Société

Ténébreux trafic de cachets inter-îles : 8 accusés, 7 condamnés… et 4 années de fichues !

Vendredi 31 Août 2018 - 17:59

Correctionnelle Champ-Fleuri, Vendredi 31 août.


Ténébreux trafic de cachets inter-îles : 8 accusés, 7 condamnés… et 4 années de fichues !
L’affaire en elle-même est on-ne-peut plus simple : 8 personnes sont accusées de s’être livrées à un trafic d'Artane et de Rivotril de grande ampleur entre Madagascar, la Grande-Comore et La Réunion. Il y a là-dedans des hommes d’âge mûr, des plus jeunes, d’honorables mères de famille à qui l’on donnerait Allah sans confession, des qui travaillent et des qui n’en foutent pas une, et même une jeune maman de 25 ans qui en fait à peine 18 mais attention les vélos !

Les faits sont avérés, démontrés, sans bavure… si je peux dire parce que bavure, il y a eu.

Tout ce temps pour ça ?

Ces 8 accusés se connaissent tous peu ou prou, s’aimaient bien avant de ne plus s’aimer du tout. Certains importaient des cachets ; d’autres les revendaient. Comme dans tous les cas de la même farine, après avoir été copains comme cochons et pourri de concert la vie et la santé des jeunes Réunionnais, ils finissent par se cracher au visage : « La pas vrai ça. La pas mwin la fé ça. A li minm ça ! »
En 2014 (c’est loin, hein ?) un corbeau prévient les forces de l’ordre que des gens inonderaient l’île de cachets aussi nocifs qu’interdits, grâce à des envois massifs à partir de Madagascar et de Moroni. Ni une ni deux, les perdreaux mettent en place une procédure bien rôdée, efficace, écoutes téléphoniques, filatures, planques… Eliott Ness n’est pas loin.

Ils emmagasinent renseignements sur tuyaux pendant deux années. Parfois-même, ils assistent à des transactions frauduleuses sans intervenir, ce qui fait bondir nos as du barreau dionysien : « Ils assistent à la commission de délits et ne font rien ? C’est un peu fort de café ! »

Au bout de deux années d’enquête, et encore deux d’instruction, l’affaire est renvoyée en correctionnelle. Pour n’être jugée que maintenant… deux années de rab plus tard pour faire bon poids.

Des sommes pharamineuses

Les informations fusent au fil de l’audience…

« L’importation atteignait parfois les 10.000 cachets… Ça venait par avion mais le plus souvent par bateau… Souvent dans des containers (jamais identifiés au demeurant)… Tous n’ont pas importé mais tous ont vendu, directement ou par des revendeurs ici présents… Certains ont revendu en échange de quelques plaquettes de cachets en guise de rémunération… Je voulais pas que ma mère fasse ça ; donc je l’ai fait à sa place… Elle avait des dettes énormes ; c’était pour l’aider… »

On apprend que parfois, des sommes pharamineuses se retrouvaient entre les pognes de la plus jeune, Zakia, jusqu’à 18.000 euros ! « Mais je redonnais la majorité à Fatima Papa » (apparemment une des chefs de réseau, qui nie le tout, comme vous pensez bien).
Une première constante est que tous sont entrés dans le système par besoin d’argent. Une autre, confirmée par les écoutes, est que tous et toutes sont concernés. Et, bien sûr, que tous « regrettent », arguant parfois « d’erreurs de jeunesse ». Ce qui fait dire au Président Bernard Molié : « De jeunesse ? Vraiment ? À plus de 30 ans ? » Humour.

Une leçon de géo-politico-addiction

Certains des accusés sont connus de la Justice pour des délits « plus ou moins » mineurs. Certains ont un travail stable, rémunéré correctement ou pas, on connaît…

Reste un fait indéniable : tous (sauf un ?), à des degrés divers, ont littéralement pourri la santé et la vie sociale de milliers de jeunes tout en étant eux-mêmes pères et mères de famille.

Le réquisitoire du Procureur Fanny Gauvin a été un grand moment d’éloquence pédagogique, non exempt de sensibilité. Nous en avons appris de décoiffantes. Que par exemple, 85 % des addictions purement locales sont à base d’Artane et de Rivotril. Que les plus touchés sont dans la tranche d’âge des 15/25 ans et que ce fléau et ces chiffres sont spécifiquement réunionnais. Ce qui soulève la raison et s’explique par le contexte régional : Artane et Rivotril sont en vente libre à Mada et en Grande-Comore. S’y ajoute le fait qu’en 2013, même le zamal a subi la dure loi des cyclones. N’ayant plus de « salade », il a bien fallu se rabattre sur d’autres miroirs artificiels ; Dieu est grand : les cachets étaient là pile poil.

Faisant la part des degrés de responsabilités, le Procureur Gauvin a effectué des réquisitions allant de quelques mois avec sursis à 5 ans fermes et 50.000 euros d’amende douanière à la clef.

Le minimum syndical n’y est pas !

Au vu de la dangerosité que ces saloperies font peser sur notre jeunesse ; à l’écoute de leurs balbutiements rien moins que convaincants à la barre ; à leur façon de se refiler la patate chaude tout au long des débats ; devant leurs pathétiques tentatives de se dédouaner de toute responsabilité, la tâche des défenseurs ressemblait à « Mission Impossible ». Mais nos avocats ont la conviction chevillée au corps.

