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Patrimoine

Mario et la Vierge Noire


De nombreuses légendes et croyances nourrissent la culture réunionnaise. L’histoire d’un jeune esclave et de la Vierge Noire de la Rivière des pluies est assez connue.

Par Sabine Thirel - Publié le Samedi 9 Janvier 2010 à 07:46 | Lu 5272 fois

La Vierge Noire de la Rivière des Pluies Sainte-Marie
La Vierge Noire de la Rivière des Pluies Sainte-Marie
On raconte que dans la première moitié du XIXe siècle, ce jeune esclave africain s’était échappé de l’habitation et était parti « marron ». Il était la propriété de Charles Desbassayns, un des fils de Mme Desbassayns de Saint-Gilles les Hauts. Son habitation et le moulin à sucre se trouvaient à la Rivière des Pluies au pied de la Grande Montée.
A chaque fois qu’un esclave s’échappait, plusieurs  personnes se lançaient à sa poursuite. Le maître envoyait son commandeur et quelques pisteurs affranchis pour le ramener à l’habitation.  Lorsque les recherches  se prolongeaient, il engageait des chasseurs de Marrons professionnels.  Ces terres de la Rivière des Pluies, sont situées dans une vallée encaissée aux pentes parfois douces et parfois abruptes.
 Les champs de cannes à sucre couvraient les pentes de la montagne et les quelques arbres rencontrés servaient de bornage aux propriétés. Les maisons de maîtres, toutes blanches  auxquelles  on accédait par de longues allées de cocotiers, s’entouraient elles aussi de végétations luxuriantes  formées par des vergers et d’autres arbres à essences rares.

Mario et la Vierge Noire
Ainsi, pour se cacher, Mario avait peu d’alternatives.  Il se réfugia sur une petite falaise d’où il pouvait dominer la vallée et apercevoir ses poursuivants. Alors qu’il se cachait, allongé sous un bougainvillier, il trouva un morceau de bois d’ébène qui avait la forme de la Vierge Marie. Il la tailla un peu plus pour en préciser les formes et pour qu’elle tienne debout.  Il la posa entre les racines du bougainvillier et se mit à la prier lui demandant de le protéger de ses poursuivants. Il ne voulait plus retourner à l’habitation, il ne pouvait plus supporter les affres de l’esclavage et aspirait à la liberté. De plus, s’il était repris, la sanction allait être lourde. Les coups de chabouc allaient pleuvoir sur son corps maigrichon, comme cela se faisait à chaque fois qu’un esclave marron était ramené  à l’habitation.

Statue de Mario-sculpture de Marco Ah-Kiem-
Statue de Mario-sculpture de Marco Ah-Kiem-
Il resta bien longtemps à cet endroit se nourrissant de baies et de racines. Avec le temps, il se crut hors de la portée des chasseurs de marrons et relâcha sa vigilance. Mal lui en prit, c’était ignorer l’obstination des chasseurs qui espéraient toucher une forte prime, d’autant qu’il était devenu un homme fort. La prime était plus importante pour les prises d’esclaves mâles que pour les femmes et les enfants.
Un jour, alors qu’il faisait un petit feu pour griller quelques épis de maïs, la fumée  signala sa position en haut de la petite falaise. Un des pisteurs s’approcha de sa cachette, le vit et le reconnu. Il alla informer le maître de sa découverte.  Lorsque les chasseurs et la meute de chiens se présentèrent  au pied de la petite falaise, ils grimpèrent  à sa rencontre en courant. Mario, endormi à l’ombre du bougainvillier, fut pris au dépourvu. Réveillé en sursaut par les aboiements, il n’eut pas le temps de s’enfuir

Mario et la Vierge Noire
Il jeta un regard sur la statuette et lui demanda de le protéger.
C’est alors qu’un évènement imprévu survint. Le bougainvillier se mit à pousser à une vitesse vertigineuse dévalant la falaise, barrant complètement le passage aux chiens et aux hommes. Les lianes épineuses s’enroulaient sur elles mêmes, formant un  abri de fortune autour de Mario. Chaque branche coupée formait trois rameaux et poussait encore plus touffue. Ne pouvant l’atteindre physiquement, les chasseurs se mirent à tirer sur lui au fusil. Et là, ils furent encore surpris. Les balles ricochaient sur les feuilles sans pouvoir atteindre  leur cible.
Les chasseurs ne comprenaient  pas ce qui se passait jusqu’à ce qu’ils distinguent la petite Vierge en bois d’ébène au pied du bougainvillier. Mario avait été protégé par la Vierge Noire. Alors, les hommes abasourdis allèrent raconter à qui voulait l’entendre ce qu’ils avaient vu. Tout le monde crut au miracle et vint demander grâce à la petite Vierge Noire.
Depuis la petite statue a été remplacée par une plus grande et de nombreux croyants viennent encore se prosterner devant elle.




