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Société

"Souvenirs, souvenirs…" Questions pour un champion : Ça remonte à 1996… Déjà ?


Par Jules Bénard - Publié le Mardi 25 Juin 2019 à 11:52 | Lu 1836 fois

Photo : Collection de Jules Bénard
Photo : Collection de Jules Bénard
"Questions pour un champion", toute cette semaine, s’intéresse à l’Outremer français ; 16 candidats sélectionnés sur tous les océans du globe vont défendre les couleurs de leur territoire ou département. Je n’allais pas rater ça, diable non !

J’ai moi-même participé à une émission "Spéciale langue française" en 1996… c’était encore l’époque Lepers et voilà qui ne me rajeunit pas : 23 ans déjà, les enfants. Dès le premier fascicule, Samuel Étienne avait face à ses cartons jaunes deux représentantes de la Martinique et deux candidats de Mayotte (dans l'émission diffusée hier soir).

Et dès la série du "Quatre à la suite", je fus brutalement rejeté 23 années plus tôt. Vous allez voir comment…

On ne peut être bon partout

Une des premières questions opposant les quatre prétendants au titre, une question porta sur "un crustacé décapode", cette question, précisément, qui m’avait valu de me faire rétamer sévère par Joséphine Daliza en finale du groupe Réunion.

J’avais répondu "le crabe" alors qu’elle me balançait "une langouste" devant caméras et gradins. Joséphine est cette "immense" dame à ma gauche sur la photo. Elle me battit à plate couture pour deux raisons. D’abord, elle avait au moins autant de culture que moi, c’est une réalité ; avec en outre un avantage considérable : elle, qui avait toujours rêvé de faire des défilés de mode, se montrait totalement à l’aise sous les projecteurs. Quand moi je mouillais comme un débile.

Devant un micro de radio, pas de souci, c’est anonyme. Mais quand vous savez que des millions de téléspectateurs sont là à vous détailler des pieds à la tête…

Surtout que dans les bancs réservés aux personnalités, il y avait notre "Jupette" nationale, Margie, Secrétaire d’État à la Francophonie. S’agit pas d’avoir l’air trop con. Ben si !

L’aventure avait commencé plusieurs mois plus tôt à Saint-Denis. RFO télé et radio avaient largement rendu compte du fait que des sélections allaient avoir lieu à Saint-Denis ; étant un fan de l’émission et doté d’une mémoire pas trop défaillante, je posai ma candidature aux services de la Région et le jour dit, me retrouvai pour les sélections dans une grande salle de Champ-Fleuri bourrée à craquer.

Des centaines d’amateurs tous désireux d’être parmi les 5 qui auraient la chance de… Pourquoi 5 quand 4 seulement passeraient à l’antenne ? Pour le cas où l’un des quatre premiers serait défaillant au dernier moment.

Nous eûmes droit à une première série de quelque 50 questions, une sorte de QCM. Certaines faciles, d’autres moins, car on ne peut être bon dans tous les domaines.

40 nouveaux amis en 1 semaine !

Une demi-heure d’attente pour que les corrections soient faites. Vous imaginez l’ambiance au-dehors, à griller gauloise sur gitane, l’oeil torve en direction d’adversaires qu’on aurait bien pilés vifs. Parce que dans ces centaines de gens aussi fébriles que moi, j’en avais reconnu plusieurs ayant des têtes trop bien faites, comme l’ami Francis.

Le couperet tomba et la moitié des amateurs furent remerciés. Ça a râlé ferme des les travées… Dura lex sed lex !

La seconde série fut encore plus redoutable. Style "Qui a remporté la médaille d’or d’escrime à Melbourne en 1956 ?" Conné pas, mwin.

Je m’apprêtais déjà à rentrer chez moi la queue basse, la honte devant mes mômes. Vous imaginez ma surprise en entendant mon nom… Plus content lavé point. Quelque trois mois plus tard, en mars 1996, nous débarquions à Paris où un autobus nous conduisit direct dans un confortable hôtel non loin de la place Clichy. Là, au fur et à mesure que la journée avança, nous fîmes la connaissance des autres copains, quarante candidats, 4 pour chaque pays sélectionné, La Chine populaire, la Corée du Sud, le Chili, le Niger, la Roumanie… En tout, 10 délégations qui trouvèrent tout de suite leur terrain d’entente : la culture et la langue française.

