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Courrier des lecteurs

Tribune : Ne pourrait-on pas, enfin, associer la totalité des acteurs de la crise aux processus de décision ?


Par Arnold Jaccoud - Publié le Mercredi 22 Avril 2015 à 18:17 | Lu 726 fois

Tribune : Ne pourrait-on pas, enfin, associer la totalité des acteurs de la crise aux processus de décision ?

La mort atroce d'Elio Canestri est venue actualiser les clivages qui divisent la société réunionnaise dans son rapport avec l'océan dont nous sommes entourés. Ce drame, que certains redoutaient et que d'autres prédisaient, réveille à nouveau toutes sortes de discordances et d'oppositions, qu'elles soient légitimes ou non, que l'étude sociale menée par la DEAL l'an dernier avait déjà mises en évidence. 

Depuis  maintenant presque quinze jours, la lecture des courriers de lecteurs et l'écoute des radios esquissent un inventaire déprimant, dont il n'est pas nécessaire d'aller chercher l'exhaustivité. Les généralisations abusives auxquelles il conduit détériorent un peu plus l'image de La Réunion que nous présentons au monde. En substance : tradition réunionnaise terrienne opposée aux pratiques nautiques et balnéaires plus récentes. Créoles réglant leurs comptes avec les zoreys et réciproquement.

Une partie de la population du littoral ouest dressée farouchement contre les dispositions arrêtées par les autorités. Recherche, méthodes et conclusions scientifiques dénoncées au profit des connaissances populaires et des pratiques de pêche usuelles. Problèmes ardus des rapports de l'Homme avec son environnement : confrontation tendue entre associations citoyennes d'usagers et mouvement écologique, trop simplement résumée dans la pêche ou non des bouledogues invasifs. Et à l'arrière plan, les clivages politiques d'où émane la suspicion relative aux embuscades qui se préparent... 

 

Vu sous cet angle, l'attrait de l'île, touristique et humain, n'est guère probant.

 Dans ce contexte conflictuel, l'Etat et ses services sont interpellés sans ménagement. On leur reproche de dissimuler leur indifférence et leur inaction derrière les arrêtés de réglementation, ce qui est à la fois profondément erroné et injuste. Les collectivités territoriales, elles aussi, paraissant agir chacune pour son compte, offrent surtout le spectacle de leur impuissance. La gestion institutionnelle, qui semble manquer à la fois de coordination et de cohérence, n'est décidément pas en mesure de rassurer. 

 Outre l'embryon du dispositif de vigies immergées et la pose périodique de filets tout aussi périodiquement détériorés par la houle, la gestion opérationnelle s'appuie essentiellement sur un système de pêche par drumline, qui, en dépit de tous les investissements humains et financiers, ne semble pas suffisamment sécurisant ni efficace. Et en aucun cas consensuel.

Le terrain médiatique, tributaire des deux registres précédents, se trouve de ce fait abandonné à qui voudra bien s'en emparer. Comme on peut s'y attendre, il est investi de toutes les subjectivités, de toutes les émotions, de tous les soupçons, des ressentis qui tiennent lieu de connaissance, des ignorances manifestes et des interprétations hasardeuses. Cet amoncellement d'opinions et de convictions reflète certainement le désir estimable de comprendre, d'intervenir, de contribuer. Il est sans doute modelé également par le besoin de se libérer du poids des préoccupations entraînées par la recrudescence de cette crise interminable et l'angoisse de la mort d'un enfant magnifique qu'elle vient d'entraîner. 

Alors que La Réunion entière en subit les contrecoups, y compris l'immense majorité des Réunionnais qui n'est pas directement impliquée dans la crise ou même dans des activités nautiques, on ne peut pas considérer normal que les communautés concernées demeurent clivées et fragmentées en autant d'intérêts catégoriels. On ne peut pas considérer normal que l'intelligence sociale et la sensibilité de la population n'aient d'autres lieux pour s'exprimer que la rue ou les médias. Ni que ces lieux ne puissent servir pour l'essentiel que d'exutoires, qu'à revendiquer, voire s'invectiver et se déchirer. On ne peut pas considérer normal de ne pas disposer d'espaces de discussions, de débats collectifs, de réflexions partagées, de constructions en commun de l'avenir du littoral. 

On doit dénoncer comme une anomalie consternante cette atrophie de la conscience de l'intérêt, mutuel et général, que tous les acteurs sociaux devraient avoir à rechercher, socle substantiel de l'élaboration des dispositions qui seules contribueront véritablement au dépassement de la situation.

