Culture

Souvenirs d’une enfance créole, tome 2, de Jules Bénard : Le journal intime à remonter le temps

Vendredi 24 Mai 2019 - 17:56

Attachez vos ceintures ; préparez-vous à voyager... dans le temps. Le deuxième tome de Souvenirs d'une enfance créole, de Jules Bénard, est sorti en librairie. Avec son style truculent, toujours agrémenté d'un zeste d'humour et d'une pincée de "moukatage", l'écrivain à la mémoire d'éléphant nous ramène dans le passé, son passé. "L'école primaire dans l'temps lontan", "pique-niques des fifties", "le cinéma de papa", "bals lontan", "jeux et jouets d'autrefois"... les scènes de vie disparues de nos paysages réunionnais reprennent vie au fil des pages, à travers lui. Entretien. 
 
Zinfos974 : Peut-on dire que ce livre est un journal intime ?
 
Jules Bénard : Oui, c’est un journal intime qui me trottait dans l’esprit depuis longtemps. Et puis mon cousin Pierrot Dupuy m’a dit 'tiens, parle-nous de ceci, de cela'. Et au fur et à mesure, un livre a pris forme. 
 
Pourquoi cette envie de partager vos souvenirs ? Est-ce un moyen d’éviter qu’ils ne s’effacent, de figer le passé ?
 
D’abord c’est parce que ce sont des périodes de ma vie qui me tiennent à cœur. Ça a l’air d’être nostalgique, mais je ne pense pas que la nostalgie soit une très bonne chose, parce qu’elle laisse croire que le passé va revenir. Je préfère "cultiver" le souvenir. C'est comme les racines d’un arbre, qui pousse vers la lumière. Comme disent tous les historiens : il vaut mieux savoir d’où on vient pour savoir où on est à peu près capable d’aller. C’est une manière de mieux aborder l’avenir.
Et parfois on commet des erreurs. Il vaut mieux s’inspirer du passé pour prévoir quelque chose qui tient la route pour l’avenir.


Quel est votre ressenti lorsque vous écrivez ces lignes ?

Parfois j’ai la larme à l’œil. Il n'y a pas de honte à ça. Parler d’une chose c’est faire renaître les odeurs, les sentiments, la gourmandise. C’est un voyage dans le passé. Une fois le livre terminé, je me demande si je n’ai pas oublié quelque chose.
 
Quel rapport entretenez-vous avec le passé ?

Je suis quand même nostalgique. Il y a des choses que je ne retrouve plus maintenant. Certaines ont perdu de leur qualité. Par exemple en ce qui concerne les bonbons et friandises d’avant : les bonbons miel aujourd’hui, ce n’est plus que de l’eau et du sucre. Pour la santé ce n’est pas terrible. A l’époque il y avait vraiment du miel.
 
La vie, "c’était mieux avant" ?

Pas forcément. Je préfère nettement écrire mes textes sur ordinateur que sur une machine à écrire par exemple. Avec l’ordinateur on efface autant de fois qu’on veut. Mon style a évolué grandement depuis que j’ai l’ordinateur. Je pense que je me suis amélioré.
Mais je regrette la solidarité. Cette complicité entre les gens, je ne la trouve plus beaucoup. Les gens croient être reliés aux autres avec leur téléphone, mais c’est une relation virtuelle, on est de plus en plus isolés.
Je trouve aussi dommage que la plupart des gens vivent aussi mal. À une époque on fonçait droit dans le mur, là on l’a déjà traversé. Je ne pense pas que l’humanité ait été créée pour que 99% reste sur le bas côté et qu’1% possède la moitié des richesses du monde. On ne pourra pas accepter ça longtemps.


Est-ce parfois difficile d’écrire ?

Ecrire c’est pour moi beaucoup de plaisir. Parfois il m’arrive d’avoir un doute ; le dictionnaire est là. Ce sont des petites épreuves amusantes. Et surtout quand je mets du moukatage dans mes textes, là je prends du plaisir, je me demande comment je pourrais être encore plus féroce (rires) ! Quand j’écris je pense au ressenti de celui qui sera devant le livre.
 
Quel petit garçon étiez vous ?

J’étais un malandrin. Je détestais aller à l’école, je m’arrangeais pour faire l’école buissonnière. J’avais une seule chance : une mémoire extraordinaire... qui ne s’est pas formée toute seule, c’est mon grand-père de Saint-Joseph Justinien Vitry qui, à force de récitations, de tables de multiplication, de conjugaisons, m’a forgé une cervelle qui retient.
 
Quelle est la période de votre vie qui vous laisse les plus grands souvenirs ? Et pourquoi ?
 

