Courrier des lecteurs

St-Paul: La mosquée-jardin fête ses 100 ans

Mardi 25 Juin 2019 - 15:42

Dans cette époque charnière où l’on se pose nombre de questions, il est des institutions immuables dont on célèbre le centenaire comme celui de la Mosquée de Saint-Paul. 100 bonnes années, dont les jeunes générations ne s’imaginent même pas la patience et le courage des pionniers qui ont participé, dans des conditions souvent difficiles, à l’édification d’une maison fondatrice de l’islam.

En effet, il ne peut y avoir de communauté musulmane sans présence d’un lieu de culte dans ses alentours, d’un lieu où se côtoyaient les frères d’hier, et, de plus en plus, les sœurs d’aujourd’hui, d’un lieu de plein épanouissement du musulman qui vient y vivre sa foi, quotidiennement, 5 fois par jour, en célébrant les prières rituelles, synonymes de ferveur et de vitalité spirituelles, s’incarnant dans l’Adoration de Notre Seigneur.

La Réunion est magique en ce qu’elle est cette terre d’une spiritualité riche et variée, cette terre où se croisent, se métissent, se côtoient, se lient d’amitié et travaillent ensemble tant et tant de confessions et d’ethnies qui vivent harmonieusement de cet héritage communautaire précieux émanant de nos ancêtres, qui ont eu le réflexe premier et salvateur, indépendamment de leurs conditions d’installation première dans l’île, de développer le souci constant de conserver un marqueur identitaire fort et édificateur des êtres, au travers de la spiritualité qui est la leur, et qui se transmet de génération en génération depuis lors.

Oui, nos aïeux ont eu de la clairvoyance, car tout en étant exilés, loin de leur pays natal, ils ont refusé de devenir comme des arbres déracinés. Et, en cette terre réunionnaise accueillante et fraternelle, en ce bout de patrie française au milieu de l’océan Indien, en cet endroit où chacun vit dans le respect des traditions de l’Autre et en connaissance de nos cultures réciproques, ils ont témoigné, de leur attachement à leurs racines, en y déposant, en premier lieu, la semence spirituelle, de leurs fois respectives, avant de fonder leur destin ou de se projeter dans un avenir économique, plutôt incertain, pour l’époque.

Oui, leurs successeurs ont consolidé cet héritage, se sont attelés à sa fructification, et, parmi eux, il y eut des bâtisseurs qui ont contribué à agrandir les premiers édifices, de leur embellissement à leur confort, et, au final, chaque génération a contribué à l’adaptation des édifices sacrés aux exigences de chaque période et à l’édification, toujours en cours, de nouveaux lieux, au plus près des bassins d’habitation.

Oui, ce sont au travers des visites scolaires, et encore plus des circuits touristiques, que La Réunion fait l’apprentissage d’un "Vivre Ensemble" toujours perfectible, d’un chemin continu qui nous invite à approfondir, plus encore, nos liens avec Le Seigneur tout en se fondant sur la richesse de notre si belle et si précieuse diversité mise au service de la reconnaissance des autres, qu’on côtoie au quotidien, avec lesquels nous partageons, parfois, des liens de parenté, avec qui, nous collaborons professionnellement le plus souvent, à la table desquels nous mangeons et que nous convions à venir partager, avec nous, un repas fraternel.

Ces concitoyens qui sont d’une communauté de foi différente de la nôtre, un frère ou une sœur qui vit ici, en cette terre française, une expérience unique au monde, un moment qui n’existe nulle part ailleurs, un temps de communion inscrit dans la normalité alors que dans le regard de la plupart de celles et ceux qui nous visitent de la Métropole ou d’ailleurs, cela paraît extraordinaire au point parfois même de choquer, ces quelques voix irréductibles et discordantes qui prônent le repli sur soi au nom des maux que la société peine, dans son ensemble, à résoudre, et qui, ici, précarisent les uns, et, ailleurs, enferment les autres dans des schémas desquels il devient impossible de s’extraire sans esprit d’entraide et d’assistance mutuelles.

