Société

"Maximin Chane Ki Chune": un exploit de plus de l’ami Vax

Dimanche 24 Juin 2018 - 08:16

"Maximin Chane Ki Chune": un exploit de plus de l’ami Vax
Il n’y avait que "Vax" pour raconter une telle aventure humaine. L’aventure de toute une vie, qui commence au plus bas et "finit très fort", comme disent les commentateurs sportifs. Une aventure qui pourrait paraître inventée de toutes pièces si on ne savait pas que "CKC" existe, ô combien!

Lorsqu’on s’empare d’une des nombreuses commissions de Vaxelaire, on sait d’entrée de jeu que le plaisir sera au rendez-vous. Seule question: que va-t-il encore nous faire cette fois? 

Bien que la couverture précise, formule courtoise à souhait, "avec l’assistance technique de Daniel Vaxelaire", on s’aperçoit d’entrée de jeu que c’est technique, oui… si l’on veut.

Il y a le côté technique, certes, mais il y a surtout la passion d’un écrivain au très haut talent, un écrivain qui s’est toujours passionné pour l’entrepreneur CKC et qui, surtout, le connaît mieux que bien, ayant suivi les premiers pas de "Maximin" dans la jungle de l’édition. "Le Consommateur"… "Le Quotidien"…

L’aventure (sur)humaine qu’est la vie de CKC devait être racontée car vraie et exemplaire de bout en bout. Le sous-titre est parlant: "Le gamin aux pieds nus"! CKC a démarré dans l’existence avec zéro + zéro centime. Très tôt orphelin, une admirable grand-mère malade mais hyper-courageuse, ne parlant pas un traitre-mot de français ni de créole, mais animé par le farouche désir de ne pas en rester là.

Largué dans le monde du travail dès ses 7 ans, CKC a tout fait pour s’en sortir ; il a travaillé, appris, appris, appris sans cesse jusqu’à devenir le patron (entre autres) de ce Quotidien qui a changé la conception que tous avaient des choses, à savoir les bons d’un côté, les méchants de l’autre.

Le Quotidien a montré, prouvé que les frontières n’étaient pas si étanches ; en donnant la parole à ceux qui en étaient privés.
"Je ne savais pas que c’était impossible, alors je l’ai fait".

C’est ce que tentent ceux qui, aujourd’hui, contre vents et marée, osent l’aventure de l’entreprise personnelle. Beaucoup réussissent. Ont-ils entendu l’appel de CKC? Je veux le croire. CKC a dû, lui aussi, résister contre les vents contraires, contre une politique à tête de Janus, contre les idées reçues, contre le racisme, contre les banques dominées par les puissants, qui voyaient mal in’ ti Chinois s’immiscer dans la presse, réservée alors, du moins le croyait-on, à l’oligarchie blanche.

Le mérite de Vax est d’avoir narré par le menu, mais sans phrases inutiles, le parcours exemplaire de CKC, avec des nuances de profonde sensibilité, et une empathie perceptible à chaque ligne. 

Comme toujours chez ce Lorrain, Créole par choix et amour, l’occasion est chaque fois bonne pour relier l’histoire d’un homme à l’Histoire générale. Comme tout amoureux des histoires qui nous régalent, il sait mieux que quiconque que la fiction n’est jamais si belle que quand elle est rattachée à la réalité… voire quand elle la précède, comme disait Jules Verne.

Quant à moi, si je suis entré dans le monde des auteurs, c’est bien grâce à CKC, qui n’a pas hésité à m’embaucher quand j’ai voulu quitter l’enseignement, alors que je ne sortais d’aucune école de journalisme. Dès les premiers numéros du Quotidien, autre innovation, il renouait avec l’antique tradition des romans-feuilletons de la presse quotidienne. J’y étais en bon entourage: Alexandre Dumas, Stendhal… Il a ainsi publié, en même temps que mes reportages, deux de mes premiers romans, "Neige sur La Réunion" et "Une fois de trop".

Je suggèrerais à Vax un sujet:
Si le mérite de CKC est évident, il y a bien des réussites, ici, de jeunes nés dans des conditions aussi défavorables que celles qu’à subies CKC à son corps défendant. Des jeunes nés dans l’extrême misère, qui sont malgré tout allés au plus haut. Quelques exemples, (entres autres, bien sûr…):

Bruny Payet… Né dans un champ de cannes sudiste, d’une famille de (très) petits colons, devenu Ingénieur de l’École centrale parce que remarqué par un "gros Blanc" ; et qui s’est dévoué à la cause des plus démunis au lieu de "faire carrière", comme il pouvait y prétendre…

Jean-Claude Fruteau, lui aussi issu d’une famille (très) pauvre, homme d’une intelligence et d’une sensibilité hors du commun. Professeur agrégé de Lettres classiques, maire de Saint-Benoît, député, patron du PS local…

Mgr. Gilbert Aubry, originaire d’un milieu non pas pauvre, peut-être, mais modeste incontestablement.
Tatave Bénard, vendeur de pistaches "panier su l’coco"… par la suite grand propriétaire terrien, maire et conseiller général d’Étang-Salé…

Un trait commun à tous ces gens que je viens de citer, entre eux et CKC: tout est possible si on le désire. C’est la leçon essentielle de ce livre et si CKC le dit en toute simplicité, Vax le retranscrit à merveille.

