Courrier des lecteurs

Santé digitale : une nécessité ?

Mardi 5 Mars 2019 - 09:55

Le retard pris par notre pays en santé numérique est considérable, alors que le digital submerge tous les aspects de nos vies, tant privée que sociale ou professionnelle. La relation singulière entre le médecin et son patient, à laquelle nous sommes tant attachés, doit aujourd’hui savoir intégrer les modifications de comportement des usagers du système de santé et composer avec les nouveaux moyens de communication.

Au cœur de l’e-santé, la consultation médicale n’échappe pas à ce tsunami digital. Les plateformes de mise en relation à distance du praticien et de son patient fleurissent comme autant de start-up. L’ubérisation du marché de la santé est une réalité et la téléconsultation colle parfaitement à cette définition : un phénomène récent consistant en l'utilisation de services permettant aux professionnels et aux clients de se mettre en contact direct, de manière quasi instantanée, grâce à l'utilisation des nouvelles technologies.

La liste des bénéfices attendus de la consultation en ligne est longue comme un jour sans pain : éviter de perdre du temps dans les transports, choisir son horaire pour ne plus entrer en conflit avec le temps de travail, désengorger les salles d’attente des cabinets libéraux voire des urgences hospitalières, lutter contre l’inégalité d’accès aux soins dans les déserts médicaux…

Toutefois, ne soyons pas des béats du high tech. En miroir de ces avantages, il y a des risques de mésusages et de dérapages. L’acte médical est ici amputé de sa composante spécifique qui est l’examen clinique. Exit la palpation, la percussion, l’auscultation.

Supprimées également toutes ces informations subtiles qui nous assaillent et nourrissent notre raisonnement hypothético-déductif dès qu’un patient s’allonge sur la table d’examen. Le médecin ne sera dépositaire que de ce que le patient voudra bien lui dire. Il faudra compenser la perte par un interrogatoire exhaustif et une inspection succincte par écran interposé.

En dehors de tout contexte d’urgence, cette virtualisation de la relation singulière peut bien souvent suffire pour un premier contact de débrouillage, pour conseiller ou orienter vers un spécialiste, pour rassurer un anxieux d’un simple clic ou pour assurer le suivi d’un patient bien connu. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’assurance maladie accepte depuis septembre 2018 de rembourser la prestation au tarif de la consultation en présence.

Même si l’on n'a pas encore trouvé mieux qu’une présence humaine pour consoler, rassurer et réconforter, la téléconsultation doit aujourd’hui trouver sa place dans nos stratégies de prise en charge et de suivi thérapeutique. Collectivement, médecins et patients avons la responsabilité de son bon usage. L’éthique professionnelle du médecin doit être le garde fou de tout dérapage mercantile ou insuffisance de prestation génératrice de perte de chance. Quant à l’usager, à lui d’être un consommateur-acheteur intelligent et de ne pas confier tout son capital santé aux bons soins des GAFAM. L’adage disant que la Santé est notre Bien le plus précieux, il faut encore parfois faire l’effort d’aller pousser la porte du cabinet médical.
Dr Bruno Bourgeon vice-président de l’Espace éthique de La Réunion
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1.Posté par Zarin le 05/03/2019 11:15

l’Histoire des Grenades :

Il était une fois un jeune homme qui étudiait la médecine avec un maître soufi, qui était aussi médecin. Après bien des années passées sous sa tutelle, il lui demanda un jour : « Maître, lorsque le prochain patient se présentera, laisse-moi, je t’en prie, lui recommander un traitement. Laisse-moi faire mes preuves !
- Je ne pense pas que tu sois encore prêt, répondit le maître, mais je vais te montrer quelque chose. Je vais te laisser faire... et tu verras.
Peu de temps après, ils étaient assis devant la maison, lorsqu’un homme s’approcha. Le maître dit au disciple : « Voici un malade. Il a besoin de grenades pour guérir ».
Lorsque l’homme fut près d’eux, l’étudiant se leva et l’aborda avec ces mots :
- Tu es malade.
- Oui, répondit l’autre. Je suis malade.
C’est pourquoi je viens voir le docteur
- Il te faut manger des grenades, ordonna le jeune homme.
Le client parut surpris : « Des grenades ! Et pourquoi donc des grenades ? » fit-il. Et il s’en alla.
Le jeune homme se tourna vers le maître :
- Mais qu’est-ce qui ne va pas ?
- Attends qu’un cas similaire se présente et je te l’indiquerai », répondit le docteur.
Quelques semaines plus tard, ils étaient tous deux assis sur le pas de la porte lorsqu’un autre homme s’avança vers eux. « Cette fois, je vais t’apprendre quelque chose sur les grenades, dit le docteur, car il se trouve que cet homme a lui aussi besoin de grenades ».
Il fit asseoir le malade, le considéra longuement : « Ah oui, je vois... Votre cas est très intéressant. Bien ! Attendez un peu que je réfléchisse... Ce qui est indiqué dans un cas pareil, c’est un remède naturel, bien sûr. Tenez ! Un fruit, peut-être... Avec de nombreux pépins... Du citron ? Non, cela risque d’être trop acide pour vous. Voyons... Ah ! je sais ! Des grenades ! »
Le docteur regarda son client comme s’il venait de faire une grande découverte. Le malade, très satisfait, le remercia et s’en retourna chez lui tout heureux.
Le jeune homme demanda alors : « Mais où est donc la différence ? C’est exactement ce que j’avais dit : des grenades !
Oui, mais vois-tu, ces deux hommes avaient encore plus besoin de temps que de grenades ».

2.Posté par Bruno Bourgeon le 05/03/2019 12:44

Merci, Zarin, de cette parabole qui souligne l'indispensable relation soigné-soignant.

3.Posté par Ken le 07/03/2019 18:26

Oui, trouver un psy qui s’en rappelle et ne soit pas juste un dealer de drogues légales mle semble meme Impossible à la Run...

4.Posté par maikouai le 07/03/2019 19:38

Hélas, comme la quasi-totalité d’entre nous éprouve un besoin effréné de disposer de plus en plus de temps pour s’adonner qu’aux futilités, (enrobées de débilités quotidienne, largement desservi en l’occurrence par les médias dans la course aux gadgets prisons et autres peccadilles), vos subtiles mises en garde contre les pires « catastrophes humaines » : Indifférence ; Égoïsme : absence de discernement… qui s’installent insidieusement en tout, risquent de passer inaperçus.
Si dans le monde des animaux, l’homme dispose d’un savoir-faire supérieur, par contre par l’auto destruction qu’il pratique et entretien déraisonnablement, son intelligence laisse à désirer. En effet, Il vide les océans de son contenu, empoisonne la nature, épuise les ressources naturelles, stocke un armement pouvant détruire au moins 3 fois la planète.
Paradoxalement dans ce non-sens, on incite l’individu à faire des études, à être performant, tout en laissant se développer à contrario une automatisation démesurée et outrancière, conditions principales du chômage et …?! Un exemple parmi d’autre, il faut au moins 10 années d’études supérieures pour obtenir le diplôme de médecin. Avec la vulgarisation des cabines de télémédecine à 25€ la consultation (diagnostique et ordonnance comprises), de ce fait quand un « magna » aura couvert de ses machines de soins quasi autonomes, le territoire, que feront nos diplômés ?? Transposons cet exemple d’automaticité, favorisant le chômage à toutes les activités indispensables (soins, transports, logements, alimentation, enseignement…) à part détenir à profusion et en permanence du temps libre dans un proche avenir, que devient l’Homme et son savoir ? « Science sans conscience … » et « l’excès est toujours nuisible »

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