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Blog de Pierrot

[Pierrot Dupuy] Comment je suis devenu le fournisseur officiel de rhum arrangé de Jacques Chirac à l’Elysée


Par - Publié le Vendredi 27 Septembre 2019 à 15:34 | Lu 7305 fois

Un soir du meeting au Créolia, en novembre 1994, où je présente mon fils Pierre à Jacques Chirac...
Un soir du meeting au Créolia, en novembre 1994, où je présente mon fils Pierre à Jacques Chirac...
J’ai activement participé aux différentes campagnes de Jacques Chirac à La Réunion. Ce qui m’a permis d’approcher ce grand homme, de le découvrir peut-être un peu plus que le commun des Réunionnais, et d’apprécier toute sa gentillesse et l’amour qu’il portait à La Réunion et aux Réunionnais.
 
Tout a commencé en 1994 alors que j’étais un des responsables du RPR à La Réunion. Alors que tous les sondages donnaient Edouard Balladur largement favori pour les présidentielles de l’année suivante, la fédération RPR de La Réunion, présidée à l’époque par Jean-François Bosviel, avait l’une des premières, si ce n’est la première, à prendre position pour le maire de Paris.
 
Une position insensée, suicidaire même si Edouard Balladur avait été élu, mais prise au nom de convictions et d’une complicité sans faille avec le candidat gaulliste.
 
C’est dans ce cadre que j’avais intégré le comité d’organisation, très restreint, chargé de mettre en place le voyage de Jacques Chirac à La Réunion, en novembre 1994, dans le cadre de sa campagne électorale.
 
J’y avais côtoyé Daniel Leconte, qui sera plus tard chef de cabinet à l’Elysée, qui s’occupait de toute l’intendance de la campagne, Michel Balloche, en charge de la partie technique (sono, éclairage,…) et bien sûr Claude Chirac, sa fille.

Un amateur de rhum
 
Je me souviens très bien que la visite de Jacques Chirac avait coïncidé avec son anniversaire, un 29 novembre. J’avais alors demandé à Claude ce qui pourrait faire plaisir à son père. Elle m’avait répondu : « Peu de gens le savent, mais "Le Grand" (c’est ainsi qu’elle appelait son père ou bien "Crac") est un passionné de rhum. Offre-lui une bouteille de vieux rhum, rien ne lui fera plus plaisir".
 
Et de me raconter que dans son bureau à l’hôtel de ville de Paris, il y avait tout un pan de mur réservé à la préparation de "ti punchs" qu’il se faisait un plaisir de préparer lui-même pour ses visiteurs les plus prestigieux.
 
Selon elle, c’était un endroit "réservé". Personne n’avait le droit d’y toucher. Il y avait en permanence des fruits tropicaux, des couteaux spéciaux, une pince pour couper les citrons en morceaux, et bien sûr une multitude de bouteilles de rhum de toutes origines.
 
Je l’ai dit, personne n’avait le droit de toucher à ces instruments. Et Claude Chirac de me raconter qu’elle avait reçu la plus grosse engueulade de sa vie lorsque son père s’était rendu compte qu’elle avait osé utiliser un de ses couteaux pour ouvrir une lettre…
 
C’est alors que je me suis rappelé que, bien que n’ayant jamais bu une goutte d’alcool de ma vie, j’avais -comme beaucoup de Créoles- acheté une grosse dame-jeanne de 25 litres, avec un gros col, que j’avais remplie de rhum agrémenté d’une multitude de fruits odorants : ananas entiers, jujubes, bilimbis,… en plus bien sûr des traditionnels faham, miel et autres ingrédients habituels de tout rhum arrangé.
 
Quel meilleur cadeau lui offrir que 25 litres de rhum arrangé datant d’au moins une dizaine d’années ?
 
Je me rappelle encore la tête des deux gardes du corps quand ils m’ont vu arriver dans le hall de l’hôtel Créolia avec ma bonbonne de 25 kilos… Ils sont ensuite venus me voir en me disant : "Tu es un malade… C’est nous qui allons devoir porter ça jusqu’à l’hôtel de ville"…
 
Quelques mois plus tard, une fois élu président de la République, Jacques Chirac est revenu à La Réunion, en voyage officiel cette fois. C’était même un de ses premiers voyages hors de France, pour remercier les Réunionnais d’avoir été les premiers à l’avoir soutenu.
 
