Faits-divers

Un accusé de viol a-t-il le droit de mentir ? La victime doit-elle être irréprochable ?

Vendredi 12 Octobre 2018 - 17:39

Correctionnelle Champ-Fleuri - Vendredi 12 octobre 2018


Voici bien les deux questions auxquelles se sont retrouvés confrontés les juges de Champ-Fleuri ce vendredi, une affaire a priori destinée aux Assises, qui a atterri là on ne sait trop pourquoi. Une affaire ficelée comme l’as de pique, qui plus est ; et qui en a laissé plus d’un perplexe.

J.R., 34 ans, n’a rien de son fameux homonyme texan, c’est le moins qu’on puisse dire.

Taille (très) moyenne, mince, 45 kilos tout mouillé, timide, bien mis de sa personne, il n’a rien du séducteur forcené qui prend ce qu’on ne veut pas lui accorder. Encore moins du prédateur sexuel hantant les rues sombres à plus d’heure. Mais si le délit de sale gueule n’existe pas, celui de bonne tronche non plus.

Sa "supposée" victime, petite femme dans la même tranche d’âge, non plus. "Mais qu’allait-elle donc faire dans cette galère ?" (JB Poquelin) à 23 heures, tenant à peine sur ses cannes mais habillée de façon non provocante ?

Qui a fait le 1er pas ? Alé rodé, ou !

Je vous ai dit en préambule que c’est à n’y rien comprendre et vais tenter de faire sobre…

Dans le nuit du 28 au 29 novembre 2015, à Saint-Denis, G.A. sort d’une soirée ayant commencé sur la plage et s’étant terminée rue Sainte-Anne ; nuit selon ses dires, très arrosée et très… sentimentale aussi. Quittant la rue dionysienne sur le coup des 23 heures et désirant rentrer chez elle, au Chaudron, elle arpente la rue de Paris, direction le Jardin de l’État. Là elle tombe (!) sur J.R., commis aux cuisines dans un hôtel bien coté, sur les hauteurs du chef-lieu. L’homme habite La Possession mais, la plupart du temps, squatte une case à l’abandon près du Grand-Marché : la Possession, c’est loin, et les bus ne courent pas les rues à c’tte heure-là. Il l’aborde ou… ils s’abordent ? La question restera sans réponse. Quoiqu’il en soit, l’un accompagnant l’autre, les voici partis vers Le Chaudron par la rue Général-De-Gaulle, devisant paisiblement, c’est elle qui le dit.

Parvenus à la hauteur du parc de la Trinité, il lui propose de retirer de l’argent au Gabier d’en face, histoire de boire un coup. Échec au Gabier, guère coopérant dans ces heures-là.

Qu’à cela ne tienne ! Il lui propose de franchir la grille puis d’escalader un muret, pour pénétrer dans le Parc.

Ce qu’elle accepte encore, c’est toujours elle qui le dit.

Et là, les choses "dérapent".

Est-ce elle qui a vu toutes ses préventions tomber devant la non-hostilité de J.R. ?

Est-ce lui qui s’est enhardi devant la docilité de la jeune femme ?

"Prends ce que tu veux !"

Il lui fait comprendre qu’il aimerait bien passer à des jeux moins innocents. Elle lui dit qu’elle n’est pas d’accord. Ça, c’est elle qui l’affirme, tandis que lui, affirme le contraire.

Elle prétend que le bonhomme lui a filé un coup de "taser" (une saloperie électrique utilisée par les forces de l’Ordre !) qui l’a fait chuter. Tandis qu’elle cherche à se relever, il la maintient au sol.

Se mettant alors à avoir vraiment peur, elle dit avoir fait semblant être finalement d’accord, afin de se prémunir du pire ; le pire étant, dans son esprit, un mauvais sort létal. Ça arrive aussi.

"Prends ce que tu veux", lui aurait-elle alors dit en se mettant en position. Ce qu’il a fait sans débander… si j’ose dire.

Présence d’esprit fort à propos ? Réflexe provoqué par la rage ? Elle lui demande son numéro de portable qu’elle note sur le coin d’un paquet de sèches.

Puis chacun repart de son côté et la dame, une fois chez elle, prévient illico la police. Et, évitant de se laver ni de changer de vêtements, subit toutes les analyses d’usage, lesquelles, on le sait, sont fort humiliantes.

Grâce au numéro de portable, les enquêteurs n’ont aucune peine à "loger" l’accusé. De plus, la vidéosurveillance du Gabier ne laissent aucun doute. Enfin, les résultats des tests ADN (un an plus tard !!!!!), achèvent de tisser leur religion.

Devant l’accumulation des détails le clouant au poteau, il finit par avouer la relation sexuelle, après avoir nié pendant un paquet de temps.

"Pourquoi avez-vous fini par avouer, alors ?" s’enquiert le président Molié ? - "Parce que de toute façon, menottes aux poignets au commissariat, j’étais déjà condamné,  emprisonné". (?)

Xxxxxxxxxx

Tout au long de l’audience, il gardera le même système de défense : elle était consentante.

