Océan Indien

Madagascar: La Grande île meurtrie par une trentaine de cyclones depuis 1983

Mardi 6 Mars 2012 - 15:00

Source  : JTWC
Source : JTWC
A Madagascar, les catastrophes naturelles sont tellement courantes qu'on finit par en banaliser la gravité. Plantée au milieu du bassin cyclonique du Sud-Ouest de l'océan Indien, la grande île paye, presque chaque année, un lourd tribut voyant des systèmes dépressionnaires la traverser, parfois de part en part.

Cette saison n'est malheureusement pas une exception puisque les deux derniers météores qui ont traversé l'île, Giovanna et Irina, ont fait des dizaines de morts et des centaines de milliers de sinistrés (Lire ici).

Gafilo à l'approche de Madagascar - Source NOAA Satellite
Gafilo à l'approche de Madagascar - Source NOAA Satellite
Une trentaine de cyclones de catégories 3, 4, 5 depuis la saison 1983-1984

Au total, depuis la saison 1983-1984, près d'une trentaine de cyclones (29 exactement) ont directement concerné Madagascar, ce qui représente une moyenne supérieure à un cyclone par an. Ce chiffre concerne uniquement les phénomènes dépressionnaires dont l'intensité était supérieure ou égale au stade 3 sur l'échelle Saffir-Simpson. Cette échelle détermine l'intensité des ouragans dans l'océan atlantique et dans le pacifique Nord-Est, elle contient cinq catégories, 1 pour les phénomènes les moins intenses et 5 pour les plus dévastateurs, qualifiés d'ouragans catastrophiques (Vents de 249 km/h et plus).

Évidemment, cette échelle reste indicative. L'ampleur des dommages dépend de différents facteurs comme la structure des bâtiments ou encore les précipitations et la situation géographique. Les inondations et les glissements de terrain expliquent aussi, en grande partie, le nombre de morts suite au passage d'un cyclone. Des catégories 1 ou 2 peuvent donc, comme vient de nous le rappeler Irina, conduire à des bilans dramatiques.

Gafilo à l'échelle de la Terre - Source NOAA Satellite
Gafilo à l'échelle de la Terre - Source NOAA Satellite
Geralda, Gafilo & Co

Ces 30 dernières années, des cyclones tropicaux très intenses (CTTI, comparable aux catégorie 4 et 5 de l'échelle Saffir-Simpson) ont directement touché Madagascar. Même si la plupart d'entre eux avaient légèrement perdu de leur intensité à l'approche des côtes malgaches, ils ont eu des conséquences désastreuses pour le pays. Parmi ces "monstres", on retiendra notamment le cyclone tropical intense Geralda, en février 1994. Avec ses rafales de 300 km/h, ce météore a tué ou fait disparaître environ 300 personnes, détruit 40.000 maisons et ravagé le port de Toamasina ou encore près de 300.000 hectares de terres agricoles. De la même manière, avec ses rafales mesurées à 326 km à l'heure, Gafilo (2004) a été classé comme cyclone tropical très intense, ce qui est équivalent à la catégorie 5 de l'échelle de Saffir-Simpson. Le cyclone a tué au moins 363 personnes et fait près de 200.000 sans-abris. Gafilo a également fait des dégâts évalués à 250 millions de dollars. En terme d'intensité, au regard de la pression atmosphérique au centre du système, ce cyclone peut même être considéré comme ayant été plus puissant que Katrina, le météore qui a ravagé la Nouvelle-Orléans en 2005 (885 hpa contre 902).

Des données de plus en plus précises

La carte que nous publions ci-dessous est le fruit du travail de quelques météorologues amateurs et passionnés, qui ont répertorié les phénomènes cycloniques les plus intenses ayant concernés Madagascar depuis 1983, sur la base des données fournies par la JTWC (Joint Typhoon Warning Center), le service de l'armée américaine spécialisé dans ce domaine. Globalement, les informations collectées aujourd'hui sont de plus en plus précises, notamment depuis le début des années 60 et la possibilité d'étudier ces phénomènes à partir de données satellitaires. Il existe néanmoins des études sur les phénomènes cycloniques à Madagascar qui datent de 1929 avec les travaux de Jean Célérier et André Cholley. Dans la partie "les cyclones de Madagascar" issue de l'ouvrage "Annales de Géographie" qu'ils ont co-écrit, on peut notamment lire : "Depuis 1889 le nombre des cyclones observés Madagascar est de 95 dont 52 violents". A l'époque, l'étude des cyclones se focalisait davantage sur les types de trajectoires que sur leur intensité, alors qu'il n'existait pas encore de références pour les comparer.

Il reste à espérer que nos connaissances sur ces phénomènes continueront à progresser afin que les populations puissent se préparer au mieux à affronter des conditions métrologiques particulièrement extrêmes et dangereuses.
Source : JTWC
Source : JTWC

Les différentes classifications pour comparer l'intensité des cyclones (Source : www.ouragans.com)

L'échelle Saffir-Simpson

Dépression tropicale
C'est le stage de formation d'une tempête tropicale ou d'un éventuel ouragan. Les vents sont d'environ 62 km/h.

