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Courrier des lecteurs

Une exposition à ne pas manquer


Par A.P. du Tampon - Publié le Lundi 29 Mai 2017 à 10:44 | Lu 411 fois

On peut voir actuellement (et ce jusqu’au 4 juin), à la Capitainerie du Port de Saint-Pierre (salle Hang Art), une remarquable exposition consacrée aux lithographies réalisées par Théophile Alexandre Steinlen pendant la Grande Guerre. Ce dessinateur, graveur et lithographe d’origine suisse (1859-1923) a vécu et travaillé dans le Paris de la Belle Epoque où il fréquenta notamment le peintre Henri de Toulouse-Lautrec. C’est lui qui dessina, on s’en souvient peut-être, la fameuse affiche promotionnelle pour « Le Chat noir », le célèbre cabaret de Montmartre alors très à la mode.

Quand éclata la Première Guerre mondiale, Steinlen avait la cinquantaine. Dès le début de la guerre, le chroniqueur de la vie du petit peuple de Paris qu’il était, a représenté les soldats partant pour le front. Il les montre tout d’abord coiffés de simples képis, puis à partir de 1915 la tête protégée par le casque Adrian et les jambes enveloppées de bandes molletières. En 1917, Steinlen participe avec d’autres à une « mission artistique » de l’armée française, laquelle le mène au plus près du front. Il en ramène des croquis et des dessins qui seront la matière de ses lithographies. Les poilus qu’il représente sont croqués au repos, le plus souvent, ou en mouvement lorsqu’ils montent en ligne ou en reviennent. Steinlen, en effet, n’a pas directement accès aux premières lignes et à la zone des combats. Il ne nous donne donc pas d’images de la bataille proprement dite.

Ce qu’il voit, ce qu’il représente, c’est, au-delà de tout discours militariste aussi bien qu’antimilitariste, la peine immense des hommes, leur lassitude infinie, leur dignité aussi : ceux-ci ne sont pas là pour rien, ils ont une tâche à accomplir qu’ils accomplissent sans prendre la pose, avec courage et abnégation. De leur part nulle gloriole, pas de sotte jactance ni de tralala indécent. Les images que nous donne Steinlen sont donc essentiellement réalistes, réalistes mais pas misérabilistes. Il se garde du pathos et ne met en scène aucun héroïsme de commande. On est très loin des images d’Epinal et des représentations produites à l’époque par certains de ses collègues avec de trop évidentes intentions de propagande. Quelques-unes cependant ont un caractère nettement allégorique ; ce sont pour l’essentiel celles qui montrent les civils, les gens de l’arrière, notamment des veuves enveloppées dans leurs voiles noirs, avec à leurs côtés les petits orphelins : un appel à ce que, envers ceux qui sont le plus directement éprouvés, se manifeste la solidarité active de tout le peuple de France…

Pas (ou peu) d’intention démonstratrice donc de la part de notre artiste mais l’émotion est pourtant bien là qui partout affleure. En tout cas – je ne le dissimulerai pas – quand j’ai pénétré dans la salle de l’exposition et que je me suis soudain retrouvé confronté à toutes ces lithos, environné de toutes ces figures de douleur, j’ai éprouvé pour ma part une grande émotion, un véritable choc et pas seulement un choc esthétique. Ce qui nous saisit en effet, c’est une émotion plus large, plus humaine, un sentiment aigu de compassion et d’empathie envers la génération qui eut à vivre cette tragédie inouïe, qui connut et traversa « la grande ordalie » dont, un siècle après, notre pays n’est toujours pas totalement remis, qui a laissé dans nos cœurs une blessure qui souterrainement saigne encore.

Merci à l’ami Vélicitat d’avoir eu la patience de collectionner toutes ces images précieuses et d’avoir tenu à les offrir à notre contemplation émue. Dans sa démarche, comme dans notre réaction, il n’y a pas que des considérations purement artistiques. C’est aussi de sa part, on le sent bien, une démarche pieuse. A preuve il a tenu à faire figurer en bonne place dans l’exposition le livret militaire et les décorations du grand-père dont il porte le nom et le prénom, un homme qui comme beaucoup de ses camarades a exposé sa peau à Verdun et ailleurs. Car piété et pitié, c’est ici tout un ! Et je pense en ce moment au livre qu’avant de disparaître nous donna le regretté Claude Duneton. Un livre bouleversant justement titré « Le Monument » (Editions Balland, Paris 2004, Prix Maurice Genevoix) consacré par Duneton au souvenir de chacun des hommes dont le nom figure sur le monument aux morts de Lagleygeolle, son petit village de Corrèze, le souvenir de ceux qui n’en sont pas revenus, et aussi le souvenir de ceux qui, comme son propre père, en sont revenus mais meurtris à jamais…



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