MENU ZINFOS
Courrier des lecteurs

Réchauffement climatique et économie


Par Saucratès - Publié le Mardi 11 Août 2020 à 15:57 | Lu 862 fois

Je vais traiter aujourd’hui d’économie et de réchauffement climatique, pour reprendre un dialogue à distance entretenu avec M. Bruno Bourgeon. Avant tout, je tiens à indiquer que je ne suis pas climato-sceptique, je suis en effet persuadé que l’activité de l’homme est en grande partie responsable des émissions croissantes de gaz à effet de serre qui sont elles-mêmes la cause du réchauffement climatique de notre planète Terre. Mais ceci étant dit, je ne suis pas comme ces excités qui exhibent comme preuve du réchauffement climatique tout fait qui corrobore la hausse des températures. Incendies monstrueux en Australie ou en Sibérie, record de température en décembre 2019 à l’Ile de la Réunion ... Je ne me retrouve ainsi pas du tout dans les égéries de la lutte contre le réchauffement climatique comme Greta Thurnberg. Ces jeunes leaders seront peut-être demain de grands leaders politiques et conduiront le monde, la Terre, à un grand changement, mais je crains plutôt qu‘ils ou plutôt elles seront les meneurs d’un fascisme écologique mondiale qui pointe peu à peu son nez. Mais je comprends aussi que ces jeunes puissent être considérées par d’autres comme des messies, des leaders éclairés.

Ceci étant précisé, le monde n’étant pas encore ni fasciste ni une dictature écologique, je vais en revenir à mon propos liminaire sur l’économie.
 
1) Comment le monde économique pourrait-il intégrer les contraintes du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles dans la formation des prix et dans la production des biens et services et leur consommation par les usagers ?
 
Tel est en effet le but de l’économie. Expliciter et mettre en équation le fonctionnement du monde et des échanges économiques. Et dans le cas present, comprendre pour quelles raisons les prix du pétrole et des ressources naturelles en voie d’épuisement n’intègrent pas cet épuisement annoncé. Car le fonctionnement normal de l’économie voudrait que face à l’engorgement du monde, à l’épuisement des ressources naturelles et aux émissions croissantes de gaz à effet de serre, les prix de ces différents biens et services explosent en intégrant les effets du réchauffement climatique. Ce renchérissement limiterait l’usage de ces biens à une seule elite, ce qui aurait pour effet de réduire les emissions de GES et l’épuisement des ressources naturelles. Ce serait ainsi le cas de l’essence et du pétrole, de la viande de bœuf, des voyages en avion et du tourisme. Face à une essence à plus d’une dizaine d’euros du litre, de la viande de bœuf ou de poulet à plusieurs centaines d’euros du kilo, à des billets d’avion à plusieurs dizaines de milliers d’euros, les consommateurs normaux n’auraient plus la possibilité d’en consommer ou de s’en offrir, et ils ne mettraient plus autant de gaz à effet de serre. Plus de véhicules automobiles sans essence, plus de voyages en avion ... Les prix auraient dû normalement croître peu à peu pour que la transition ne soit pas trop violente, afin que peu à peu les consommateurs des classes pauvres ou moyennes se restreignent peu à peu. 

On peut penser que ce fonctionnement économique normal est monstrueusement injuste et violent, pratiquement fasciste. On trouverait d’une certaine façon normale, moral, que ces biens mauvais pour la planète continuent d’être produit et consommé, en petite quantité, au bénéfice seulement d’une fraction enrichie de la population. Mais il faut aussi noter que produit et consommé en petite quantité, ces biens et services ne sont pas mauvais pour la planète. C’est leur usage et leur production en masse qui est mauvais pour la planète. 

Et au fond, on accepte déjà un tel fonctionnement. On accepte l’existence de produits de luxe, plus agréables, plus efficaces, plus beaux, que seuls une poignée de riches peuvent s’offrir. L’existence de Ferrari et de Buggati lorsque tout le monde ne peut rouler qu’en Peugeot où en Renault ...
 
De manière très surprenante, ces mécanismes économiques n’ont pas convenablement fonctionné dans le monde capitaliste occidental, ni ailleurs ; les prix de tous les biens et services n’intégrant pas les effets de leur épuisement annoncé et du réchauffement climatique. Bien au contraire, ces biens et services se sont démocratisés et ils ont été produits de plus en plus massivement, jusqu’à rendre flagrant l’impact de leurs émissions de GES. Comment cela s’explique-t-il ?

