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Courrier des lecteurs

Pour une société de post-croissance


Par Dr Bruno Bourgeon, président d'AID - Publié le Mercredi 18 Novembre 2015 à 12:09 | Lu 230 fois

La croissance, fondée sur l’accumulation des richesses, est destructrice de la nature et génératrice d’inégalités. Elle est dévoreuse de bien-être. Travaillons à la post-croissance, une société fondée sur la qualité plus que la quantité, sur la coopération plus que la compétition, à une humanité libérée de l’économisme se donnant la justice sociale comme objectif.

Le dérèglement climatique s’accompagne de guerres du pétrole, bientôt suivies de guerres de l’eau, de possibles pandémies, de disparitions d’espèces végétales et animales essentielles du fait de catastrophes biogénétiques prévisibles. Dans ces conditions, la croissance n’est pas désirable. Notre société, dominée par une économie de croissance, s’y laisse absorber. La croissance pour la croissance devient sacrée, primordiale, sinon le seul but de la vie. Une telle société n’est pas soutenable parce qu’elle se heurte aux limites de la biosphère. Si l’on prend comme indice l’« empreinte » écologique, on obtient : un citoyen étasunien consomme en moyenne 9,6 ha, un canadien 7,2, un européen moyen 4,5. On est donc très loin de l’égalité planétaire, et plus encore d’un mode de civilisation durable qui nécessiterait de se limiter à 1,4 ha, pour une population stable.

Deux potions magiques, pour les experts : "l’écoefficience", seule base sérieuse du "développement durable" : il s’agit de réduire progressivement l’impact écologique et l’intensité du prélèvement des ressources naturelles pour atteindre un niveau compatible avec la capacité reconnue de charge de la planète ; "les algocarburants", qui reconstituent grâce aux algues et au CO2 ce que la nature a mis des millions d'années à fabriquer, les énergies fossiles. Que l’efficience écologique se soit accrue de manière notable est incontestable, mais dans le même temps la perpétuation de la croissance forcenée entraîne une dégradation globale. Les baisses d’impact et de pollution par unité de marchandise produite se trouvent systématiquement anéanties par la multiplication du nombre d’unités vendues. La « nouvelle économie », moins matérielle, remplace moins l’ancienne qu’elle ne la complète. Au final, tous les indices montrent que les prélèvements continuent de croître. Quant aux algocarburants, prometteurs en soi, ils ne feront que poursuivre la consommation fossile et la production de CO2. Enfin, il faut la foi inébranlable des économistes orthodoxes pour penser que la science de l’avenir résoudra tous les problèmes et que la substituabilité illimitée de la nature par l’artifice est concevable.

La société de croissance n’est pas souhaitable pour 3 raisons : elle engendre une montée des inégalités et des injustices, elle crée un bien-être largement illusoire, elle suscite pour les "nantis" eux-mêmes une anti-société malade de sa richesse. L’élévation du niveau de vie dont pensent bénéficier les pays du Nord est une illusion. Ils dépensent plus en achat de biens et services, et oublient d’en déduire l’élévation des coûts, qui prend des formes diverses : dégradation de la qualité de vie non quantifiée mais subie (air, eau, environnement), dépenses de "compensation" et de réparation (médicaments, transports, loisirs) rendues nécessaires par la vie moderne, élévation des prix des denrées raréfiées (eau en bouteilles, énergie, espaces verts...). Depuis les années 1970, pour les USA, le Genuine Progress Indicator, indicateur de progrès véritable (IPV), qui corrige le produit intérieur brut (PIB) des pertes dues à la pollution et à la dégradation de l’environnement, stagne voire régresse, tandis que le PIB ne cesse de croître. Cette croissance est mythe, même dans la société de consommation! Ce qui croît d’un côté décroît plus de l’autre.

La post-croissance est une nécessité, pas un idéal, ni l’objectif unique d’une société de l’après-développement et d’un autre monde possible. Faisons de nécessité vertu, et concevons-la pour en tirer avantage. Abandonnons l’objectif de croissance pour la croissance. Le simple ralentissement de la croissance plonge nos sociétés dans le désarroi en raison du chômage et de l’abandon des programmes sociaux, culturels et environnementaux, qui assurent un minimum de qualité de vie. On peut imaginer quelles catastrophes aurait un taux de croissance négatif ! De même qu’il n’y a rien de pire qu’une société du travail sans travail, il n’y a rien de pire qu’une société de croissance sans croissance. C’est ce qui condamne la gauche institutionnelle, faute d’oser décoloniser l’imaginaire, au "social-libéralisme".

Une politique de post-croissance consiste d’abord à réduire le poids sur l’environnement des charges insatisfaisantes : remise en question du volume des déplacements d’hommes et de marchandises sur la planète, avec l’impact négatif correspondant (donc une "relocalisation" de l’économie) ; de la publicité souvent néfaste ; de l’obsolescence des produits et appareils jetables sans autre justification que de faire tourner plus vite la mégamachine. Pour concevoir cette société et y accéder, il faut sortir de l’économie, remettre en cause sa domination sur le reste de la vie, surtout dans nos têtes. Une réduction du temps de travail imposé pour assurer à tous un emploi satisfaisant est une condition préalable. On peut synthétiser tout cela dans un programme en six "r" : réévaluer, restructurer, redistribuer, réduire, réutiliser, recycler. Ces six objectifs enclenchent un cercle vertueux d'une société sereine, conviviale et soutenable. On pourrait même allonger la liste des "r" avec : rééduquer, reconvertir, redéfinir, remodeler, repenser, et bien sûr relocaliser, mais tous ces "r" sont plus ou moins inclus dans les six premiers.

Voici les valeurs à mettre en avant: l’altruisme sur l’égoïsme, la coopération sur la compétition, le plaisir du loisir sur l’obsession du travail, l’importance de la vie sociale sur la consommation, la belle ouvrage sur le productivisme, le raisonnable sur le rationnel. Or les valeurs actuelles sont suscitées et stimulées par le système et, en retour, le renforcent. Le choix d’une éthique comme la simplicité volontaire peut infléchir la tendance et saper le système, mais, sans remise en cause de celui-ci, cela risque d’être limité. Utopique programme ? La transition est-elle possible sans révolution violente, ou la révolution mentale peut-elle se faire sans violence sociale ?

Si le marché et le profit peuvent être incitateurs, ils ne peuvent plus être les fondements du système. Ce changement sera-t-il accepté par les "privilégiés" qui en seraient victimes, ou par les actuelles victimes du système, "droguées" par lui ? L’inquiétante canicule de 2003 en Europe du Sud-Ouest a fait beaucoup plus pour convaincre de la nécessité de s’orienter vers une société de post-croissance. Les initiatives comme Alternatiba ou les Marches pour le Climat sont un témoignage de cette prise de conscience. Devrons-nous toujours compter sur la pédagogie des catastrophes ?

Dr Bruno Bourgeon, président d'AID
D'après Serge Latouche, professeur émérite d'économie
http://aid97400.re



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