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Courrier des lecteurs

Pour un monde du travail décent, soutenable et participatif


Par Reynolds MICHEL - Publié le Mardi 28 Janvier 2020 à 15:34 | Lu 911 fois

Il est inévitable de travailler plus longtemps parce qu’on vit plus longtemps. C’est la petite musique qu’on entend de la part des membres de l’exécutif pour justifier leur réforme des retraites en mettant en avant l’équilibre du système financier, parfois avec une petite touche de mépris pour celles et ceux qui refusent cette fausse logique. Ecoutons le ministre de l’Éducation nationale : « Tout le monde comprend bien que quand on vit plus longtemps il faut travailler plus longtemps. Certains sont en grève parce qu’ils ne comprennent pas tout » (sur RTL, 02/12/2019). Même chez nous où un actif Réunionnais sur quatre est sans emploi et où la jeunesse non étudiante est en mal d’avenir ‒ un taux de chômage de 42% ‒  on fredonne sans sourciller la même petite musique (Cf. Le Quotidien du 14/01/2020). 
 
Fausse logique, écrivons-nous plus haut, car si la durée de vie s‘est allongée, c’est précisément parce qu’on a conquis un droit à la retraite et baissé le temps de travail. Du reste, l’espérance de vie, en France, selon l’Institut National d’études démographiques (INED), est au ralentissement : elle stagne autour de 82,5 depuis quelques années (INED, avril 2019). Mais le plus grave pour notre propos est la réduction du travail à sa valeur instrumentale, une ressource, une "machine" à produire, à produire toujours davantage. On oublie dès lors que le travailleur est plus grand que son travail, et qu’avant d’être un travailleur, il est une personne dont la dignité est inaliénable. D’où la revendication d’un travail décent pour l’Organisation internationale du travail (OIT) ou d’un travail soutenable  pour d’autres institutions.
 
Des conditions de travail de plus en plus contraignantes 
 
Une enquête sur les conditions de travail en Europe (EWCS), conduite en 2015 par la Fondation européenne pour l’amélioration de travail en Europe (Eurofound), montre que les conditions de travail heurtent de plus en plus les aspirations des personnes en situation de travail. Outre l’accroissement de l’insécurité de l’emploi, la compétition et l’excellence à tout prix, la perte de sens à sa tâche et le manque de reconnaissance règnent dans de nombreux environnements professionnels. Et beaucoup de salarié-e-s doutent de leur avenir professionnel même si la majorité d’entre eux ont le sentiment de bien faire leur travail (80%) et d’être utiles (84%).
 
Les nouvelles formes d’organisation du travail (NFOT)  qui se sont progressivement mise en place à partir des années 1980 ont profondément modifié la manière de travailler et les critères de définition de la qualité du travail. Les travailleurs ont dû s’adapter à de nouveaux modes d’organisation du travail reposant sur la flexibilité, les réseaux, les nouvelles technologies, les flux tendus…. Il fallait, disait-on, répondre plus efficacement à une économie mondialisée et financiarisée en constante compétition et évolution.  Corollairement le vocable de la souffrance au travail (stress, épuisement professionnel, dépression, harcèlement, suicide) a émergé pour exprimer les difficultés vécues par de nombreux salarié-e-s dans ce nouveau contexte du travail. Pour faire face à ces nouvelles situations contraignantes favorisant l’apparition des risques psychosociaux (stress, anxiété, burn-out, suicide ‒ les suicides chez France Télécom), l’Union européenne a alors mis en avant la notion de qualité du travail, devenu un objectif à part entière en 2001 ‒ de préférence à celle de travail décent  utilisée par l’Organisation internationale du travail (OIT).
 