L’occasion de se faire quarante nouveaux amis en moins d’une semaine ; dites, vous connaissez beaucoup d’occasions autorisant ce genre de plaisir ?

Nos conditions de logement et d’accueil furent irréprochables ; l’hôtel était confortable ; les chambres à deux lits simples, accueillantes et agréables aussi.

Entre Réunion, Niamey et Budapest

Tous avaient autant de plaisir à être là, à échanger, à bavarder, à parler de son pays, à causer littérature ou cinéma… Je liai plus facilement connaissance avec Ernest, un Nigérien d’une soixantaine d’années, qui me sembla tout de suite un redoutable adversaire. Ce n’est pas du tout ce qui m’inquiéta. Je fus plus empressé à lui demander de me parler de son pays et ses merveilles.

Je lui racontai ma Réunion ; il buvait mes paroles, avide de connaître. Nous sympathisâmes même au point qu’il m’invita à venir chez lui, à Niamey, voyage que je ne pus jamais réaliser.

Les relations furent du même acabit entre tous les candidats. Ainsi… Apprenant qu’il m’arrivait d’écrire, apercevant entre mes mains l’exemplaire de mon "Sitarane" que je voulais offrir à Lepers, un des représentants de la Hongrie, traducteur de son état, me proposa de le transcrire en hongrois. Chose jamais faite, car il me fallait pour cela l’autorisation de mon éditeur… qui oublia aussi vite la chose que ses premières chaussettes.

Le midi du premier jour, alors que nous étions tous les quarante dans la grande salle à manger de notre hôtel (confortable, bonne table aussi), Julien Lepers vint nous saluer et eut un mot aimable pour chacun de nous.

Lepers est, au naturel, exactement comme il apparaît à l’écran, simple, souriant, décontracté, s’efforçant de mettre tout le monde à l’aise.

Je vis une occasion de faire mon malin et lorsqu’il me tendit la main, je lui dis, l’air de rien :

"Jules, de La Réunion. Bonjour, monsieur Risoli". 

Il eut juste un petit sourire en coin et :

"On me l’a déjà faite, Jules".

Prends ça po toué, camarade !

À trop vouloir jouer au c…, ben t’en as l’air.

"Faut sourire, Jules !"

Dès le lendemain, à la maison de la télé, commencèrent les éliminatoires, pays par pays. Nos concurrents du monde entier, nullement gênés par le barrage de la langue, s’en tirèrent plus qu’honorablement. Seul parfois leur accent se révéla amusant, chez les Hongrois ou les Pékinoises par exemple.

En arrivant en salle d’enregistrement, nous eûmes la surprise de voir débarquer la grande Margie mais également mon pote Sully Damour, envoyé là par son journal.

Devant l’estrade des candidats, trois caméras et une tétrachiée de projos éblouissants.

Dans la finale du groupe Réunion, Joséphine Daliza, de la Possession, termina la première à l’épreuve du "Quatre à la suite". Suivie de près par l’autre candidate créole et votre serviteur.

A un moment donné, je levai les yeux vers les officiels. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant que Margie me fixait droit dans les yeux ; je compris vite pourquoi : ses  index tirant sur les commissures de ses lèvres, elle me faisait signe de sourire. À juste titre : si émotionné par les caméras et les spectateurs que j’avais oublié d’avoir l’air un tant soit peu à l’aise. Alors que je serrais les fesses à en choper des hémorroïdes pour le restant de mes jours.

Au "Quatre à la suite", Joséphine fit ses quatre bonnes réponses avec un questionnaire sur les vêtements. Net et sans bavure. L’autre candidate, Marie-Annick je crois, n’en fit que trois. Quant à moi, j’avais choisi "Les grandes inventions", allai jusqu’à trois bonnes réponses, retombai à zéro et me payai le luxe de remonter jusqu’à quatre. Là, j’eus un petit sourire fat, plus heureux qu’un pou sur les couilles du pape pendant que les spectateurs applaudissaient. Non mais !

"Pourquoi le crabe ?"

