Education

Quel avenir pour le baccalauréat ?

Jeudi 16 Juillet 2009 - 14:59

Les 86% de réussite de cette année au baccalauréat et la continuelle augmentation de ce taux de réussite remettent en question la valeur du diplôme. En effet, si tout le monde, y compris les moins travailleurs, parvient à l'avoir, que vaut-il encore ? C'est la question que se posent les professionnels de l'éducation, à la veille des inscriptions aux établissements d'études supérieures.


"Ce n'est pas parce qu'on réussit qu'on perd de la valeur", seraient tentés de répondre certains à propos des 86% des étudiants ayant reçu leur diplôme cette année. Mais si tous réussissent cette épreuve qui se veut déterminante pour la suite de leurs études, qu'en est-il du rôle de "filtre" qu'il tenait jusqu'à maintenant ?

Ce symbole de méritocratie fait aujourd'hui les frais d'une politique de quotas, alors que les copies n'ont pas le niveau, selon les correcteurs. Est-ce vraiment rendre service aux jeunes que de leur faciliter l'entrée à des études supérieures s'ils n'ont déjà pas le niveau décent pour les études secondaires ? La question fait en ce moment débat, les critiques se multiplient, et inévitablement survient l'éventualité d'une suppression du bac.

Bien sûr, les puristes qui voient encore cette épreuve comme celle qui traduit le passage "de l'adolescent à l'homme" s'insurgeront d'une telle réforme. Même si le précieux sésame vers l'enseignement supérieur est chaque année accordé à de plus en plus d'élèves, les syndicats ne veulent pas d'une suppression du bac.

54% d'une classe d'âge a le bac

Pour Erick Chavriacouty, de UNSA éducation, c'est une réforme plus profonde qu'il faudrait entamer, sans pour autant se défaire du baccalauréat. "Seulement 54% d'une classe d'âge a accès à ce diplôme qui donne sur les études supérieures", rappelle-t-il. Pour lui, il faudrait diversifier les formations pour que les jeunes soient plus nombreux à avoir accès à un diplôme de niveau équivalent au bac, quelque soit leur domaine d'apprentissage.

Autre alternative à la suppression du baccalauréat, les politiques parlent notamment d'un concours d'entrée à l'université, tout comme les écoles préparatoires ou les grandes écoles le pratiquent déjà. Ceci permettrait de ne laisser entrer que ceux qui auraient les capacités de suivre la formation dispensée, et prévenir ainsi des échecs dus à un manque de préparation aux études supérieures.

Le contrôle continu, déjà méprisé par les étudiants à l'époque où la réforme avaient été proposée par Fillon, pourrait-il refaire surface pour sauver le bac ? La démocratisation du bac, illustrée par l'harmonisation et la surévaluation des copies, aurait peut-être finalement eu raison de l'institution bicentenaire.
Johanne Chung To Sang
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1.Posté par Pierre Dupuy Junior le 16/07/2009 15:25

Perso , je serais pour distinguer deux choses: le baccalauréat, qui vous désigne comme un adulte capable de comprendre le monde et de l'affronter (éducation civique, socio, éco, ... On demande pas un gros niveau mais juste de connaître les bases dans chaque discipline) et l'entrée en fac, qui devrait à mon sens se faire sur concours par fac et par filière. En effet, certains élèves vont dans une filière uniquement par défaut et perdent ainsi de nombreuses années à tenter des filières qui ne leur conviennent pas. Le concours aura au moins l'avantage de les diriger vers celles qu'ils sont capables de faire. Et s'ils tiennent à faire une filière et qu'ils n'ont pas le concours, ils pourront toujours retenter leur chance l'année suivante mais ils n'auraient de toute façon vraisemblablement pas eu leur première année.

A mon sens, l'enseignement supérieur n'est pas un droit. Il doit être gratuit, libre mais exigeant. Ce qui est un droit c'est de pouvoir aller jusqu'au bac et d'apprendre "le minimum vital".

