Courrier des lecteurs

Maurice - Réunion

Mardi 22 Mai 2018 - 09:42

Maurice, Réunion, îles sœurs. C'est l'Histoire, c'est, aussi, un slogan. Maurice a été une porte de sortie des Bourbonnais des débuts, pour se libérer de la chape de la Compagnie des Indes. La Compagnie les a rattrapés. Maurice est fille de Bourbon. Quand La Bourdonnais a fait de Maurice le chef-lieu des Mascareignes, La Réunion a boudé.


Maurice - Réunion
Les ancêtres de nos compatriotes indo-musulmans qui se lançaient dans l'aventure migratoire, avaient le choix entre trois destinations : l'Afrique du Sud, Maurice, Bourbon. Dans l'ordre de préférence, l'Afrique du sud venait en premier, Maurice ensuite. Bourbon venait au dernier rang. Au temps de la colonie, que j'ai connu, La Réunion était le parent pauvre. Le premier préfet, Paul Demange, avait lancé une campagne sur le thème de « La belle fille en haillons », c'était La Réunion. On a peine à imaginer cette situation aujourd'hui. Maurice faisait envie. La grande ville moderne architecturalement en avance, culturellement vivante, économiquement active, c'était Tana.

La départementalisation de notre île et les indépendances des autres ont changé la donne. Au lendemain immédiat de son indépendance (1968), Maurice a connu une période difficile. J'ai, personnellement connu Maurice, ses pelouses, les haies taillées au plus près de Quatre-Bornes, son stade de Curepipe (pour les tournois triangulaires de football), ses routes impeccables (je me souviens des cat's eyes de la nuit), ses villas fraiches et pimpantes, ses bâtiments publics entretenus : l'île Maurice anglaise des années 50; et j'ai connu Maurice aux routes défoncées, aux villas délabrées (sauf pour certains privilégiés), aux bâtiments publics rafistolés : l'île Maurice indépendante et pauvre des années 70. La Réunion département français, qui s'équipait, se modernisait, « s'enrichissait », avec les grands moyens de la solidarité nationale, tenait sa revanche. La politique consistait à la sortir du lot des pays voisins pauvres et démunis, qui « l'enviaient, la jalousaient », de l'en isoler. Longtemps délaissée par la Métropole, La Réunion récupérait tout ce dont celle-ci comblait Madagascar.

Si la Grande Ile ne s'en est pas encore sortie, Maurice, elle, s'est enrichie. Elle présente, aujourd'hui, des signes extérieurs de richesse à nous faire pâlir d'envie. Les Réunionnais sont les premiers clients de son industrie touristique, des entreprises réunionnaises s'y implantent volontiers, des retraités de chez nous, combinant les ressources françaises et les coûts mauriciens, s'y installent. Maurice n'envie ni ne jalouse La Réunion.

Une fois de plus, un décalage apparaît entre le vécu des peuples et le ressenti des politiques. Les premiers saisissent les opportunités sans états d'âmes, les seconds récriminent. Pour les politiques, Maurice devient insupportable, arrogante, prétentieuse. Elle se croit leader en Indianocéanie, se permet tout. La COI, disent-ils devient son affaire, sous prétexte qu'elle loge l'institution dans des locaux prestigieux, le président mauricien de la Commission prolonge son mandat au mépris des règles établies, le gouvernement mauricien freine la réforme en cours, etc. Le traité passé entre le Gouvernement français et le Gouvernement mauricien, signé en juin 2010, pour une cogestion des ressources de Tromelin n'est toujours pas ratifié par le Parlement français.

Inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée Nationale au début de l'an dernier, il en a été retiré sous la pression des oppositions, réunionnaises entre autres. Enfin, cerise sur le gâteau, voilà que la France multiplie et développe des partenariats avec l'île sœur dans des domaines de plus en plus nombreux et variés, en ignorant totalement sa Région-Département-Réunion. Mânes de La Bourdonnais où êtes-vous ?....

Une fois de plus, nous constatons une opposition entre les comportements réalistes des peuples (entreprises, particuliers) et les visions idéalistes des politiques. Pourquoi cette vision idéaliste ? Je n'avais pas de réponse jusqu'à ce que je la trouve au hasard d'un co-voiturage, chez un acteur économique avec qui je voyageais. Les Mauriciens sont dans la compétition pour survivre, les Réunionnais, eux, comptent sur l'assistance de la solidarité nationale.

Sans tomber dans la compétitivité sauvage du libéralisme économique, il est vrai que, pour vivre, il faut vendre, et pour qu'un pays vive, il doit exporter. Maurice doit se battre pour cela et faire feu de tout bois. Nous, nous nous passons des offres d'investisseurs étrangers. Nous pensons les appâter avec nos subventions, aides et autres exonérations, alors que, bien souvent, ils ne nous demandent que des terrains et des autorisations de travailler.

Ce qui les attire chez nous, c'est la stabilité politique. Nous évinçons les investisseurs étrangers, nous ne cherchons même pas à les intégrer dans nos entreprises. Par contre - La Réunion c'est la France - non seulement nous n'intégrons pas les capitaux de nos compatriotes dans nos entreprises, mais nous bradons notre patrimoine économique à des « groupes » métropolitains, qui, eux, ont des stratégies qui dépassent La Réunion. C'est le Gouvernement et ces « groupes nationaux » qui montent les partenariats avec les pays voisins, avec le plus dynamique d'entre eux, pour l'instant : l'île Maurice. La Réunion est sur le bord des voies de circulations indianocéaniennes. Elle est isolée.

Cela ne se voit pas lorsque l'on est ici, mais saute aux yeux pour peu que l'on circule. Maurice agace notre microcosme politique parce qu'il voudrait que Maurice nous fasse des cadeaux. Notre microcosme politique est dans sa posture mauricienne comme il l'est dans sa posture nationale vis-à-vis de « l'Etat ».

L’État n'agace pas parce qu'il paie ; Maurice agace parce qu'elle « nous pompe ». Vis-à-vis de l’État, comme vis-à-vis de Maurice, nos politiques sont dans l'incapacité d'être, tout simplement, « partenaires ».

Paul HOARAU
Paul Hoarau
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