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Courrier des lecteurs

Mentor et menteurs chez des imans


"Complément d'enquête" a retrouvé le mentor présumé de l'un des kamikazes du Bataclan. Abdelilah Ziyad, qui est aussi le "cerveau" des attentats de Marrakech, prêche incognito dans une mosquée de quartier à Troyes.

En seconde partie, on remonte 30 ans en arrière : Un réseau de 35 islamistes en procès à Paris en 1996. Les aveux de l'«émir» Ziyad. Le Marocain a reconnu sa responsabilité dans l'attentat de Marrakech. Un réseau de 35 islamistes en procès à Paris.

Haine du régime marocain d'où il est originaire, Abdelilah Ziyad se réfugie en France en 1982 et en 1984 il y est expulsé et part en Lybie une année. Un an plus tard, il est en Algérie reçu "à bras ouverts comme tous les opposants marocains" et il lui est remis un passeport algérien. En 1986, il revient en France avec ce passeport algérien et obtient une carte de séjour grâce à ses papiers algériens

Par Pamphlétaire - Publié le Samedi 12 Décembre 2015 à 00:26 | Lu 2174 fois

http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/complement-d-enquete/video-complement-d-enquete-sur-les-traces-d-abdelilah-zyad-mentor-presume-de-mostefai_1216917.html#xtor=AL-67-[video];http://www.liberation.fr/france-archive/1996/12/12/un-reseau-de-35-islamistes-en-proces-a-parisles-aveux-de-l-emir-ziyad-le-marocain-a-reconnu-sa-respo_191295

Où se trouve Abdelilah Ziyad, le mentor présumé d'Omar Ismaïl Mostefaï, l'un des kamikazes du Bataclan ? Celui qui est aussi le "cerveau" présumé des attentats de Marrakech, en 1994 (pour lesquels il a purgé huit ans de prison), circule librement en France.

Aujourd'hui, il est installé à Troyes, dans l'Aube, à une quarantaine de kilomètres de la famille Mostefaï. Et il est toujours imam. Malgré son passé de terroriste, il prêche dans une petite mosquée de quartier, sous une fausse identité, depuis au moins deux ans.

En caméra cachée, l'équipe de "Complément d'enquête" a filmé le prêche du vendredi. Même s'il se fait appeler Abdelkrim, c'est bien Abdelilah Ziyad qui s'installe au pupitre. Interrogé sur les révélations de Mediapart selon lesquelles il aurait connu Mostefaï en 2010, à Chartres, Ziyad dit n'en avoir jamais été proche.

Quant au directeur de la mosquée, après avoir reconnu être au courant des liens de son imam avec le kamikaze du Bataclan, il change de discours face à la caméra. Il fait alors mine de découvrir la véritable identité de Ziyad – et promet de le chasser.

Extrait de "Dans l'ombre de Mostefaï", un reportage diffusé dans "Complément d'enquête" le 10 décembre 2015. Source : http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/complement-d-enquete/video-complement-d-enquete-sur-les-traces-d-abdelilah-zyad-mentor-presume-de-mostefai_1216917.html#xtor=AL-67-[video]

Seconde partie :