Face à ce mécanisme économique normal, qui voudrait que les prix reflètent le coût de fabrication réel des biens et services, les positions des extrémistes écologistes et des collapsologues visent à l’interdiction de l’utilisation et de la commercialisation de ces biens et services néfastes pour la planète. Ils ne visent pas à réguler par les prix leur usage et leur commercialisation, mais ils veulent leur interdiction absolue. Interdire les SUV et les 4x4 par exemple parce qu’ils polluent plus que les autres véhicules automobiles. Interdire les voyages en avion. Ecceterra. 

Mais en même temps, on pourrait dire que le fait de limiter l’usage de ces biens et services aux seuls plus riches consommateurs n’est guère plus acceptable socialement. D’une certaine façon, on voit ainsi s’opposer deux visions du monde : une vision économique contre une vision morale ou plutôt moralisante. Régulation par les prix contre interdiction et jugement moral.

2) Peut-on expliquer le fonctionnement imparfait de l’économie mondiale ou bien proposer des solutions ... ou bien comment expliquer cette absence d’une véritable volonté politique mondiale ...
 
Je ne suis pas compétent pour expliquer les raisons du fonctionnement imparfait des marchés et des prix. Pour quelles raisons les prix du pétrole ne reflètent-ils pas le niveau de raréfaction de cette ressource naturelle, pas plus que les prix de toutes les autres ressources naturelles ou minérales ? Pour quelles raisons le prix du pétrole a-t-il autant baissé depuis la crise financière de 2007, voire est-il presque devenu négatif pendant la pandémie de coronavirus ? Pour la même raison que le prix du diesel et de l’essence ne peut pas socialement dépassé 1,20 ou 1,50 euro sans violente réaction populaire ou sans mouvement de blocage des transporteurs à La Réunion ou en France. Il y a des raisons politiques et sociales en interne, il y a des raisons de conflits ou d’arbitrage internationaux. Et il y a des raisons liées à la spéculation financière. 
 
La spéculation permet à des financiers de spéculer et de gagner des milliards sur à peu près tout. Les technologies des énergies renouvelables. La baisse des devises internationales. La baisse des cours des marchés en période de crise financière. La baisse de l’immobilier en cas de crise des surprimes. La spéculation sur les masques, les gels et les vaccins en période de pandémie. Et demain sur les ressources en eau en cas de crise écologique. 

Le fonctionnement des marchés, donc du capitalisme, est totalement imparfait, contrairement à toutes les théories sur la concurrence pure et parfaite. La bonne allocation des ressources financières, ideal-type du capitalisme est évidemment remisé en cause par les ravages de la spéculation financière. On sait que le capitalisme ne sait pas non plus géré la pollution, et qu’une instance supérieure, l’Etat, doit obligatoirement imposer des taxes au capitalisme et aux industriels pour prendre en compte le coût de la pollution. Mais ça, cela marchait bien très bien au temps de l’Etat nation. Cela ne fonctionne plus dans le cadre de la mondialisation, lorsque les industriels et les financiers peuvent déplacer leur système productif dans les pays les moins-disants en matière de législation et de protection.
 
Il en va de même pour la composante de raréfaction des ressources naturelles, et d’émission de gaz à effet de serre. Le marché ne peut pas les prendre en compte parce que c’est une forme ressemblant  au concept de pollution. Leur prise en compte par le marché n’est possible que si elle est imposée par un Etat ou par la communauté internationale. Et du fait de la mondialisation, il ne faut pas que ces industriels puissent trouver des états moins disants en terme de normes. Et nous savons évidemment que ce n’est pas le cas. Chaque État cherche à être moins disants que ces voisins, même et surtout dans l’Union européenne. Moins-disants en règles sociales, moins disants fiscalement comme l’Irlande ou les Pays-Bas ...

La seule façon de légiférer dans ce domaine est de cibler les consommateurs. C’est pour cette raison que nous sommes abrutis de taxes. Viser les producteurs ne peut que conduire à la fuite des productions déménageables, même s’il n’en reste pratiquement pas en France. Mais cet excès de taxe à la consommation crée un mouvement de contestation, que ce soit celui des bonnets rouges en Bretagne ou celui des gilets jaunes.
 
Il faudrait une législation internationale visant à faire payer le vrai prix pour tout ce qui aide à la mondialisation des échanges, pour tout ce qui émet des gaz à effet de serre. Véhicules automobiles des particuliers, déplacements aériens, frets pour les échanges internationaux. Vrai prix du pétrole pour intégrer sa pollution et son épuisement prochain. Mais tout ceci doit se faire au niveau international. 
 
