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Courrier des lecteurs

Retour au rond-point des Azalées


Tribune – Arnold Jaccoud • psychosociologue – 21 août 2020

Par Arnold Jaccoud - Publié le Lundi 24 Août 2020 à 13:17 | Lu 1170 fois

Retour au rond-point des Azalées
Retour au rond-point des Azalées... que l'autorité publique devrait accompagner et soutenir avec détermination

Pas mal de problèmes accablent La Réunion ! Pas besoin d'y réfléchir à s'en épuiser, on pourrait bien en résoudre plusieurs en réalisant ce que la plupart des gens attendent : la moralisation et l'assainissement de la vie publique. Ça changerait nombre de pratiques individuelles et collectives dans les milieux politiques, institutionnels, professionnels, sociaux... On respirerait mieux. Dans beaucoup de milieux, on vivrait simplement une existence plus vivable...

Dans leurs "ron kozé" et leurs débats, les militants rencontrés aux Azalées évoquent une multitude d'exemples, après tout assez ordinaires, qui reposent sur une observation de comportements sociaux inciviques de "gens importants", qui se répètent, et qui, du fait d'une conscience collective croissante et de mieux en mieux informée, sont devenus profondément inacceptables.

La société réunionnaise entière est aux prises avec ces questions éthiques fondamentales

Là, je recueille ces exemples en les mesurant à ma propre expérience : La première évocation est celle de l’exploitation salariale qui nourrit la société de caste, le travail au noir et les politiques d'assistance. La seconde suit de près qui renvoie aux péripéties d'un néocolonialisme opiniâtre et juste derrière, au racisme systémique dans lequel trempent nos représentations inconscientes du monde et qui nous rappelle que la matrice de l'existence de notre société créole est restée de l'autre côté de la planète, "lot koté la mer". Au cours des échanges, je repère ensuite sans problème, tellement il semble massif et révoltant, le zembrocal judiciaire invraisemblable qui tisse une justice véritablement de classe (que d'autres appellent "coloniale") avec la partialité apparemment structurelle de certains magistrats plus enclins à se soumettre aux hiérarchies dominantes qu'à dire le droit. Dans un domaine adjacent, difficile également d'ignorer les exactions habituelles visant particulièrement la spoliation foncière, avec leurs outils privilégiés que sont les malversations réputées de nombre de représentants des corps auxiliaires de la fonction publique : notaires, huissiers, avocats, géomètres, responsables du cadastre, ...

Oui, les ron kozé des Azalées ne redoutent pas d'aborder un ensemble de difficultés sociales constituées par un patriarcat indéracinable autorisant, en la dissimulant à peine, une culture quasiment immuable du viol, ou une politique hyper-sécuritaire menée par le gouvernement actuel, ou la corruption ordinaire d'une partie du personnel politique des collectivités locales, ou les formes les plus destructrices du capitalisme, structurant les situations de monopole qui anéantissent l'économie locale et nourrissent l'inactivité professionnelle systémique, ou encore la censure médiatique, imposée par la crainte bien entretenue d'un étranglement financier de la part de puissants annonceurs ...

Des convictions partagées, mais... une lutte solitaire

Quand j'écoute ces propos, j'ai la conviction que la plupart des détenteurs honnêtes de la moindre autorité, aussi bien que la majorité des citoyens informés et conscients, partagent de façon explicite cette exigence de salubrité publique et dénoncent eux-mêmes les pratiques, sommairement énumérées ici, qui vandalisent l'âme même de la société réunionnaise... Mais ils se réfugient hélas trop fréquemment dans une cécité prudente et une inaction de fait, largement répandues ! Chacun son chacun et y aura point bataille... Et comme généralement en France, je crains qu'on compte toujours sur la volonté et la visite d'un ministre parisien pour "régler tous les maux qui rongent La Réunion..."

M'approchant de ces idéalistes militants qui gravitent autour des Azalées, je tombe sur leurs écrits dont, aux yeux des "réalistes" du clientélisme local, la prétention n'a d'égale que la naïveté : "Choisir de lutter ensemble, c’est réellement travailler à construire le nouveau monde dont nous rêvons et détruire ce que nous ne voulons plus du vieux monde. C’est refuser que perdurent ces pratiques destructrices...". Et leurs actions, parfois protestataires, et le plus souvent constructives, illustrent la légitimité et la cohérence de leurs propos.
  
