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Courrier des lecteurs

Sobriété énergétique : économiser l’énergie est indispensable pour le climat (I)


Par Bruno Bourgeon - Publié le Samedi 9 Octobre 2021 à 08:54

Sobriété énergétique : économiser l’énergie est indispensable pour le climat (I)
La sobriété, un pilier de la transition écologique ? Un nombre grandissant d’experts l’exigent pour économiser l’énergie. Pourtant la sobriété reste méprisée par les politiques. Voici les quatre piliers de la démarche de sobriété.
Le débat sur la politique énergétique se focalise en France sur le choix entre nucléaire et renouvelables. Mais l’enjeu crucial est celui de la consommation énergétique. Et on n’enrayera pas le changement climatique sans une politique de sobriété. Sans sobriété, « on n’y arrivera pas », avertissait Jean Jouzel, ancien vice-président du Giec, en juillet dernier (https://www.youtube.com/watch?v=4573mrbh-Vg).
Le concept de sobriété, prisé des philosophes antiques qui l’associaient au bonheur et à la sagesse, connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. Un nombre croissant d’intellectuels, d’associations et d’institutions, comme l’Ademe, y voient l’un des éléments centraux d’une transition énergétique réussie, permettant de rompre avec « l’ébriété » de nos sociétés de surabondance.
La sobriété vise à réduire notre consommation d’énergie et de biens matériels par un changement en profondeur de nos comportements et de nos modes de vie. Elle s’inscrit dans une démarche collective, dans la mesure où elle remet en cause les habitudes de consommation qui structurent aujourd’hui nos sociétés industrialisées. En nous affranchissant de désirs superflus, nous limiterions la pression que nous exerçons sur l’atmosphère et le vivant. L’idée, c’est de rééquilibrer les choses, d’arriver à une juste consommation : que les personnes consommant trop arrêtent de le faire, et que celles étant dans une situation délicate puissent satisfaire leurs besoins essentiels. Il faut penser l’énergie comme une ressource vitale devant être accessible à l’ensemble de la population.
L’ingénieur énergéticien Thierry Salomon, vice-président de l’association Négawatt, définit la sobriété comme une « intelligence de l’usage ». Il distingue quatre leviers d’économies d’énergie :
  • La sobriété structurelle, qui réorganise nos activités et l’espace de manière à favoriser des usages peu énergivores (comme en réduisant la distance entre les lieux de travail, les commerces et les habitations).
  • La sobriété dimensionnelle vise à réduire la taille de nos équipements : faire ses courses avec un véhicule d’une t n’est par exemple pas indispensable, dans la mesure où un vélo cargo peut souvent faire l’affaire.
  • La sobriété d’usage invite à modérer notre utilisation desdits équipements : éteindre les écrans publicitaires, limiter la vitesse sur la route, réparer son téléphone plutôt que de le jeter sont autant de manières de réduire notre consommation, explique-t-il.
  • La sobriété conviviale, enfin, relève d’une logique de « mutualisation des équipements et de leur utilisation » : partager sa tondeuse avec ses voisins, par exemple, permet de diviser par deux les nuisances environnementales que sa production génère.
Le concept d’économies d’énergie ne doit pas être confondu avec l’efficacité énergétique, qui relève davantage de changements techniques. Lorsqu’une commune remplace ses lampadaires à incandescence par des lampadaires LED, par exemple, elle améliore l’efficacité de son éclairage public. L’alternative sobre consiste à les éteindre aux heures les moins fréquentées de la nuit. La sobriété est bien plus complexe, car elle demande une remise en cause de nos modes de vie à la fois individuels et collectifs.
Parce que l’efficacité énergétique ne requiert pas de changement de modèle, les décideurs placent souvent tous leurs espoirs en elle. Mais miser uniquement sur l’innovation technique pour réduire notre consommation d’énergie peut s’avérer illusoire. De manière générale, on observe en effet que l’énergie économisée grâce aux gains en efficacité est bien souvent reportée sur d’autres usages. C’est ce que l’on appelle « l’effet rebond ». L’exemple typique est celui de la voiture, qui consomme beaucoup moins qu’avant, mais qui est plus accessible à tous, augmentant les émissions de CO2de par leur nombre. Les associations Négawatt et Virage Énergie ont toutes deux chiffré le potentiel d’économies d’énergie rendues possibles par la sobriété. Selon Négawatt, elle réduirait de 28 % notre consommation énergétique d’ici à 2050. Les estimations de Virage Énergie, réalisées pour la région Nord-Pas-de-Calais, sont encore plus optimistes : l’efficacité et la sobriété pourraient, ensemble, réduire la demande énergétique entre 29 et 73 % à l’horizon 2050, en fonction de l’amplitude des changements de consommation et de production envisagés. La sobriété contribue pour moitié à la baisse.
En dépit des économies d’énergie importantes qu’elle permet, la sobriété est parfois regardée avec circonspection. Ne suffirait-il pas de produire autant d’énergie qu’aujourd’hui, mais de manière décarbonée ? La réalité est plus complexe. En 2019, B&L Évolution, cabinet de conseil en transition écologique avait publié une étude saisissante, détaillant à quelles conditions il serait possible de limiter l’augmentation de la température globale à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle : interdiction de certaines lignes aériennes internes, réduction de la température de chauffage, interdiction à la vente des grands écrans, etc. L’étude montrait qu’atteindre un tel objectif impliquait nécessairement un virage radical dans notre manière de vivre et de consommer.
Pour rappel, en 2019, près de la moitié (47 %) du bouquet énergétique primaire français provenait encore de sources fossiles (pétrole, charbon et gaz). Il sera impossible de décarboner cette part importante de notre mix énergétique en seulement dix ans sans transformer en parallèle notre modèle économique et nos modes de vie.
La capacité de la machine industrielle mondiale est le principal facteur limitant. Une éolienne, ce n’est pas qu’une décision politique, c’est aussi du béton à couler, des matériaux plus ou moins rares à chercher, à assembler et à connecter à un réseau électrique. Nous n’avons pas les ressources techniques, physiques et humaines pour installer des milliards de panneaux photovoltaïques et d’éoliennes en un laps de temps aussi court.
Le nucléaire n’est pas non plus une solution magique. Outre le problème des déchets et des risques d’accident, la construction de centrales prend du temps. Dix ans, au bas mot. Trop, compte tenu des échéances climatiques.
Ce problème de temporalité est particulièrement accru dans les secteurs de l’industrie et du transport, qui sont encore très dépendants des sources d’énergie fossile. Quant au secteur aérien, au transport maritime et aux poids lourds, les alternatives décarbonées ne sont encore qu’à l’état embryonnaire.
En réduisant notre consommation à la source, la sobriété pourrait faciliter la transition vers un système neutre en carbone. Son importance est d’ailleurs reconnue par le Réseau de transport d’électricité (RTE) ; dans un rapport publié en juin, il notait qu’une plus grande sobriété permettrait « de relâcher la pression sur le rythme nécessaire de développement des énergies bas carbone ». L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estimait dans un rapport récent que, sans changements de comportement, les efforts d’ores et déjà sans précédent à fournir pour développer les technologies bas carbone devraient devenir encore plus intenses… et donc difficiles à tenir.
La sobriété ne se justifie cependant pas uniquement par l’urgence climatique. Substituer une source d’énergie à une autre, sans remettre en cause notre système productif, ne ferait que déplacer le problème. L’emprise territoriale des énergies renouvelables, par exemple, pourrait atteindre des niveaux peu soutenables pour le reste du vivant si la demande en énergie continue de croître à un rythme effréné.
Il y a aussi la crise de la biodiversité : son principal facteur est l’emprise humaine sur l’espace. Que l’énergie soit d’origine fossile, nucléaire ou renouvelable, notre modèle économique repose sur un niveau d’extraction des ressources naturelles délétère. D’où la nécessité de réduire nos besoins en amont.
Le caractère fini des ressources nécessaires au maintien de notre société d’abondance pose également question. Certains métaux indispensables à la production des éoliennes, des batteries et des puces électroniques présentent ainsi un risque élevé de pénurie d’approvisionnement. L’ère de la surabondance nous a fait croire à la toute-puissance, dit-elle, mais les limites de notre vaisseau Terre nous rattrapent inexorablement. C’est l’une des raisons pour lesquelles la sobriété est incontournable. Nous n’y échapperons pas.