Et tout ceci ne peut pas se faire immédiatement. Nous avons vu pendant ce confinement et cette pandémie les ravages qu’un arrêt du commerce international et des transports aériens peut provoquer. Manque de médicaments, de produits, de matériels. Il faudra des années, voire des décennies, pour relocaliser tous les systèmes de production au plus proche des consommateurs.
 
Y a-t-il donc un espoir ? Cela me semble très improbable. Mais est-on d’ailleurs prêt à tout payer plus cher, à moins consommer, ne pas changer de téléphone, d’ordinateur, de montre connectée, de voiture, tous les quatre matins ? Et à voir certains, les plus riches, de continuer à pouvoir les acquérir et les utiliser ? Sans en être envieux et haineux ? Et qu’en penseront les intégristes de l’effondrement ?

https://saucrates.blog4ever.com/articles




1.Posté par Bruno Bourgeon le 11/08/2020 16:36

Le vrai prix des choses... Et les subventions étatiques pour les plus démunis via une taxation des plus riches, décidée à l'échelle mondiale. Je crois que c'est Milton Friedmann lui-même qui était prêt à être taxé à 99%: le 1% restant lui suffisait plus que largement pour vivre.
Le confinement nous a révélé deux choses : l'importance de la santé, de la boisson, et de l'alimentation d'une part, et la purification de l'atmosphère en CO2 avec la diminution de l'activité économique. Sont-ce là des vertus? Certes à mes yeux. Cela prouve que nous vivons au-dessus de nos moyens, par le crédit à la consommation et les envies attisées par la publicité. Je ne sache pas que la condition de ceux qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté, ici ou ailleurs, ait été notablement changée par le frein économique. Les classes moyennes ont le plus souffert. Et plus on est utile, plus on est mal payé, comme disaient justement "Les Goguettes". Nous devons replier notre activité économique vers plus de résilience, plus de résistance, s'habituer à ne plus avoir de pétrole, s'habituer à moins de confort, moins de ceci, moins de cela, par exemple la 5G ne me décrit pas un monde enviable.

2.Posté par C.J. le 11/08/2020 19:43

A Saucrates..
Salama e
J' ai lu avec un vif intérêt ton écrit.. j' adhére pleinement.
Et puis, il y a ces faux-culs de la Planète qui prétendent faire de l' écologie chez eux mais exportent leurs déchets dans les pays sous-développés...qui font faire les productions crasseuses chez les autres pendant qu'ils se tiennent au propre.
Un seul exemple pour comprendre..
A propos des médicaments et produits pharmaceutiques...il y a une frange d' économistes pour considérer que ce serait de la folie que de rapatrier la production de médicaments dits de masse à consommation courante genre Dolipranes ou autres,qu' il est préférable de laisser cette production ailleurs et d' en importer...en lieu et place, pour équilibrer notre balance d' échanges commerciaux de de vendre des médicaments de nouvelles générations, faites de molécules nouvelles, bien sûr plus cher , en moins gde quantité et qui suffit largement pour couvrir les importations..
Etc....etc
Bien cordialement.

3.Posté par A mon avis le 12/08/2020 19:06

Vous n'évoquez pas ou très peu le réchauffement climatique dans votre exposé, sauf pour dénigrer les prévisions catstrophistes des collapsologues.

Vous faites l'exposé critique des multiples dérives de l'économie capitaliste mondialisée actuelle, et son "sacro-saint" principe de la spéculation : tout est bon pour spéculer, même (et surtout le malheur des gens).

Et vous allez même jusqu'à cautionner des principes de ATTAC, vous le chantre habituel de l'économie capitaliste, de la sélection des élites dans l'enseignement privé.

Seriez vous en train de virer votre cuti ?

Encore un effort et vous deviendrez peut-être collapsologue ! (LOL)

La crise de la Covid-19 constitue un test grandeur nature, de ce qui attend l'humanité demain quand de nouvelles conditions climatiques auront des conséquences à l'échelle planétaire.
Une modification de nos conditions de vie est inéducable. On vient de s'apercevoir qu'un changement brutal est toujours possible dans l'urgence, mais avec toutes ses conséquences sociales.

Mais sommes nous prêts à accepter un changement progressif ? Rien n'est moins sûr quand on voit la spéculation qui commence sur les vaccins. Le capitalisme sauvage a encore des beaux jours devant lui !

