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Courrier des lecteurs

Une réforme mal ficelée et inadaptée au monde qui vient


Par Reynolds MICHEL - Publié le Lundi 13 Janvier 2020 à 16:52 | Lu 851 fois

Plus on s’informe sur la réforme des retraites du gouvernement, plus on a du mal à comprendre les objectifs et la finalité. Pourtant au départ, la finalité du projet paraissait claire. Il s’agissait de réformer l’ensemble du système afin de le rendre plus universel, plus simple, plus juste et plus équilibré, où « un euro cotisé doit donner les mêmes droits pour tous quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé ». Le tout sans toucher ni à l’âge de la retraite (62 ans), ni « au niveau des pensions ».
 
Ni simple, ni juste, ni universel
 
Mais déjà la formule paraissait trop simple pour n’être pas simpliste. Comment appliquer un système unique, dit universel, à des situations diverses, à des situations de plus en plus inégales… Si on tient compte de la disparité d’espérance de vie entre un cadre supérieur et un ouvrier ‒ six ans de plus en faveur du premier ‒ un euro cotisé par le second ouvrira en réalité des droits cumulés moindres qu’un euro cotisé par le premier. « Si l’on souhait vraiment bâtir un système égalitaire, il devrait se fonder sur la durée de la retraite », note justement le politologue Alain Policar (Cf. Libération, 25/12/2019). Exit donc une réforme plus juste. 
 
Pas plus simple non plus. La nécessaire prise en compte des spécificités de certains métiers ‒ militaires, policiers, surveillants de l’administration pénitentiaire, personnels navigants du transport aérien, etc. ‒ vendue par l’exécutif comme une concession aux grévistes comme une preuve de sa souplesse, ne donne pas l’impression de simplicité, de clarté et d’universalité. Tout en défendant la fin des régimes spéciaux, Emmanuel Macron ne s’y trompait pas en disant, à Rodez au début du mois d’octobre : « Si je commence à dire on garde un régime spécial pour l’un, ça va tomber comme des dominos ! (…) On va refaire nos régimes spéciaux. En deux trois mouvements, on y est, Non ». En réalité, nous aurons un système encore plus complexe bourré d’exceptions, avec des points supplémentaires, parfois des points « bonifiés », d’autres fois des points en moins, voire des malus, etc. (Cf, Frédéric Boccara, site PCF, 09/10/2019).
 
Et que dire du retour du débat financier avec un système-pivot ou âge d’équilibre fixé à 64 ans pour inciter les salariés à travailler plus longtemps, selon les mots mêmes du Premier ministre (devant le CESE, le 11/12/2019). Pourtant, au départ le Président avait promis qu’il n’y aura pas de nouvelles mesures d’âge ou nouvelles incitations à travailler plus longtemps. Après le G7 de Biarritz, il a déclaré en direct sur Franc 2, le lundi 28 août 2019, a même indiqué « préférer qu’on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge ». Mais depuis l’intervention du premier Ministre du 11 décembre, on ne parle que du problème financier et de l’âge-pivot, au grand dam de certains promoteurs du système universel. Après le 38e jour de mobilisation contre la réforme et un bras de fer d’un mois avec la CFDT, syndicat dit réformiste, sur l’âge-pivot, le chef du gouvernement propose, dans un courrier adressé le samedi 11 janvier aux organisations syndicales et patronales, le retrait provisoire de l’âge pivot à 64 ans tout en conservant le principe d’un âge d’équilibre (Le Figaro/AFP, 11/01/2020).  Une entourloupe ?
 
Repenser le lien entre travail, retraite, transition écologique
 
Une réelle avancée, disent certains ? C’est certainement un pas en direction de la CFDT, tout en restant dans la logique de travailler plus longtemps pour assurer l’équilibre du système de retraites, puisque le gouvernement refuse la proposition du Conseil d’orientation des retraites (COR) d’augmenter les cotisations de 1% afin de rétablir l’équilibre des comptes. C’est cette  injonction à travailler toujours plus, toujours plus tard et toujours plus longtemps qui est contestable. C’est le temps du travail sans fin où « le sens de la retraite se trouve alors intégralement inversé. Au lieu de permettre de se retirer du jeu, d’inventer un nouveau rapport au travail, au temps ou à la vie en générale, elle intensifie le jeu de la compétition mondiale sur le marché », écrit la philosophe Barbara Stiegler (Libération, 20/12/2019). 
 