Après tout, en hiver 1954, un certain Henri Grouès ne savait pas qu’il était impossible de prendre la défense des plus malheureux. Alors, il l’a fait. Il est même devenu député. Et quelle réussite ! On le connaît mieux comme "l’Abbé Pierre".

Ah oui!… Une leçon ressort en lettres d’or de ce récit: si CKC a subi des coups durs plus souvent qu’à son tour, il n’en veut pas, il n’en veut JAMAIS… à ceux qui lui ont tiré dans le dos. Si cet homme a appris le français par volonté pure, il est un mot qui n’apparaît jamais dans son vocabulaire: "rancune".
Jules Bénard
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1.Posté par PEC-PEC le 24/06/2018 08:44 (depuis mobile)

Une formidable aventure humaine que le destin de CKC...J''''ai pu en partager un épisode. Belle leçon de vie, de pugnacité, de courage...Cette histoire servie par la plume de Vax, peut servir de ligne de conduite pour beaucoup. À dévorer sans restrictio

2.Posté par zorbec le 24/06/2018 09:54

Bien sûr le parcours de CKC est exceptionnel. Il est évident que la création du "Quotidien de La Réunion et de l'Océan Indien" a fait entrer notre île dans une nouvelle époque, au milieu des années 70. Mais cette réussite, CKC la doit aussi aux armées de "sans grade" qui se sont sacrifiés pour lui permettre de bâtir son empire. A l'époque pour "sortir" Le Quotidien coûte que coûte nous étions une poignée de clavistes, d'ouvriers du livre, de journalistes à bosser quasiment sans relâche de 8 heures du matin jusqu'à minuit. Souvent il nous arrivait de quitter par exemple un conseil municipal à Cilaos à 20 heures, d'avaler la route jusqu'à Saint-Denis et de "pondre" notre papier pour qu'il soit dans l'édition du jour ! La fougue de la jeunesse, combinée à l'envie de réussir un pari, de faire vivre un journal au ton nouveau, primait sur tout. Malgré tout quand il s'agissait de réclamer une meilleure part du gâteau que l'on voyait grossir de jour en jour, c'était une autre paire de manches ! Et que dire aussi, qu'en quarante deux ans de présence, le titre n'a jamais promu un Réunionnais rédacteur en chef ! Pire, l'une des meilleures "plumes" du journal, Idriss Issa, a été jeté comme un mal-propre après plus de 30 ans de services, parce qu'il commençait à "coûter cher" à l'entreprise. Eh oui Jules, c'était cela aussi CKC....

3.Posté par Créole la Réunion le 24/06/2018 11:06 (depuis mobile)

M. Bénard pensez vous sérieusement au racisme du monde financier face à des communautés
à une certaine époque ? Comment expliquer vous leur ascension fulgurante ? Dans le monde des banques on ne regarde pas l’origine et vous le savez très bien !!!

4.Posté par Jules Bénard le 25/06/2018 08:14

À posté 3 "Créole La Réunion" :
D'une part, oui, je le pense mais ce n'est pas de moi qu'il s'agit : à l'époque, avant l'ultra-mondialisation et les rachats divers, oui, les banques locales étaient aux mains de riches potentats coloniaux locaux. Ils étaient entre eux.
Je dis ce qu'il y a dans ce livre... Sinon, pourquoi n'accuseriez-vous pas Daniel Vaxelaire de mentir, tant que vous y êtes ?
Vous connaissez l'adage chinois : "Quand on montre la lune..."

5.Posté par PEC-PEC le 25/06/2018 08:30 (depuis mobile)

3. Vous n''avez pas lu le bouquin car ceci est grandement expliqué sur ce qui concerne argent et banque. 2, chef d''entreprise ne se fait pas qu''avec des bisous et des fleurs à la main.

6.Posté par Créole la Reunion le 25/06/2018 12:15 (depuis mobile)

Mon père créole du Tampon a voulu acheter 20 hectares dans l’Est pour y faire de la vanille et de la canne. On n’a pas regardé son origine on lui a dit non pour insuffisance de garantie. On crie au racisme des potentats coloniaux !!!

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