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Patrimoine

Petits-Blancs, les oubliés du sucre


Le patrimoine sucrier de La Réunion a laissé une trace indélébile dans le développement foncier de l’île. Les concessions initialement attribuées pour la plantation de café et d’épices, se sont rapidement orientées vers la culture de la canne à sucre. La folie du sucre a emporté les esprits, tous se croyaient capables de s’enrichir rapidement. Mais seuls les plus riches, les plus lettrés et les plus organisés réussiront.

Par Sabine Thirel - Publié le Samedi 5 Septembre 2009 à 07:01 | Lu 2649 fois

Case des hauts- S.Thirel
Case des hauts- S.Thirel
Au début du peuplement, lorsque les concessions sont attribuées, les terres sont en friche ou couvertes de forêts primaires, les bénéficiaires doivent défricher et planter. Les terres cultivables du littoral limitées par le relief accidenté, sont vite insuffisantes. Le partage des terres se fait au fil des générations entre les nombreux héritiers. Et bientôt les étroits rubans de terres se déroulant du battant des lames aux sommets des montagnes ne suffisent plus pour nourrir les familles nombreuses et survivre.

Petits-Blancs, les oubliés du sucre
Les premiers Blancs pauvres s’isolent sur les hauteurs où ils rejoignent les « Marrons » qui sont au début du XIXe siècle plus d’un millier. Ces Marrons sont des Malgaches ou des africains qui ont voulu échapper aux conditions difficiles de l’esclavage. Ainsi les Blancs pauvres vivant dans les hauts et les écarts dans des conditions très difficiles, côtoient les pauvres de couleur et se métissent plus facilement que les riches des bas. Pourtant en attribuant des concessions dans les hauts, les autorités de l’époque font  le maximum pour que les pauvres Noirs ou Blancs ne se retrouvent pas au même endroit, et, espèrent une diminution des unions «contre-nations».

Tamarins des hauts au Maïdo
Tamarins des hauts au Maïdo
L’exploitation de la canne à sucre commence réellement à partir de 1815, lors de la perte des colonies à sucre de Saint-Domingue et de l’ile de France. Alors que les premières concessions sont attribuées dans le Sud à partir de 1730, les cirques et les hauts plateaux attirent de nouveaux exploitants de cultures vivrières désormais réduites sur le littoral. Fin du XVIIIe siècle, MM. Lemarchand et Leritz obtiennent des concessions à Mafate, puis Figaro, esclave affranchi, à l’Ilet à Cordes en 1826. En 1830, Salazie et en 1851, Plaines des Cafres et des Palmistes sont proposés à la mise en valeur par les « Petits-Blancs ».

Petits-Blancs, les oubliés du sucre
Cependant, les conditions de vie sont dures dans les hauts. Il fait froid et humide. Les terres dénivelées et rongées par l’érosion  ne sont pas aussi exploitables que dans les bas. Alors, inévitablement, les familles de «Blancs pauvres » qui s’y sont installés deviennent encore plus pauvres. La caricature est facile. On les définit comme paresseux et alcooliques. Ce qui est sûr c’est qu’ils ont été poussés ou se sont mis eux-mêmes hors d’un système économique et social qui ne leur convenait plus.

Petits-Blancs, les oubliés du sucre
Pendant l’apogée du sucre à la Réunion, qui ne dure qu'une quinzaine d’année, les domaines s’agrandissent. La monoculture de la canne et l’industrialisation favorisent les grands propriétaires. La plupart du temps ils sont propriétaires des entrepôts et magasins en ville. Les entreprises de marines leur appartiennent également. A cette époque, les riches sont d’origine Françaises, hollandaises, allemande ou encore Portugaise. Leurs enfants sont scolarisés dans le seul lycée Bourbonnais ouvert au début du XIXe siècle puis  envoyés en Europe ou en Amérique pour finir leurs études. La population servile, essentiellement esclave jusqu’en 1848, puis engagée est issue du continent africain, de l’Inde puis d’Asie en moindre nombre.

Petits-Blancs, les oubliés du sucre
Lorsque la crise industrielle et sucrière survient vers 1865, les propriétaires Blancs se regroupent et continuent à s’enrichir, à vivre (banquets, réceptions) et de s’habiller à la Française. Cependant tous ne sont pas à la fête. Les grands domaines absorbent vite les terres des Petits Blancs de plus en plus pauvres. Ceux-là n’ont pas les moyens de payer les engagés. Ils doivent aussi payer le transport de leurs productions aux entreprises de Marines. Bientôt acculés, les moyens et petits exploitants rescapés de la première vague d'appauvrissement, se voient obligés d’emprunter pour essayer de résister encore un peu avant le chaos total. Ils mettent leurs terres en gages auprès des gros propriétaires voisins ou auprès du seul organisme bancaire le Crédit Foncier Colonial. Bientôt, les prêts ne peuvent plus être remboursés auprès de l’emprunteur qui récupère les terres, grâce aux hypothèques contractées. Ainsi à la fin du XIXe siècle, le Crédit Foncier Colonial devient après Kervéguen le plus grand propriétaire de terres, de domaines et d’usines sucrières.

Case des hauts en bardeaux
Case des hauts en bardeaux
Claude Prudhomme dans la préface de Histoire des Petit-Blancs de La Réunion de A. Bourquin donne une définition des Blancs pauvres, « originalité unique des îles créoles » : « Le vocabulaire a longtemps hésité sur le terme à employer pour qualifier une population libre, issue du peuplement européen et très vite métissée, mais attaché à une origine blanche, c’est-à-dire libre, qui la distingue de l’affranchi… Ni ethnie, ni classe sociale, les Petits-Blancs apparaissent comme une catégorie intermédiaire qui constitue un extraordinaire révélateur des tensions et des impasses d’une société coloniale née du transfert de diverses populations et fondées sur l’esclavage, puis sur l’engagisme. » Il rajoute : «  Comme le montre Alexandre Bourquin, l’histoire des Petits-Blancs, est aussi celle d’un refus de subordination… celle d’un enracinement… c’est enfin la démonstration d’une capacité à dépasser le strict cloisonnement des populations… pour tisser des liens qui construisent… une société et une identité créole réunionnaise. »

Sources :
Encyclopédie de la Réunion - R.Chaudenson- Livres Réunion
Le Grand Livre de l’Histoire de La Réunion (volume2)- D. Vaxelaire- Orphie Editions
Histoire des Petit-Blancs de La Réunion- A. Bourquin- Préface de Claude Prudhomme- Professeur d’Histoire contemporaine Université Lumière Lyon2- Karthala




1.Posté par William le 05/09/2009 09:17


Très intéressant une nouvelle fois !

Si je résume le début : c'est la pauvreté qui a permis le métissage... Finalement c'est toujours la même chose aujourd'hui !

2.Posté par nicolas de launay de la perriere le 05/09/2009 11:27

depuis le temps que je cite sur zinfos l'ouvrage indispensable d'A. Bourquin...en espérant que nombreux soient ceux qui l'achèteront et le liront..

3.Posté par simona le 05/09/2009 18:59

oui très bien fait, jolie photos et texte comme d'habitude....bien illustré
super bravo

4.Posté par ANITA le 07/09/2009 00:14

oui, un vrai plaisir cette rubrique ! Quel régal ! Les photos sont très belles aussi et j'ai adoré le tableau "Case des Hauts" en illustration. Reste à attendre le prochain article …

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