Tout projet de vie qui favorise une façon de vivre en commun où s’équilibre le travail, les engagements familiaux, associatifs et politiques, le repos, la détente, la gratuité, est donc rendu impossible. On oublie que le travail est avant tout pour l’homme et non l’homme pour le travail. Et la souffrance au travail dont personne ne parle au gouvernement ! Et pourtant, on connaît bien l’ampleur : 40% des ouvriers et des employés disent que "le travail délabre", selon une enquête de la CFDT (Cf. Dominique Méda, Revue des deux Mondes, 15/09/2017)
 
Pas un mot non plus entre cette réforme des retraites et la transition écologique, la grande question du XXIe siècle, comme si il n’y a aucun rapport sur ces deux questions. On sait pourtant qu’une bonne partie de la consommation d’énergie actuelle est associée au travail. C’est dire que la question du travail occupera une place centrale dans cette transition écologique, dans cette réorientation de nos modèles de production et de consommation, que nous devons opérer. Dans cette perspective, est-ce que travailler plus longtemps en consommant plus d’énergie et en émettant davantage de gaz à effet de serre est compatible avec le changement de paradigme qu’exige l’impératif d’une transition écologique ? Plutôt que travailler plus, pour gagner plus, polluer plus, stresser plus, ne faut-il pas plutôt apprendre à travailler moins, consommer moins et vivre mieux. Il manque à ce gouvernement, nous semble-t-il, un projet de société qui articule temps de travail, temps de repos, retraite, transition écologique et transition numérique.




1.Posté par JORI le 13/01/2020 17:01

"Une réforme mal ficelée et inadaptée au monde qui vient" et le système de retraite actuel est il adapté au monde qui vient?.

2.Posté par JANUS le 13/01/2020 17:26

Cette réforme me paraissait simple ... Et aujourd'hui, elle me paraît toujours aussi simple ☺☺☺

Il s'agit de cotiser pour soi-même, et non plus pour ses parents ... C'est le plus beau cadeau que l'on puisse faire à ses enfants ☺☺☺

Mais comment changer de système sur une période courte, pour satisfaire tout le monde ☺☺☺

Les difficultés commencent à ce niveau si nous ne voulons pas attendre que la Réforme prenne effet dans seulement 42 ans (la clause du grand-père) ☺☺☺

Il faut pour cela prévoir des périodes de transition pour les régimes spéciaux, tout en essayant d'équilibrer financièrement le régime de retraite pour qu'il ne se casse pas la figure pendant cette période de transition ☺☺☺

Qu'y a-t-il de compliqué à comprendre dans tout cela ?

3.Posté par polo974 le 14/01/2020 10:10

Piqué quelque part sur le net:
""" Selon les dernières statistiques Eurostat, portant sur l’année 2016, la France est sous la moyenne européenne dans ce domaine : l’espérance de vie en bonne santé est de 64,1 ans chez les femmes et 62,7 chez les hommes dans notre pays, alors que la moyenne en Europe est respectivement de 64,2 et 63,5 ans. """

Un truc de ouf, quand même: on laisse les jeunes au chômage et on oblige les vieux croûtons à bosser plus longtemps... Cherchez l'erreur...


2 JANUS
""" Il s'agit de cotiser pour soi-même, et non plus pour ses parents ... C'est le plus beau cadeau que l'on puisse faire à ses enfants """
Non, il s'agit de cotiser à travers un intervenant supplémentaire (la bourse) pour espérer obtenir un rendement boursier. Bref, c'est une façon de compliquer le circuit et de donner à certains le moyen de profiter de notre argent.

Basculer de la répartition à la capitalisation, c'est forcer les gens à une double cotisation le temps de la bascule.

Et comme à chaque faillite des systèmes par capitalisation, on en reviendra systématiquement à un système par répartition (pour pas laisser crever de faim les pauvres vieux). Entre temps, certains se seront gavés sur les sommes épargnées puis savamment parties en fumées...

début de crise en Hollande (pays soviétique comme chacun le sait): selon le THE FINANCIAL TIMES (qui est comme chacun le sait un affreux suppôt du communisme) "Dutch government tries to avoid cuts to pension payouts"


jusqu'ici, tout va bien... jusqu'ici, tout va bien... jusqu'ici, tout va bien...