Mes trois ans à Madagascar. Ça a été l’entente immédiate. Il s’est passé quelque chose. Ça a été comme deux aimants qui s’attirent. Déjà le pays est fascinant de beauté. Et puis il y a les Malgaches. J’arrivais avec l’esprit ouvert et ils l’ont senti, ils m’ont accueilli à bras ouverts.  J’y ai enseigné le français et l'histoire/géographie. Ça a été un enchantement pendant trois ans.
Je conserve aussi de très bons souvenirs de mes années enfance à La Réunion, chez ma grand-mère de Cilaos, chez mes grands-parents de Saint-Joseph. Ce sont eux qui ont forgé ma personnalité. Mon grand-père Justinien Vitry, c’est lui qui m’a donné mes premières notions de français, de calcul, qui m’a appris à aimer la lecture, et, ce que faisaient aussi mes anciens instituteurs, à découvrir les trésors cachés sous les phrases. Comment la littérature aurait-elle pu ne pas devenir une passion ?

 
Vous parlez dans votre livre de vos parents et de vos frères, c’est une manière de leur rendre hommage ?

Oui, et puis ils font partie de mon enfance. Mon père je l’ai très peu connu, il est mort quand j’avais sept ans. Ma mère, qui est devenue enseignante, était une excellente pédagogue. Quand elle m’apprenait quelque chose, je le retenais.
  
Avez-vous un moment privilégié pour écrire ?

Je n’ai pas de moment précis. Je ne suis pas très discipliné. La discipline c’est quelque chose dont j’ai horreur. Par contre il y a toujours un fond musical. Mais il vaut mieux un fond musical sans parole.
 
On apprend beaucoup de vous à travers vos livres. Dites-nous en plus sur votre personnalité... 

Pour les défauts, une énorme gourmandise. Avant j’étais plus gourmand que ça. Avec l’âge on s’assagit. J’ai un net penchant pour l’alcool aussi. Je suis farfelu et imprévisible. C’est pour ça que je ne prends jamais de bonnes résolutions, parce que je sais que je ne les tiendrai pas.
Concernant les qualités, je suppose que j’en ai quelques unes parce que j’ai pas mal d’amis qui m’aiment beaucoup. Je crois que ce qui me pousse le plus à penser et à agir, c’est la détresse des autres. L’humanisme me touche beaucoup. J’aurais toujours voulu fonder une ONG, mais il faut des moyens pour ça. Ce sera mon regret.
Et la fidélité en amitié. Pour le reste je laisse mes amis le dire.

 
Vous aimez dire que vous avez "trop de mémoire". Un troisième tome est donc en préparation ? 
 
Oui, j’ai déjà préparé les différentes têtes de chapitres. Il me reste le plus simple : à écrire. 
Marine Abat
Lu 3550 fois



1.Posté par Ti Tangue zilé zone le 24/05/2019 18:16

c’est mon grand-père de Saint-Joseph Justinien Vitry qui, à force de récitations, de tables de multiplication, de conjugaisons, m’a forgé une cervelle qui retient. ZUT IL VOUS A PAS INCULQUÉ LE RAP ? la poésie universelle des «  djeuns » maintenant qui écrivent papa avec huit P, qui avalent les voyelles ...

2.Posté par klod le 24/05/2019 19:32

haaaaa , un visage sur M. Jules bien à vous ! o twa !

3.Posté par klod le 24/05/2019 19:38

"Pour les défauts, une énorme gourmandise. Avant j’étais plus gourmand que ça. Avec l’âge on s’assagit. J’ai un net penchant pour l’alcool aussi. Je suis farfelu et imprévisible. C’est pour ça que je ne prends jamais de bonnes résolutions, parce que je sais que je ne les tiendrai pas.
Concernant les qualités, je suppose que j’en ai quelques unes parce que j’ai pas mal d’amis qui m’aiment beaucoup. Je crois que ce qui me pousse le plus à penser et à agir, c’est la détresse des autres. L’humanisme me touche beaucoup. J’aurais toujours voulu fonder une ONG, mais il faut des moyens pour ça. Ce sera mon regret.
Et la fidélité en amitié. Pour le reste je laisse mes amis le dire"

bellle image donnée de soi même , bravo M. Jules ! humilité et réalisme ! respect !et vive la gourmandise , le farfelu et l'imprévisible , toute une sagesse GAIE de vivre et non une sagesse triste , bravo !!!!!

4.Posté par Lesseps le 24/05/2019 19:42

Lol où quand la famille sert à faire sa pub gratos :) pratique mais pas éthique...

5.Posté par DIDIER NAZE le 24/05/2019 21:03

☺ SALUT JULES ! TU M AS L AIR D ETRE EN BONNE FORME , ET ÇA ME FAIT PLAISIR. FÉLICITATIONS POUR CETTE NOUVELLE PUBLICATION.

6.Posté par Babeuf le 24/05/2019 21:08

A posté 4 Lesseps
Pub familiale pourquoi pas pour deux raisons.
Jules Bénard a beaucoup de talent et ses écrits sont d'une grande qualité ,tout en évitant les mots et
phrases abacabrantesques comme certains plumitifs qu'il faut relire trois fois avant de comprendre ce qu'ils formulent!

