Océan Indien

Visite du gouvernement comorien en exil à Mayotte

Lundi 14 Juin 2010 - 10:07

Samedi dernier, à 16 heures, se tenait une conférence de presse organisée par le gouvernement comorien en exil, qui s’est constitué à Marseille il y a quelques jours en réaction au maintien de "l’ex président” Sambi au pouvoir. Après Paris, puis Nice, les membres autoproclamés ont fait le déplacement à Mayotte pour venir à la rencontre de la communauté comorienne vivant sur le territoire. Tous attendent, plutôt pessimistes d’ailleurs, la décision de l’Union Africaine proposant un protocole de sortie de crise le 15 juin prochain, c’est-à-dire demain…


Visite du gouvernement comorien en exil à Mayotte
Pour mémoire, le gouvernement en exil fut constitué fin mai, juste après que le mandat présidentiel de Sambi soit arrivé à son terme et sans pour autant que celui-ci n’abandonne les prérogatives y attenant.
Formé à l’initiative des partis Mwashiwa et Jirma, ainsi que des femmes mohéliennes de France, cet “exécutif parallèle” est présidé par Amina Binti Hassani Ali, 56 ans, originaire de Mohéli et membre du collectif de Paris.
En attendant, aussitôt après leur arrivée à Mayotte, une conférence de presse était programmée. Conférence qui démarra avec une minute de silence en mémoire des Comoriens disparus à bord des kwassas sur le bras de mer entre Anjouan et Hippocampe, mais aussi des 150 victimes du crash du vol Air Yemenia il y a tout juste un an.

Une première question s’imposait naturellement en ouverture de conférence de presse pour laquelle la majeure partie des membres du gouvernement prenait part :

Mayotte-Matin : Pourquoi être venus à Mayotte en France, et non à Moroni épicentre de la crise ?”

Amina Binti Hassani : “Dès que nous aurons posé le pied à Moroni, nous serons jetés en prison. Regardez ce qui s’est passé pour Saïd Larifou, tabassé à l’aéroport et qui aujourd’hui ne peut même plus quitter les Comores… Il est obligé de se cacher pour préserver sa vie. Mais nous avons également le devoir de nous rendre partout où se trouve la diaspora et Mayotte est l’un des territoires où la communauté comorienne est la plus présente.”

Mayotte-Matin : Quel message souhaitez vous envoyer en direction de la communauté comorienne mahoraise ?

Amina Binti Hassani : “Les accords de Fomboni proclamés en 2001 instituaient la base institutionnelle de l’Union des Comores en articulant autour d’une expérimentation de 12 ans, conférant à chacune des 3 îles une présidence tournante de 4 années. Il y eut la Grande Comore en premier lieu, puis Anjouan dont le mandat vient de s’achever. Le tour revient aujourd’hui à Mohéli, l’arrêt du 8 mai 2010 rendu par la Cour Constitutionnelle est sur ce point sans ambiguïté. Or, l’ex-président Sambi refuse de quitter le pouvoir. Il n’y a donc plus de légalité, de cadre juridique respecté. Notre message est simple : le peuple comorien a été trahi à l’heure où un retour à la stabilité et au développement lui revenait de plein droit. C’est pourquoi il nous appartient de faire front pour sauver l’intégrité de notre pays !”

M-M : De quelle manière comptez vous agir, faire pression sur le régime de l’ex-Président ?

A.B.H. : “Nous avons lancé un appel solennel à toutes les instances compétentes, à l’instar de l’Union Africaine, de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), de la ligue Arabe, de l’Union Européenne qui doivent geler les aides… Pour l’heure, nous attendons que l’UA transmette le compte rendu des négociations qui se sont poursuivies. Il doit en principe permettre une sortie de crise en proposant un gouvernement de transition et de consensus et ce, dès le 15 juin, c’est-à-dire demain.”

M-M : Êtes-vous optimiste quant au contenu de ce rapport ?

A.B.H. :“Nous verrons… Il est difficile de se prononcer. Mais je dois préciser une chose : si une solution ressort de ces textes, qu’un consensus permet à Mohéli d’assurer la présidence tournante, alors moi-même et l’ensemble des membres du gouvernement présents démissionneront immédiatement, car notre existence n’aura plus lieu d’être. Notre combat n’est que celui de la justice et du retour à la légalité. Nous ne sommes pas à la conquête du pouvoir.”

M-M : Quel type  de consensus conviendrait car vous ne semblez pas accepter la présence de Sambi, ni de ses proches ?

A.B.H. :“En effet, ce consensus ne peut fonctionner qu’avec des partis de l’opposition qui font bloc. Il ne peut y avoir Sambi ou de pros Sambi qui participent à un coup d’état. La confiance ne sera plus jamais là!”

M-M : Il n’y aura donc jamais de consensus ?

A.B.H. : “Nous en trouverons un en gagnant la majorité au sein du pays.”

