini ! Cette croissance est exponentielle . Pensez à la démographie galopante de l' Afrique.
Il faut bien que tout ces humains vivent, construisent, se nourrissent, et cela conduit bien évidemment à une exploitation de ce que nous offre la planète.
Il est vrai qu'il nous faut rester vigilants, mais il faut faire des choix difficiles.
La solution : le contrôle de la natalité .

A.N.

16.Posté par A mon avis le 11/09/2019 11:58

@ 15.Posté par Nivet
Vous dites : "Mais l'Homme n'est pas le prédateur ou destructeur que vous dites."

Vous même reconnaissez que c'est absurde d'affirmer cela car vous admettez une surpopulation humaine qui exploite la planète à son profit !

17.Posté par nivet le 11/09/2019 16:18

16 ) Ama, Prenez une loupe et relisez mon post. Et surtout faites un effort de compréhension !

A.N.

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