Je croise celui qu’il convenait dorénavant d’appeler "Monsieur le Président" au détour d’un cocktail à la préfecture. A mon grand étonnement, il vient vers moi, m’appelle par mon prénom, et me dit : "Tu sais, la bonbonne de rhum est vide"…
 
Devant mon étonnement, il m’avoue qu’il l’avait placée sur le bureau de sa secrétaire et que cette dernière offrait un petit verre à tous les invités qui le souhaitaient.
 
Je comprenais mieux comment 25 litres de rhum avaient pu partir à une telle vitesse.
 
Et il me dit : "Va falloir que tu la re-remplisses"…
 
Dans ma tête, je me dis qu’heureusement que j’avais pris la précaution de préparer une autre bonbonne de rhum arrangé.
 
Et le soir de son départ pour Paris, dans une salle de l’aéroport de Gillot, il fait un petit discours pour remercier ceux qui l’avaient accompagné et à la fin, au moment de partir, le micro à la main, il demande : "Vous n’avez pas vu Pierrot ? Il devait m’amener quelque chose et je ne le vois pas".
 
En fait, j’étais dans son dos, avec son staff. Je m’approche donc et lui tends un sac à dos rempli de bouteilles de rhum arrangé.
 
"Combien il y a de bouteilles là-dedans", me demande-t-il ? "Trois ou quatre litres", je lui réponds . "Quoi ??? Quand je suis candidat, tu m’offres 25 litres et maintenant que je suis devenu président, tu ne m’offres que trois ou quatre litres ???"
 
Du coup, j’ai été obligé, à chacun de mes voyages à Paris, de faire un saut à l’Élysée pour re-remplir la fameuse dame-jeanne.
 
Là, aussi, je ne vous raconte pas la tête des gendarmes chargés de la sécurité, dans le poste de garde, la première fois où ils m’ont vu arriver avec un grand sac pesant plusieurs kilos… A la fin, j’étais devenu un habitué.

Le chauffeur de Jacques Chirac pour le premier diner avec Margie Sudre
 
Je pourrais vous parler aussi dans quelles circonstances j’ai été l’acteur de la rencontre entre Jacques Chirac et Margie Sudre, comment j’ai servi de chauffeur à celui qui allait devenir président de la République pour le conduire au diner avec la présidente de la Région, au Pavillon d’Or, en compagnie de Jean-Louis Debré et de sa femme. Ce qui m'avait valu de pouvoir diner à leur table.

Une mémoire phénoménale
 
Je pourrais aussi vous raconter comment j’ai été époustouflé d’entendre Jacques Chirac, en campagne électorale en novembre 1994, lors d’une rencontre avec un homme assez âgé au buffet organisé à la fin d’un meeting à Piton Saint-Leu. L’homme s’adresse au maire de Paris et veut se présenter. Jacques Chirac l’arrête et lui dit : "Mais non. Je me souviens parfaitement de vous. Vous vous appelez M. Untel et vous habitez la Petite Ile. On s'est rencontré lors d'un meeting il y a deux ans".

L’homme a été époustouflé comment celui qui allait devenir président de la République, qui rencontre des centaines de personnes par jour, avait pu se souvenir de lui et surtout de son nom.
 
C’était ça Jacques Chirac. Il avait une mémoire extraordinaire, se souvenait de chaque personne avec qui il discutait. Et cela parce que, à la différence de la plupart des hommes politiques, en plus d’aimer la France, il aimait les Français. Et tout particulièrement les Réunionnais.
 


Pierrot Dupuy
Pierrot Dupuy est le fondateur de Zinfos974. C’était le 1er septembre 2008… Aidé d’une petite... En savoir plus sur cet auteur


1.Posté par La vérité vraie... le 27/09/2019 18:50

Quand on voit Macron avec Sarkozy (je ne parle même pas du socialiste)...on peut quand même se demander comment nous avons fait pour en arriver la.

2.Posté par Veridik le 27/09/2019 19:39 (depuis mobile)

Il se passe plus rien à Hong Kong ?

3.Posté par Choupette le 27/09/2019 21:28

Ils n'étaient pas fut'fut' les gardes du corps.

Y'avait qu'à trimbaler le dame-jeanne dans un caddie ... .

Super souvenirs, en tous cas !

4.Posté par Vu le 27/09/2019 21:39

Savoureux ce papier !
Merci

5.Posté par Jean Rigole le 27/09/2019 21:41

Mais il se dit qu'il avait tout de même une petite préférence pour Maurice. Il adorait Maurice et les Mauriciens, la bière Phoenix, le curry et vindaye de poisson et de crustacés...

