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Courrier des lecteurs

Un jazzman d’envergure mondiale s’en est allé : Hommage à Jeannot Rabeson


Par Jules Bénard - Publié le Mardi 12 Septembre 2017 à 16:43 | Lu 733 fois

« Je suis seul sans toi,

« Je rêve cette nuit (…)

 « Je ne peux dormir (…)

« Je pleure sur cet amour… »


Jamais ces mots n’ont plus été de circonstance ; ils introduisent la très belle mélodie « Seul sans toi » de Lalao Rabeson, dont l’époux Jeannot vient de s’en aller ce dimanche, décédé d’un AVC, à l’âge de 82 ans au CHRS de Saint-Pierre.

Je pense que tous ceux qui le connaissaient, fût-ce de réputation, partageront l’affliction atteignant tous ceux qui ont approché, même un brève instant, ce très grand monsieur, icône du jazz mondial.

L’article du JIR résume très bien ce que fut Jeannot : musicien connu chez lui, connu chez nous, connu en métropole, connu dans le monde. Il a joué ici plusieurs années durant, avec Donat, Espel, Barre, Raëlison et tant d’autres. Je vais plutôt dire que mes souvenirs à moi se rattachent, concernant Jeannot, à une période précise, chère entre toutes. La Sakay.

Lorsque nous faisons venir à Babetville des musiciens malgaches pour animer nos soirées dansantes, il s’agissait de Freddy Ranarison, Raymond Sangaria, Henri Ratsimbazafy. Mais pour avoir le privilège d’écouter Jeannot, il fallait aller à Tana.

La 1ère fois, ce fut grâce à mon ami Patrick, autrement appelé Edouard, le plus brillant coiffeur de Tananarive. Il est aujourd’hui le plus brillant, mais à La Réunion. Si Patrick-Edouard ne lit pas la presse, j’espère que son Stéphane le lui dira.

Un soir donc, Patrick et sa délicieuse épouse Ginette, nous invitèrent au bowling du Hilton, lac Anosy, à Tana. Après quoi, nous allâmes déguster un cocktail « Tonga soa » (« bienvenue » en malagasy) à la boîte de nuit du même hôtel. Là officiait un petit quatuor, dans un espace clos où ils avaient à peine la place de respirer. Mais quelle musique, les enfants !

C’était l’orchestre de jazz de Jeannot. Un sax, une basse, un piano, une batterie. Quatre qui déménageaient comme vingt. Je crois me souvenir qu’à la basse, il y avait un des frères Marc, grand musicien quand il ne se bagarrait pas contre les paras de Bigeard basés à Ivato. Je m’approchai de la minuscule fosse d’orchestre et y restait collé quelques heures, tétanisé par la qualité de cette musique. Parce que lorsqu’on entendait Jeannot Rabeson une fois, on était accro.

J’eus par la suite mainte occasion de revoir Jeannot, de bavarder avec lui : ce mec était l’un des plus grands  pianistes de jazz de la planète mais d’une simplicité, d’une gentillesse, d’une affabilité… Lui, dont la qualité d’exécution était reconnue par tous, avait oublié d’avoir la grosse tête. Au sein d’une formation, il ne se mettait jamais en avant mais l’était quand même par la force des choses : son talent le faisait roi.

« Ce mec était un extra-terrestre, raconte Harry Pitou. Je n’ai pas joué avec lui ; je n’avais pas les épaules… Mais nous passions notre temps à les observer, les écouter, lui et ses amis. Jeannot au piano ; Jules Arlanda à la contrebasse ; Jean-Claude Namtaméco à la guitare ; Armand Tropina au saxo ; Guy Pitou, mon cousin, cousin de Narmine, à la batterie. Les musiciens passent leur temps à s’observer. J’avoue donc sans honte que je lui ai piqué bien de ses plans d’improvisation mais je ne suis pas le seul. Jeannot était si doué qu’en l’écoutant, nous étions sur une autre planète. Je le répète, c’était un extra-terrestre ».

Jeannot vécut ici dans les années 70 ; puis s’installa en région parisienne où tous les orchestres connus (dont l’illustre Maxime Saury) se l’arrachaient. Il rentra chez lui sur le tard et c’est de Madagascar que l’on décida de le transférer à Saint-Pierre où il finit son parcours terrestre.

Nul doute que là-haut, il retrouvera ses potes Donat, Barre, Freddy, pour des « bœufs » qu’on devine endiablés. And one more time, guy !

Je pense ce jour à son épouse, la délicieuse Lalao, qui ignore combien de cœurs elle a détruits à cause de son sourire si envoûtant. Qu’elle sache que nous partageons sa peine. Si « les cimetières sont pleins de gens irremplaçables », Jeannot est bel et bien, irremplaçable. Pour ce qui est de son clavier, il était de la race des Nat King Cole, des Ray Charles, des John Payne (acteur-pianiste pluri-talentueux), des Meddy Gerville dont Jeannot avait pressenti le premier qu’il avait un talent fou…

Salut à toi, l’artiste et Veloma namako.




1.Posté par Saint Chamond le 14/09/2017 18:30

C' est beau ces émotions d'ancien colon reconverti en gauchard mondain, on dirait Marthe Villalonga nous racontant chez Drucker les soirées entre couscous et anisette gras à bab el oued avant 62....pour le comique....mâtiné de Guy Bedos....pour le coté bobo bien pensant d'envergure inter planétaire .


https://www.youtube.com/watch?v=F4zrFmArlZs

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