Courrier des lecteurs

Mon vieux Saint-Gilles

Lundi 27 Novembre 2017 - 11:33

Mon vieux Saint-Gilles
Mon vieux Saint Gilles les bains.
Lagon de mon île tant aimée,
Fier que je suis d'être réunionnais,
Un peu taquin, un peu chauvin.
Saint Gilles, toi, au Boucan, qu'annote
Un sable blond aux gros grains,
Aux roches noires, où canotent
Les pêcheurs au petit matin.
Tu es là! Pour le meilleur,
Bien calé au fond de mon coeur.
Tu as été, autrefois, pour moi,
Un merveilleux et doux "chez moi".
Le premier son qui m'atteignit
Au sein de mon premier nid,
Ce ne fut pas la voix de ma Mère,
Mais le ressac soyeux de la Mer,
Le lent balancement
Du grand Océan.
Le vent d'antan, dans tes filaos,
Chantait en Fa, en Si, en Do
Pour bercer, "Dodo, l'enfant d'eau
Qui dormira bientôt".
Bruissements d'enfance
D'une mémoire fugace,
Aux parfums tenaces,
Mon vieux Saint Gilles
Tu es là! Pour le meilleur
Bien calé, au fond de mon coeur.
Mes yeux se sont ouverts
Sur tes filaos au sombre vert.
Ta frange en écume d'Océan,
A ourlé de dentelles mon âme d'enfant.
Ton Cap Homard,
Le soir, sur le tard,
Impressionnait ma vision enfantine.
Comme un monstre de comptines,
Sa masse inquiétante et sombre
Se détachait sur un ciel d'ombre.
Maman alors, me chantait
Une petite fleur si tôt, fanée,
Qui n'en finissait plus d'aimer.
Et je m'endormais
Avec toi, mon vieux Saint Gilles
Qui étais là! Pour le meilleur,
Bien calé au fond de mon coeur.
Aujourd'hui, tu joues les bourgeois.
Tu me toises quand je te tutoie
Sur les chemins de mes premiers pas.
Pourtant, c'est toi qui m'as vu naître.
Tu sembles, aujourd'hui, me méconnaître.
Je découvre tes rues encombrées
Tes boutiques joliment achalandées.
Je n'entends plus la corne de la micheline
Qui transportait les belles dames en capelines.
Je ne sens plus l'odeur des caris de cabot, de vivaneau
Qui s'élançait, conquérante, derrière les barreaux*, 
Se mélangeant à celui du brède mourongue
Et d'un succulent rougail mangues.
Cependant, mon vieux Saint Gilles,
Tu seras toujours là! Pour le meilleur,
Bien calé au fond de mon coeur.
Mes petits pieds de joyeux marmot,
Empreintes indélébiles sur ton sable chaud,
Même la marée, chaussée de houle,
N'a pu en dissoudre le moule.
En ce temps là, ton coeur et mon coeur,
Unis en simples et puérils bonheurs,
Ne formaient qu'une seule âme
Vibrante, au rythme de tes lames.
Certes, céans, tu "surfes",
Tu "paddles", tu "bodyboardes".
Tu "grand boucanes" un roi de carton!
Au son des fifres et des mirlitons.
Faisant la joie des jeunes générations.
Je retiens mon souffle,
En apnée de souvenirs.
Tu as beau te draper en paréo
Rouler les mécaniques au casino,
Loulou vends toujours des gâteaux,
Dans ton port dansent encore les bateaux,
Le vent courbe joliment tes filaos.
C'est encore mon enfance, c'est beau!
Alors, permets-moi de sourire
Au nom de nos souvenirs,
A tes efforts pour ne pas vieillir,
Parce que, mon vieux Saint Gilles,
Tu seras toujours là! pour le meilleur,
Bien calé au fond de mon coeur.


* barreaux = portails
Arnaud JOMAIN
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1.Posté par L'Ardéchoise le 27/11/2017 14:37

Merci pour ce rayon de soleil qui va illuminer ma journée !

2.Posté par Samwinsa le 27/11/2017 17:32 (depuis mobile)

L'ardéchoise, ou écri un poème, nimportekel, elle i compren pu. Son tête i blok . Un de ces 4 ma écri po elle.

3.Posté par klod le 27/11/2017 18:03

heu ..............

mon vieux lagon de la Saline et de l'Hermitage où il y avait encore des coraux ( années 70-90)

mon vieux cap la houssaye où les vrais pécheurs ramassaient encore leur déchets ...............





4.Posté par Dazibao le 27/11/2017 19:50

@3

Aujourd'hui, c'est une autre catégorie de pêcheurs (devant bon Dié) qui larguent leurs déchets. Et après, ils prêchent la mauvaise parole devant la mairie de St Paul au cri de "oté Huguette, nou lé chez nous les surfesses"..."

5.Posté par Boa Bill le 28/11/2017 12:32

Adolescent j'étais
Sur Sin Gil je planais
Vivre sans connaître
Le lieu des maîtres

... a été pour moi une absence ....

Pour ne pas être abruti
J'avoue avoir consenti
A payer plus que rubis

..... un simple Coca !

Le carré d'or a sévi
Les coraux ont été meurtris !

6.Posté par usager le 29/11/2017 08:14

votre beau texte s'applique aussi à ma vieille Réunion.
Qu'avons-nous fait de notre île?

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