"Je n'ai pas dit toute la vérité au juge d'instruction et je n'ai pas pris mes responsabilités. Je vais tout dire au tribunal". Avec cette phrase hier, Abdelilah Ziyad, chef présumé d'un réseau islamiste a fait basculer le procès. Depuis lundi, au palais de justice de Paris, on attendait l'audition de cet homme de 38 ans, toujours en blanc, que tout le monde appelait Rachid. Le seul barbu parmi les 21 prévenus qui comparaissent pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Le seul qui, à heures fixes, cesse d'écouter les débats pour prier. Le seul qui demande l'aide d'un interprète pour s'exprimer. Hier il a reconnu «dans l'honneur et le courage» ce qu'il avait jusqu'ici farouchement nié. Oui, c'est bien lui qui a ordonné à des jeunes de Paris, de La Courneuve et d'Orléans de passer à six reprises des armes au Maroc entre 1992 et 1993. C'est encore lui, qui avec "Saïd", son "frère" aujourd'hui en fuite était à la tête des réseaux mis en place en France «pour déstabiliser le Maroc», son pays. Y installer "une république islamiste et supprimer l'injustice du régime de Hassan II". Du coup, le tribunal s'est retrouvé face à une situation bien embarrassante et que dénoncent les avocats depuis le début . A la prison de Rabat, depuis janvier 1995, trois jeunes hommes, dont deux Français sont condamnés à mort et trois autres à perpétuité. Pour des attentats au Maroc, dont l'un a causé la mort de deux touristes à Marrakech. C'est pourtant dans cette même affaire et pour un simple "délit" que sont jugées aujourd'hui à Paris, le commanditaire de ces crimes, et Tarek Fallah, un des jeunes participants à l'attentat. Les aveux de Ziyad hier ont éclairé plus crûment encore cette disparité dont la section antiterroriste de Paris n'a jamais voulu entendre parler. Comment refuser maintenant d'écouter la voix des avocats qui réclament le retour des condamnés du Maroc pour que tous soient jugés ensemble en France? Autre retournement de l'audience, Ziyad a complètement disculpé trois des prévenus. En prison depuis deux ans, malgré leurs protestations d'innocence.

Mais son audition a aussi permis de comprendre l'ascendant qu'il a exercé sur la bande. On attendait le discours d'un fanatique, mais le tribunal a écouté un militant calme. L'engagement lui est venu à 18 ans au Maroc, quand il croise la route du MJIM (mouvement des jeunes islamistes marocains). "Au début, dit-il, nous avions l'ambition de changer les choses pacifiquement, mais chez nous la répression opprime l'opposition. Il nous a fallu tenir le langage que tient le Roi". Autour de lui, pour avoir osé s'opposer, des gens sont condamnés "quiconque ose critiquer Hassan II est passible de cinq ans de prison et jusqu'à la perpétuité. Demandez à la famille Oufkir, elle en sait quelque chose. Nous ne sommes pas violents, nous n'aimons pas le sang, mais nous avons été obligés de porter les armes. C'est ce que vous avez fait en France pour votre Révolution". Les armes, c'est justement pour en avoir importés d'Algérie au Maroc que Ziyad et Saïd prennent perpétuité en 1985. Ils n'attendront pas leur condamnation. Ils ont fui en France en 1982. C'est là que Ziyad apprendra que sa mère «est morte en garde à vue» et que son frère est devenu fou «après avoir été torturé». Cette haine du régime marocain, Saïd et lui vont désormais l'inculquer aux jeunes qu'ils rencontrent en France ,au nom du MJIM. Expulsé de France en 1984, il part pour la Libye "le seul pays qui voulait bien de moi". Un an plus tard, il est en Algérie. Et c'est là qu'intervient l'autre révélation de ce procès. Car, il y est accueilli à bras ouverts et, "comme tous les opposants marocains" il y reçoit un passeport algérien, il est logé et nourri dans un petit hôtel. Revenu en France en 1986, il obtient une carte de séjour grâce à ses papiers algériens. De là à en conclure qu'il a été manipulé par les services algériens, il n'y a qu'un pas. Franchi par le gouvernement marocain, qui après l'attentat de Marrakech l'expliquera dans un long communiqué qui ne figure nulle part dans le dossier d'instruction et que brandit Me Arnaud Montebourg à l'audience. Ressurgissent d'un coup toutes les ombres de ce procès. Qui a véritablement commandité Ziyad? Comment expliquer que certains membres du réseau ont mystérieusement échappé aux policiers qui les filaient? Ce n'est sûrement pas Rachid qui va répondre. Dès que l'on évoque ses sources de financement, il se tait. Il se tait encore devant le nom de Lounici, membre actif du Fis et pourvoyeur d'armes présumé du réseau en France. Mais quand on lui demande s'il n'est pas choquant d'avoir envoyé des gamins au casse-pipe au Maroc sans avoir rien prévu pour qu'ils puissent en revenir après les actions, alors Ziyad perd pied. Il ne sait vraiment pas quoi répondre.
Dominique SIMONNOT
Source : http://www.liberation.fr/france-archive/1996/12/12/un-reseau-de-35-islamistes-en-proces-a-parisles-aveux-de-l-emir-ziyad-le-marocain-a-reconnu-sa-respo_191295

