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Faits-divers

Sexe, alcool, insultes et coup de couteau: récit de la tragédie du 1er mai 2020


Un conflit récurrent, de l'alcool et des coups de couteau mortels: retour sur la tragédie du 1er mai 2020, à Piton Saint-Leu où, en plein confinement, Sully Dalia a trouvé la mort. L'auteur présumé des coups est jugé ce lundi et mardi devant la cour criminelle. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Par IS - Publié le Lundi 23 Août 2021 à 18:39

Les portes de la cour criminelle et de la cour d'assises se sont ouvertes ce lundi à l'issue de la période de vacance judiciaire. Aujourd'hui et demain, Jean-Yannick Marivan est jugé pour avoir donné la mort à Sully Dalia, à Piton Saint-Leu, le 1er mai 2020. Dans le box des accusés se trouve également Brice Bomel, un ami de la victime, à qui on reproche d'avoir commis des violences en réunion.

Dans la salle d'audience ce lundi matin, les micros fonctionnaient si mal qu'il était difficile de comprendre le déroulé de ce tragique 1er mai 2020. Interrogés sur leur vision de l'affaire après la lecture des faits, Jean-Yannick Marivan, 41 ans et Brice Bomel, 35 ans, se sont bien gardés de les reconnaître. Du moins pas complètement.

30 personnes entendues au cours de l'enquête sur la mort de Timé
 
Appelé en premier à témoigner à la barre, le gendarme en charge de l'enquête a rappelé que ses services avaient été requis lors de cette fameuse soirée de début mai, en plein confinement, mais que la tension était telle sur les lieux qu'il lui avait fallu plusieurs jours avant de comprendre ce qui s'était passé : « une trentaine de personnes ont été entendues, dont 13 témoins directs », a raconté l'enquêteur. Plusieurs versions de ce qui a amené Jean-Patrice Marivan à porter au moins deux coups de couteau à son voisin, Sully Dalia, dit Timé, ont été données en recoupant les indications des uns et des autres.

Du rhum et des insultes

Il faut dire que ce jour-là, l'alcool avait trop coulé. Beaucoup avaient bravé l'interdiction de sortie. En fin de matinée, Timé était venu se garer sur le parking public situé entre sa maison et celle de Marivan. Assises sur le muret se trouvaient la compagne de ce dernier, Christelle*, avec une amie. « Suceuse » avait lancé Timé en descendant de sa voiture. « C'est parce que j'ai plusieurs enfants de pères différents",  a expliqué Christelle à la cour.

Le domicile de la compagne de Jean-Yannick Marivan est situé tout près du parking où se sont déroulés les faits
Le domicile de la compagne de Jean-Yannick Marivan est situé tout près du parking où se sont déroulés les faits
3 ans de disputes et de rancoeurs

L'enquête a démontré que dans ce quartier de Piton Saint-Leu, près de la Maison de quartier, de vives rancoeurs persistaient suite à des conflits de voisinage récurrents: « ça durait depuis 3 ans », a confirmé l'enquêteur. Dans l'après-midi, Jean-Yannick Marivan avait partagé trois bouteilles de vin avec sa compagne et leurs dalons. Même chose du côté de Sully Dalia, Brice Bomel et un de leurs amis qui avaient écumé trois bouteilles de rhum sur le muret du parking.

« Pourquoi alors que vous aviez bu et que c'était tendu, vous êtes retournée là-bas plutôt que de rester chez vous avec votre bébé ? », a demandé l'avocate générale à Christelle, dernière personne à être appelée à la barre ce matin pour témoigner.

Car c'est à ce moment là que les évènements s'étaient brutalement enchainés jusqu'aux coups de couteau mortels. Toute en provocation, Christelle avait suggéré à Timé qu'il « descende son pantalon pour qu'elle lui montre » pour répondre aux insultes reçues le matin. D'autres noms d'oiseau avaient suivi. Brice Bomel s'était interposé pour tenter de contenir la violence qui montait de chaque côté.

"Descends ton pantalon que je te montre"

Est-ce lui qui a donné en premier un coup de tête à Jean-Yannick Marivan avant de recevoir plusieurs coups de poings ? Ou bien l'inverse ? Hugo Bomel, 20 ans, a affirmé à la barre que son frère avait été frappé en premier.

Sully Dalia, directement pris à partie, s'était alors approché de Christelle et de Jean-Yannick alors qu'un bon nombre de voisins assistaient à la scène. Elle se serait retrouvée entre les deux hommes alors que son compagnon sortait le couteau qui se trouvait dans la poche arrière de son pantalon. Il avait frappé, la lame de 10 centimètres pénétrant dans le flanc de Timé. Puis, il lui avait porté un second coup à la tête atteignant la boîte crânienne. En quelques minutes, Timé, qui avait 2,10 g/l d'alcool dans le sang, avait succombé, victime d'un arrêt cardiaque. « Cela a été très douloureux », a confirmé la médecin légiste.
 
Un cran d'arrêt disparu à jamais

Le couteau aurait alors voyagé de main en main avant de disparaître et de n'être jamais retrouvé. Ce jour-là, en arrivant sur les lieux, Jean-Yannick avait exhibé sa lame, peut-être un cran d'arrêt, devant des ados en déclarant: « ça c'est pour celui qui me chercherait ». Des paroles prémonitoires pour certains.

Marivan qui s'était dit « victime de coups, acculé, encerclé par la foule » s'en était sorti avec quelques contusions ainsi que l'a décrit la légiste chargée de l'examiner lors de sa garde à vue. Timé, quant à lui, n'était pas armé. Jean-Yannick Marivan avait au départ été poursuivi pour meurtre  avant que la juge d'instruction en charge du dossier décide de retenir à son encontre des violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner, un crime passible de 20 ans de réclusion criminelle.

Ce mardi, l'audience sera consacrée aux plaidoiries de la partie civile puis aux réquisitions de la représentante de la société, Emmanuelle Barre. Ce sera ensuite à la défense de jouer.

Le verdict est attendu en fin de journée.
 
 *Prénom d'emprunt



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