Courrier des lecteurs

Parlons un peu de nos sportives réunionnaises…

Mardi 9 Octobre 2018 - 18:12

Elle collectionne les titres : trois fois championne d’Europe et vice championne du monde dans la catégorie des moins de 61 kilos, en plus de tous ses titres nationnaux. Pourtant, elle n’est pas sélectionnée en individuel pour les championnats du monde de karaté qui vont se dérouler en novembre à Madrid. Du coup, Lucie IGNACE, championne de karaté, décide de mettre fin à sa carrière à l’international.

Pourquoi, à 25 ans seulement, désire-t-elle aujourd’hui quitter cette discipline ardue qui, pourtant, la fit longtemps rêver ? À mon sens, le « Ranking » n’est pas la véritable cause  de l’éviction de Lucie des championnats du monde.  La raison est bien plus profonde. Le cœur du problème ne peut résider pas dans un faiblesse de caractère de cette formidable athlète. Car ce sont bien toutes les sportives des DOM qui sont affectées. S’il est toujours difficile d’être un athlète de haut niveau, cette difficulté est plus que décuplée pour les femmes dans l’hexagone, et bien plus encore pour celles des territoires ultra-marins.

Je vais ici me permettre de vous donner le point de vue d’un homme qui fut toute sa vie un passionné de la culture sportive. Durant 7 années, j’ai tenu, avec mon équipe, un comité d’haltérophilie. C’est ainsi que j’ai été confronté au cas dramatique d’une athlète qui osa refuser de participer aux jeux olympiques de Pékin car elle ne pouvait accepter le diktat des entraîneurs nationaux et le rythme de vie qu’on lui imposait en France métropolitaine.

Il s’agissait de la remarquable Larissa SAINT-JACQUES, haltérophile française réunionnaise de grand talent qui, par respect pour elle-même et pour « la femme » ne put accepter de rester en métropole. Car lors des stages à  l’INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance), on lui demandait de rentrer chez elle le vendredi soir. Il lui était, bien entendu, impossible de repartir à la Réunion et elle se retrouvait donc reléguée dans une petite chambre d’hôtel pour le weekend. Perspective déjà peu enthousiasmante… Mais il y a plus : souvent, elle recevait des invitations de sportifs masculins qu’elle déclina très rapidement et très systématiquement car elle comprit vite qu’il ne s’agissait pas là de mains tendues dans un but simplement amical… La belle Larissa n’avait donc plus de vie quand le rideau tombait après une semaine d’entraînement et ce qu’on lui « offrait » alors était inacceptable !

À l’époque, ayant eu vent du problème, j’avais interpellé notre Président de Région. Je lui avais suggéré de proposer aux ministères des Territoires d’Outre-mer et du Sport de mettre en place, pour les sportifs issus des DOM, une structure d’accueil pour le week-end. L’idée l’avait enthousiasmé ! Elle se perdit pourtant bien vite et il semblerait que rien ne fut jamais proposé. Je n’ai, en effet, jamais réussi à trouver trace d’une telle proposition….

Hypocritement, il faut vraiment le reconnaître, nous aimons parler d’égalité pour les femmes… Si Lucie avait été un homme, comment la fédération aurait-elle réagi ?

Notre île, comme tous les autres DOM, est un véritable vivier de sportifs en toutes disciplines. Proportionnellement, la Réunion fournit plus d’athlètes à la grande majorité des fédérations françaises de tous types de sports que tout autre département. Est-ce que cela ne mérite pas d’être enfin pris en compte ?

Nous voulons des médailles ? Dans nos territoires d’outre-mer, et particulièrement chez nous, à la Réunion, nous avons littéralement de l’or en barre à portée de main ! Alors, le temps n’est-il pas venu de le reconnaître et de mettre à disposition des ligues les cadres, les structures, dont nous avons tant besoin ? Cela coûtera peu et rapportera gros. Au lieu de briser des vies et des rêves, nous construirons des carrières. Au lieu de dilapider nos talents, nous les valoriserons et cela contribuera à redonner de la fierté à la France tout entière ! Qu’attendons-nous ?
Marc MARIE, ardent défenseur des sporti.fs.ves et de l’olympisme
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1.Posté par Lesseps le 10/10/2018 10:11 (depuis mobile)

Pas la meilleure à l’instant T , normal qu’elle ne soit pas sélectionnée en individuel ! Si on ne devait retenir que le palmarès faisons donc revenir Christophe PINNA.absurde,non? Elle a fait la diva, qu’elle assume d’etre mal entourée et conseillée

2.Posté par A Nivet le 10/10/2018 11:11 (depuis mobile)

Difficile de tirer des conclusion définitives à partir de cas particuliers de sportives à forte personnalité n’ayant jamais désiré rentrer dans le moule (fédéral) pour des résultats certes excellents mais dans un monde ou rien n’est dû ni acquis.

3.Posté par Roberto le 10/10/2018 14:03

@1: Exactement! Si les titres faisaient tout, Pelé serait toujours en sélection brésilienne!
Sinon, M. Marie, et si on parlait aussi de celles pour qui ça s'est bien passé? Ou pour qui ça se passe bien
Nicole CHANE FOC, Johanne DEFAY (pour rester au plus proche de la comparaison avec Lucie IGNACE).
Lorsqu'on crache sur son staff, sa Fédé 3 jours avant la parution officielle des sélectionnés, c'est que, soit on est trop limité pour ne pas comprendre qu'on signe là son arrêt de mort sportive, soit au contraire une stratégie de victimisation pour en finir avec les "sacrifices"...mais quels sacrifices? la gars qui se lève tous les matins pour gagner un smic sous gros soleil il fait des sacrifices. Un sportif de haut niveau fait des choix, pas des sacrifices!

4.Posté par miro le 10/10/2018 19:43

justice est faite, ... une sportive est par définition quelqu'un qui accepte les décisions de sa hiérarchie, aussi partiales qu'elles semblent être.

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