M.M : Bénéficiez-vous à Marseille où la communauté comorienne est considérable, de véritables soutiens?

A.B.H. : “Oui, je ne dis pas que les 98 000 comoriens nous soutiennent, mais ils sont très nombreux, en tout cas plus de la moitié. C’est pour ça que Sambi ne veut pas qu’ils puissent voter pour décider de la destinée du pays. Il ne reconnaît que leur exil, plus leur appartenance à l’Union…”

M-M : À Mayotte, pourtant très proche de Mohéli, il nous est aujourd’hui très difficile d’obtenir des informations. Avez-vous pu être renseignée de la situation sur place ?

A.B.H. :“ Oui, nous avons quelques nouvelles et elles ne sont pas bonnes. Des femmes, des enfants sont tabassés, l’armée contrôle tout. Il y a même des femmes enceintes battues qui ont perdu leurs enfants. Il y a eu des morts, des tortures, mais pas seulement à Mohéli, à Anjouan aussi, notamment à Sima. C’est grave, très grave !”

M-M : Que pensez-vous des menaces d’indépendance qui ont été lancées dans les rues de Fomboni et des drapeaux français qui été plantés sur le toit des maisons de Mohéli ?

A.B.H. : “Il s’agit de colère et de désespoir, rien d’autre. Quand vous n’avez plus rien, que vous êtes battus, que vous êtes privés de tout jusqu’au droit de parole, de présider à la destinée de votre pays comme ceci était pourtant prévu, vous vous accrochez à n’importe quoi. Quand je pense à Mohéli, l’île où je suis née, je ne peux m’empêcher de pleurer…”


L’entrevue, qui dura un peu plus d’une heure, entourée par une cinquantaine de ressortissants comoriens attentifs, s’acheva sur une prière d’espoir pour offrir une conclusion heureuse à cette énième crise politique qui secoue la fragile République des Comores.
Crise qui toutefois ne semble pas être sur le point de trouver un heureux dénouement, le pessimisme étant de mise quant à la réussite de la mission de l’Union Africaine. Le gouvernement en exil souhaite un consensus, mais sans Sambi ou pros Sambi. Il n’y aura donc pas de consensus possible dans ce pays où l’ayatollah, comme il est appelé, demeure encore et toujours très populaire.

Qui plus est, même les anti Sambi se disent contre la création de ce gouvernement en exil qu’ils estiment illégitime et inapproprié. Le communiqué envoyé à la presse mahoraise vendredi 11 juin est clair et marque l’ampleur de la division du pays : "Le FAA (Front Autonomiste Anjouanais) ne se reconnaît d'aucune action à Mayotte, du gouvernement en exil, comme alternative efficace pouvant renforcer la dynamique déjà engagée aux Comores pour le départ de Sambi, une dynamique qui donne ses fruits."

Au centre et de gauche à droite, Moissuli Mansoibou, vice-président et Amina Binti Hassani présidente du gouvernement en exil
Au centre et de gauche à droite, Moissuli Mansoibou, vice-président et Amina Binti Hassani présidente du gouvernement en exil
Mayotte Matin
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1.Posté par bacari le 14/06/2010 11:15

Le lieutenant- colonel Combo ayouba a été hier soir , assassinait à son domicile a MORONI a son domicile criblé des balles par des Résistants ( sourses Gouvernemantales )
bacari

2.Posté par Tarik Ben Cheik le 14/06/2010 12:02

c est un gouvernement sans aucune legitimité aupres des comoriens, ce sont agents a la solde des services de la francafrique. le colonialisme continue...... Mayotte comroienne

3.Posté par baco le 14/06/2010 12:56

La menace nouvelle brandie a Moroni ajoute encore à une certaine inquietude, doublée d'impatience , des comoriens à l'encontre d'une destabilisation:
Les amendements apportées par le conseil d'état provoquent chez eux une amére deception. Maître Larifou en courage le soit disant gouvernement en exil dans sa fermeté l'ors de son passage à Paris au mérien montparnasse , que le lecteur n'oublie pas cette position extrement ferme de Larifou à la FRANCE !!!!!!! Contrairement aux comoriens qui attendent le retour d'une saine cooperation rayonnante , collective et fraternelle . La diaspora franco manifeste progressivement d'emouvents marques d'attachement à la FRANCE ET LEUR AMI LE PRESIDENT SARKO
BACO

4.Posté par Abbas le 15/06/2010 13:07

Bonjour,
Quel'est la place de notre frère franco-comorien LARIFOU dans le gouvernement Franco-comorien en exil?

5.Posté par La France - poubelle du monde le 28/06/2010 08:29

Encore un exemple flagrant de "pseudo-démocratie participative". Mayotte devient la base arrière de la contestation du pouvoir politique des Comores, à quel titre ? Maître Larifou attend depuis si longtemps de St-Pierre de La Réunion de pouvoir monter sur son trône. Pitié, donnez-le lui pour qu'on en soit enfin débarrassé !

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