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Culture

Notes de lecture de Jules Bénard: Itinéraire d'un enfant pas gâté


Par Jules Bénard - Publié le Lundi 9 Novembre 2020 à 11:50 | Lu 1796 fois

"L'enfant jeté" (Dominique Gonthier/Alain Bled)

Ceux qui ont la flemme de lire seront aux anges : ce livre ne fait que 92 pages. Ça se dévore en deux petites heures. Mais ces pages sont d'une densité, d'une richesse d'évocation, d'une telle dose de vie, d'une si forte charge émotionnelle, qu'on n'en ressort pas intact.

Au fil des évocations, on découvre avec stupéfaction, souvent avec horreur, mais aussi avec admiration pour un tel instinct de survie, comment un enfant rejeté, battu, humilié, torturé, sans amour, trouve au fond de lui assez de force pour contrer un destin au départ funeste, voire inéluctable.

Cette course au malheur, ce challenge de l'abominable, ces quasi concours d'inhumanité, cette formidable inventivité dans l'art de faire du mal aux jeunes victimes, des dizaines d'enfants réunionnais les ont vécus. Si aujourd'hui, les gosses ont des « numéros verts » à leur disposition, s'ils ont des assistantes sociales prêtes à les entendre, à les protéger, s'ils ont le droit de frapper à la porte des gendarmes sans se faire enguirlander (et c'est tant mieux !), il fut une époque, longue, trop longue, où le sort dévolu aux gosses de familles indignes n'intéressait personne.

Le pire est que Dominique Gonthier explique le pourquoi de cette "non-révolte" des suppliciés : "ça paraissait normal et d'ailleurs, eux aussi, bien souvent, avaient été des martyrs".

"Jeté" par sa mère, le "héros" (?) de ces choses horrifiantes se retrouve dans une famille d'accueil où, au début, ça se passe très bien. Puis, ça se barre en couilles, comme on dit. Foyers officiels, centres de formation, galères, révoltes larvées... et la rue pour seule échappatoire aux coups qui font mal au corps et à l'âme. L'errance, la drogue, l'alcool, la délinquance, la taule...

Et enfin, une volonté de fer qui permet à Dominique de retrouver une vie normale. Chapeau, gars !

Alain Bled, dans cette affaire, n'a joué que les « prête-plume », comme il dit. Oté, Alain, mwin la connu a ou plus courageux. Ou la peur dir « in Nègre » ? Mwin aussi i fé ça tazantan. C'est pas en changeant les mots qu'on change les choses. Bref...

Ce petit livre est très très bien écrit et composé. Il débute par une très belle « Lettre à la vie » de notre ami Gilbert Pounia. Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer quelques fleurons : "Ne me laisse pas comme ça/Tu fais partie de moi/.../Je te donnerai mon âme en flammes/.../Je te donnerai mon corps trempé sur le bord de tes yeux/..."

Ainsi que le précise avec finesse Arnold Jaccoud dans son avant-propos, "Ce récit de vie reflète la volonté de redonner la parole à ceux qui en sont habituellement privés, à ceux dont on pense qu'ils n'ont de toute façon rien à dire".

Dominique Gonthier voulait, c'est manifeste, expulser cette grosse bouffée d'amertume, se débarrasser de ces tonnes de non-amour, de haines matérielles, d'ignorance de la part des "gens bien", d'indifférence des pouvoirs publics, d'années passées à se demander si l'on est encore un être humain, si l'on vit ou si l'on ne fait qu'exister !

Mais il fait plus : il donne une grosse leçon d'espoir aux milliers de jeunes victimes dans le même cas. Car il y en a encore ; et beaucoup trop. Avec l'aide de ce grand finasseur qu'est Alain Bled, il réussit à faire de l'humanisme, comme monsieur Jourdain, sans le savoir. Ça, on aime.


"L'enfant jeté"
Dominique Gonthier/Alain Bled
L'Eclipse du temps
En librairie, 11 euros.




1.Posté par L'Ardéchoise le 09/11/2020 13:55

Juste envie de lire ce livre très vite !

2.Posté par Choupette le 09/11/2020 15:33

Je ne sais pas s'il a peur de dire "un nègre", je crois plutôt que ça ne se disait pas. Enfin, pas à La Réunion du moins.

Ici, on disait plutôt "Ti caf'" "ti Noir", sans connotation raciste.

Le "nègre" était un personnage imaginaire, plutôt. Et pas au sens littéraire. C'est en sautant la mer, qu'on a appris ce mot ressenti comme un rejet.