4.Posté par Saucratès le 14/01/2020 15:50

Salut M. Reynolds Michel. Un article clair et bien écrit qui énonce un certain nombre d'arguments et démonte l'argumentation du gouvernement. Un bon constat. Cela ne veut pas dire que le régime actuel ne soit ni plus clair, ni mieux adapté au monde qui vient, pour répondre à 1.JORI. Mais ce système actuel a au moins le mérite d'exister et d'être connu de tous. On sait où il nous amène et comment le faire évoluer, imparfaitement certes. Mais on sait le contrôler, de manière paritaire. Merci Reynolds et bonne écriture. Saucratès.

5.Posté par Saucratès le 14/01/2020 15:53

Et bonjour au Zinfonaute Polo974, avec lequel on est relativement en accord sur cet article il me semble. Bizarre que certains soient tant favorables à des systèmes par capitalisation. BlackRock et les puissants de notre monde, je comprends. Mais Janus ? Saucratès

6.Posté par JORI le 14/01/2020 20:52 (depuis mobile)

5. Saucrates. Ceux là mêmes qui critiquent cette réforme (cgt,fo) des retraites par points gèrent les retraites complémentaires par points telles Prefon, agirc/arrco. C''est incohérent.

7.Posté par JORI le 14/01/2020 20:54 (depuis mobile)

4. Saucrates. Rappelez moi depuis combien de temps existe le système de retraite actuel. Donnez le même temps de recul au nouveau système et on verra s'il ne devient pas compréhensible de tous.

8.Posté par Saucratès le 15/01/2020 09:22

Salut JORI. Certes, les régimes ARRCO/AGIRC/PREFON sont des régimes complémentaires par point, mais pour l'ARRCO/AGIRC, ce sont des régimes gérés de manière paritaire dans lequel l'Etat n'a pas la main. Et ils se surajoutent à un régime de base relativement égalitaire (pour ceux qui ont des carrières pleines) et également géré paritairement (CGSS). Donc l'enjeu est différent d'avec le régime proposé, qui met également à mal le principe de solidarité entre les riches et les pauvres, avec la disparition des cotisations sur les salaires dépassant deux plafonds de la Sécurité sociale (2x40.524€).

Le paritarisme est-il la panacée ? Le paritarisme, c'est un partage à 50% des postes d'administrateurs et/ou de contrôleurs entre salariés et patronat, des présidences tournantes, sans intervention de l'Etat hormis l'édiction de nouvelles règles via la Loi. Cela touche la Sécurité sociale, les caisses de retraites, la médecine du travail (mais également le chômage sauf erreur de ma part) entre autres choses. Ce n'est pas la panacée, il y a énormément de blocage ... La prise en charge par les caisses ARRCO de l'avancée de la retraite de 65 ans à 60 ans sous Mitterrand n'a ainsi que très difficilement été prise en charge par cet organisme, jusqu'à récemment.

Combattre ce régime me semble ainsi utile.

1) La disparition de la solidarité incluse dans ce projet fait porter son financement sur la grande majorité des petits salariés. Combien de salariés touchant plus de 81.048 euros (bruts) ? Moins de 1% des salariés, mais ceux-ci seront dispensés de financer à perte un régime par répartition pour pouvoir financer leur propre régime. Je ne défends pas ces 1% de salariés touchant annuellement plus de 81.000 euros. Pour l'immense majorité, ce sont des dirigeants d'entreprise et cela représente une économie pour eux se chiffrant en milliards d'euros, et une manne financière pour les BlackRock et compagnie (gestionnaire de fortune et banques).