Mais comment donc la société réunionnaise entière pourrait-elle ne pas soutenir avec enthousiasme et détermination ces courants et leurs initiatives ... et les autorités publiques leur déclarer leur appui résolu et leurs encouragements, au nom d'un civisme partagé ? Et on pourrait même l'invoquer, tenez donc, "au nom de la République exemplaire"...
Dans ces propos, qu'on ne me prenne pas pour un gauchiste ou même un populiste ou un progressiste. Je déteste ces tendances idéologiques. Je plaide pour des valeurs de vérité et de justice. Valeurs de la tradition la plus noble et la plus enracinées dans notre subconscient collectif. Et en la circonstance, je ne suis vraiment pas un militant. Juste un observateur et un témoin, bien sûr subjectif, de l'élan qui rassemble ce laboratoire social autour du rond-point des Azalées. Cette expérimentation est restreinte sans doute, partisane certainement, mais porteuse d'une dynamique éthique et patriotique réelle, partagée entre des dénonciations mille fois légitimes, d'un civisme exemplaire et des initiatives d'action constructives courageuses. De plus toutes menées dans une solidarité étonnante. Et ses initiateurs acceptent même les désaccords sur leurs différentes prises de position...

"La convergence de nos engagements, ajoutent leurs écrits, se doit d'admettre l’hétérogénéité du mouvement ainsi que la diversité des techniques que nous co-créons. C’est en choisissant de lutter ensemble, étape par étape, que les liens entre nos différents objectifs nous paraîtront véritablement évidents, et que notre nouvelle organisation sociale verra ses traits s’affiner."

Une pratique démocratique qui éloigne des échecs retentissants de la Politique de la ville...

Pour être un professionnel parfois concerné par la chose, les rencontres de convergence des Azalées me font immanquablement penser à la politique de la ville et aux conseils citoyens derrière lesquels courent en vain les mairies depuis des dizaines d'années, au nom de la démocratie participative. En s'éloignant remarquablement de trop de semblants de consultations et de concertations sans effet, bien trop souvent mystificatrices, les "ron kozé" des Azalées me renvoient surtout à ces échecs répétés. Comme la confirmation que dans ce domaine, les décisions venant d'en haut sont inévitablement promises à la faillite...

Les militants engagés sur le rond-point s'appliquent à imaginer et élaborer une politique nouvelle, dont les visées pragmatiques contribuent à une recomposition d'un "savoir social" noyé dans la confusion ambiante nourrie par le "syndrome de la goyave de France", en matière
- de restauration des modes élémentaires de la régulation sociale
- de rétablissement des liens sociaux, constitutif de la société créole
- de promotion des valeurs concrètes de resocialisation et de citoyenneté

Ils se consacrent au développement d'actions innovantes dans des domaines qui sont systématiquement explorés, tournées vers un agir avec le milieu et dans le milieu, en réinventant sans cesse des façons de susciter l'initiative des habitants/citoyens et de les associer effectivement aux actions qui les concernent. Leurs engagements reposent sur des valeurs dont la qualité et l'authenticité sont à encourager. Ils conduisent à développer des démarches et des structures audacieuses auxquelles sont assignés des objectifs opérationnels, visant avant tout à favoriser et susciter l'intérêt collectif, la créativité et l'énergie sociales. Leurs façons d'agir dans ce laboratoire de changement est en passe d'esquisser concrètement des réponses à des questions fondamentales, telles celles de "l'utilité sociale", du pouvoir social d'agir de chacun et de son/ses groupe/s d'appartenance, des principes de la collaboration non fictive des habitants, de l'intégration sociale, des statuts sociaux et de la citoyenneté active de toutes et tous. Leur démarche ne vise pas à décrire ce qu'on devrait faire, si on pouvait, mais à le réaliser.

On est manifestement dans une "-praxie", une pratique de vie, qui conduit clairement à une stratégie d'interventions raisonnée et à des actions réelles.

En ce qui les concerne, une expérience connue se vérifie chez eux : les mouvements sociaux transforment profondément ceux qui y participent. C'est le miracle que déclenche les actions qu'ils engagent. Elle permet des ancrages durables dans la conscience des militants et de tous ceux qui sont en empathie avec eux. L'intérêt des autorités publiques est manifestement à terme, et même sous condition, de les soutenir résolument et de les encourager !




1.Posté par République le 24/08/2020 14:37

La moralisation, et donc un certain assainissement de la vie publique, passe par un chemin incontournable : se préparer à en finir avec la professionnalisation de la politique. Un citoyen, un mandat, pour un temps donné à tel ou tel niveau de l’organisation du pays – y compris dans la représentation syndicale et associative (ce niveau reçoit bien des aides publiques, à partir de l’argent des citoyens). Ce qui devrait remettre partis et organisations de toutes sortes dans leurs vrais repères. Et pour faire vite et fort, et instaurer un climat dans la durée, il faut une loi nationale… un thème de fond pour le débat de la prochaine présidentielle. Tout le reste en découle… y compris une pédagogie de l’information (la part du monde de la presse) pour casser toute sorte de populisme qui nuit à l’efficacité de la démocratie.

