Courrier des lecteurs

Pour une histoire mondiale de l’esclavage

Mardi 10 Décembre 2019 - 11:25

Nous avons été interpellés, dans un courrier de lecteur paru dans Le Quotidien du 5 décembre 2019, sur "le silence" dans lequel nous nous serions "claquemurés" quant à la place de La Réunion dans les politiques mémorielles sur l’esclavage mises en œuvre par les pouvoirs publics au niveau national. Cette interpellation mérite trois précisions et une observation plus générale. 

D’abord, c'est effectivement en mars 2017 que nous avons été désignés par décret du Premier Ministre, sur proposition de Mme Ericka Bareigts, Ministre des Outre-Mer, pour intégrer le CNMHE, instance dont tous les autres membres avaient été nommés en août de l'année précédente. Pourquoi un tel décalage dans nos nominations? Tout simplement parce que Mme Bareigts avait constaté, à sa prise de fonction, qu’au sein du CNMHE, instance rattachée à son Ministère, La Réunion et, plus globalement, notre aire géographique souffraient d’une sous-représentation. On a là, avec cette nomination différée due à la vigilance de la Ministre des Outre-Mer, une parfaite illustration du traitement mémoriel, en France continentale, de la question des traites, de l'esclavage colonial et de leurs abolitions. 

Ensuite, en intégrant le CNMHE, notre ligne de conduite, sur l'ensemble des sujets dont nous avions à traiter comme membres de cette instance, a été constante : veiller à la prise en compte des singularités de La Réunion et plus largement de l'océan Indien, dans la connaissance et le traitement des phénomènes liés à la Traite et l'Esclavage. 

Enfin, quand a été mis en place, en mai 2017, un Groupement d'Intérêt Public (GIP) pour définir la future Fondation pour la Mémoire de l'Esclavage, sous la présidence de M. Jean-Marc Ayrault, nous n’avons, précisément en raison de notre nomination très récente, ni l’un ni l’autre été désignés comme membres de ce GIP composé de diverses personnalités et de cinq représentants du CNMHE. Là encore, notre ligne de conduite est restée constante à chaque fois que le CNMHE a eu à se prononcer, par écrit ou lors d’auditions, sur les contours de la future Fondation.

Toutefois, comme l'ensemble des membres du CNMHE, nous sommes soumis à une obligation de réserve sur l'ensemble des dossiers dont nous avons eu à traiter ou à connaître. Une règle, qu'on peut, vue de l’extérieur, déplorer mais qui est au principe de toutes ces institutions et donc du CNMHE.

Sur le fond maintenant. Il est vrai qu’il y a en France, depuis des lustres, un tropisme atlantique sur les questions de la Traite et de l'Esclavage. Maints exemples en témoignent. Ce tropisme est si bien ancré qu’il pèse sur les pratiques, sur les décisions, sur les actions et qu’il exige une vigilance de tous les instants. Cette réalité n'est évidemment pas sans conséquence pour la connaissance et le traitement des questions liées à l'esclavage, tant dans le champ scientifique que pédagogique ou civique.

Une note optimiste pour conclure : Que le combat contre ce tropisme s'étende et se développe chez l'ensemble des acteurs (scientifiques, politiques, éducatifs ou médiatiques) et surtout chez tous les citoyens. À sa manière, le courrier du Docteur Laï-Fat-Fin participe à ce progrès et mérite d’être transmis à la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Ce que nous ne manquerons pas de faire. 
 
Sonia CHANE-KUNE, Raoul LUCAS - Membres du CNMHE de mars 2017 à novembre 2019
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1.Posté par Modeste le 10/12/2019 12:06

mon dieu et dire qu'on sera bientôt en 2020..................!

2.Posté par Pierre Balcon le 10/12/2019 13:11

Avec Les Traites négrières ( 1) , Olivier Pétré Grenouilleau a déjà fait ce travail.
Il propose une analyse d’une ampleur inédite, qui couvre non seulement les traites atlantiques, mais aussi les traites internes à l’Afrique et celles à destination du monde musulman – du Maroc à l’Inde occidentale –, ainsi que les mouvements abolitionnistes.
Mais évidemment ses conclusions ne vont pas dans le sens du vent .

Signalons aussi l'ouvrage de Tidiane N’Diaye , Le génocide voilé, un essai sorti en poche en mars 2017 qui met à nu la traite arabo-musulmane qui décima l’Afrique du VIIe au XXe siècle.

Donc le boulot a déjà été fait et passons à autre chose ...


