Faits-divers

Mélodrame éthylo-tragico-comique à St-Benoît: "Mwin lé pas mort, mwin ; mwin lé bourré !"...

...Et il le prouve en boutant le feu aux Urgences.

Mercredi 6 Mars 2019 - 08:11

Mélodrame éthylo-tragico-comique à St-Benoît: "Mwin lé pas mort, mwin ; mwin lé bourré !"...
C'est une histoire qui aurait vraiment, mais vraiment pu plus mal se terminer. Un soir de décembre 2017, on signale aux pompiers de Saint-Benoît qu'un "presque" cadavre gît sur un chemin du centre-ville. Ni une ni deux, pin-pon-pin-pon, les braves sauveteurs sont sur les lieux en un rien de temps ; pour découvrir non pas un cadavre mais ce qui n'en est pas loin, une de leurs plus anciennes connaissances, Jean-Pierre A., la cinquantaine fanée, plus pété qu'un letchis après la pluie.

"Mwin lé pocor mort !"

Et surtout, dans un état de coma qui leur semble bien avancé. Mais moins que ce qu'ils croyaient, nous le verrons sous peu. Les hommes du feu embarquent donc leur plus vieux et plus fidèle client, direction les Urgences du Centre hospitalier Est Réunion (CHER).

Là, bonhomme est embarqué par les Urgentistes qui l'installent sur une civière et constatent qu'il est loin d'être aux dernières extrémités. Ils le ventilent un peu, lui rafraîchissent le visage et le laissent ronfler comme le bon sonneur qu'il est.

Las ! Ils n'ont pas songé une seule seconde que le vent frais et les compresses allaient ramener notre poivrot en état de veille, ce qui est aussitôt fait dès qu'ils ont le dos tourné.

"Bondissant de sa couche/En chemise de nuit/Le poivrot affolé/Cogne à tous les huis", pourrait chanter Jojo. Affolé parce que se retrouvant seul dans cette grande salle, froide comme un hôpital, si j'ose, notre Jean-Pierre sème un souk de tous les diables, appelle puis gueule au charron, exigeant qu'on le laisse sortir toute affaire cessante. Le personnel ne risque pas de l'entendre, occupé ailleurs avec d'autres cas plus sensibles.

Aucune porte donnant sur l'extérieur n'est ouverte. Elles sont même bloquées, et bien bloquées. Jean-Pierre, pas en reste, ne voit qu'un moyen pour s'enfuir. Car c'est bien de fuite qu'il s'agit. Pas con, le mec, vous allez voir.

Un stratège de très haut niveau !

Il sait que les détecteurs de fumée sont très sensibles et il vient justement, youpi ! de mettre la main sur le briquet qu'on a eu l'imprudence de laisser aux fond de ses poches. "Sur ces entrefaites-là (toujours Jojo) trouvant dans une poubelle un vieux journal", il s'en saisit, le roule en torche, y met le feu et approche la flamme d'un détecteur. Et pas n'importe lequel : il jette son dévolu sur un détecteur près d'une des sorties.

Ce qui va lui laisser le temps, quand ça va sonner comme à la Cathédrale, de filocher par la sortie opposée. Ça c'est de la stratégie ou je ne m'y connais pas. C'est Jules César à Alésia ; Napoléon à Austerlitz ; Aétius aux Champs Catalauniques. Parce que ça marche comme sur des roulettes : les sirènes d'alerte entrent en transe ; le personnel ouvre les portes des deux côtés ; on évacue sans trop regarder qui va où ; le Jean-Pierre se trisse vite fait et... té moins in' lu té trouve la mort déor !

Cette fois, ce sont les gendarmes qui vont lui sauver la vie pour de bon : on leur signale un futur cadavre zigzagant... sur la quatre-voies : Jean-Pierre té qui marche en crabe à la recherche d'une dive bouteille car il avait encore une tite soif.

"Vous allez fuir du tribunal ?"

Quand on dit qu'il y a un dieu pour les ivrognes et autres boit-sans-soif, Landerneau ricane. Jean-Pierre en est la preuve vivante... enfin, presque car du train où vont les choses, ça risque de ne pas durer.

La procureur Catherine Séry, sans trop appuyer sur ses côtes, a quand même insisté sur l'état de dangerosité du bonhomme et le fait que la salle des Urgences avait été saccagée par l'incendie : plus de 5.000 euros de dégâts. Ah ! quand même... Et de requérir deux ans dont un avec sursis. Il faut dire que ce singulier incendiaire a un CV judiciaire plutôt bourré lui aussi : 8 condamnations dont plusieurs pour conduite sous empire alcoolique (tiens ?)

Il faut dire que les relations entre Jean-Pierre et l'alcool sont très intimes et remontent au passage de la Mer Rouge. L'homme prétend avoir arrêté et se faire soigner, ce que prouvent les attestations médicales présentées par son défenseur.

En demandant à l'accusé de se mettre dans les bancs du public en attendant le verdict, le président Molié n'a pu s'empêcher de lui demander :

"Vous n'avez pas envie de fuir du tribunal, je présume ? (Non fait l'accusé) - Bien ! Vous n'avez pas envie de jouer avec un briquet non plus ?" Toujours un signe de dénégation. A-t-il compris le trait d'humour ? Bof !

Total : 12 mois avec sursis et mise à l'épreuve de 2 ans, plus obligation d'indemniser le CHER (avec quoi ?) et obligation de soins.
Jules Bénard
Lu 4444 fois




1.Posté par nono le 06/03/2019 08:42

et dire que ce genre de poivrot est prioritaire aux urgences a l’hôpital !!!!

2.Posté par simplex le 06/03/2019 11:07

Lorsque je lis ce style particulier je sais, dés les premières lignes, quelle signature je trouverai au bas du texte.
Notre Jules Bénard serait capable, avec un anodin fait divers, de nous écrire un roman de 500 pages qu'on pourrait lire sans déplaisir.
Bravo Jules

3.Posté par Jp POPAUL54 le 06/03/2019 11:56

Ce sont ce genre de poivrots qui embouteillent les urgences !!!

4.Posté par Jules Bénard le 06/03/2019 12:30

à posté 2 "simple" :

Merci.

5.Posté par Angélique le 06/03/2019 13:31

Bleuffée par l'écriture de ces quelques lignes qui sont d'un naturel parfait! Je me suis régalée à la lecture de cet article! Bravo! Beau récit tout en humour!! Un agréable moment!!

6.Posté par simplex le 06/03/2019 13:32

au temps pour moi,
j'ai dis "avec un anodin fait divers". J'aurais dû dire "à partie d'un..."
Mes excuses Jules

7.Posté par Grangaga le 06/03/2019 13:34

" Alé pa di bann' na k'mwin lé morr'........
Karr' mi bouz' ankorr'....." Madoré.

8.Posté par Julie le 07/03/2019 08:32 (depuis mobile)

Toujours aussi captivant tes infos Jules
A peine commencer à lire j’ai reconnu ton écriture
Merci Jules Benard

9.Posté par tc le 07/03/2019 15:49

je ne connaissais pas l'expression "plus pété qu'un letchis après la pluie " Très bon !

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Si aucune page de confirmation n'apparaît après avoir cliqué sur "Proposer" , merci de nous le faire savoir via le mail contact@zinfos974.com
------
Merci de nous donner les informations suivantes, elles nous serviront à mieux cerner votre situation :
-- Smartphone ou ordinateur (mac ou windows)
-- Navigateur utilisé
-- Votre fournisseur d'accès internet
------
Toute l'équipe de Zinfos974 vous remercie