3.Posté par A mon avis le 09/11/2020 17:10

"Ce récit de vie reflète la volonté de redonner la parole à ceux qui en sont habituellement privés, à ceux dont on pense qu'ils n'ont de toute façon rien à dire".


"Jeté" par sa mère, le "héros" (?) de ces choses horrifiantes se retrouve dans une famille d'accueil où, au début, ça se passe très bien. Puis, ça se barre en couilles, comme on dit. Foyers officiels, centres de formation, galères, révoltes larvées... et la rue pour seule échappatoire aux coups qui font mal au corps et à l'âme. L'errance, la drogue, l'alcool, la délinquance, la taule...

Et enfin, une volonté de fer qui permet à Dominique de retrouver une vie normale. Chapeau, gars !


Tout est dit !
Thème maintes fois traité

4.Posté par Arthur1 le 09/11/2020 23:23

L'espoir fait vivre on ne brise pas les rêves

5.Posté par Fred B le 10/11/2020 17:18

Article intéressant car on prend conscience que la Réunion revient de loin en matière de maltraitance infantile.  Le livre serait une autobiographie.
Très beau vocabulaire de l'article, rageur et émouvant à la fois: " ...course au malheur,....challenge de l'abominable, .... quasi concours d'inhumanité, ... formidable inventivité dans l'art de faire du mal.. ".
D'anciens enfants maltraités vous lisent certainement et c'est un thème qui est hélas toujours d'actualité si on ajoute les violences conjugales.

A post 3 - A mon avis.
C'est un thème maintes fois traité mais qui continue  à contribuer à sensibiliser le voisinage immédiat qui se bouche encore souvent les oreilles.

Une partie importante de la société était comme ça avant, pas seulement dans les familles déshéritées. Maîtres très sévères à l'école : coups de baguette sur les doigts,  à genoux sur les épluchures de cacahuètes...
Il n'y avait pas de pédagogie de l'erreur , l'enfant n'était pas roi et n'était pas au centre du système éducatif: il fallait civiliser avant tout, un très grand fossé éducatif était à combler, beaucoup de devoirs et peu de droits. C'était l'adolescence de la Réunion , tout sauf un long fleuve tranquille.
Les bourreaux étaient - comme dit l'auteur -  eux mêmes souvent d'anciens suppliciés.

6.Posté par A mon avis le 10/11/2020 22:05

@ 5.Posté par Fred B
Vous avez raison.
Mais je voulais simplement dire que ce thème de l'enfant maltraité est largement utilisé dans la littérature, et que Jules Bénard, en résumant toute l'histoire ne donne pas envie de lire ce livre, s'il n'y a pas un petit quelque chose qui attire la curiosité.

7.Posté par Fred B le 11/11/2020 12:18

Mais maintenant on est passés d'une extrême à l'autre , avec mai 68,  il était interdit d'interdire.
L'enfant peut devenir plus souvent tyran domestique,  insolent à l'école, pas concentré ou hyperactif ( trop de sodas, de télé,  d'internet ?), méfiant et défiant envers l'adulte.
Causes ? Familles moins nombreuses,  recomposées,  monoparentales.  Absence d'une figure d'autorité, permissivité . Enfants trop gâtés , sur un piédestal, pas assez responsabilisés,  société du zapping , de la mode d'un jour, les valeurs sont perçues comme mouvantes, vite désuètes. Chômage des parents, inégalités considérées comme injustes . Mauvaise influence des films ou musiques rap US ( goût du luxe, de la vie  facile,  de l'interdit, de l'addiction), surmédiatisation des faits divers qui donnent constamment l'image d'une société faussement adulte, immature et indigne de confiance.
Une frange de la jeunesse respecte alors moins l'autorité,  les élites,  les institutions et remet tout en cause.  Les aînés ne sont ainsi plus perçus comme des sages ( comme dans les tribus " primitives", garants de stabilité ), mais un peu  comme des ringards radoteurs, des privilégiés ( bonnes retraites ) ou des fachos réactionnaires .
En 68 c'était déjà comme ça,  mais maintenant il y a la violence en plus, voire la haine et le mépris.

En somme, tout système a toujours tendance à partir aux extrêmes,  le plus dur étant de trouver l'équilibre et la stabilité. 
Avant, dans une société peu démocratique ( démocrature),  c'étaient les adultes qui tapaient, maintenant, dans une société démocratique, ce sont les jeunes. 
Attention toutefois, les événements sont toujours cycliques et les extrêmes s'attirent: démocrature ( bumidom, maloya interdit  corruption endémique),   démocratie libérale ( actuel ),   démocrature ( demain:  état de plus en plus policier et anti fichés S ?  dictature écologiste contre le réchauffementclimatique ?).....

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