1.Posté par Choupette le 09/01/2010 10:44

Pour fleurir mon portail, et éloigner les boit-sans-soif de mon muret où ils viennent s'agglutiner, j'avais planté un bougainvillée grimpant.
Par méchanceté, quelqu'un a cassé la première grappe de fleurs. En fait, à l'insu de son plein gré, il m'avait rendu un service : les fleurs se sont multipliées et d'autres branches se sont développées.

Le bougainvillée protège bien.

2.Posté par citoyen le 09/01/2010 12:01

Et après, quid de Mario dans l'histoire?

Personnellement, au delà de ce conte religieux, je trouve qu'il serait intéressant et nécessaire de parler davantage, notamment, du marronnage et des marrons célèbres ayant laissé leur nom à des lieux: Anchaing, Cimendef.... Mais aussi des grands propriétaires terriens de l'époque.

Il ne s'agit pas de magnifier les uns ou "descendre" les autres, mais de rappeler des réalités souvent abordées sommairement en histoire ou dans les médias, au profit par exemple de lieux, faits historiques...

Ainsi, Zinfos, à ma connaissance, n’a consacré que très très peu d’articles sur le sujet (voire un seul ? celui du 12 décembre 2009 : « Elie le révolté » ), alors que la tendance dominante de son lectorat est de dire non à la MCUR ; elle ferait donc aussi oeuvre utile en évoquant le passé douloureux de l'île.

Car en parlant peu ou pas de ce passé, on entretient les hontes et peurs et on donne raison aux initiateurs et partisans de la MCUR... Certes, l’exercice est délicat car il ne s’agit pas de réveiller de « vieux » ou « ténébreux » démons, ou de « mettre le feu » ; pas du tout : simplement rappeler les faits...Ce qui n’interdit pas de continuer à se projeter dans l’avenir....

Ceci étant, j’ai conscience aussi que cela demande du travail et j’apprécie que Sabine Thirel ai indiqué ses références pour l'article "Elie le révolté"....

Pour information :

Sur le site de l' Association des Professeurs d'Histoire et Géographie de La Réunion (http://aphgreunion.free.fr/esclavage.html), on peut lire ceci (j'espère qu'ils ne m'en voudront de les citer, ce qui aura pour effet de faire connaître leur site et leurs travaux ; j’ai par ailleurs un peu « aéré » le texte ):

"La période de l'esclavage a profondément marqué l'histoire de La Réunion, comme celle des autres anciennes colonies françaises d'outre mer. Pour autant, il est difficile de dire quand précisément furent acheminés les premiers esclaves: le peuplement de l'île devient définitif en 1663, avec les premiers colons, et des Malgaches. En 1674, le gouverneur Jacob Blanquet de La Haye, représentant la Compagnie des Indes Orientales à laquelle appartient Bourbon, interdit par ordonnance les mariages mixtes: les historiens y voient un des premiers signes de la constitution d'une société esclavagiste.

Dès 1689, l'île compte 113 esclaves, sur 212 habitants! En 1714, ils sont 534 sur 623 habitants.

Après l'obligation de cultiver les plants de café introduits par la Compagnie des Indes Orientales en 1715, la population servile est acheminée en masse dans l'île, en provenance de Madagascar, de la côte orientale africaine (par les comptoirs portugais au sud de Delgado).

A partir de 1770, le nombre de "Cafres" débarqués aux Mascareignes (Ile de France et Ile Bourbon) dépasse nettement les arrivées de main d'oeuvre en provenance de Madagascar (on reproche aux Malgaches leur propension au "marronnage", c'est-à-dire à la fuite vers les hauteurs de l'île).

Les habitants de Bourbon ont fini par dénommer "cafres" tout esclave originaire de l'Afrique, qu'il provînt de la côte mozambicaine, ou du golfe d'Aden.

On pense que 115 000 esclaves auraient été introduits aux Mascareignes entre 1769 et 1810, alors que la traite était prohibée entre 1794 et 1802. Napoléon 1er rétablissant en effet la traite et l'esclavage, que la Révolution française avait abolis...

La minorité des propriétaires terriens blancs cherche à diversifier les lieux de provenance des esclaves, afin de prévenir toute tentative de révolte au moins par la constitution d'un noyau ethnique important. Il y eut pourtant des révoltes: celle de 1799,à Sainte Rose, où 11 inculpés sont condamnés à mort, celle de 1811 à St Leu: la répression est extrêmement brutale, car il faut décourager toute nouvelle initiative.

