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Blog de Pierrot

Panique à la SODIAC: un trou de plusieurs millions, le directeur viré en 48h


Par Pierrot Dupuy - Publié le Jeudi 25 Juillet 2019 à 21:36 | Lu 41221 fois

Zinfos avait tiré la sonnette d'alarme dès le 23 janvier dernier dans un article au titre évocateur : "SODIAC : un rapport qui dérange et un strip-tease qui détonne ". Nous y évoquions l'ambiance délétère qui régnait dans cette SEM de la mairie de Saint-Denis, créée en 1990 pour construire les logements sociaux de la ville, les gérer et réaliser ses opérations d’aménagement. Au titre de ces dernières, la réalisation du fameux Espace Océan dont le premier coup de pioche était régulièrement reporté, signe que la SODIAC ne réussissait pas à mener l'opération à son terme.

Dans cet article, nous évoquions un rapport de l'ANCOLS (l'Agence Nationale de Contrôle du Logement Social) qui après une inspection, accusait la direction d’avoir arrangé les comptes pour faire apparaitre un résultat net positif de 1,6 million d’euros. Jean-Claude Pitou, le directeur général, payé plus de 9.000€ par mois, était accusé à mots couverts d'avoir utilisé de l'argent récupéré au travers d'emprunts liés à des opérations pas encore démarrées, pour grossir fictivement la trésorerie, le temps que les chantiers débutent réellement.

Ainsi, ni vu ni connu, il bernait les membres du conseil d'administration et pouvait laisser croire qu'il avait redressé cette SEM qui avait déjà connu de très grosses difficultés financières par le passé. Ce qui avait obligé la mairie, la CINOR et la Caisse des Dépôts et Consignations à réinjecter en 2014 vingt millions d'euros, dont quatre rien que pour la mairie, deux en argent frais et deux sous forme de foncier.

Gilbert Annette n'a pas vu le coup venir

Il aurait pourtant dû être alerté en constatant que le directeur, qui a longtemps été son chouchou, refusait de transmettre certains documents réclamés par le DGS de la mairie. Mais Philippe Naillet, un autre protégé du maire, qu'il avait nommé PDG de la SODIAC avec un salaire de 3.500€ par mois, jouait les intermédiaires en rassurant tout le monde et en couvrant son directeur général.

Même le rapport de l'ANCOLS avait été transmis dans une version édulcorée avec des commentaires rassurants.

C'est dire que notre article a fait l'effet d'une bombe. Gilbert Annette a immédiatement ordonné une inspection approfondie et ce qu'il a découvert lui a fait peur. Toutes les informations que nous avions publiées étaient confirmées et le désastre était chiffré : un trou de plusieurs millions dans la trésorerie, selon le mécanisme que nous avions décrit au travers des avances sur chantiers qu'on déclarait démarrés, de façon à toucher les subventions, alors que ce n'était pas le cas.

Ainsi, le directeur pouvait donner l'illusion qu'il était un parfait gestionnaire, alors qu'il ne faisait que creuser un déficit monstrueux ! Tout en ne se refusant aucun caprice : primes pour lui et ses protégés, voiture de fonction haut de gamme, voyages en première classe, etc...

30 millions de prêts cautionnés par la mairie à rembourser, que la SODIAC n'a pas les moyens de payer

La SODIAC est dans l'incapacité de faire face à ses prochaines échéances : un prêt de 4 à 5 millions auprès de la Caisse des Dépôts qui aurait dû être remboursé dans les prochains jours, un autre de 10 millions d'ici la fin du mois d'août, et entre septembre et décembre, ce sont 15 autres millions qu'il lui faudrait trouver.

Au total, ce sont 30 millions qu'il faut trouver d'ici la fin de l'année, somme que la SEM n'a pas.

Manifestement, les comptes de la SEM ont été plombés par les retards pris par l'opération Espace Océan. Mais il se dit également que le duo Pitou/Naillet aurait eu les yeux plus gros que le ventre et aurait lancé beaucoup trop d'opérations par rapport à ses capacités à la fois managériales mais aussi financières.

Détail important : tous ces prêts ont été cautionnés par la mairie de Saint-Denis (ou la CINOR). En cas de non-paiement des annuités dues aux banques, c'est la collectivité qui s'est portée garante qui doit payer. Donc, le contribuable...

Pitou viré, la SODIAC vendue à la CDC Habitat

Devant l'ampleur de la catastrophe, Gilbert Annette a tranché dans le vif. Durant le week-end, il a décidé de céder la SODIAC à la CDC Habitat, une filiale de la Caisse des Dépôts qui a déjà mis la main sur la SIDR et les immeubles d'Apavou, et de virer le directeur. Ce qui n'a pas empêché ce dernier de partir avec un chèque de 90.000€, un "parachute doré" qui figurait certes dans son contrat mais que Gilbert Annette aurait pu ne pas lui verser au vu des fautes de gestion constatées qui auraient pu justifier un licenciement pour faute grave, sans aucune indemnité.

Sans doute que le maire espérait ainsi régler l'affaire en interne, sans faire de vagues et sans que la presse ne soit au courant. Perdu des deux côtés. Non seulement Zinfos vous révèle toute l'affaire, mais en plus on va lui reprocher d'avoir versé 90.000€ à quelqu'un qui a mené la SODIAC à sa perte.

Quels rôles ont joué Philippe Naillet et la Caisse des Dépôts ?

Restent maintenant plusieurs questions.