2.Posté par Vidot le 16/07/2009 15:56

Pour réformer, encore faut-il que les syndicats et les jeunes l'acceptent. Car la situation actuelle satisfait tout le monde. Etat, Syndicats, professeurs, élèves… Donner plus de valeur à ce diplôme, le rendre plus performant et plus méritant, c'est mettre une claque au taux de réussite à une époque où les raisons de se réjouir sont rares. Je connais des jeunes qui n'ont pas glandé de l'année et qui ont eu le Bac. D'autres qui ont travaillé et qui sont passés de justesse… Il faudrait à mon sens, pour le Bac, tenir compte du travail effectué dans le courant de l'année à travers des examens blancs réguliers dont les notes interviendraient dans celle du Bac final… Mais que dire de jeune qui ont u ce diplôme qui ne savent pas qui est François Fillon alors même que celui-ci est en visite dans l'île? Et qui ne connaissent pas les paroles de la Marseillaise ? Chapeau, les profs !

3.Posté par narko974 le 16/07/2009 18:57 (depuis mobile)

La réforme du Bac, bon courage pour la réformer en profondeur.

Avec les syndicats de professeurs et d'etudiants/lycéens, franchement bon courage!

Les chiffres sont vraiment gonflés! Le Bac on le donne maintenant!
A quand un contrôle continu bien plus révélateur du niveau réel et du mérite d'un eleve qu'un examen de fin d'année? Quoi que si c'est pour DONNER la moyenne à tous les élèves chaques semestres...

Suffît de voir le niveau d'orthographe et d'expressions, voir de math de certains bacheliers pour comprendre...

4.Posté par Choupette le 16/07/2009 19:43

S'ils ne peuvent pas réformer le bac, ils instaureront un examen d'entrée à l'université.
Le taux de réussite laisse vraiment perplexe.

5.Posté par Bibe le 16/07/2009 20:18

Dire qu'on donne le bac est peut être un peu excessif. Toutefois, ce diplôme perd de sa valeur chaque année. Et quand je lis : "Le contrôle continu, déjà méprisé par les étudiants" ou encore "La démocratisation du bac", je ne peux pas m'empêcher de m'interroger. Est ce aux élèves de juger la façon d'obtenir un diplôme ? Et quand on démocratise qqch est ce qu'on ne baisse le niveau de qualité par la force des choses ? Malheureusement je ne pense pas qu'il y ait de réponse tranchée possible sans opinion dogmatique/politique ...

Cela dit quand j'entend ici ou là :

- La désertion de certains professeurs aux séances de délibération pour cause de vacances,

- Les pressions extérieures sur la notations avec la volonté affichée de baisser le niveau d'exigences,

et

- La tendance des sujets à s'orienter vers du QCM ou vers des questions ou le raisonnement et la réflexion ne présente plus aucun intérêt,

Je ne peux m'empêcher de penser que nous ne formons pas les élèves à ce qu'est la notion de travail après le bac.

Du coup j'ai l'impression qu'on retrouve derrière beaucoup de jeune qui ne comprennent pas quand on leur explique ce que c'est ... par exemple quand un agent du pole emploi attend un règlement qui lui dira comment faire son métier (faire se rencontrer employeur et "fournisseur de savoir faire") alors qu'il le fait depuis 10 ans, ou quand, lors d'un stage, le stagiaire dort sur le lieux de travail, ou quand le "fournisseur de savoir faire" ne perçoit la notion de résultats, de performance et de l'effort à fournir pour l'obtenir. Comme si le travail ou pire la satisfaction Client était un dû !

Une fois cela dit : quel serait le rôle d'un service offert par la communauté à ses compatriotes ?

6.Posté par fabienne couapel sauret le 16/07/2009 23:25

Un contrôle continu et un examen de fin d'année : ce système serait plus juste, plus équitable.

Plus de culture générale.
Moins d'esprit partisan.

7.Posté par Pierre Dupuy Junior le 17/07/2009 08:29

Bibe, on peut démocratiser sans porter atteinte au niveau. Démocratiser est un terme qui recouvre deux notions: l'égalité et l'équité. Si on nous met "égaux devant le bac" , dans ce cas tout le monde ou presque doit l'avoir (75-80% de ceux qui le tentent l'ont il me semble) . Si l'on parle d'équité , alors tout le monde doit avoir les MOYENS de l'avoir, ce qui passe essentiellement par des réformes AVANT le bac, comme par exemple en matière d'égalité d'accès à certaines ressources (livres, théatres... ) . A cet égard voir "l'école des chances: qu'est ce qu'une école juste" , livre qui donne quelques pistes et un très bon éclairage.