Pour ceux qui veulent un peu plus de renseignements et de précisions et pas des moindres :
http://www.eric-verhaeghe.fr/qui-est-abdelilah-zyad-le-mentor-de-mostefai/
http://libreinfo.perso.neuf.fr/plaquette03_46.htm
http://www.lest-eclair.fr/396517/article/2015-12-11/qui-se-cache-derriere-abdelilah-ziyad (pour la photo)




1.Posté par A Méditer le 12/12/2015 06:49 (depuis mobile)

'' L''islamisme est la seule maladie rare que l''on n''ai pas expérimenté sur les animaux '' (Coluche)

2.Posté par Toniog974 le 12/12/2015 17:44

@1 Coluche n'a jamais fait allusion à l'islamisme. Il parlait du communisme.

3.Posté par lol le 13/12/2015 03:27 (depuis mobile)

:-\

4.Posté par madibastard le 13/12/2015 09:11

Retour de boomerang normal de la part des autorités algériennes...la France a soutenu le FIS et ils n'ont pas oublié.

C'est plutôt à nos propres errements qu'il faut s'attaquer, comment ce gars peut il être encore sur notre sol avec un tel CV ? Il va falloir faire du contre terrorisme à l'israélienne si on veut venir à bout de cette chienlit...

5.Posté par Pamphlétaire le 13/12/2015 14:34

Précisions ou réponses apportées par des accusés lors de l'audience en décembre 1996.

Vingt hommes de main et un instigateur face au tribunal
C'est sous très haute surveillance policière que s'est ouvert, hier, le procès de 21 membres présumés d'un réseau terroriste islamique. Après un long incident d'audience, un jeune d'Orléans a tenté d'expliquer comment il s'est engagé dans l'activisme armé.

NORMAL. Lorsque, debout dans le box des prévenus, Farid, vingt-cinq ans, explique qu'un beau matin du mois de mai 1992 il est parti pour l'Afghanistan, via le Pakistan, afin d'y suivre un stage d'entraînement au combat, cela n'a pas l'air de surprendre outre mesure le président. Bruno Steinmann ne lui demande pas si sa famille, ses amis, ses voisins étaient au courant de son départ, ni comment ils l'ont accueilli à son retour.

Le président de la 31e chambre correctionnelle du tribunal de Paris ne s'embarrasse pas de l'entourage. Il veut savoir pourquoi et comment un jeune Marocain d'Orléans s'engage, à tout juste vingt et un ans, dans la lutte armée au nom d'un prétendu islam. Hier, au premier jour du procès d'un réseau terroriste implanté en France, Farid a du mal à l'expliquer. Du milieu d'où il vient, de sa scolarité médiocre, des espoirs ou des désillusions qu'il nourrissait, personne ne lui demande rien. Beau gosse typé, arborant les initiales USA sur sa veste de survêtement, il tente du coup, tant bien que mal, de répondre aux questions sur son engagement idéologique, qui lui arrivent en rafale.

- Quand vous êtes-vous mis à fréquenter la mosquée d'Argonne? - En 1986. - Et avant? - Je n'étais pas pratiquant.

- Y a-t-il eu une personne ou un événement qui vous aurait poussé? - Non, rien de spécial. De naissance, je suis musulman. - Et Saïd, vous l'avez rencontré en quelle année?

- En 1986.