Ma 4è réponse, je la dus à une réminiscence remontant à loin. Lorsque Julien Lepers débuta l’énoncé de sa question : "Ingénieur français né à Paris en 1911, je m’associe à Alfred Panhard…", je le coupai aussitôt "Levassor" en me souvenant brusquement d’une vieille pub dans le JIR de Fernand Cazal : "Les voitures Panhard et Levassor" !

Tout ça pour me faire ratiboiser quelques minutes plus tard par l’amie Joséphine parce que pour ces foutus branques de crustacés, j’avais préféré le crabe à la langouste !

Lorsque le tonnerre d’applaudissements saluant la victoire de Joséphine se fut apaisé, Lepers se tourna vers moi :

"Pourquoi le crabe, Jules ?"

Je balbutiai un stupide : "Parce que ça se mange aussi !", plus honteux qu’un renard qu’une poule aurait pris, disait Pierre Repp. 

Pour la grande demi-finale, Joséphine s’inclina de justesse devant mon ami Ernest, qui, lui-même, en finale, fut battu (encore de justesse) par un représentant du Chili.

On nous emmena dans un restaurant de très grand luxe à Versailles. Pratiquement un serveur par personne. Le soir de la finale, on nous conduisit tous pour une fabuleuse soirée strass, paillettes et champagne, au Lido.

Je me souviens encore de la visite de Notre-Dame, où furent échangés tous les souvenirs de lecture possibles, surtout à propos de Hugo. L’occasion de constater, nous les Français, que le plus grand écrivain du monde était aussi honoré à l’étranger que chez nous.

Bref, on nous reçut comme des rois.

"Et quand l’heure du départ fut venue", disait Saint-Ex, ce fut déchirant, les adieux, embrassades et larmes à l’oeil n’en finissant plus.

Si bien que plusieurs faillirent bien louper leur avion.

Parmi tout ce que je conserve de cette fabuleuse expérience, il y a toujours les adresses de mes 39 amis. Il y a la seule phrase chinoise que j’aie jamais sue de ma vie : "Wo aï ni !" ("Je t’aime"), que la chaperonne des quatre candidates de Chine populaire nous enseigna sans qu’on lui ait rien demandé. On sut très vite qu’elle était un membre influent du PCR de Pékin. Une de ses ouailles, une grande et timide jeune fille, s’appelait Làn. À prononcer avec précaution. Selon l’accent tonique qu’on y met, cela signifie "Nuage du matin sur les montagnes", ou… "Viande pourrie" !!!!!

De longues années durant, nous nous envoyâmes lettres par-dessus lettres. Peu après notre retour, je reçus mon cadeau Larousse, une série de 10 gros volumes sur les mystères de ce monde. Je l’ai toujours. Plus le livre "Questions pour un champion", aujourd’hui usé jusqu’à la corde mais qui fait toujours les délices de ma Leïla et de son Frédéric.

Ah oui ! Une fierté de plus : 23 ans après, il y a encore de gentilles personnes m’arrêtant sur le trottoir : "Hein, monsieur ! La pas ou lété Questions pou in sampion na longtemps ?" Y’a des choses surprenantes dans la vie, les enfants. Et ça fait bien plaisir.

Une foule d’images toutes plus merveilleuses les unes que les autres.




1.Posté par Jp POPAUL54 le 26/06/2019 08:33

Mon Dieu, que le temps passe !!
Aujourd'hui, ces fabuleux souvenirs nous émeuvent si fort ... à en pisser dans nos bénards.

2.Posté par Joséphine le 26/06/2019 15:43

Bjr Jules. Bravo pour ton article, très bien écrit comme d'habitude...Qqs petites erreurs quand même. D'excellents souvenirs de cette semaine passée avec tous les candidats. Moi j'ai eu la chance d'être recontactée par la production pour participer au"Spécial Régions Françaises" , émission qui a été diffusée le 5 septembre 2018. Rien à voir avec ce qu'on a vécu en1996. Mais Samuel Étienne super sympa.

3.Posté par Mémoire sélective le 26/06/2019 17:41 (depuis mobile)

Josephine dites nous en plus. Quelles sont les inexactitudes dont vous parlez ? Ça nous en dira plus sur la crédibilité de l’auteur. Jules ferait des erreurs: problème de mémoire ou mégalomanie ?

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