Le travail n’est pas le tout de l’homme
 
Ces changements, il convient de le souligner, se sont opérés dans un double contexte. D’abord dans un contexte d’évolution du profil de la population active où les femmes sont de plus en plus présentes sur le marché du travail et où le niveau moyen de qualification des travailleurs a considérablement augmenté. Et, en second lieu, dans un contexte d’aspiration à l’épanouissement et au développement personnel (s’épanouir dans son travail, développer ses compétences, trouver du sens à sa tâche, être reconnu et utile, etc.). Ces attentes dites « expressives » de plus en plus fortes à l’égard du travail se sont heurtées à ces nouvelles formes d’organisation du travail générant de nouvelles insatisfactions et fractures dans le monde du travail. Et ce d’autant plus que les initiatives politiques en faveur de la qualité du travail ont assez vite cédé la place à la flexicurité ou flexisécurité (stratégie combinant la flexibilité et la sécurité sur le marché du travail). Une flexisécurité qui, de l’avis de spécialistes de la politique européenne, s’est concrétisée par un surcroît  de flexibilité assorti de bien peu de sécurité (Cf Serrano Pascual, 2012).
 
Dans ce contexte de crise du travail, la question de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée est revenue en force et s’est  s’imposée à l’ordre du jour. La notion d’équilibre est ici intéressante parce qu’elle pose la question de la place du travail dans l’ensemble de l’existence humaine. Selon une recherche de grande ampleur menée par Dominique Méda et Patricia Vendramin (2016) dans six pays européens, le travail n’occupe plus la place centrale qu’elle occupait autrefois dans la vie des gens. Elles observent le passage d’une "éthique du  travail comme un devoir" à une "éthique de l’épanouissement" dans le travail en identifiant trois types d’attentes propres aux travailleurs de ce temps : assurer la sécurité d’existence (revenu, sécurité de l’emploi), être un pourvoyeur de lien social et satisfaire les attentes expressives de plus en plus fortes des salarié-e-s (réalisation de soi, sentiment d’utilité…). Si le travail garde une valeur importante, il n’occupe plus toute la place. Ils/Elles expriment aussi le souhait de pouvoir s’épanouir dans d’autres sphères de vie ‒ personnelle, familiale,  professionnelle, sociale, citoyenne…‒ qui  contribuent toutes à leur construction identitaire. Redéfinir les conditions et le bon temps de travail devient alors une nécessité. Et le bon temps de travail, il faut le dire et le redire avec force ici, c’est celui qui permet à tous de travailler. 
 
Un monde du travail soutenable
 
Des recherches menées à la suite d’un certain nombre d’enquêtes sur les conditions de travail en lien avec les risques psychosociaux et le vieillissement de la population active ont donné naissance au concept de système de travail soutenable puis, dans le champ politique, à une réflexion sur concept de travail durable ou soutenable ‒ concept qui trouve son origine dans la notion de développement durable (rapport Brundtland, 1987). L’approche du travail soutenable  est une approche qui prend en compte l’individu au travail dans sa globalité, avec ses caractéristiques, ses contraintes et son parcours. Elle suppose une organisation compatible avec les rythmes biologiques et une prise en compte des attentes expressives des travailleurs (Patricia Vendramin, Travail soutenable : un concept qui prend vie, PreventFocus, 20/10/2016).
 
Cette approche, disons-le pour conclure, est en phase avec le Socle européen des droits sociaux (17/11/2017) et avec une Europe qui veut porter les enjeux de la durabilité au plus haut niveau politique et en faire sa stratégie à l’horizon 2030 (Reflection Paper sur les Objectifs de développement durable, 01/02/2019). Elle peut, à bon escient, contribuer à une réaffirmation des principes humanistes et sociaux de la Déclaration de Philadelphie (OIT, 1944), et nous mener vers un monde du travail décent, soutenable et écologiquement durable pour tous les hommes et toutes les femmes.
 