Farid assure ne pas se souvenir de la manière dont ils sont entrés en contact. Tout ce qu'il reconnaît, c'est que ce recruteur présumé du réseau, aujourd'hui en cavale, avait sur lui de l'autorité. Tout du moins un charisme suffisant pour parvenir à le convaincre de participer à des opérations de déstabilisation du régime de Hassan II. Seul moyen, selon eux, d'installer un Etat islamique au Maroc.

- De quelle autorité jouissait-il? interroge le président

- Au niveau de la religion, il avait plus de connaissances.

En lui citant des versets du Coran, Saïd (alias Mohamed Zinedine) aurait réussi à le convaincre de partir en Afghanistan. Pour ce faire, il lui aurait remis 20.000 francs sans préciser d'où il les tenait. Plus tard, en 1994, c'est encore sa manière de tout justifier au nom de la religion qui aurait décidé Farid à partir au Maroc pour y commettre un attentat contre une plage de Tanger. Action qui devait finalement avorter.

- Pouvez-vous nous citer ne serait-ce qu'une de ces sourates? - Franchement, je ne saurai pas vous dire à quel endroit du Coran elles se trouvent. - Je ne vous demande pas où, mais quoi, insiste Bruno Steinmann.

- Je ne me rappelle pas. Premier à parler des vingt et un prévenus, présents hier à l'ouverture du procès, Farid Zarouali apparaît comme un simple exécutant de la structure terroriste que la justice française a entrepris de démonter après l'attentat, commis par de jeunes Français, à Marrakech. Le 24 août 1994, deux touristes espagnols avaient été tués. Six membres du commando arrêtés. Tous jugés au Maroc, la plupart ont été condamnés à la prison à vie. Deux ressortissants français attendent en ce moment dans le couloir de la mort le résultat du pourvoi qu'ils ont formé à leur condamnation à la peine capitale. Parce qu'ils sont également poursuivis dans la procédure dont est saisi la 31e chambre du tribunal correctionnel, leurs avocats ont tenté, hier, d'obtenir le renvoi du procès.

«Quels arrangements? Quels accords ont été passés avec quelles autorités étrangères pour que la République française renoncent à les juger ici?» tempête Me Francis Terquem. Aucune demande d'extradition, même momentanée, n'a en effet été réclamée, alors que leurs témoignages pourrait éclairer le tribunal. La citation les appelant à comparaître au procès ne leur a même pas été délivrée, ayant été adressée à leur ancienne adresse. «Comme si le parquet était seul à ignorer que ces jeunes Français ont été condamnés à mort au Maroc!» s'énerve Me Terquem, convaincu que «renoncer au renvoi reviendrait à faire payer plus cher les exécutants que les instigateurs».

Car il s'en trouve au moins un dans le box des prévenus. Poursuivi, comme les autres, pour association de malfaiteurs, il encourt, comme eux, une peine de dix ans d'emprisonnement maximum. Grand, maigre, les joues creusés par sa barbe noire, Ziad Abdelilah, trente-huit ans, observe et écoute Farid et les autres le charger. Quand Farid parle d'un certain «Rachid» que Saïd lui aurait présenté et qui serait venu avec eux au Maroc, pour abattre des baigneurs à Tanger, Ziad sait que c'est de lui dont on parle. Sur les planches de photos anthropomorphiques que le juge leur a présentées, ils ont tous reconnu «Rachid» lorsqu'ils ont vu son portrait.

Les jeunes condamnés au Maroc pourraient dire s'ils le connaissaient. «En ne réclamant pas leur extradition, on aboutit à une délocalisation de la peine de mort», insiste, à son tour, Me Charière-Bournazel, défenseur, avec Arnaud Montebourg, d'un des prévenus comparaissant détenus. Ce dernier, parlant de «Yalta judiciaire» pour évoquer les accords de coopération entre le royaume chérifien et la France, ne renonce pourtant pas à faire de ce procès autre chose que celui du «menu fretin». Même après le renvoi au fond de la demande d'extradition. Parmi les témoins cités, le recteur de la mosquée de Paris et un chercheur du CNRS devraient en effet éclairer le tribunal sur le parcours de ces jeunes qu'un hebdomadaire a appelé «les paumés de Marrakech».