 
Bruno Bourgeon, http://aid97400.re
D’après Reporterre : https://reporterre.net/Sobriete-energetique-la-solution-oubliee-l-enquete-de-Reporterre




1.Posté par A mon avis le 10/10/2021 16:31

Parce que l’efficacité énergétique ne requiert pas de changement de modèle, les décideurs placent souvent tous leurs espoirs en elle.


Cela rejoint le raisonnement de ceux qui pensent que nos capacités technologiques seront capables de résoudre tous les problèmes. Donc pas la peine de changer de mode de vie !

Ceci étant dit, toutes les propositions fort logiques et raisonnables énoncées dans votre billet ne s'adressent qu'à nos sociétés hyper-développées, et à condition d'un changement radical de modèle économique. Ce qui est utopique au regard de nos gouvernants occidentaux actuels.

Mais comment croire que des sociétés "en voie de développement", et qui n'aspirent qu'à une chose, atteindre notre niveau, vont sérieusement modifier leurs trajectoires vers le "progrès", et quand, de plus, ce sont souvent des pays à la natalité galopante ?

2.Posté par Bruno Bourgeon le 13/10/2021 07:06

AMA, le billet est incomplet, je l'avais fait en 4 parties. Il est paru ce jour sur Le Quotidien du 13/10. Vous trouverez la version complète sur le site aid97400.re

3.Posté par A mon avis le 13/10/2021 12:54

@ 2
Bien reçu !

4.Posté par Bruno Bourgeon le 13/10/2021 16:22

Ceci n'est que la première partie de 4 : la deuxième s'intitule : "les économies d'énergie méprisées par les politiques"; la troisième "comment la publicité et les normes sociales nous poussent à consommer", et la dernière "bienvenue dans une ville sobre".
Merci Zinfos de bien vouloir publier les trois autres parties.

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