Il nous faut donc trouver l’imagination créatrice pour sortir des impasses de l’indignité et de l’indigence des uns par davantage de générosité, d’altruisme, de solidarité et d’engagement des autres à se mettre au service de la concorde civile. Il nous faut être plus forts que les maux qui nous guettent, faire preuve d’intelligence des coeurs pour construire un édifice socio-économique plus harmonieux à partir de notre ancrage spirituel.

Cet ancrage qui doit s’inspirer de la profonde richesse de nos sources et racines culturelles de nos civilisations, d’appartenance et d’origine, respectives, millénaires, pour dire non aux esprits de mauvaise foi ou aux sceptiques et pour refuser tout manichéisme appauvrissant ouvrant sur des confrontations stériles, des querelles inutiles, souvent interminables, toujours nauséabondes, et conduisant à des destins hasardeux, empruntant davantage à la logique du choc et au danger du chaos, plutôt qu’à l’héritage du siècle des Lumières et de nos sagesses ancestrales respectives.

Je voudrais m’adresser donc aux jeunes de notre si belle île de La Réunion, aux forces vives de demain, à celles et ceux qui accéderont, bientôt, aux responsabilités de la destinée de notre territoire, en leur disant l’importance que revêtent ces édifices cultuels, culturels et religieux, en leur rappelant l’incontournable respect du travail de celles et ceux qui nous ont précédé, en les invitant à redoubler de vigilance et d’ardeur dans la préservation de ce qui fait notre richesse, de ce qui constitue notre lumière et de ce qui fonde notre rayonnement dans le monde, de ce passé qui doit nous servir de socle à l’édification de notre futur.

Ensemble, par principe, dans l’esprit et dans la pratique, sur scène tout comme dans les coulisses, engageons-nous au service de la paix par la compassion, mobilisons-nous au service des causes qui font gagner La Réunion dans le juste partage, œuvrons pour que chacun puisse se sentir utile et trouver sa place au sein de la société en l’y élevant par sa dignité d’être réunionnais, dans la fierté de vivre sa créolité obligatoirement inclusive et toujours ouverte et accueillante sur la mère-patrie tolérante à laquelle nous exprimerons toujours notre reconnaissance.

Nous saurons être plus forts si nous parvenons à parachever notre humanité dans la richesse autant de nos différences que les perspectives intéressantes de notre métissage heureux - d’idées, de pratiques, d’êtres, d’approches et de visions d’avenir, - facteur d’une plus grande connaissance mutuelle et d’un formidable enrichissement humain ininterrompu !!!
Youssouf Omarjee
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1.Posté par République le 26/06/2019 09:15

« Au service de la concorde civile »… il y a principalement la mise en pratique constante des valeurs de la République française (liberté, égalité, fraternité) – et, bien entendu, l’égalité entre l’homme et la femme. « La construction d’un édifice socio-économique plus harmonieux », mais toujours sans oublier que tout individu est avant tout un citoyen, avec des droits et des devoirs. Et que la vigilance (particulièrement en période électorale) s’impose pour toutes sortes de tentatives communautaristes.

2.Posté par A mon avis le 26/06/2019 17:08

" refuser tout manichéisme appauvrissant ouvrant sur des confrontations stériles, des querelles inutiles, souvent interminables, toujours nauséabondes, et conduisant à des destins hasardeux, empruntant davantage à la logique du choc et au danger du chaos, plutôt qu’à l’héritage du siècle des Lumières et de nos sagesses ancestrales respectives. "


Il est bien hasardeux de vouloir associer " l'héritage du siècle des Lumières " et les "sagesses ancestrales respectives" , "sagesse ancestrale" expression synonyme hypocrite du terme "religion" !

Le siècle des Lumières a voulu précisément libérer l'esprit humain de l'emprise religieuse ! Alors que la religion ("sagesse ancestrale") est le principal thème de discorde entre les humains, et la principale cause de communautarisme, à l'origine de "confrontations stériles, des querelles inutiles, souvent interminables, toujours nauséabondes" et trop souvent meurtrières !

L'idéal serait que la religion reste dans son temple, mosquée, église ... et ne vienne pas interférer dans la sphère publique. La croyance est une affaire individuelle, qui appartient à l'espace privé.

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