CATHY CAPVERT, 10 décembre 1996, l'Humanité.
http://www.humanite.fr/node/146068

L'émir «Rachid» prie devant le tribunal et prêche la guerre
Compte rendu d'audience.
Il bouge doucement la tête. Garde ses yeux ronds tellement ouverts que d'épaisses rides sillonnent son front bombé. Hier, au troisième jour du procès d'un réseau de jeunes terroristes islamistes, qui comparaissent depuis lundi à Paris, tous les regards sont braqués sur lui. Abdelilah Ziyad est le fameux «Rachid» que plusieurs jeunes entendus depuis le début de l'audience ont présenté comme l'un des deux principaux organisateurs des attentats qui, durant l'été 1994, devaient ensanglanter le Maroc. L'autre «émir», surnommé «Saïd», est toujours en fuite. Ziyad, lui, a été interpellé à la frontière austro-allemande en août 1995.

C'est à ces deux anciens responsables du Mouvement de la jeunesse islamique marocaine (MJIM) qu'on reproche d'avoir recruté des jeunes en région parisienne et dans l'Orléanais. Ce sont eux qu'on accuse d'avoir organisé des stages d'entraînement physique en Afghanistan ou sur le mont Ventoux pour y envoyer leurs jeunes recrues, afin de tester leur capacité à prendre les armes le moment venu. Le jour dit, c'est sur leurs ordres et grâce à l'argent et aux armes qu'ils leur confièrent que plusieurs groupes furent dépêchés au Maroc pour commettre des attentats contre des policiers, des touristes et des juifs. La plupart des actions avortèrent. Mais, le 24 août, deux touristes espagnols furent abattus devant un hôtel de luxe de Marrakech.

Parce que Ziyad est le seul «chef» interpellé, tout le monde le guette. Chacun peut noter que, quand il ne marmonne pas des versets du Coran à l'heure de la prière, il sourit. Hier matin encore, lorsque le président de la 31e chambre correctionnelle de Paris interroge Abdelkrim Rouhaba, une fossette se dessine sur sa joue creusée par une barbe noire. Le maçon d'Orléans, président d'une association islamiste, vient d'exposer sa conception de la «Jihad». «Il y en a deux», a-t-il expliqué à l'unisson de ce qu'avaient pu dire d'autres jeunes d'Orléans et de La Courneuve, la veille et l'avant-veille. «Le premier, sur le plan interne, consiste à combattre l'âme instigatrice du mal pour ne faire que le bien. Le second, beaucoup plus compliqué, est politique. C'est la Guerre sainte que les savants n'ont pas encore tranchée.»

Quand le président Steinmann lui demande comment, après deux ans de détention, il réagit à l'attitude de «Rachid», qui en faisant convoyer des armes dans la voiture qu'il lui avait empruntée l'a indirectement impliqué, Rouhaba le traite de «lâche».

«Il y a des limites à tout, s'énerve l'Algérien. Je ne partage rien de ce qu'il a fait. Je condamne tous ces attentats... tout du moins au Maroc.

- Voulez-vous dire que si ces armes avaient été à destination de l'Algérie, vous l'auriez soutenu?» le reprend immédiatement le président.

Alors que Ziyad, dit «Rachid», sourit de toutes ses dents, Rouhaba assure: «Jamais de la vie.»

L'après-midi, pourtant, il sera bien question de convoyage d'armes à destination de l'Algérie. «Beaucoup n'ont pas fait qu'y transiter», remarque le président. Certaines y sont restées, ont été utilisées, ont blessé, tué. C'est pour avoir favorisé cela que les vingt et un prévenus sont traînés devant la justice. Uniquement pour cela. Mais Ziyad ne peut s'empêcher de justifier les liens tissés entre les islamistes marocains et l'Armée islamique du salut (AIS), branche armée du FIS. Il tient à s'exprimer en arabe, pour que ses explications soient plus «claires». Dit: «L'aide apportée au peuple algérien est une aide apportée à des gens qui ont été choisis par la voie électorale.» Son discours n'a rien de religieux contrairement à ce qu'on pouvait attendre. C'est de politique qu'il est question.