La seconde raison est que cette publicité est gratuite contrairement à certains qui se font sponsoriser grâce à nos impôts par des "politichiens "qui en attendent des retombées!

7.Posté par Lauret Raymond le 25/05/2019 06:52

Jules Bénard - notre Julot à un certain nombre d'entre nous - place en face de nous le miroir de notre quotidien. Il nous et surtout me rappelle que la nostalgie n'est pas toujours une trés bonne chose. Et ça, il me faudra souvent me le rappeler pour "cultiver" mes souvenirs et non pas en faire des vérités pour les temps à venir. Car, et Julot a bien raison de le souligner, il est plus utile de préparer l'avenir. Un avenir que nos enfants et petits enfants auront à écrire et à bâtir. Puisque, nous devons tous le savoir, "La Terre n'est pas un don de nos parents. Ce sont nos enfants qui nous la prêtent..." . Et oui, contentons nous de penser et d'agir en regardant la détresse des autres. Et aussi en saluant les bonnes initiatives prises par notre jeunesse...
Merci, Jules de nous rappeler tout cela. Et aussi de nous conseiller d'avoir un dictionnaire à portée de main. A nos âges parfois bien avancés, nous en avons plus que jamais besoin. Ne serait-ce que par respect pour nos maîtres d'école d'alors....

8.Posté par çamêmemême le 25/05/2019 04:59

Toujours un plaisir de vous lire Mr Jules! Je vous ai découvert dans z'infos ! Merci Pierrot de nous avoir fait découvrir un bout de ta famille... j'appelle pas ça de la pub mais du partage... mais ça c'est une notion qui a du resterBloquée dans la Réunion de notre enfance!

9.Posté par Duplexis Robert le 25/05/2019 07:08

cet homme comme mon ami pierrot,est une source du passé pour nous tous,avec une humilité,cela fait du bien de savoir que des hommes comme ça,sont encore la et je l'espère pour longtemps encore,amitiés sincères MONSIEUR JULES, j'attends avec impatience et gourmandise le troisième volet

10.Posté par Pamphlétaire le 25/05/2019 08:15

Vous êtes un rare pilier de la mémoire M. Jules Bénard. Mettez par écrit (facile à dire, pas facile à faire) ces faits passés d'un autre temps ainsi que les faits qui ont engendré les "actualités" pour se rappeler ou découvrit celles-ci...Car nous sommes issus de l'Histoire, avec des temps tragiques ou des temps de bonheur et cela personne ne peut le contester, n'est-ce-pas?

Tous les peuples ont écrit leur histoire dès qu'ils ont pu écrire.
Voltaire (François Marie Arouet, dit) 1694-1778, Dictionnaire philosophique, Histoire, V.

11.Posté par Lambda le 25/05/2019 08:30 (depuis mobile)

Je vous admire car vos récits me rappellent ma jeunesse et tous les 400 coups qu'on faisait avec les copains je les avais un peu oubliés mais en vous lisant j'ai eu un grand moment d'émotion . Bravo encore à vous.

12.Posté par Le Jacobin le 25/05/2019 09:53

J'ai eu l'occasion de partager une table avec lui, je vous confirme que Oui il s'occupe très bien de sa fourchette, il lève très bien le coude, c'est juste un bon vivant.

Ce fut aussi un enrichissement pour moi car il parle sans arrêt, une véritable bibliothèque ambulant, très passionnant.

Il faut marquer le silence en l'écoutant pour ne pas le regretter.

13.Posté par pipo le 25/05/2019 14:29

Avec sa belle coiffure assaisonnée ;)
(gad elmaleh)

14.Posté par Joseph le 25/05/2019 20:30

Jules Bénard, ou la synthèse du Réunionnais, le vrai, celui dont on est tous fiers, et qu'on aimerait avoir comme grand oncle !
Bravo, continuez ainsi à nous rappeler notre bon vieux passé, hélas aujourd'hui métropolisé, africanisé, américanisé, bref complètement dissous dans la masse.

15.Posté par Sisi le 26/05/2019 11:04

J'adore ce qu'il ecrit...... surtout quand il parle des habitants de la Rivière.

16.Posté par L'Ardéchoise le 26/05/2019 18:59

Jules, je suis très contente de la sortie de ton livre, et te souhaite le succès que tu mérites.
Hélas, si je fais ce mot, c'est pour qu'il n'y ait pas un imposteur, un usurpateur de pseudo qui sait à quel point j'aime te lire pour écrire à ma place et se casser de billevesées.
Je viens de perdre mon fils de 44 ans dans un horrible accident.
Tu es précieux pour les gens de la Réunion et tes écrits sont incontournables.
Juste continue, c'est l'essentiel.
Cordialement, à te lire et te relire encore.

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