A la date de l'abolition de l'esclavage en 1848, le nombre d'esclaves était de 60 800, après avoir culminé à 69 983 en 1834. A partir de 1817, la traite est de nouveau interdite, ce qui n'empêche pas les arrivées clandestines: sans doute un peu plus de 19 000 esclaves (la démographie de la population servile étant en effet marquée par un double phénomène: d'une part, la surreprésentation masculine, d'autre part l'excédent des décès sur les naissances, d'environ 1500 personnes par an entre 1817 et 1830). "


Sur le site du conseil général (http://www.cg974.fr/index.php/La-Reunion/Histoire/Histoire-de-La-Reunion.html), on y apprend que :

« Le développement agricole de Bourbon au XVIIIè siècle rend nécessaire une importation massive de main-d’œuvre . La situation géographique de l’île et les coutumes de l’époque conduisent les colons à importer des esclaves, de Madagascar dans un premier temps ensuite d’Afrique . Le comportement abusif des maîtres envers leurs esclaves pousse le Roi Louis XV à adopter un texte d’ensemble définissant le statut de l’esclave (à Bourbon et à l’île de France) et visant à le protéger. L’édit de 1723 s’inspire du Code Noir élaboré à partir de la situation des Antilles.

Certains esclaves, en général des Malgaches, épris de liberté s’enfuient dans les bois et surtout dans les hauts de l’île. Ils ont appelés « marrons ». Afin que ce mouvement reste limité, le Conseil Supérieur de Bourbon ordonne, dès 1725, la mise à mort des fugitifs qui refusent de se rendre. Des expéditions punitives sont menées contre les fuyards. En 1729, un règlement est établi pour organiser les poursuites de fugitifs.

Des bandes de "marrons" s’organisent et viennent, la nuit, piller les maisons isolées. La population craintive se barricade dès la tombée de la nuit, surtout quand elle apprend que les colons ont été assassinés.

L’évolution de l’opinion nationale et internationale, et surtout la révolution de 1848, conduisent les membres du Gouvernement Provisoire de la Seconde République à abolir l’esclavage le 27 avril 1948. Le procureur de la République, Sarda Garriga, arrivé à Saint Denis en octobre 1848, proclame l’application du décret d’abolition dès le 19 octobre. Il fixe la date effective d’émancipation des 62 000 esclaves réunionnais au 20 décembre 1848. »


Enfin, sur le site http://www.iledelareunion.net/de-1700-a-1800/ , on peut lire notamment que :

« En 1696, l'île comptait 269 habitants, dont 200 Blancs et 69 Noirs. En 1700, on dénombrait 750 habitants mais 320 Noirs. En 1704, la population de l'île avait triplé: on y recensait 734 habitants dont 423 Français (hommes et femmes), 311 esclaves et quatre Noirs affranchis appelés «domestiques». Les historiens ont noté une légère progression en 1708 avec 894 habitants (507 Blancs et 387 Noirs), puis, en 1711, Bourbon avait franchi le cap des 1000 habitants avec 557 Blancs et 467 Noirs. Les Noirs demeurèrent moins nombreux que les Blancs jusqu'en 1713 alors qu'on dénombrait 1171 habitants (633 Blancs et 538 Noirs).

En 1723, le célèbre Code noir de 1685 fut adapté à l'usage des Mascareignes et les lettres patentes de Louis XV, sous forme d'édit, furent enregistrées dans la ville de Saint-Paul, le 18 septembre 1724, par le Conseil supérieur de Bourbon. Ce nouveau Code Noir adapté à la situation de l'île Bourbon favorisa, dès 1725, l'arrivée de milliers d'esclaves qui venaient en majorité de l'île de Madagascar et de l'Afrique orientale pour y cultiver le café et les plantes à épices. Cette main-d'œuvre abondante paraissait nécessaire pour permettre à la Compagnie des Indes orientales de poursuivre l'expansion économique de Bourbon.

Mais les esclaves n'attendirent pas l'abolition de l'esclavage en 1848 pour tenter d'échapper à leur asservissement et retrouver leur liberté. Ce phénomène désigné, rappelons-le, sous le nom de marronnage, tant aux Antilles que dans l'océan Indien, reste inséparable de l'histoire de l'esclavage à Bourbon, où il prit une ampleur particulière au milieu du XVIIIème siècle.

En 1732, la population de l'île atteignait plus de 8000 habitants, dont 6000 esclaves noirs. Les esclaves de Bourbon étaient recrutés en Afrique de l'Est, à partir des comptoirs arabes ou portugais du Mozambique et de Madagascar. Le bond le plus spectaculaire se produisit entre 1735 et 1765, car les esclaves étaient passés de 6000 à 21 000 pour une population de 25 000 habitants, les Noirs étant définitivement majoritaires. »

3.Posté par groskèr le 09/01/2010 12:18

ben arrèt gard' télé alors et allez travail gros paress!!!

4.Posté par saléanoussa le 09/01/2010 14:09

une pile plate dans la main gauche .
La main droite tendue pour mendier.
C'est bien cela sur la photo ?
Bizarre.

5.Posté par PIERRE-ERICK le 02/05/2015 09:29

@ post 4 vous n'avez rien compris à l'histoire, dans la main gauche de mario il y a une statue de la vierge, c'est ou lé en train de rever à une bouteille de "pile plate", marche un peu le dimanche.

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