Dans le cadre de l'enquête sociale menée l'an dernier, les expériences effectuées au cours de 12 séances d'ateliers participatifs ont illustré de façon éloquente la capacité des acteurs que tout opposait, à s'abstenir de tentations dogmatiques et de condamnations péremptoires. Les ateliers ont permis la rencontre de responsables, participants impliqués en quête d'une compréhension lucide de positions réputées antagonistes. Et, ainsi que l'expérience l'a constamment établi, ils les ont explicitement engagés à s'orienter vers des possibilités de convergence, au travers de la maturation progressive de débats organisés, auxquels chacune et chacun prenait une part active. Les fruits prometteurs qu'ils ont fait mûrir n'ont cependant pas été recueillis. Le projet d'une poursuite de ces travaux dans le cadre d'un indispensable forum permanent a été très vite oublié.

La puissance publique pourrait aller au-delà des stratégies coutumières de consultations successives et fragmentées de groupes ou d'individus, en considérant avec lucidité que chaque fois qu'elle présume en fin de compte être la seule en mesure de fixer les règles et d'arrêter les dispositions appropriées, elle ne fait qu'amenuiser l'action et la responsabilité des citoyens. Elle finit souvent par le payer. Croyant obstinément établir son autorité, elle s'expose sommairement à conduire des stratégies de bout de ficelle insuffisamment informées et à prendre des décisions simplement sous la pression populaire contingente… dans l’inconscience de leurs conséquences possibles. Cette position, comme on l'observe tristement ces derniers jours, entraîne ainsi la justification croissante des frustrations et des revendications qu'elles déclenchent.

 Pour reconstruire une existence collective sur le littoral et en faveur de toute la Réunion, les communautés doivent se rencontrer et travailler ensemble. Quelles qu'elles soient et quelles que soient leurs positions initiales. Leurs chefs de file concernés, au moins, ou leurs porte-parole, ont le devoir de s'engager dans une confrontation et une collaboration à long terme. La règle absolue est celle de l'écoute et du respect réciproque. Il faut y ajouter la certitude que tous les intervenants et participants sont habités d'une exigence et du sentiment d'une responsabilité morales et intellectuelles de Très Haut Niveau. À l'égal de celles des sports de compétition qu'ils promeuvent. De cet engagement commun et continu peuvent naître, pour donner une issue à la crise, de solides dispositions, étayées par l'ensemble des communautés concernées, et de ce fait créatrices probables d'un surcroît de sécurité et d'efficacité.

 Le temps nécessaire consacré à ces travaux collectifs, ajouté à la conscience du plus haut intérêt commun partagé, ainsi qu'à une organisation judicieuse, est le garant de la transformation graduelle des opinions et des positions. À mesure que s'estompent les clivages et que les obstacles se lèvent, le rôle actif essentiel des citoyens et le statut de leurs autorités se précisent.

Il faut espérer que les pouvoirs responsables, en charge de la résolution de la crise requin, auront l'envie de s'interroger sur le caractère approprié de cette approche collective novatrice de la situation qui hante La Réunion depuis bientôt cinq années.

Au cœur de ces convulsions sociales qui semblent s'intensifier, il paraît décidément déraisonnable de maintenir avec obstination le préjugé selon lequel, de toute façon à la fin, ce sont toujours les conflits et les interdictions qui devraient triompher.

Arnold Jaccoud
Psychosociologue

 





1.Posté par KLD le 22/04/2015 20:07

mais les acteurs sont associés depuis le début . les spécialistes scientifiques .et les autres .......qui ont un intérêt populiste et politique ........... tout le monde les connait , l"ile est petite .Dénigré le discours scientifiques . c'est à la Réunion avec les faiséyeurs de politique : mulquin , flores et les suiveurs à la région et ailleurs ...... peche et réserve marine et stop aux insultes des politiques .......... c'est comme un remake de film z sur les requins . normal ici ...............la réunion ds toute sa splendeur ........ où certains gueulent avec leurs réseaux politiques à la noix , fé d'ignorant de la réalité marine et après , comm d'hab , rien de nouveau ......... les suiveurs suivent .......... écoutons les vrais pecheurs et les scientifiques , ds un monde non corrompu , ce serait évident ! peche et réserve marine !

2.Posté par JANUS le 22/04/2015 20:22

u[Il faut espérer que les pouvoirs responsables, en charge de la résolution de la crise requin, auront l'envie de s'interroger sur le caractère approprié de cette approche collective novatrice de la situation qui hante La Réunion depuis bientôt cinq années. ]u

Un long texte pour ne pas dire grand chose ... Et qui suscite chez moi deux remarques ...

Qu'y a-t-il de "novateur" dans ce que vous proposez ?
Il s'agit de mettre autour d'une table tous les acteurs concernés par un problème, et de discuter pour trouver des solutions ... Rien de nouveau sous le soleil ...