Tempête tropicale:
La dépression tropicale s'est formée et s'intensifie. Les vents varient de 63 à 116 km/h.le phénomène est baptisé.

Ouragan Catégorie 1 - un ouragan minimal
Vents: 64 à 83 kt, 119 à 153 km/h
Pression minimale au niveau de la mer: plus de 980 mb
Élévation du niveau de la mer: 1 m à 1.70 m

Dommages mineurs aux arbustes, les arbres perdent partiellement leur feuillage, risques mineurs pour les habitations non fixées au sol. Pas de réel danger pour les autres constructions. Parfois, des dégâts pour les panneaux d'affichage. Les routes côtières sont inondées, quelques dommages aux quais, quelques embarcations peuvent être endommagées.

Ouragan Catégorie 2 - Un ouragan moyen
Vents: 84 à 96 kt, 154 à 177 km/h
Pression minimale au niveau de la mer: 979 à 965 mb
Élévation du niveau de la mer: 1.80 à 2.60 m

Dommages considérables aux arbustes et au feuillage des arbres. Certains arbres sont arrachés. Dégâts importants sur les caravanes et mobile homes. Dégâts très importants aux panneaux d'affichage. Les toits de certains édifices sont soulevés, certains perdant parfois une porte ou une fenêtre. Pas de dégâts d'importance aux constructions. Les routes côtières et les routes situées en dessous du niveau de la mer sont inondées 2 à 4 heures avant l'arrivée du centre de l'ouragan.. Mise à mal des quais et embarcadères. Les marinas inondées .Les embarcations amarrées dans des zones non protégées sont arrachées de leur ancrage. L'évacuation des habitations en bordure maritime est fortement conseillée.

Ouragan Catégorie 3 - Un ouragan intense
Vents: 97 à 113 kt, 178 à 209 km/h
Pression minimale au niveau de la mer: 964 à 945 mb
Élévation du niveau de la mer: 2.70 m à 3.80 m

Tous les arbres perdent leur feuilles; les plus gros arbres sont déracinés. Tous les panneaux d'affichages sont renversés. Un grand nombre des toits sont endommagés; beaucoup de dégâts aux portes et aux fenêtres. Quelques dégâts aux construction légères. Les caravanes et les mobile homes sont détruits. De nombreuses inondations près des côtes, beaucoup d'habitations près des rivages sont détruites. Les autres sont fortement endommagées par les vagues ou des débris flottant. Les routes basses, même à l'intérieur des terres, sont coupées par des inondations 3 à 5 heures avant que le centre n'arrive. Les terrains plats à 1.50 m au dessus du niveau de la mer sont inondés. L'évacuation des habitations situées à moins d'un kilomètre du rivage est conseillé.

Ouragan Catégorie 4 - Un ouragan extrême
Vents 114 à 135 kt, 210 à 249 km/h
Pression minimale au niveau de la mer: 944 à 920 mb
Élévation du niveau de la mer: 3.90 m à 5.60 m

Les arbustes et les arbres sont arrachés, ainsi que les panneaux d'affichages. Importants dégâts aux toitures, portes et fenêtres. La plupart des toitures des habitations légères sont fortement endommagées. Destruction complète des caravanes et mobile homes. Les terrains plats à 3 m au dessus du niveau de la mer sont inondés. Dégâts importants aux étages inférieurs des édifices suite aux inondations et aux débris flottants. La plupart des routes basses sont coupées par les eaux 3 à 5 heures avant le centre de l'ouragan. La plupart des plages sont vidées de leur sable. Évacuation massive des zones côtières sur une large bande de 3 km, surtout pour les habitations isolées.

Ouragan Catégorie 5 - Un ouragan catastrophique
Vents: plus de 135 kt, 249 km/h et plus
Pression minimale au niveau de la mer: moins de 920 mb
Élévation du niveau de la mer: au delà de 5.60 m

Tous les arbres et les arbustes sont arrachés; dommages considérables à la plupart des toitures; tous les panneaux sont arrachés. Peu de portes et fenêtres résistent, dont les vitres explosent. Destruction de nombreuses habitations. Les plus légères sont renversées ou se disloquent. Destruction complète des mobile homes. Dégâts majeurs aux étages inférieurs des constructions situées à 5 m en dessous du niveau de la mer, jusqu'à 1 km des côtes. Les routes basses sont coupées par les eaux 3 à 5 heures avant l'arrivée du centre. L'évacuation des zones résidentielles en terrain de basse altitude sur une bande allant jusqu'à 6 km des côtes est fortement recommandée.

La classification utilisée dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien est la suivante :

Dépression tropicale: apparition d’une circulation tourbillonnaire près du centre, avec des vents moyens entre 52 et 62 km/h (7 Beaufort).
Tempête tropicale modérée: vents moyens entre 63 et 88 km/h (8 à 9 Beaufort).
Forte tempête tropicale: vents moyens entre 89 et 117 km/h (10 à 11 Beaufort).
Cyclone tropical: vents moyens entre 118 et 165 km/h (12 Beaufort, ouragan).
Cyclone tropical intense: vents moyens entre 166 et 212 km/h.
Cyclone tropical très intense: vents moyens supérieurs à 212 km/h.
Lilian Cornu
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