2.Posté par JUSTEDUBONSENS le 24/08/2020 18:16

Ce qui partait d'un bon sentiment à l'origine du mouvement des gilets jaunes est parti en live par l'accaparation de quelques uns du mouvement et de la seule volonté de vouloir un Conseil d'initiative citoyenne, au-dessus des lois et contraire à la constitution ce qui ne pouvait qu'aboutir à un échec. On s'est contenté du "machin" voulu par la Région qui vient de se manifester par suite de l'absence d'entretien avec le Ministre.
Quand ce qui préoccupait et préoccupe toujours les Réunionnais, le coût de la vie et avait motivé le mouvement social des GJ, n'est resté qu'un épiphénomène pour laisser la place aux "longues dents" qui visaient des mandats électoraux et sans doute très vite récupérées par les politiques en place pour squeezer le mouvement. Ce qui s'est avéré.
Aujourd'hui l'auteur nous parle de solutions innovantes, mais il ne nous en relate aucune.

3.Posté par klod le 24/08/2020 18:54

"La société réunionnaise entière est aux prises avec ces questions éthiques fondamentales "...et le monde d'ailleurs ……….


en effet , je caricature mais à peine : nous vivons dans une société "néolibérale" :

- où l'optimisation fiscale de "grands groupes économique français" : total ...etc … ( mot de langage pour les conglomérats économique qui peut se traduire réalistement : le vol des grands groupes internationaux pour ne pas participer à la solidarité nationale !!!!) ne donnent pas des suites judiciaires

- où on stigmatise la "fraude " des chomeurs et autres allocataires des minimas sociaux bien que le pourcentage des grands fraudeurs ( multinationale , groupe français qui "optimisent" ….) se compte en milliards …………….

- où le salarié lambda n'a pas une participation aux bénéfices de l'entreprise , bien qu'il soit le 1er a participé à ces bénéfices …………

- où l'élu qui fraude est condamné avec sursis , alors qu'il est censé représenté le peuple et la loi, subsidiairement ………..



et certains veulent stigmatiser de simples gilets jaunes ……………. hypocrisie sociétale ………

mais bon , la lutte continue contre l'iniquité de certains , et ce n'est pas certaines dérives des "ronds points des azalés" qui changeront les dérives , à coup de milliards des autres en cols bancs !!!!


du manque d'éthique des cols blancs et du manque d'éthique du délinquant ordinaire : une comparaison ; à paraitre aux éditions " un monde meilleur".

4.Posté par Adolphe benito le 24/08/2020 19:30

J'ai bien ri.

5.Posté par le ramoneur le 25/08/2020 11:40

De quoi peuvent vivre ces pauvres gens installés à demeure sur l'espace publique.? Y a t'il eu des subventions? Si produire enrichit discutailler Pas . Il semblerait que toutes les révolutions se terminent par un retour à l'age ancien. ''Ils " appellent cela : Restauration. ! apres le Communisme ,la Russie est revenu à un capitalisme encore plus féroce : le gouvernement des Oligarques

6.Posté par Richard Zoreil de Sin Dni le 25/08/2020 16:55

Monsieur, je ne comprends de ce que vous écrivez ....
La première évocation est celle de l’exploitation salariale qui nourrit la société de caste, le travail au noir et les politiques d'assistance. La seconde suit de près qui renvoie aux péripéties d'un néocolonialisme opiniâtre et juste derrière, au racisme systémique dans lequel trempent nos représentations inconscientes du monde et qui nous rappelle que la matrice de l'existence de notre société créole est restée de l'autre côté de la planète

C'est à se demander si vous n'êtes pas déconnecté de la vrai vie.....

Moi je vous conseil de redescendre sur le front de mer de St Pierre et de respirer l'air ioder, cela vous changera de l'air pollué par les voitures sur le rond point des éternelles mal o ki
SIC

7.Posté par Richard Zoreil de Sin Dni le 25/08/2020 16:58

Ah ah ah !!!!!
"syndrome de la goyave de France"


C'est trop marrant de lire cela de votre part, car c'est nous les zoreils pays les goyaves de France !!!!

8.Posté par Richard Zoreil de Sin Dni le 25/08/2020 17:07

le zembrocal judiciaire invraisemblable qui tisse une justice véritablement de classe (que d'autres appellent "coloniale") avec la partialité apparemment structurelle de certains magistrats plus enclins à se soumettre aux hiérarchies dominantes qu'à dire le droit.


Croire que l'on est victime d'une injustices cache souvent un déni de la vérité, je peux vous donner des exemples de personnes notoirement connu à la Réunion qui sont persuadés être victime alors que c'est totalement faux.....

9.Posté par CAJAOP le 25/08/2020 18:26

On pourrait avoir un petit résumé, svp ?
Dix lignes pas plus, c'est tout ce que je peux supporter dans ce style de littérature.
PS: Ne mettez pas les trois premières lignes , ce sont celles que j'ai déjà lues avant de passer en lecture diagonale.

10.Posté par Mwin la pa di le 25/08/2020 20:40

Aucune logique...

11.Posté par Jean RAMONA le 25/08/2020 20:59

Pour se déculpabiliser de leurs échecs les ex colonies sachant que l'excuse du ' Colonilisme ' ne marche plus ont inventé ' le néo colonialisme '.--- Quelle sera la prochaine accusation ,la prochaine excuse ?

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