Immédiatement après avoir expliqué les raisons de sa venue en France en 1982 - «Le pouvoir de Hassan II emprisonne et tue ceux qui le critiquent. La famille Oufkir en sait quelque chose. Serfaty aussi» -, l'ancien membre du MJIM prêche la «révolution» armée. Les mains à plat sur la barre où est fixée la vitre blindée qui le protège, «Rachid» assure: «Au début nous avions l'ambition de changer les choses par la voie pacifique, mais comme toute opposition pacifique est réprimée, il faut tenir le langage que le roi emploie lui-même.» Pourquoi être venu recruter en France, parmi des jeunes nés ici, les soldats de sa «révolution» islamique? «Là-bas, je suis condamné à perpétuité.» Ici, il a donc commencé par s'inscrire dans une école d'informatique de Montreuil afin de bénéficier du statut d'étudiant. Puis, en 1988, il a ouvert une librairie à Clignancourt. Statut de commerçant. «D'où provenait l'argent?», interroge Bruno Steinmann, toujours décidé à démontrer que ni Ziyad ni celui qu'on appelle «Saïd» n'étaient des électrons libres. «Je ne donnerai aucun nom», répète inlassablement «Rachid» dès qu'il est question du financement des armes, des voitures et de son train de vie.

Même si, contrairement à ce qu'il avait prétendu lors de l'instruction, il entend assumer maintenant «toutes les responsabilités», il continue de dire «c'est possible», quand on le questionne sur des faits précis. Ainsi, sur la composition très étudiée des commandos chargés d'intervenir au Maroc (deux membres du réseau parisien et un de l'Orléanais, ou inversement), il affirme: «C'était une constitution normale.» A propos des stages qui auraient été une manière de repérer quels jeunes étaient les plus aptes à agir, il soutient: «Il n'y avait pas de critères. Ceux qui ont agi étaient tous convaincus.» Quant aux braquages, qui font l'objet d'une autre procédure judiciaire mais sont évoqués parce qu'ils auraient servi à financer le réseau, Ziyad continue de nier en avoir orchestré en France. A 15 h 45, il veut s'asseoir. C'est l'heure de la prière. Réquisitoire aujourd'hui.

CATHY CAPVERT, 12 décembre 1996, l'Humanité
http://www.humanite.fr/node/146311

L'islam dans la société française
1/ Le Mouvement de la jeunesse islamique au Maroc, auquel j'avais décidé d'appartenir, voulait améliorer la situation politique dans ce pays. Comme cet objectif ne pouvait être atteint pacifiquement, le Jihad était devenu le seul moyen. » Ainsi parle Mohamed El Khantache, un jeune homme issu d'une famille marocaine d'Orléans, en ce lundi 9 décembre, au palais de justice de Paris, lors du premier jour du procès en correctionnelle du réseau des islamistes de banlieue qui sévit à Marrakech en 1994 (deux morts). Cette notion de « jihad (« guerre sainte » préfèrent dire les Occidentaux) va hanter les débats.

Le président du tribunal demande : « Qu'est pour vous le jihad ? » Réponse : « Le jihad m'impose, quand c'est nécessaire, l'effort physique pour établir un islam juste. J'ai donc fait des stages de formation militaire, l'un en Algérie et les autres en France. » Mohamed est, en fait, embarrassé. Comme d'autres jeunes accusés, il est incapable de prouver une réelle connaissance du Coran.