1.Posté par C.J. le 28/01/2020 19:13

Je bénéficie moi-même du confort d'une pension d'Etat, je suis donc pensionné comme les militaires qui n'ont pas cette exclusivité comme laisse supposer le Chef d'Etat pour se faire bien voir de ses soldats réunis sous sa bienveillance au moment de Noël, cela après 40 ans de cotisations jour pour jour quand même. Je suis prêt à entrer dans la disposition d'esprit du Père Michel pour le confort de mon esprit chrétien cette-fois et pour ma sérénité. Néanmoins si je fais un peu violence sur moi pour réfléchir davantage, je vois les limites de cette pensée, répandue d'ailleurs bien au-delà et dans d'autres cercles de famille.
Cela me fait penser à la question qui revient souvent à propos du migrant qui se noie. L'humain répond ce que n'importe quel humain de gauche ou de droite répond, il veut le sauver.
Mais comme disait un internaute :est-cela la politique? De vouloir transposer , sans nuance, un réflexe absolument humain, que n'importe qui aurait au niveau du Chef qui dirige une Nation.. Et il conclut: "Un Chef doit justement prendre cette hauteur nécessaire pour ne pas être prisonnier de notre sensibilité naturelle qui nous pousse à agir dans l'instant face à un drame sans se préoccuper des conséquences à long terme. Si un homme politique n'est pas capable de cela, il doit changer de métier et se faire poète ou autre job. Là on ne lui demandera que d'exprimer sa sensibilité et rien d'autre;"
Développer de l'empathie c'est chercher et créer le lien, ça n'oblige pas à ressentir la même chose.

2.Posté par C.J. le 28/01/2020 20:34 (depuis mobile)

"Là on ne lui demandera que d'exprimer sa sensibilité et rien d'autre;" si l' on inverse, c' est aussi une manière de dire que chacun reste dans son job..

3.Posté par A mon avis le 28/01/2020 23:10

Excellente analyse !

4.Posté par Janus le 29/01/2020 07:15

Un peu fourre-tout comme texte, en sélectionnant les études qui vont dans le sens de l'auteur ...

J'en veux pour exemple "cette recherche de grande ampleur" faite dans 6 pays européens !!! Il y a 195 pays dans le monde (si on compte aussi le Vatican et le Kosovo), il n'y a donc pas de recherche sur les 189 autres pays ... Dont la plupart n'est pas en Europe ...

Que cette étude soit intéressante, je n'en disconviens pas, mais qu'elle soit utilisée pour en tirer des conclusions mondiales, il y a malhonnêteté intellectuelle ...

Il y a un élément important qui n'est pas abordé dans cet article, c'est l'état de santé des français après 60 ans ...
Il y a une étude (encore une ☺☺☺) faite par une Université américaine sur l'état de santé des gens qui ont plus de 60 ans, dans tous les pays du monde ...
Si on excepte ceux dont la population arrive péniblement à 60 ans, faute d'un système de santé convenable ... La FRANCE arrive en dernière position des pays occidentaux ... Etonnant, non !

Nous avons une espérance de vie (84 ans pour les femmes et 81 ans pour les hommes) qui nous place parmi les meilleurs du monte ... Et pourtant l'état de santé de nos concitoyens, à partir de 60 ans se dégrade plus vite que dans les autres pays ...

La vraie question est celle-là : "Pourquoi ?".

Nous avons un mode de vie de plus en plus sédentaire ... Une nourriture de plus en plus riche ... Un air que nous respirons et qui est de plus en plus vicié ... Nous sommes le pays où l'on se gave le plus de médicaments, pour un Oui ou pour un Non ...

Ce sont là des pistes où il faut rechercher l'état de délabrement dans lequel se trouvent nos "vieux" ...

Rien à voir avec le temps de travail ... Rien à voir (ou si peu) avec la qualité du travail ...

Alors cessons de voir le monde du travail comme un ennemi ... Posons-nous et réfléchissons, de façon honnête et objective, à notre façon de vivre en France ... A notre nourriture ... A la protection de notre environnement ... A notre système de santé ...

5.Posté par C.J. le 29/01/2020 07:55 (depuis mobile)

"pour le confort de mon esprit chrétien cette-fois et pour ma sérénité."...ça ferait de moi l'archétype même du catho BCBG...mais ça me coûterait d'abandonner mon âme anarchique.

6.Posté par C.J. le 29/01/2020 08:02 (depuis mobile)

Pour l' heure, je prends un joker ! J'ai un peu l' impression d' être invité à " un dîner de cons".

7.Posté par A mon avis le 29/01/2020 12:46

@ 6.Posté par C.J.:l'invité
Ah !... Ah !... Ah !... Ah !...

8.Posté par C.J. le 29/01/2020 16:41

@7 A mon avis souffre d'une injustice ou d'un sentiment d'infériorité. ça fait longtemps que je vous ai oublié! J'aime la réciprocité dans les relations. Merci.

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