Société

Sauvetage en mer: Les 3 stations SNSM de l'île fermées jusqu'à nouvel ordre

Depuis samedi dernier 30 novembre, les trois stations de la Société Nationale de Sauvetage en Mer sont fermées. Les bénévoles refusent de prendre la mer avec des gilets de sauvetage non-conformes. Ce problème reflète celui de la gouvernance de la SNSM, relevé dans un rapport sénatorial commandé suite au drame des Sables d'Olonne en juin dernier. La confiance des bénévoles envers le siège parisien est fortement entamée.

Mercredi 4 Décembre 2019 - 10:33

Les conditions de mer vont se dégrader dans les jours à venir, une forte houle est attendue. Mais les bénévoles du sauvetage en mer ne prendront pas la mer aujourd'hui, pour cause de problème de matériel de sécurité. Depuis samedi dernier c'est un état de fait: pas de bénévole de la SNSM sur les vedettes. En cause: des gilets de sauvetage tout neufs reçus vendredi dernier, en urgence, l'envoi précédent ayant été aussi problématique.

C'est une suite de couacs qui amène les "patrons" des vedettes de la SNSM à prendre la grave décision de ne pas mener leurs équipages en mer, depuis trois jours, mettant à mal leur mission de sauvetage, qui leur tient tant à coeur. L'histoire rocambolesque de ces gilets de sauvetage, coûteux et high-tech, commence en mars dernier, date de leur réception à La Réunion. Le siège de la SNSM avait commandé à Survitec, fabricant anglais de matériel de sécurité, 800 000€ de gilets de sauvetage, en remplacement des anciens arrivant en fin de vie fin décembre 2019.

Pour être en conformité avec la législation, les gilets de sauvetage doivent être révisés par des techniciens agréés par leur fabricant, une fois par an. Une étiquette est apposée sur chaque gilet, indiquant sa date de validité. Passée cette date, le gilet est inutilisable, sous peine d'amende, et au risque qu'il ne se déclenche pas correctement (ces gilets se gonflent sous l'effet d'un déclencheur). Le capitaine d'un navire est responsable de la sécurité de son équipage, il doit vérifier que le matériel de sécurité embarqué soit en stricte conformité. 

Problème: les gilets tout neufs reçus en mars portaient des étiquettes mentionnant une date de validité à fin septembre. En septembre, les présidents de station ont alerté le délégué départemental de la SNSM François Baquet, qui a fait le lien avec le siège parisien, de l'imminence de la date butoir. Le fabricant anglais Survitec était censé former le distributeur local, la société Unimar, à la révision des gilets. Mais Survitec a rencontré des problèmes de logistique, et fin septembre, les gilets n'étaient pas révisés. Le siège a demandé au fabricant de faire parvenir de nouvelles étiquettes, le temps que Survitec forme les techniciens d'Unimar, repoussant la date de validité des gilets au 30 novembre.

"Il y a urgence"

Les bénévoles ont installé ces nouvelles étiquettes fin septembre, mais, arrivés fin octobre, toujours pas de révision des gilets. Le délégué départemental, dans un mail daté du 24 octobre, écrit au directeur des achats de la SNSM "il y a urgence...Nous ne pourrons pas reporter la date de validité une nouvelle fois avec un nouveau tour de passe-passe.", en référence au changement d'étiquettes. Survitec étant dans l'incapacité de former les techniciens d'Unimar à temps, a envoyé, à ses frais, un second lot de gilets de sauvetages, parvenu vendredi 29 novembre aux trois stations réunionnaises de la SNSM, Sainte-Marie, Saint-Gilles et Saint-Pierre.

Ainsi, 18 nouveaux gilets de sauvetage de remplacement sont arrivés en urgence, un peu trop en urgence, car les sauveteurs ont eu la désagréable surprise de constater que la date de validité de ce nouveau lot se situe en avril 2019! Les présidents de station, les patrons de vedettes et l'ensemble des bénévoles se retrouvent dans l'impasse depuis samedi 30 novembre, date de fin de validité du premier lot de gilets. Le siège de la SNSM a fait parvenir directement du constructeur une "notice of compliance", qui ne rassure pas les bénévoles.

