Courrier des lecteurs

[TRIBUNE] Entre janvier 2016 et avril 2017, 9 femmes ont été assassinées à La Réunion : La dixième, c'était juste hier à La Trinité...

Lundi 30 Octobre 2017 - 10:36

À nouveau l'horreur. Et une immense compassion à l'égard de cette famille détruite. Une femme assassinée de plus, après tant d'autres ! Il ne s'agit pas ici de faire le compte, sanglant, des femmes exécutées, violentées, violées ou maltraitées année après année, mois après mois... Même si l'expérience qui s'accumule fait craindre que le rythme statistique de cinq plaintes par jour (1700 en 2014) auprès des services de police ou des brigades de gendarmerie ne diminue pas.

• L'aide accordée aux victimes, une mesure indispensable et insuffisante

La ministre Laurence Rossignol observait que, dans la population, le seuil de tolérance à l'égard des violences dont les femmes sont l'objet va en s'abaissant. C'était lors des États Généraux des Violences faites aux Femmes, organisés à Sainte-Marie en novembre dernier. Mais ni les faits de violences euxmêmes, ni les modes d'organisation de la société qui les permettent et parfois les inspirent, ni les mentalités qui les déclenchent, ni même la façon dont ils sont perçus et traités par les organismes compétents n'ont eux, à l'évidence, évolué. Et ceci en dépit des campagnes de sensibilisation et d'information dont la plus récente, menée depuis la préfecture avec des moyens financiers considérables, date d'il y a à peine dix jours.

Les terribles événements qui se multiplient sous nos regards consternés sont là pour nous le rappeler. En outre, au travers de la médiatisation de ces abominations, nous ne prenons connaissance, avec un sentiment de répulsion et d'impuissance, que des épisodes les plus dramatiques et les plus sanglants. Nous demeurons dans l'ignorance de la masse de ces drames domestiques dont personne ne parle, et qui naissent et se cachent quotidiennement derrière les portes closes des cases et des appartements.

Les mesures d'aide aux victimes sont présentées comme de plus en plus efficaces ? En l'occurrence, elles ne servent à rien. Elles arrivent toujours après-coup. Après le massacre et parfois après la mort. Elles continuent à laisser quantité de femmes martyrisées sans aucune protection réelle. Et il semble que c'est bien là le choix financier, donc opérationnel, effectué par les pouvoirs publics, qui prennent implicitement le risque de continuer à exposer nombre de femmes à l'anéantissement et à l'immolation. Mais toujours bien sûr avec la conscience de ceux qui tentent de croire qu' "Arèt lév la min dsi mwin !" va produire l'effet espéré. Pourtant agir sur les conséquences et les symptômes comportementaux en dérive -les manifestations de la violence intrafamiliale- n'a jamais permis, d'aucune manière, d'en comprendre les causes premières, ni surtout de les traiter ou de les éliminer.

• Une double difficulté : qui est responsable et comment agir ?

L'autorité publique est-elle capable d'investir dans une prévention réelle qui relèverait à la fois de l'éducation et d'une approche culturelle, susceptible d'intervenir avec efficacité sur les comportements relationnels ? En perçoit-elle la nécessité ? Dans les configurations actuelles, on peut en douter. L'éducation au respect est diffusée et martelée partout, il importe de le reconnaître ! La mixité éducative, la promotion de la parité, le respect absolu de l'autre et de sa liberté personnelle sont communément préconisés et propagés, et ceci dès l'enfance.

Mais tout cela s'effondre lorsque surgissent les différends relationnels, les frustrations nées du sentiment d'abandon et de trahison, les perturbations de l'émotion meurtrie. Les injonctions de l'éducation - essentiellement en milieu scolaire !- demeurent souvent purement formelles, face à l'immaturité émotionnelle et aux pires modèles plus ou moins inconscients, hérités de la longue histoire de la suprématie masculine, perpétuée souvent inconsciemment dans le cadre familial, même si l'on connaît une violence féminine parfois tout aussi réelle.

Ce qui est en question n'est pas uniquement la cause des femmes à promouvoir et à protéger. Il ne suffit pas manifestement d'énoncer verbalement par période l'interdit de comportements socialement inacceptables. C'est également le problème de l'homme plus généralement, de la masculinité, de la fragilité de son équilibre émotionnel, de son statut et de sa condition devenus instables. Prévenir la violence, c'est toujours être en mesure de traiter de façon constructive la frustration, la privation et les déficits affectifs.

Sont sans cesse en jeu : l'exigence d'une approche de l'intégration lucide et apaisante de nos émotions blessées, dans une reconnaissance absolue de l'autonomie de chacun et chacune dans ses relations, ou l'éducation à l'intégration de nos émotions et de nos pulsions, action d'appropriation essentielle dans un monde dont les repères extérieurs structurants ont largement disparu, et entièrement abandonnée aux aléas de l'existence. Toute attitude ne peut être considérée comme une option équivalente à n'importe quelle autre. Sans cette éducation en profondeur, constante sur des années, dans une alliance résolue et confiante entre adultes du monde des institutions et adultes de la sphère familiale, strictement rien ne peut changer.