2/ Abdelilah Ziyad, 38 ans, le chef du réseau, précise ensuite : « Le jihad commande de répondre à la violence par la violence. Il a bien fallu tenir le langage que tient le roi Hassan II lui-même. Critiquer le régime est impossible et celui-ci ne comprend que l'emploi de la force. » Le président Steinmann n'est pas satisfait par toutes ces réponses. Alors, il se montre intéressé par le témoignage de Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, cité par la défense.

3/ Le recteur précise ainsi les choses : « Comme notion permanente, jihad veut dire effort sur soi-même. Comme lutte armée, il a existé du temps du Prophète ou des croisades. Le Coran affirme : ne combattez point ceux qui ne vous combattent pas pour votre foi ou ne vous chassent pas de vos foyers. L'islam est avant tout une spiritualité, un message de paix, de tolérance, de dialogue et d'ouverture. Le Coran enseigne d'abord la foi en Dieu. »

Les « beurs » du réseau islamiste des banlieues n'ont jamais été formés à l'islam. Un jour, au moment le plus critique de leur adolescence, ils ont suivi le premier imam autoproclamé qu'ils ont rencontré. C'était de leur part comme une démarche identitaire pour résoudre une instabilité culturelle et sociale.

Dans les quartiers défavorisés, tous les jeunes issus de l'immigration ne choisissent pas, loin de là, cette voie radicale qui est d'ailleurs plus politique que religieuse. Mais une telle dérive existe et il ne faut pas la nier. Le procès de ce réseau l'a montré et le recteur l'a confirmé.

Dalil Boubakeur met en cause « le manque de préparation » du regroupement des familles immigrées au milieu des années 1970. Conséquences selon lui : « Un état psychologique pathogène » chez certains jeunes et « l'éclosion de lieux de culte dans des conditions précaires ». D'où l'exigence qu'il martèle : « L'islam de France doit s'organiser. Il faut des mosquées dignes et encadrées par des imams formés. »

Antoine FOUCHET, 16 décembre 1996, la Croix.
http://www.la-croix.com/Archives/1996-12-16/L-islam-dans-la-societe-francaise-_NP_-1996-12-16-418313

6.Posté par EKOLO le 13/12/2015 15:23

@ Madibastard :

La France avait été bien couillonne de soutenir un parti islamiste, surtout pour un pays laïc.
Même si le FIS avait quand même bien gagné les élections législatives de 1991 (avec une campagne populiste de chez populiste) ;
Et que ça résultait de la fin du monopole du parti unique FLN (presque 30 ans).

Je ne sais pas ce que c'est, le contre-terrorisme à l'israélienne. Faudrait développer un peu sur la question, ça peut être intéressant.

Mais quand un islamiste avéré vient en France et y exerce sa propagande, ça peut être une aubaine pour la France, dans le cadre de sa lutte contre l'islamisme :
- le gars (étranger) est bien évidemment fiché et suivi
- il se fait des copains islamistes (français) avec ses prêches
- comme il est suivi, on fiche ses copains et on les suit également
- quand il a fait le plein de copains, on le vire (Arrêté ministériel d'expulsion, par exemple pour incitation à la haine raciale)
- et on continue de suivre ses copains, pour repérer d'autres nouveaux copains
- et ainsi de suite, jusqu'à avoir assez de monde pour faire "un coup de filet".

En théorie, moi ça me plaît bien.
Le problème, c'est quand il y a de regrettables dysfonctionnements dans les services de renseignement ou de police "classique".
Mon avis perso, c'est que c'est du avant tout au manque de moyens en personnel.
Questions moyens légaux, ça vient d'être simplifié avec l'état d'urgence.

Après, faut comparer avec les méthodes israéliennes, et pour ça il faudrait savoir ce que sont ces méthodes.