Contacté, le directeur des achats, Benjamin Serfati, nous assurait lundi soir que cette notice certifie que les gilets ont été révisés avant leur envoi, que les étiquettes sont une erreur humaine d'un manutentionnaire de Survitec, et évoque la "loi de Murphy" concernant La Réunion, affirmant que l'île est le seul endroit à avoir rencontré toutes ces difficultés. Il se dit peiné que les bénévoles n'aient pas confiance en le papier reçu, car son équipe s'est "décarcassée" pour les sauveteurs. Des étiquettes nouvelles ont été envoyées en express, qui devraient arriver les jours prochains.

Un problème de gouvernance ?

Ce manque de confiance évident illustre le problème récurrent de la SNSM, un problème de gouvernance. Au téléphone, Benjamin Serfati a d'ailleurs reconnu que le système SNSM est pyramidal. La SNSM est une association loi 1901, mais ses bénévoles ne sont pas adhérents, et n'ont pas accès au processus décisionnaire. Le siège, basé près de l'Opéra, à Paris, gère les formations des sauveteurs, les centres de formation, possède le matériel, bateaux compris, et emploie 79 salariés pour 3,7 millions de masse salariale en 2018. Suite au terrible naufrage des Sables d'Olonne en juin dernier, le sénat a auditionné les dirigeants de la SNSM, ainsi que les bénévoles rescapés du naufrage, dans le cadre d'une mission parlementaire. Le rapport pointe une "fracture entre la base et le sommet", et un modèle "jacobin" qui laisse les sauveteurs "sans voix".

Un bénévole réunionnais nous a conté que les bateaux doivent être entretenus par les stations, avec leurs propres moyens, car le siège verse zéro euro pour le fonctionnement des stations. Les sauveteurs doivent acheter leurs tenues, au siège, ainsi que des produits marketing. De plus, elles doivent envoyer leurs bénévoles (dits canotiers) à leurs frais, en formation en métropole. Par ailleurs, le président de la station de Saint-Gilles, qui s'est mis en retrait suite à ce problème de gilets de sauvetage, goutte d'eau (de mer) qui a fait déborder le vase, n'a plus accès au compte en banque de la station, du fait du montage particulier de l'association SNSM. Un problème de compte en banque rencontré par de nombreuses stations, qui nécessiterait un changement de statut de l'association, une fédération d'associations étant évoquée par les bénévoles.

Les bénévoles se sont réunis hier soir à Saint-Gilles, afin de décider ensemble de l'éventuelle réouverture des stations de sauvetage, sachant que celle de Sainte-Marie est sans vedette depuis plus d'un an et ne reprendra sa mission que vers la mi-janvier. Les patrons et canotiers sont formels, après avoir relu la notice de Survitec: elle ne comporte pas de date de révision. Par ailleurs, ils affirment refuser de coller de nouvelles étiquettes, ainsi les gilets devront-ils être effectivement révisés avant usage. La société Unimar recevra, par visioconférence avec Survitec, la formation quant à la révision des gilets de sauvetage dans le courant de la semaine prochaine. Unimar affirme que, ses techniciens étant en opération à Mayotte, elle ne pourra réviser les gilets qu'à compter de la mi-décembre.

En attendant la révision, les sauveteurs en mer n'acceptant pas de remplacer eux-mêmes des étiquettes dont ils doutent, ainsi que de leur délégué départemental dont beaucoup réclament le départ, il est possible que La Réunion n'ait pas de sauveteurs en mer opérationnels pendant quelque temps encore. Malgré la réponse que nous a donnée lundi par téléphone le Centre de Sécurité des Navires, les stations sont bel et bien fermées jusqu'à nouvel ordre.
Bérénice Alaterre
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1.Posté par DURAND le 04/12/2019 12:15

je suis de tout coeur avec nos benevoles

2.Posté par miro le 04/12/2019 13:14

Douter est le début de de la rationalisation. Bravo le SNSM, ne prenez pas de risques, nous avons besoin de vous . Personnellement ke pense ne jamais en avoir besoin, mais sait-on jamais ? ....