4.Posté par Saucrates le 14/08/2020 14:41

Bonjour AMA, Carl et Bruno. Je vous avais répondu mais manifestement, j’ai dû me tromper dans la validation de mon commentaire. Je crois qu’il y a une incompréhension entre Bruno, AMA et moi. Je ne suis pas libéral, et encore moins ultra-libéral. On peut croire dans la capacité de résilience du système économique mais n’être ni chantre du libéralisme, ni favorable à la spéculation. Mais on peut le comprendre. Je crois en la nécessité de la régulation du capitalisme, régulation qui ne peut plus désormais se faire au niveau d’un État mais doit désormais se penser au niveau international. Et on est désormais très mal parti pour y arriver.

Même s’il y a eu des résultats probants dans certains cas, comme par exemple au niveau de la régulation des banques. Les autorités monétaires des grandes économies ont été capables de constituer le Comité de Bâle et elles ont institué des réglementations (Bâle, Bâle II puis Bâle III) qui s’imposent à toute la planète, à l’exception peut-être des institutions financières de la Russie et de la Chine si elles n’interviennent pas en Occident. La communauté internationale est donc capable de légiférer sur des sujets importants. Peut-être que dans quelques années, une réponse réglementaire pourra être apportée aux dysfonctionnements économiques que j’ai évoqués, et qui rendent incompréhensibles le comportement des prix et la régulation des usages et de la consommation des activités les plus polluantes et les plus nocives pour la planète.

Mais je reste favorable à l’absence d’interdiction morale de ces activités et de ces consommations, que les collapsologues et les grandes prêtresses de l’effondrement érigent en principe de fonctionnement. Et je pense que c’est ce qui me différencie des positions d’AMA et de Docteur BB. Saucratès.

Nouveau commentaire :
Twitter

Si aucune page de confirmation n'apparaît après avoir cliqué sur "Proposer" , merci de nous le faire savoir via le mail contact@zinfos974.com
------
Merci de nous donner les informations suivantes, elles nous serviront à mieux cerner votre situation :
-- Smartphone ou ordinateur (mac ou windows)
-- Navigateur utilisé
-- Votre fournisseur d'accès internet
------
CHARTE DES COMMENTAIRES

Zinfos 974 vous offre un espace commentaires vous permettant de réagir, discuter, informer. Cet espace est ouvert aux internautes inscrits et non-inscrits au site.

Les intervenants doivent respecter les principes élémentaires du débat.

Sont proscrits :

- Les insultes, les attaques personnelles, les agressions, les propos discriminatoires sous toutes les formes - que ce soit envers les intervenants, les commentateurs ou l'équipe de Zinfos 974.

- Tout contenu contraire à la loi : l'incitation à la violence ou à la haine raciale, la discrimination et la diffamation, les propos homophobes, la négation des crimes contre l'humanité, ou la justification des actes violents et des attentats.

- Les propos pornographiques ou délibérément choquants ne sont pas autorisés.

- Merci d'éviter le hors sujet, les rumeurs infondées et les fausses informations.

- La répétition d'un même commentaire, assimilée à du spam.

- La publicité. Ne soumettez pas des liens commerciaux.

Si le commentaire d'un autre internaute vous paraît contrevenir à cette charte, utilisez la commande "signaler un commentaire abusif" plutôt que d'envenimer le débat.

Pour protéger votre vie privée, ne donnez pas d'indication personnelle (mail, adresse ou numéro de téléphone) dans un commentaire.

En cas de litige, vous pouvez contacter la rédaction de Zinfos 974 via l'adresse contact@zinfos974.com

Vous restez le responsable des commentaires que vous soumettez et en portez la responsabilité. De son côté, la rédaction de Zinfos 974 se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l'estime nécessaire pour la bonne tenue du débat.

Zinfos 974 est seul juge des messages qu'il publie ou modère - y compris pour des raisons qui ne seraient pas répertoriées dans la liste ci-dessus. Vous pouvez demander des explications sur la modération en utilisant l'adresse contact@zinfos974.com, mais toute allusion au travail de modération dans un commentaire sera systématiquement mis hors ligne.

------
Toute l'équipe de Zinfos974 vous remercie
Publicité
 

1F Rue de La Martinique

97490 Sainte-Clotilde

06 92 97 75 75
contact@zinfos974.com


- Contact

- Signaler un abus

- Mentions légales

- CGU

- Politique de Confidentialité

- Nos Journalistes