(1) essai d'histoire globale Gallimard 2004

3.Posté par françois le 10/12/2019 14:51

Il y a encore des chercheurs qui travaillent sur la préhistoire et découvrent des choses intéressantes, et Pierre Balcon pense qu'il faut arrêter d''étudier l'histoire de l'esclavage, ethnocentrisme quand tu nous tiens,
pour ma part, je trouve ce texte pertinent, La Réunion doit faire entendre sa voix, tranquillement et fermement.

4.Posté par le lépreux le 10/12/2019 16:11

Je ne pense pas du tout que la Réunion souffre d'une insuffisance de la représentation del la période esclavagiste .Il faudrait changer de ton pour le 22 décembre.. Mieux vaudrait célébrer la grandeur d'ame la générosité d'un Shoelcher plutot que la bassesse des acheteurs d'esclaves. Il faudrait tenir compte que les esclaves représentaient tout le capital des planteurs. Du jour au lendemain ils ont été ruinés. Et ,ils ne se sont pas révoltés .Ils ont accepté cette confiscation,cet appauvrissement subit avec résignation.Ont ils été dédommagés ?Ils n'avaient jamais participé à une chasse aux esclaves ,à des razzia dans les villages malgaches perpétrés par les grands seigneurs de l'ile rouge . Il serait bon aujourd'hui de rappeler ce qui advint aux descendants des esclaves malgaches !: ! Ils sont devenus français ,électeurs.Ils mangent à leur faim . Ils sont enseignés ,ils sont soignés.Ils vivent normalement ;;;Ce qui n'est pas le cas du malgache dans son ile

5.Posté par Vu le 10/12/2019 18:51

Pierre Balcon

Transformer en argument d' autorité des propos creux est un exercice qui n' est pas donné à tout le monde, mais Pierre Balcon sait être persévérant.
.
C'est sans doute pour cela que la précieuse recommandation de pierre Balcon nous invitant à "passer à autre chose " Pierre Balcon se garde bien de la faire sienne.

6.Posté par A mon avis le 10/12/2019 19:05

"Pour une histoire mondiale de l’esclavage "


Certes !

Mais qui ne se limite pas à la seule période du "commerce triangulaire" !

7.Posté par Pierre Balcon le 11/12/2019 06:55

J'ajouterais qu'il manquait au tableau une approche économique .

Dans la deuxième partie de son dernier ouvrage ( Capitalisme et idéologie ) Thomas Piketty nous offre un point de vue intéressant. sur la question .

En particulier il nous fait découvrir les modalités d'abolition de l'esclavage à l'âge moderne, décidée au Royaume uni en 1833, en France en 1848 , aux Etats Unis en 1865 et au Brésil en 1888 .
Nous sont présentées les différentes formes de compensation financière versée aux propriétaires et non pas aux esclaves.

On oublie que Victor Schoelcher lui même avait succombé à" l'esprit du temps" ( sacralisation de la propriété ) et avait donc mis en place les dispositifs d'indemnisation ..des propriétaires .
D'où la création de la Banque de La Réunion , rachetée plus tard par le Crédit Lyonnais et la CEPAC .

Avis donc à toutes ces bonnes âmes : ce n'est pas à Paris qu'il faut demander des comptes mais aux descendants des 150 actionnaires initiaux de l'établissement , dont certains donnent des leçons de morale à la nation .. J'en connais qui écrivent régulièrement sur ce site.

8.Posté par Komsa le 11/12/2019 10:46

2
Pontifiant un jour , pontifiant toujours?
Jamais il passe à autre chose ce personnage ?
Les tropiques monsieur !
Les tropiques et leurs funestes impacts sur quelques illettrés en besoin de statut !

9.Posté par vu le 11/12/2019 11:28

Pierre Balcon suite
PiKetty n' est donc pas passé à " autre chose" après la publication de Grenouilleau ?
Puis-je ajouter que c' est tant mieux ,et que les travaux de Grenouilleau n' épuisent en rien ce vaste sujet !
Puis-je à nouveau ajouter que cela n' enlève en rien la recommandation faite Balcon dans mon post précédent : Qu'il s' appliquer à lui ce qu' il recommande si doctement aux autres !

10.Posté par 100 millions de morts... le 11/12/2019 12:50 (depuis mobile)

L''esclavage fut une horreur, personne ne le nie, mais le communautarisme fut bien pire encore !
A quand une histoire mondiale des horreurs du communisme, les survivants existent toujours eux !