Les recherches des enquêteurs, comme les analyses médicales et psychologiques ne semblent guère en faveur de la victime : un certain temps après les faits, elle sent encore fortement l’alcool ; sa propre famille lui tisse une réputation sulfureuse remontant à son adolescence ; elle sort souvent seule par nuit tardive ; elle ne porte aucune trace de pénétration vaginale ; elle a bien quelques ecchymoses aux poignets mais il y a plein de galets par terre dans ce coin ; la justice lui a retiré la garde de ses enfants car elle est trop violente ; ce serait elle qui aurait exigé qu’il enfile un préservatif avant accomplissement ; il aurait obtempéré ; elle aurait dit à la cantonade avoir été victime d’un autre viol, deux ans auparavant, mais les commissariats n’en conservent aucune trace…

Le "taser" incriminé n’a jamais été retrouvé mais J.R. reconnaît savoir s’en servir, ayant eu l’occasion de faire joujou avec cet engin démoniaque lors de son séjour à l’armée. Séjour qui a d’ailleurs bien mal fini : il a déserté et a été jugé et condamné pour cet acte de grand courage.

"Mais pourquoi avoir accompagné cette dame ?" - "Ben… Je ne sais pas". Raide à la barre, il balbutie, s’empêtre dans ses déclarations, sort des propos décousus, nage dans le flou le moins artistique qui soit.

Bref, entre lui qui dit sans rien dire, et elle qui refuse de venir à la barre, la salle se retrouve dans une mélasse plus épaisse que celle du Bois-Rouge !

Adepte des Chaleurs tropicales de la Liberté

Pour achever d’éclaircir ce tableau de Soulages (beurk !), on apprend que si lui a très bonne réputation dans son travail, elle celle d’être plutôt libertine : elle a cédé aux sirènes des Chaleurs tropicales de la rue Jules-Aubert en répondant à des demandes de rencontres charnelles aussi nocturnes que sans lendemain. Cela prouve quoi ? Son chemin de vie, jusqu’ici, n’a été qu’une longue suite d’errances cahoteuses et chaotiques, où les mots chance, compassion, sympathie, compréhension, semblent avoir été bannis depuis la nuit de Barjavel. 

Ment-elle pour autant ? C’est LA question posée par la procureur Catherine Séry, qui fait d’un coup d’un seul table rase de sa réputation douteuse : 

"Une victime de viol doit-elle pour autant être irréprochable ?"

C’est la bonne question. Du genre qui jette un froid de blizzard. Il est évident que la réponse est "NON !" : un viol reste un viol. La Justice, plus d’une fois, a condamné les auteurs de viols sur la personne de prostituées ; et G.A., malgré une certaine "légèreté", soulignée par les enquêteurs et le tribunal, est loin d’en être une.

Catherine Séry sollicite 4 ans d’emprisonnement et 15.000 euros dans la foulée, tarif appliqué en pareil cas ; où on se dit que du côté de J.R., ben… son canard lé noir.

Un dossier plus creux que les Mariannes

Ce serait bien mal augurer des états d’âme de nos avocats. Comme de coutume, Me Barraco a été brillant.

"Un accusé a-t-il le droit de mentir ? Oui, cela va de soi. Mais ce mensonge n’est pas une preuve de culpabilité et ce n’est pas à l’accusé de prouver qu’il est innocent ; mais au Parquet de le confondre comme coupable !"

Soulignons que si le défenseur de J.R. a été bien obligé de revenir sur la réputation de la "victime", il l’a fait avec délicatesse, avec tact, sans insister lourdement comme cela est trop souvent le cas par ailleurs. Il a surtout insisté sur les vides abyssaux de ce dossier très mal ficelé.

Et a obtenu la relaxe de son client.
Jules Bénard
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1.Posté par un observateur le 12/10/2018 19:09

Difficile dans ce cas, de dire s'il y a eu viol ou pas De la manière que vous racontez l'histoire, je ne pense pas que j'aurai condamné J.R.

2.Posté par La gitane le 12/10/2018 20:31 (depuis mobile)

Pulsion .... impulsion....

3.Posté par MICHOU le 12/10/2018 22:26 (depuis mobile)

Des mis en examen qui ont le droit de se taire, personne responsable en cas de libération ou de non lieu ou autre, malgré des aveux, et des recidiveson n''est pas près d''avoir la justice de la balance. Juste des duels et des joutes oratoires qui n''ont

4.Posté par MICHOU le 12/10/2018 22:27 (depuis mobile)

2/plus rien à voir avec l'affaire elle même

5.Posté par PEC-PEC le 13/10/2018 10:04 (depuis mobile)

Delicate decision. Il faut reconnaître que la plaignante n'a pas que des préjugés favorables. Mais qui ou que peut nous permettre de douter ? C'est comme le menteur invétéré qui n'est pas cru le jour où il dit la vérité.

6.Posté par kersauson de (p.) le 14/10/2018 15:55

"le 1er qui dit la verité,
il doit être executé"
guy Beart ( rien a voir avec jules benard)

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