7.Posté par Boulgoum le 13/12/2015 18:27


Voilà un article fort intéressant donnant un bon coup d'éclairage sur notre politique étrangère et notre capacité à nous tirer des balles dans les pieds:

"Le sort du Shah d'Iran a été scellé depuis l'étranger. Voilà ce qu'affirme Amir Aslan Afshar, l'un des plus proches confidents de Mohammad Reza Pahlavi. Dans Mémoires d'Iran*, cet ancien diplomate iranien, dernier Grand Maître du protocole de la Cour impériale, relate les coulisses de la révolution iranienne, vue du palais. On y apprend que le shah d'Iran était persuadé d'avoir été lâché par ses alliés occidentaux, en tête desquels les États-Unis, pour avoir souhaité s'en émanciper.

"J'ai signé mon arrêt de mort le jour où j'ai signé avec une société pétrolière italienne un contrat qui accordait 75 % des bénéfices à l'Iran", a déclaré le souverain devant son chef de protocole. "L'hostilité des grandes compagnies contre moi a encore crû quand, prenant la tête de l'Opep, je suis parvenu à faire bondir les cours du brut et quand j'ai proclamé la pleine et entière souveraineté de l'Iran sur son industrie pétrolière à partir de 1979. (…) Ainsi, exactement comme ils l'avaient déjà fait avec mon père, ils ont mis fin à mon existence politique, précisément à la date fatidique de 1979."

C'est oublier qu'à l'époque, l'Iran est secoué depuis plus d'un an par une vague sans précédent de manifestations populaires mêlant islamistes, marxistes, islamo-marxistes, et libéraux. Leur cible, quarante ans de pouvoir despotique du monarque, assuré par sa féroce police secrète : la Savak. Et si Mohammad Reza Pahlavi a réussi à industrialiser son pays à grands pas, il n'a pu empêcher les inégalités sociales de se creuser dramatiquement en Iran. "La fin du régime impérial était déjà programmée", souligne l'historien Yann Richard, professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle-Paris 3 et témoin de la révolution iranienne. "Les manifestations étaient de plus en plus massives au cours de l'année 1978 et le shah ne contrôlait plus rien. Il aurait peut-être pu se maintenir au pouvoir s'il avait fait intervenir l'armée pour réprimer tous azimuts. Mais il a reculé, plus par faiblesse que par force d'âme."

Conférence de Guadeloupe

Pourtant, à en croire le chef du protocole du shah, ce n'est pas sur les pavés de Téhéran, mais dans un hôtel en Guadeloupe que le destin du monarque a été tranché. Le 4 janvier 1979, un sommet extraordinaire réunit dans le département français d'outre-mer le président américain de l'époque, Jimmy Carter, le président français Valéry Giscard d'Estaing, le Premier ministre britannique James Callaghan, et le chancelier allemand Helmut Schmidt.

"Au cours de cette réunion, Carter, évoquant les menaces que l'URSS faisait peser sur l'Afghanistan, déclara qu'il souhaitait que le shah soit écarté du pouvoir et remplacé par Khomeyni", affirme Amir Aslan Afshar dans ses Mémoires d'Iran. "Seul Helmut Schmidt avait souhaité un supplément d'enquête, rappelant à ses pairs que l'Iran était un pays qui entretenait avec eux tous de bonnes relations économiques et politiques. Callaghan, quant à lui, pensait comme Carter que le régime du shah avait fait son temps. Quant à Giscard d'Estaing, passées ses premières hésitations et sa surprise, il avait joint sa voix à celle des autres choristes."

Un an auparavant, le président américain louait pourtant l'Iran du shah, son principal allié au Moyen-Orient, en tant qu'"îlot de stabilité". Mais à Washington, le débat faisait déjà rage à l'époque entre le Département d'État et la Maison-Blanche. D'un côté, le conseiller à la Sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, était farouchement opposé à la chute du shah, considérant qu'elle provoquerait le chaos au Moyen-Orient. De l'autre, le secrétaire d'État américain Cyrus Vance, estimait au contraire que l'arrivée au pouvoir en Iran de l'ayatollah Khomeyni, un "Gandhi iranien" selon lui, permettrait aux États-Unis de créer une ceinture verte islamiste contre les communistes.

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