6.Posté par Joseph322 le 27/09/2019 21:49

Apparemment le Rhum ça lui a pas réussie au pauvre Mr Chirac

7.Posté par klod le 27/09/2019 22:09

Hong Kong - Les protestataires à Hong Kong ont entamé vendredi plusieurs journées de nouvelles manifestations, avant le 70ème anniversaire de la Chine communiste qui doit être célébré en grande pompe mardi 1er octobre.

Source : Pierrot Dupuy ( sic...........)

8.Posté par Fredo974 le 27/09/2019 22:13 (depuis mobile)

Merci ..

9.Posté par Tristan Lefebvre le 28/09/2019 00:04 (depuis mobile)

Tu t''es bien fait niquer Pierrot... 😘
Clientelisme ou arrivisme ? J''aurai fait la même. Vendu va ! Du mal à être gentil malgré ma bonne volonté. Rip chichi.

10.Posté par HERVE le 28/09/2019 05:28

Monsieur CHIRAC était un homme simple je me souviens encore lors d'une visite à la Réunion avec 14 autres ministres et secrétaires d'Etat alors que j'étais au service intendance du préfet ( ANCIAUX) lors d'un repas à la "villa" de ce dernier à St Gilles Mr CHIRAC et PASQUA étaient au fourneau pour les grillades ( repas du jour cote d'agneau grillé et taboulé avec d'autres accompagnements) et ils se chambraient entre eux.

Exemple Charles tu vas me faire bouffer du charbon, déjà je suis constipé etc

Dommage qu'il n'y avait d'appareil photo et autres comme aujourd'hui

11.Posté par Doudou l 'originale le 28/09/2019 06:06 (depuis mobile)

Pierrot ,cosa ou fais avec 25litres le rhum out case 🤔

12.Posté par Briandoht le 28/09/2019 06:10 (depuis mobile)

Incroyable ce Chirac bon vivant avec une mémoire extraordinairement étonnant qui était si proche des gens.

13.Posté par noe le 28/09/2019 07:18

Excellents souvenirs d'un grand Président !

14.Posté par Pamphétaire le 28/09/2019 07:43

Des anecdotes avec des grands de ce monde en restant humble, modeste, c'est cela des souvenirs précieux.

C'est lors de cette venue de Chirac que vous avez "embauché" comme agent de sécurité, garde du corps, Maillaud ?

15.Posté par geenec le 28/09/2019 09:04

S' est mignon comme tout on dirai du cosette on fait passé l'ancien président pour un alcoolo
SVP ne pas définir MONSIEUR CHIRAC comme GAULLISTE il ne l'a jamais ete que dans ses paroles mais jamais dans ses actes

16.Posté par hardcore le 28/09/2019 09:40 (depuis mobile)

Bien sûr lors du buffet du meeting, aucune liste des invités n'est tenue 😂

17.Posté par SOMANKE le 28/09/2019 10:55 (depuis mobile)

Puisse la mort de M. CHIRAC servir la France. Que nos dirigeants comprennent que notre république meurt de sa déshumanisation voulue par nos brillants technocrates dans le seul but de maîtriser le pouvoir. CHIRAC nous dit: Nous sommes humains....

18.Posté par Le Jacobin le 28/09/2019 12:52

Merci pierrot pour ce moment mémorable, et oui l'homme était attachant.

C'est garce à jacques Chirac que nous avons eu les premières poubelles à Paris, cela peut paraître anodin ce fut un progrès considérable Pour la Ville de PARIS.

19.Posté par ali le kafhir le 28/09/2019 18:53

"en plus d’aimer la France, il aimait les Français."

c'est peut être pour çà que les autres n'ont pas tenu plus d'un mandat

20.Posté par DIDIER NAZE le 28/09/2019 19:18


21.Posté par DIDIER NAZE le 28/09/2019 20:55

Bien.....

22.Posté par Professeur Komunistov le 30/09/2019 13:28

Vaut mieux parler de ces histoires de picole pratiquée dans l'entre soi politico-journalistique que du bilan du "grand Jacques" pour les Dom Tom....

23.Posté par lilou le 01/10/2019 11:27

Quand on a que ça à présenter au bilan d'un PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, ça en dit long sur la faillite de ses 2 mandats.

Nonobstant l'hommage solennel dû à un ancien PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.

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