11.Posté par A mon avis le 11/12/2019 12:53

@ 7.Posté par Pierre Balcon : commentaire fort judicieux !

12.Posté par Komsa le 11/12/2019 15:35

A mon avis
Quand on prend le temps de lire la prose, toujours suffisante , de ce monsieur , ce que je qualifierai de commentaire judicieux , c' est plutôt celui Talleyrand.
Talleyrand qui , s' adressant aux Pierre Balcon de son époque, leur déclara " je vous pardonne de n' être pas d' accord avec moi mais je vous pardonne pas de ne l' être pas avec vous " .
Passons à autre chose en effet , plutôt que de s' intéresser à ce cuistre .

13.Posté par A mon avis le 11/12/2019 16:50

@ 12.Posté par Komsa :
Admettez que pour une fois son commentaire est judicieux à propos des dispositifs d'indemnisation !
Comme quoi , tout n'est pas toujours que blanc ou noir (si j'ose dire ! )

14.Posté par le lépreux le 12/12/2019 00:17

le président Matthieu Kérékou du Bénin, avait été le premier à se mettre à genoux devant une congrégation noire de Baltimore, pour demander pardon aux Africains-Américains et à toute la diaspora pour « le rôle honteux que les Africains ont joué durant la traite ». Le 27 avril 2015, pour la première fois un pays africain, le Sénégal, rendait hommage aux victimes de la traite négrière. La date de cette commémoration, qui se veut désormais annuelle, n’a pas été choisie au hasard : elle correspond à celle de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, le 27 avril 1848. Bien que les organisateurs de cette manifestation ne se soient pas étendus sur le rôle des Africains eux-mêmes dans cette tragédie, rappelons qu’en octobre 2003, les évêques africains réunis à Gorée avaient publié une déclaration dans laquelle ils demandaient « le pardon de l’Afrique à l’Afrique » en ces termes : « Commençons donc par avouer notre part de responsabilité dans la vente et l’achat de l’homme noir, hier et aujourd’hui… Nos pères ont pris part à l’histoire d’ignominie qu’a été celle de la traite et de l’esclavage noir. Ils ont été vendeurs dans l’ignoble traite atlantique et transsaharienne…» Ceci venait après la déclaration du pape Jean-Paul II qui, en 1985 à Yaoundé, au nom des Catholiques de l’Occident, avait demandé pardon à « nos frères africains qui ont tant souffert de la traite des Noirs ». Ce message sera repris dix ans plus tard à Rome, implorant encore : « le pardon du ciel pour le honteux commerce d’esclaves auquel participèrent de nombreux chrétiens ». Je pense que maintenant la messe est dite, nul ne peut plus ignorer les responsabilités des uns et des autres.

15.Posté par Youssef le 12/12/2019 16:32

L'esclavagisme est un concept mal definit chez les europeens comme chez les musulmans l'usure.
Un esclave dans une religion c'est un protocole qui lit un donneur d'ordre a un executeur d'ordre..cela entre dans un cadre d'un projet quelconque.

Le mot esclave n'est pas acceptè parcequ'il fait reference a l'egypte ancienne
Souvent dans des periodes totalitaire sous la menace des armes.

Actuelement en europe il y'a l'esclavagisme en europe acceptè sans que l'executant ne prefere prendre cet adjectif. Il se dit ouvrier, administrateur ,
Etc..

Vaux mieux parler de deux etats specefiques pour leur trouver leurs noms specifiques
Primo le parasatisme..ou la traite..ici il n'ya pas un ordre donnè reçu. Il ya un processus de fixation solide et dure pour puiser dans le travail de l'autre..

La maniere de se fixer pose probleme..c'est ou intervient des interlediaires.
Un interlediaire va mettre le parasitè ou l'hote dans etat ouvert qui permetrra au parasite de se fixer durablement et empecher l'hote de le rejeter.

Ici dans ce domaine du service oppersonnelement je n'ai pas trouvè un nom un titre pour le nommer..il n'est ni esclave ni ouvrier ni admnistrateur ni traiteur si on peut le dire ainsi.
C'est ce secteur du service qu'il faut analyser..pour mieux voir

16.Posté par florence le 12/12/2019 22:18

Balcon est prisonnier d'une idéologie du combat permanent, d'où sort-il que le travail de l'historien est de demander des comptes ? C'est du délire, une bonne psychanalyse s'impose

17.Posté par Olivier le 16/12/2019 11:12

apolonia, l'eskalvaz la pa fini, li na in lot figuir zordi
www.youtube.com/watch?v=49cpE3TMAsA

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