Bien sûr, tout cela est plus simple à exposer par écrit qu'à réaliser dans le concret du quotidien. La complexité de l'éducation et de la transmission des comportements se pose aujourd'hui constamment et partout, dans tous les espaces familiaux, alors que se sont effondrées les règles et les valeurs qui ont structuré ces comportements dans les sociétés du 20ème siècle. Elle n'est abordée que superficiellement et souvent sans aucune conscience véritable. Et c'est pourtant dans ce domaine que doit être requis l'investissement concret le plus important qui permettrait d'atténuer les dégâts dans les relations intraconjugales et familiales. L'accumulation des ravages qui ruine la vie de tant de femmes ne peut plus, depuis longtemps, être rangée dans les rubriques de faits divers. Il s'agit bien d'un problème de société généré par les évolutions sociétales actuelles. On ne pourra jamais se contenter de le traiter par des injonctions symptomatiques individuelles, même justifiées intensifiées, du type "Arèt lév la min dsi mwin !"
Arnold Jaccoud, Psychosociologue
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1.Posté par JORI le 30/10/2017 10:40

S'il y a tant de décès suite à des violences conjugales, cela doit être de la faute à macron. ratenon, où es tu pour le dénoncer??.

2.Posté par JANUS le 30/10/2017 15:11

Faut arrêter avec vos délires de psychosociologue ...

Battez-vous pour que tout soit fait à La REUNION pour limiter la vente du rhum ...

La moitié de nos accidents de voitures à La REUNION ... Une bonne partie des meurtres ... Presque toutes les violences faites aux femmes ... Tout cela n'a pratiquement qu'une seule et unique cause, l'alcool ...

Luttez contre les vraies causes, et n'essayez pas d'ne inventer pour justifier votre métier ...

3.Posté par couillonisse le 30/10/2017 17:25

Pourquoi ne pas transférer l’argent dilapidé dans la’ crise requin pour ces causes qui font bien plus de victimes innocentes ??

4.Posté par MICHOU le 01/11/2017 12:46

Tout à fait d'accord avec vous sur presque tout, sauf sur l'inutilité de slogans et messages genre "aret lev la min su mwa" parce que ça parle aussi et tous les moyens et messages sont utiles.
Par contre, par expérience le découpage du harcèlement et le traitement parcellaire de celui ci ne peut conduire qu'à des situations dramatiques comme celles que nous rencontrons avec une recrudescence ces derniers temps.
Oui il faudrait protéger les personnes vulnérables, meurtriers compris. Oui il faudrait rappeler les Droits les plus élémentaires de l'Etre Vivant. Oui il faudrait rappeler le respect de l'autre et de soi même, mais avant tout il faudrait que dès le premier acte délictueux on stoppe! Le procureur de DOUAI l'a fait il y a plus de trente ans avec des résultats spectaculaires alors c'est possible.
Freedom a le mérite de mettre en place une écoute mais qui ne peut suffire, il s'agit de multiplier les lieux d'écoute sans rendez vous, physiques et téléphoniques qui permettraient à chacun de trouver un interlocuteur ou en binôme. Il y avait l'église, le médecin, le sage du village, les personnes âgées, aujourd'hui tout est codifié, sur rv , payant .
Mettre tout sur le dos de l'alcool est une erreur, il y a des personnes de tous milieux qui commettent ces actes qui leur font croire qu'elles existent, qu'elles maîtrisent , qu'elles ont du pouvoir alors qu'elles partent à la dérive et tout cela est entretenu par la société qui ne leur répond pas STOP!
Les enfants grandissent parce que leurs parents et la société leur mettent un cadre, les accompagnent, ces personnes qui transgressent ne trouvent plus personne sur leur route pour leur rappeler ce cadre qu'elles ont perdu, ce qui les amène à l'escalade qui les conduit à l'irréparable. Ce sentiment de liberté, d'impunité, de toute puissance doit être cassé dès le début.
C'est de la responsabilité de tous et en attendant on laisse les personnes en danger, livrées à leurs bourreaux"faites attention à vous"! mais elles ne font que ça 24h/24, sur le qui vive, dans l'insécurité la plus totale.

5.Posté par MICHOU le 03/11/2017 11:36

Ce matin une femme en pleurs parce qu'elle s'est séparée et depuis elle est HARCELEE, jour et nuit, elle vit dans l'insécurité, enfermée avec ses enfants, parce qu'elle n'a plus de répit.
Les forces de l'ordre ne lui sont d'aucun secours puisqu'elles disent ne pas avoir de solution! En 2017, on en est encore là, à dire aux personnes de déménager, faire attention , placer les enfants"pour les protéger"en risquant d'appliquer un préjudice supplémentaire, pendant que le harceleur continue son travail de destruction parce que PERSONNE ne s'est vraiment penché sur la question. On continue à s'émouvoir sur le harcèlement sexuel, mais si on s'attaquait à la racine du mal, le HARCELEMENT tout simplement.

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