Bien sûr, nous avons eu droit aux pleurnicheries d’usage, style Freedom : « Ça la pas in mauvais marmaille, ça… Aucune condamnation à son casier… ne se drogue plus depuis 4 ans… il a des enfants et un boulot… » Outre ces quasi-aveux, il y eut de beaux moments d’éloquence en robe noire.

Me Ali : « Concernant le sérieux de l’enquête, le minimum syndical n’y est pas ! »

Me Marie Briot, émouvante : « Mon client travaille depuis 16 ans dans la même boîte, ce qui dit assez la bonne opinion qu’ont de lui ses employeurs (NDA : Mais pourquoi donc le paient-ils si chichement ? Eh ! Ratenon…) Il élève péniblement ses enfants et se lève chaque matin en se demandant s’il aura de quoi leur donner à manger avec son salaire de misère. Il envoie régulièrement, mal d’ailleurs, de l’argent à ses enfants en France. Ce fut la tentation de l’argent facile pour échapper à cette misère perpétuelle. Il l’avoue lui-même, son arrestation lui a remis les idées en place ». En fonction de quoi le tribunal n’a condamné son client qu’à 6 mois et 1.000 euros d’amende douanière. Bravo !

Une rare efficacité !

Mais le grand moment fut sans conteste la plaidoirie de Me Cauchepin, défendant celui que l’on disait être le grand chef du réseau. J’avoue que jusqu’ici, je ne savais même pas son nom. Je ne risque plus de l’oublier.

L’accusation avait réclamé 5 années de prison ferme contre icelui.

« On accuse mon client d’être rien moins que le chef du réseau. Or, durant toute cette audience (NDA : interminable, soit dit en passant, mais c’est dû au souci de véracité du Président), on a à peine entendu citer son nom. Il n’est accusé que parce que deux femmes ont cité son nom au cours de l’enquête. Insistons sur le fait que c’est uniquement sur questions insistantes des enquêteurs qu’il a été désigné comme le capo dei tutti capi ! Durant deux années d’écoutes téléphoniques, sa voix n’a été relevée qu’une seule fois, pour des banalités n’ayant rien à voir avec cette affaire ».

« Cet argument massue/Fit si grosse impression/Qu’on le laissa partir avec des ovations » (Brassens). Cette avocate hors-normes enfonça un clou pénible : « Les enquêteurs devaient sans doute chercher un homme comme tête de réseau, se disant qu’un femme ne pouvait y prétendre. La machisme, la misogynie ne sont pas morts ! »

Observation très personnelle : il y a des décennies que je « couvre » les affaires judiciaires. Des plaidoiries brillantes, j’en ai vu. Avec de vrais ténors, style Jacques Técher, Farid Issé qui obtient des non-lieux à la demande, Nathalie Pothin, redoutable, Djalil et Thierry Gangate, Norman Omarjee, Grand-Jo « Papaye » (pardon… Monsieur le bâtonnier Georges-André Hoareau)… Mais là, ce fut un moment d’éloquence d’une brièveté aussi efficace que sévère.

Son « chef de réseau » a été acquitté. Chapeau bas !

La part des choses
- Zakia Abdallah écope de 24 mois avec sursis et 10.000 euros d’amende douanière.
- Suzy Catouaria : 36 mois de taule dont 32 avec sursis, + 10.000 bâtons.
- I.M. relaxé, merci qui ?
  • Moanjoma M’Kavavo : 36 mois avec sursis et 10.000 euros de cannes à sucre.
  • Frédéric Naze : 6 mois et 1.000 euros de galabé.
  • Fatima Papa, l’une des grandes responsables : 3 ans fermes, 50.000 euros et mandat d’arrêt à l’audience.
  • David Rangassamy : 8 mois avec sursis et 1.000 euros.
  • Ludovic Salah-Aly : 6 mois et 1.000 euros. 
Note très personnelle…

Je tiens à m’élever, mais cela ne concerne que moi et même si je vais encore me faire traiter d’emmerdeur, contre une remarque fielleuse de Me Barraco. 

Manquait-il d’arguments pour défendre son client mouillé jusqu’à l’os ? Était-il en manque ? S’est-il gouré de moquette ? Toujours est-il qu’il m’a choqué, outré. Alors que dans le Sud, j’avais eu l’occasion de dire tout le bien que je pensais de lui.

Avant de s’enfuir de la salle d’audience, il a osé lancer aux juges :

« Sans doute voudrez-vous faire un exemple parce que la presse est là ? » Avec un large geste en notre direction.

Je ne savais pas, maître, que les journalistes siégeaient à l’estrade. Expliquez-moi, voulez-vous ?
Jules Bénard
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1.Posté par Desireless le 31/08/2018 18:23

un fait divers parmi tant d'autres : "il me semble que la ..... misère ... serait moins pénible au soleil"

2.Posté par Jules Bénard le 31/08/2018 19:48

C'est un peu tard, non ?

3.Posté par Jp POPAUL54 le 01/09/2018 09:13

Et la prochaine fois, tomberont ils ?
Mais en attendant la récidive...quasi certaine, le "cocktail molotov de paradis artificiel" aura explosé bon nombre de cerveaux sur l'île.
Dingue et dengue... les deux épidémies homophones qui vont laisser traces !!!!

4.Posté par Veridik le 01/09/2018 11:20 (depuis mobile)

"Ça venait par avion mais le plus souvent par bateau… Souvent dans des containers (jamais identifiés au demeurant)"

Les douaniers sont plus occupés à emmerder le monde pour Une "facture manquante" qui ne manque pas

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