C'est pour ça que je propose deux examens différents: un qui sanctionne l'entrée dans la vie adulte (le bac) , qui n'aurait qu'une considération de niveau dans l'absolu , pourrait aisément voir 80% des candidats le passer (ça serait même souhaitable), qui n'aurait pas une logique "productiviste" (en gros, son objectif n'est pas économique mais de cohésion sociale ) et ouvrirait le droit à d'autres choses (fac, selon le modèle que je vais développer ensuite; permis de conduire... ) ; l'autre qui se passerait par filières à l'entrée en fac et par fac, de manière à éviter une surcharge des salles de cours et la perte d'années par des élèves qui feraient des filières qui ne leur correspondent pas et qui permettrait de s'inscrire dans une certaine filière d'une certaine fac, avec pour vocation de répondre aux impératifs économiques (marché de l'emploi, évolutions de la mondialisation, tout ce que vous voulez et qui correspond) . Ca me paraît être le meilleur moyen de combiner les deux logiques.

8.Posté par Bibe le 17/07/2009 14:23

En effet, je crois aussi que l'on peut industrialiser sans faire baisser le niveau de qualité. Mais en industrialisant on ne propose plus (ou moins) de service personnalisé. Finalement est ce que ce n'est pas ça l'attente de l'usager : fournir un service personnalisé d'instruction aux élèves.

Et là je soulève 2 points qui je pense sont à préciser aujourd'hui :

Quel est l'objectif du ministère de l'éducation national ? Ne nous serions nous pas éloignez de l'instruction (qui est malgré tout l'objectif premier) ? Dans quelle mesure l'école doit être l'école du vivre ensemble plus que du savoir ? N'y-a-t-il pas un trop grand décalage de bureaucratie entre les têtes pensantes et celles qui mettent les mains dans le camboui (pour ma part je le constate tous les jours ou presque) ?

Quel est l'objectif du BAC ? A quoi sert-il ? Que valide-t-il ? Un savoir, des acquis méthodologiques, une satisfaction sociale collective ? Est ce un rite de passage ?

La proposition que vous faites est très certainement une bonne solution. Elle présente toutefois quelques contraintes (comme n'importe laquelle). Notamment, à l'heure ou on cherche à diminuer l'épaisseur du "mille feuille" pour pas dire à "dégraisser le mamouth", vous vous imaginez le système administratif à mettre en place et le coût pour la collectivité que cela représente ? Qoui qu'on pense, la contrainte économique doit être prise en compte. Par ailleurs, les premières années de FAC très souvent remplissent déjà ce rôle (ex. : fac de droit, de médecine, ...)

Un examen qui validerait l'entrée dans la vie adulte ... Est ce le but d'un examen ? Pourquoi est ce qu'en France on attache tant d'importance à cela. Comme beaucoup de réunionnais aujourd'hui, j'ai eu la chance d'étudier en métropole, aux USA, en Angleterre et j'ai pu assister à des cours en Allemagne ... et la sensation que j'ai c'est que les choses sont bien plus pragmatiques là bas. Quelques exemples :

- La France est reconnu mondialement pour son savoir faire gastronomique, mais à quel moment peut on faire le choix de s'orienter vers ce métier (et je pourrais prendre le même exemple pour les boucher, boulanger, ...) ? Très tôt là bas on peut choisir de prendre des cours de cuisine.

- En Angleterre, on choisit les modules que l'on souhaite suivre. Cela présente l'avantage de s'obliger à réfléchir à ce qu'on veut (au lieu de recevoir sans démarches autres qu'administratives un savoir).

- En Allemangne le BAC est bien plus tard.

- Dans ces pays, les après midi sont consacrées à des activités plus culturelles.

Je n'apporte pas de solutions ou de propositions, mais je crois très sincèrement qu'il faut revenir à des basiques (aux fondamentaux) : Quels sont les objectifs ? Que veut-on en terme d'instruction d'abord, et d'éducation ensuite ?


9.Posté par Pierre Dupuy Junior le 17/07/2009 16:15

Depuis des années, le bac comme le permis sont devenus des reconnaissances du passage à l'age adulte dans la famille. ( "passe ton bac d'abord" ? ) A mon sens, la disparition du service militaire a créé un creux qu'il faut remplir. Néanmoins, ce n'est pas ce que j'entendais par "sanctionner l'entrée dans la vie adulte" : pour moi, il s'agit de mesurer dans quelle mesure la personne est apte à se gérer seule, à comprendre le monde qui l'entoure. C'est la raison pour laquelle le programme prébac doit être le plus polyvalent possible , en vue de former un "citoyen" , en mesure d'être autonome (quelques cours sommaires de droit (droit des obligations et séparations des ordres, organisation de l'administration) , géographie, histoire, langues , philosophie... ) . C'est aussi la raison pour laquelle ça devrait être obligatoire d'aller jusque là et de finir par l'avoir, un peu comme le rôle social du service militaire.