2) Je ne démords de mon analyse qui veut que l'Etat transfère à la collectivité des salariés du privé le financement des retraites des fonctionnaires, tout en faisant disparaître leur régime de retraite qui était très différent du privé (la progression des salaires et les métiers n'y ont pas non plus grand chose à voir). Pour moi, ce nouveau régime est une arnaque financière qui permet notamment de faire apparaître un besoin de financement supplémentaire que toute la communauté des salariés doit prendre en charge. L'Etat est impécunieux et il n'a absolument financé le régime des retraites des fonctionnaires et il entend désormais le transférer à la collectivité alors qu'il avait imposé à tous les autres régimes spéciaux s'ils voulaient être autorisés à continuer d'exister de constituer des réserves correspondant aux droits à retraite. Et l'Etat vole aujourd'hui ces réserves pour couvrir sa propre impécuniosité.

3) Les seuls régimes spéciaux qui demeureront sont soit ceux des puissants, soit des agents de répression dont l'Etat a besoin pour assurer son contrôle sur la société. Il ne faudrait pas que nos geôliers se rendent compte que nos intérêts sont communs ! Saucratès.

9.Posté par martin lane le 15/01/2020 22:58

merci Saucrates de résumer le piège de cette réforme qu'aucun salarié du " privé", comme les " fonctionnaires" ( sauf les Trés-Hauts " ne peut accepter.
Ne pas oublier que l' Etat est impécunieux ,parce qu'il le VEUT et n'entend pas trouver les financements qui risqueraient de déplaire à ses mentors .

10.Posté par A mon avis le 16/01/2020 13:27

" Plus on s’informe sur la réforme des retraites du gouvernement, plus on a du mal à comprendre les objectifs et la finalité. "


Tout est dit.

Et plus ça va, plus ça se complique

Donc, tout commentaire est inutile !

11.Posté par maximim le 17/01/2020 18:19

Ton analyse est juste archaique refusant de voir le réel.
Un "yaka fau qu on " digne des cgtiste qui ne pensent qu' à taper sur ceux qui pensent à demain.
DEMAIN faudra dire aux jeunes ce que tu as décidé pour eux a part défendre ton nombril...

12.Posté par JANUS le 20/01/2020 11:38

@ Martin lane et @ Saucrates

" ... le piège de cette réforme qu'aucun salarié du " privé", comme les " fonctionnaires" ( sauf les Trés-Hauts " ne peut accepter. ..."

Le système de capitalisation serait donc à bannir partout en FRANCE ... Sauf à la Banque de FRANCE ou la CGT défend ce système pour ses adhérents ...

Depuis 1808, date de la création d'un régime de retraite propre à la Banque de FRANCE les pensions des agents sont financées en partie par une « caisse de réserve », abondée par une fraction de leur salaire (10,55 % en 2020).

Un joli tas d'or : en 2018, la caisse de réserve disposait d'un capital de 6,4 milliards d'euros, contre 5,7 milliards en 2017, soit près d'un milliard d'euros en plus.

Messieurs, vous et tous les militants de la CGT devraient réfléchir à avoir un discours cohérent ☺☺☺

Quand la capitalisation vous arrange, vous vous y accrochez (comme carapates su tété boeuf) ...
Quand elle vous dérange, vous demandez la démission du Président de la République ☺☺☺

13.Posté par martin lane le 21/01/2020 00:34

Bonjour, Janus ; ^ztes vous l'un des privilégiés qui ne cotiseront plus hors limite ses 10 000 euros par mois pour trouver la moindre justification à cette réforme ?

14.Posté par Janus le 22/01/2020 08:56

Bonjour Martin LANE,

J'aurais bien aimé avoir 10 000 euros de revenus tous les mois ☺☺☺ Mais ce n'est pas le cas ☺☺☺

Suis-je un privilégié ?

Oui, je le pense ... Dans la mesure ou j'ai une famille que j'aime et qui m'aime ... Que j'ai des amis qui m'apprécient ... Que je vis dans une société de partage (même si vous pensez le contraire ☺☺☺) ...

Oui, j'ai une vie dans laquelle j'ai des libertés, beaucoup de liberté ... J'ai la chance d'avoir pu envoyer mes enfants à l'école sans que cela ne m'ait coûté une fortune ... J'ai la chance d'avoir pu toute ma vie bénéficier de soins gratuits ... Oui je suis un privilégié ☺☺☺

Mais tout cela n'a rien à voir avec l'argent ... Ni avec le salaire que j'ai, qui ne fait que rétribuer un travail dur et exigeant ☺☺☺

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