3.Posté par Rabas le 04/12/2019 14:04

Incroyable qu'une mission de service public, et qui plus est de secours, soit confiée à des branquignoles ! je ne parle pas des bénévoles qui assurent cette mission avec dévouement et compétence bien sûr, et chacun connaît l'historique et le fondement de cette merveilleuse association, mais tout de même : la sécurité des gens de mer et des usagers de l"océan ne mérite-t--elle d'être dévolue à des professionnels dotés d'un équipement adéquat ? Doit-elle être tributaire de la générosité du public ? Le secours en montagne (PGHM), le secours routier (Pompiers, SMUR) sont-ils assurés par des bénévoles ??? (Surtout dans un pays qui compte presque 4 millions de personnes sans emploi !) Ces derniers doivent-ils mendier des fonds auprès de la population pour se doter d'hélicoptères, de VSAV ou de VSR ?

4.Posté par Pyl le 04/12/2019 14:06 (depuis mobile)

Comment sauver des vies sachant que celle des sauveteurs sont perdues par avance par manque de conscience professionnelle et de mépris du siège envers les bénévoles.

5.Posté par Axel Ardan le 04/12/2019 15:34

Et ce n'est pas possible d'utiliser des gilets classiques en attendant (qui coûtent moins cher en plus) ?

6.Posté par Ananas le 04/12/2019 16:14 (depuis mobile)

800 000 euros de gilets... ça en fait des gilets de compètes😂
Plaisanteries à part, bravo quand même à tous les bénévoles secouristes. La m...e partout on dirait🧐

7.Posté par Océane Pacifik le 04/12/2019 16:24 (depuis mobile)

Manque de considération, mépris à l''égard des bénévoles : inadmissible ! Ces mecs s''impliquent personnellement, essaient de remplir au mieux leur mission. Gestion déplorable de la part du siège... Un grand coup de ménage sur le pont supérieur !

8.Posté par klod le 04/12/2019 19:06

la SNSM , les anges de la mer , merci à eux.

9.Posté par klod le 04/12/2019 19:44

le beau voilier sur la photo avec pont en flushdeck doit être sympa.

10.Posté par alaintoto le 04/12/2019 19:45

Une honte pour la France . Abandonnés de tous et foutage de gueule complet .Juste une bande d'ignorants qui ne se sont jamais trouvé en difficulté en mer . Là ils sauront ce que ces bénévoles sont capable de faire en collaboration avec le Cross !

11.Posté par DIDIER NAZE le 04/12/2019 20:45

MOI JE NE RENTRE PAS DANS LA....POLÉMIQUE. ...JE VEUX JUSTE SALUER LE DÉVOUEMENT ET L ENGAGEMENT DE CES PERSONNES QUI SE METTENT AU SERVICE DES AUTRES....QUI SAUVENT DES VIES...EUH SI L ASTICOT....PARDON LE....MASSICOT....DEVAIT COMMENTER CETTE INFORMATION. ...SI J AI FÉ DÈ FOTES....GRAMATIKAL....É BIEN KIL ME KORRIGE !!....MI INCLINE À MOIN....DEVANT SON....SCIENCE....I FUSE....😤😰😩😨😕😂😅.....

12.Posté par Mwin la pa di le 04/12/2019 21:24

Il me semble relever une inexactitude : les bénévoles peuvent être adhérents comme n'importe quel quidam et ainsi accéder aux infos. Le bénévolat mérite une meilleure reconnaissance. Mais doivent aussi participer à la recherche de dons pour leur station. Est ce bien le cas ?

13.Posté par Tabarluche le 04/12/2019 22:53

Post 9 KLOD: ça n'est pas un "flush deck", mais un roof en sifflet. Et de toutes façons, personne n'en a rien à battre, donc je ne vois pas l'intérêt de votre post...

14.Posté par Réveillez vous le 05/12/2019 08:50

Hé oui...les restrictions budgétaires imposé par l Europe se retrouve partout dans notre vie quotidienne...Mais ce n'est pas fini...cette année on est a 10 milliards donné a l Europe la France étant contributeur net...on parle bientot de 15 milliards avec la sortie du RU et l'arrivé de nouveau pays...on va les trouver ou ?

Sans parler de ce que indirectement la france impose a la france dans des projets ou encore les amande sur le non respect des règles européen ...


Ce sont des bénévoles courageux et ils n'ont même pas les moyens d'avoir du materiel correct pour leur propre sécurité....on va ou ?

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