Quand à la situation qui "hante" La REUNION depuis 5 ans, il ne faut pas exagérer ... Les surfeurs et la Presse font monter la mayonnaise pendant quelques jours après chaque "incident" et après tout retombe comme un soufflé ... jusqu'au prochain "incident" ...

Il y a plus de tués à La REUNION par l'alcool ... par la cigarette ... par la vitesse sur la route, que par les requins ... Et même de cela tout le monde s'en fout ...

A moins d'être touché personnellement par l'un de ces décès, tout le monde se fout complétement de tous ces drames ... La nature humaine est ainsi faite ...
Pas besoin d'avoir fait Psycho pour savoir cela ...

3.Posté par Pat 974 le 22/04/2015 22:43

pat974
@2 JANUS

Donc pour vous,comme tous le monde s'en foutent? On doit alors rester comme ça...?
Drole d'idée de vos avancées.....

La tribune est bonne, j'avais déjà paraphé dans un courrier des lecteurs:
Le caprice des Dieux (Le principe de précaution des donneurs d'ordre)
( montrer par l'exemple qu'une solution collective "de notre culture du vivre ensemble" dans la gestion de cette crise requin loin des lobbies politique et de protectionnisme de "pseudo scientifique".
Nous l'aimons tous notre Île et cela peut marcher. )

Ce conflit, cette guerre entre les pour et les contres clivant. Il faut qu'aujourd'hui, la raison l'emporte au bénéfice de tous et montrer que notre ile fait et fera partie de l’excellence dans l'innovation de la faune maritime. Voire le projet D'ARCHITEUTIS pour les fonds marin des pilier de la NRL. Elle pourrait être elargie aux colléges, lycée et associations halieutique (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Halieutique) et s'y greffer pour le maintien et l'amélioration du milieu marin et créer de nouvelle profession.
Je pose la une autre question : Et Pourquoi les plongeurs bouteille se concentreraient-ils que dans l'ouest ?
Je reste persuadé que nous y arriverons tous ensemble.

4.Posté par GIRONDIN le 22/04/2015 22:57 (depuis mobile)

@1 KLD
Exactement
Le calendrier scientifique ne correspond pas au calendrier politique gouvernemental ou régional.
Les scientifiques ont perdu de leur crédibilité quand des décisions ont été prises sans attendre leur résultat. Du temps au temps

5.Posté par KLD le 22/04/2015 23:03

M. Jacoud est loin d'ignoré le fonctionnement sur cette ile .......... qui a politisé et refusé tout discours dés le départ .......... avec le soutien de qui .......... ne faisons pas la politique , tellement commune du "mi aime zot tout" .......... qui a dénigré systématiquement avec arrogance le discours scientifique qui jusqu'à preuve du contraire arrive au résultat acquis aujourd'hui : peche et réserve marine qui nécessite surement une écoute plus importante mais qui n' a pas pu avoir lieu avec des attaques sans discontinuées sur la réserve ............ si il n'y avait pas eu la politique de ceux que tout le monde connait ............ assez d'angélisme pour faire plaisir à certains ! qui a dit que la réserve empéchait toute peche alors que les faits montrent qu'elle est possible sur 80% de sa surface ........ il y a eu des mensonges de deux trois certains et tous les savent d'où ils viennent .......... alors l'angélisme , stop !

6.Posté par Richard Zoreil de St Denis .... le 23/04/2015 12:04

La seule solution pour mettre un terme définitif à cette crise et de faire un référendum auprès de la population réunionnaise :
Vote pour : Avoir des surfeurs et ne plus avoir de réserve marine et une pêche accrue des requins et autres squales mangeurs d'hommes.
Vote pour : Avoir une réserve marine sans surfeur et en laissant les animaux vivres leur vie. Cette solution peut prévoir des aménagements pour le plaisir de la mer..
Vote nul
En fonction des résultats et du choix de la population Réunionnaise les pouvoirs publics (politique, association, scientifique, professionnel de la pêche et du tourisme etc...) seront à quoi s'en tenir et pourront prendre les bonnes décisions.
On pourrait aussi pendant que nous y sommes proposer au vote des Réunionnais deux ou trois autres grands dossiers qui divisent la Réunion :
- la réalisation d'un tram train,
- la nouvelle route du littoral (il en est encore temps),

Dés lors, on pourra vraiment s'attaquer au fléau de notre petit caillou (par ordre de priorité) : le chômage, la politique agricole, les logements sociaux, le diabète, le salaire des fonctionnaires, l'alcool, les chiens errants .....

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