Quel rôle a joué Philippe Naillet dans cette opération? Que savait-il réellement? Ancien député en remplacement d'Ericka Bareigts à qui il a succédé quand cette dernière est devenue ministre, aujourd'hui conseiller municipal responsable du secteur du centre-ville, mais aussi et surtout secrétaire fédéral du parti socialiste, Philippe Naillet est un pion capital dans le système mis en place par Gilbert Annette. Et un de ceux sur qui il compte s'appuyer quand il aura passé les rênes de la mairie à Ericka Bareigts. Il se dit même que c'est lui que Gilbert Annette envisage d'installer dans le fauteuil de maire, si d'aventure l'ancienne ministre gagnait les élections régionales...

Les limites du "système Annette"

Mais cette organisation démontre aujourd'hui ses limites avec cette affaire de la SODIAC. Jamais le scandale n'aurait atteint ces proportions si la SODIAC avait été contrôlé régulièrement par les actionnaires dont fait partie la mairie.

Pour mémoire, Gilbert Annette a créé une multitude de SEM autour de la mairie, à qui il a transféré une bonne partie de ses prérogatives (SODIAC, SODIPARC, NORDEV, etc...). L'avantage? Nommer à leur tête en tant que PDG des élus avec des salaires variant de 2.500 à 3.000 euros. Dans la réalité, ces élus, qui souvent n'ont aucune compétence dans les domaines dont ils ont la charge, n'ont qu'un rôle frisant pour certains l'emploi fictif. Tout le travail est effectué par un directeur général, qui lui perçoit un salaire de 8 ou 9.000 euros. Normal, c'est lui qui effectue tout le travail et il faut bien acheter son silence.

On comprend mieux pourquoi le maire de Saint-Denis s'est montré aussi discret quand les Gilets jaunes ont remis en cause le cumul des mandats et celui des indemnités...

Des SEM bien pratiques pour embaucher les militants et les copains

Ces SEM offrent en outre un autre avantage : s'agissant de sociétés privées de par leurs statuts, elles ne sont pas assujetties aux mêmes règles que la mairie en ce qui concerne les embauches... Pratique pour favoriser les copains et embaucher les amis.

Sauf qu'en droit privé, le PDG -poste qu'occupe Philippe Naillet- est personnellement responsable sur ses biens en cas de faillite et de fautes de gestion. Sans parler d'éventuelles poursuites au pénal.

C'est bien de toucher un salaire de 3.500 euros tous les mois, encore faut-il qu'il soit la contrepartie d'un vrai travail de contrôle et de surveillance du directeur général...

Quel rôle a joué la Caisse des Dépôts ?

Comment ne pas s'interroger également sur le rôle de la Caisse des Dépôts dans cette opération ?

Un directeur peut tourner en bourrique des administrateurs élus de la ville ou de la CINOR, qui ne sont pas des spécialistes de la gestion des sociétés, surtout de SEM. Mais on ne fera gober à personne qu'il ait pu faire avaler ses sornettes à de hauts fonctionnaires désignés par la Caisse des Dépôts, qui sont rompus à ce genre de pratiques frauduleuses.

Ce qui amène à imaginer que la Caisse des Dépôts ait pu laisser faire, dans le but final de racheter la SODIAC à bas prix. Et d'accroitre encore plus sa main-mise sur l'habitat social à La Réunion.

Si d'aventure l'opération se réalisait et que la CDC Habitat rachetait effectivement la SODIAC, la Caisse des Dépôts, qui est le bras armé de l'Etat, deviendrait alors l'unique opérateur de l'Espace Océan.

Dans son malheur, Gilbert Annette aurait au moins la satisfaction de sauver une opération qui lui tient à coeur et dont il ne voyait pas le bout. Il lui reste encore à espérer que les plaintes déjà déposées par des familles expropriées, et celles encore à venir, ne renvoient pas définitivement le projet aux oubliettes...



Du plus récent au plus ancien | Du plus ancien au plus récent

5.Posté par BIMBAAAM le 25/07/2019 22:53 (depuis mobile)

OOOOHHHH LA VACHE

4.Posté par Popol le 25/07/2019 22:53 (depuis mobile)

Pkoi lui avoir versé 90000euros pour partir? Cette faute de gestion est condamnable!!! Que fait Naillet? Portera t-il plainte contre ce directeur? Qui sa va subir de ces carences? Les locataires? Le personnel? Cela est intolérable!!!

3.Posté par momo97420 le 25/07/2019 22:30

bjr zote toute après kan nous rode logement y gagne pas donne a nous notre revenus les trop bas

2.Posté par Yable les hauts le 25/07/2019 22:10 (depuis mobile)

Nous sommes en démocratie.au prochain vote. C''est fini pour lui
Nous sommes en droit de demander un référendum
1 voulez vous changer de maire : oui/non
2 réduire la durée du mandat: oui/non
Annuler leur mandat des manquements,/ mauvaises gestions

1.Posté par GIRONDIN le 25/07/2019 22:00

...... Pour mémoire, Gilbert Annette a créé une multitude de SEM autour de la mairie, à qui il a transféré une bonne partie de ses prérogatives......

SODIAC
La Société Dionysienne d’Aménagement et de Construction, SODIAC, est créée en 1990,

LA SODIPARC,
partenaire de référence des Collectivités.
Créée en octobre 1990, la Société Anonyme d’Economie Mixte SODIPARC

La SEM NORDEV,
Société d’Economie Mixte du Développement du Nord de la Réunion, succède depuis 2005, à l’ADPE (Association Dionysienne de Promotion Economique), qui avait été créée en 1984

Victoiria
Maire de Saint-Denis
12 mars 2001 – 16 mars 2008
(7 ans et 4 jours)

Jean Jacques morel 1er adjoint au maire René Paul Victoria de 2001 à 2008




Et du coup de 2001 à 2008?

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