Les exemples que vous apportez sont bons. J'ai toujours été favorable à un système moins rigide en matière d'enseignement, avec un grand nombre d'options pour un enseignement "à la carte". Je ne pense toutefois pas qu'on puisse s'extirper du système de filières, nécessaires pour garder une certaine cohérence et organiser certains cours les uns par rapport aux autres (ceci dit, j'ai toujours trouvé étrange en fac que l'on ne puisse pas accéder aux cours obligatoires d'autres filières sous un format de cours optionnels: à l'iep, je serais bien allé aux cours de philosophie politique de la section sociologie mais je ne pouvais pas: j'étais en droit... ) . Néanmoins, ce système serait à réserver aux cours post-bac non professionnalisant: comme les cours prébac dans mon système seraient des cours destinés à créer des adultes autonomes, ça revient à dire qu'avant on n'est pas encore des adultes autonomes et donc pas en mesure de faire des choix: ce qui est enseigné avant le bac doit être considéré comme un minimum requis non négociable.

Quant au fait que les premières années de fac remplissent déjà un rôle d'écrémage on est d'accord. Cependant, ça revient à dire que pour beaucoup d'étudiants, ce sont des années gaspillées (et en plus, sur un CV, avoir fait un an de quatre cursus différents, ça donne l'impression d'un gars indécis et sans volonté en qui on ne peut pas avoir totalement confiance... ) représentant une perte importante en terme de temps et d'argent aussi bien pour les familles que pour l'Etat (qui finance via les aides, bourses, salaires du personnel, matériel mis à disposition... ) . Je ne pense donc pas que le bilan financier soit exécrable.

Pour la formation gastronomique il me semble que des filières professionnalisantes prébac existent, on doit pouvoir s'y rendre vers 16 ans je crois.

Pour les après-midi culturels, je n'y suis pas favorable. Pour moi, un certain nombre de matières (sport, art, latin... ) constituent des avatars d'un modèle sociologique élitiste qui veut que si on ne fait ni art ni sport ni... on est une espèce d'être frustre et sous développés qui, tout intelligent, bon, sociable qu'il soit, ne sera jamais vraiment "des nôtres" . C'est une pression énorme qui finit par créer des camps (sur les modèles des universités américaines) et devient à la longue un système d'exclusion (rigolez pas, j'ai vu ça dans les grandes écoles) . Je serais plus pour un système d'options obligatoires en bas âge (on laisse le choix de l'activité à faire dans une liste et les élèves se répartissent ensuite) et à l'approche du bac un système plus "social" , par exemple confier les élèves à des associations caritatives ou les laisser monter un projet sur le modèle des TPE mais qui soit CONCRET (comme les classes environnementales ou encore ces classes démazoutant après une marée noire) .

Quant au bac plus tard, j'en sais rien.

Dans mon modèle on aurait donc:

-une école prébac qui enseigne aux enfants certains éléments de base de la vie en communauté et les outils nécessaires pour appréhender le monde, avec des cours obligatoires et peu flexibles mais des après-midi laissant en bas âge la place à des activités optionnelles (sportives, par exemple, pour lutter contre l'obésité) et une fois plus âgé à des activités pratiques et sociales montées par les classes. Le bac permettra de noter cette maîtrise des éléments de base et s'appuierait sur un contrôle continu (avec par exemple une note de vie scolaire et une notation des projets de classe et de l'implication individuelle des élèves) . Il permettrait de dire "celui là est prêt pour devenir un adulte, pour s'insérer dans la société" .

- une école post-bac, plus liée au monde du travail (avec des entreprises partenaires , par exemple) , plus flexible dans le choix des options mais à laquelle on accéderait sur concours d'entrée. Moins collectif, plus individuel, plus axé sur la compétence que la maturité.

Le problème serait l'articulation: il faut prévoir un moyen pour que les élèves passant le bac puisse se préparer aux concours d'entrée en fac , par exemple avec des options préparatoires, le tout sans en arriver à la création de classes prépa qui se feraient à l'avantage des plus riches. Un système obligatoire de tutorat pourrait par exemple remplir ce rôle.

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