Courrier des lecteurs

Libra - La question n'est pas de savoir s'il va s'effondrer mais quand il s'effondrera

Lundi 24 Juin 2019 - 09:43

Avant de vouloir pronostiquer l'effondrement du Libra, il nous faut d'abord revenir à la question primordiale : qu'est-ce que le Libra ! La nouvelle monnaie de Facebook n'est pas encore créée qu'elle agité désormais la toile entiere et le Landerneau économique et monétaire. Le Libra, qui devrait etre lancé en 2020, est sensé être une cryptomonnaie émise par Facebook et contrôlée par un ensemble d'une vingtaine de grandes entreprises mondiales. J'ai sélectionné deux articles (dont un article Wikipédia) présentant et traitant de ce projet.

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/06/18/ce-qu-il-faut-savoir-sur-le-libra-la-cryptomonnaie-de-facebook_5477887_4408996.html

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Libra_(cryptomonnaie)

J'écoutais en fin d'après-midi une émission de France Culture traitant du Libra. Le Libra serait donc d'abord et avant tout une cryptomonnaie. Qu'est-ce qu'une cryptomonnaie ? Le Bitcoin est l'une des principales cryptomonnaies existantes, c'est-à-dire une monnaie dont les livres de comptes ne sont pas détenus par un seul établissement bancaire (comme pour nos comptes bancaires normaux) mais par l'ensemble des participants du réseau informatique. On parle dans ce cas de monnaie décentralisée par opposition aux monnaies normales qui sont des monnaies centralisées. Les principes du Libra ne sont pas très bien connus à ce jour, ni la manière dont il pourra fonctionner, mais il ne semble pas que le Libra sera véritablement une cryptomonnaie. Si un groupe très restreint d'intermédiaires du réseau réalisent et archivent les transactions sur le Libra, le Libra ne sera pas alors très différent d'une simple monnaie scripturale bancaire, c'est-à-dire reposant sur des écritures informatiques sur des livres de comptes. Mais évidemment, il est beaucoup plus moderne et vendeur de parler d'une cryptomonnaie et de blockchain que d'une simple monnaie bancaire ou d'un simple moyen de paiement !

Je n'ai pas non plus défini le terme de blockchain, technologie inséparable du principe de cryptomonnaie. La blockchain (ou block de chaînes) est simplement un système informatique permettant de tenir une «sorte de registre public, infalsifiable, sur lequel sont inscrites toutes les transactions». Mais il n'y a pas grand chose à voir entre le futur Libra et la plus célèbre des cryptomonnaies, le Bitcoin, rendue célèbre par le niveau de son cours (plusieurs dizaines de milliers d'euros à son plus haut niveau) mais aussi son utilisation préférentielle par de nombreux terroristes ou hackeurs informatiques pour ranconner des particuliers ou des entreprises. Le Bitcoin fait intervenir des mineurs qui fabriquent les Bitcoins et d'autres utilisateurs qui conservent des traces des blockchains et des échanges. Et toute nouvelle transaction vient s'ajouter à la chaîne des transactions déjà enregistrées.

Si on lit ou on écoute la presse et les médias, les États et les Banques centrales seraient particulièrement alarmés par le développement du Libra ! Ne faisant partie d'aucunes de ces personnes, je ne peux guère répondre à cette question. 

https://francais.rt.com/economie/63149-libra-cryptomonnaie-facebook-qui-inquiete-etats

Mais il y a plusieurs raisons qui pourraient expliquer que des banques centrales et des régulateurs nationaux ou internationaux s'intéressent au projet de Facebook. L'émission de France Culture mentionnait d'abord les contraintes LAB-FT (lutte anti-blanchiment et financement du terrorisme). Les autorités de régulation internationales imposent à toutes les banques de contrôler les identités de leurs clients et de vérifier toutes les opérations de paiement ou de financement que leur clientèle ou leurs correspondants bancaires leur demandent d'exécuter. Facebook et le Libra devra donc permettre de réaliser toutes ses diligences. L'émission de France Culture que j'écoutais rappelait également les diligences KYC (Know your customer) qui doivent être realisées par les établissements bancaires - et qui se déclinent aussi en «connaitre vos intermédiaires» (KYI) et «connaître vos fournisseurs» (KYS). Pour mémoire, les autorités de contrôles nationales (ACPR pour la France) peuvent suspendre l'agrément d'un établissement financier qui ne respecterait pas ces diligences ou démettre son dirigeant. Le besoin de respect des diligences LAB-FT n'est donc pas anodin.

C'est une première raison. La deuxième raison citée par l'émission de France Culture avait trait aux obligations réglementaires liées à Bâle III auxquelles devraient répondre les multinationales servant de banques centrales au Libra. Ces réglementations ne s'appliquent qu'aux établissements bancaires ou financière et sont là pour protéger le système financier international des conséquences d'une possible catastrophe financiere ou de faillites en chaîne.

Il y en a forcément une dernière. Facebook est une entreprise gigantesque qui veut émettre une monnaie, qui risque d'avoir une importance démesurée avec potentiellement plusieurs milliards d'utilisateurs de sa monnaie. Une faillite ou une panique financière sur le Libra aurait potentiellement un impact extrêmement important et il est du devoir des autorités monétaires ou des États de tenter de protéger au maximum ces futurs utilisateurs. Ainsi que les autres intermédiaires du système financier mondial ...

J'ai, il me semble, jusqu'à maintenant, grossièrement dépeint et expliqué ce que représentera le Libra. Avant d'en arriver à ma conclusion et à mon titre introductif selon lesquels la question à se poser n'était pas de savoir si le Libra allait un jour s'effondrer, ce qui me semble certain, mais plutôt de savoir quand le Libra va s'effondrer, il faut rappeler quelques débats anciens en matière monétaire et se poser quelques questions sur le futur fonctionnement de ce Libra. Ce que j'aborderais dans un prochain post.

https://saucrates.blog4ever.com/
Saucratès
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1.Posté par justedubonsens le 24/06/2019 10:13

Monsieur vos explications sont intéressantes et définissent assez bien ce que sont les cryptomonnaies dont les systèmes de "production" et de gestion peuvent varier de l'une à l'autre. Je vous rassure je ne suis pas un spécialiste et ne cherche pas à étaler une science que je ne possède pas.
Non ce qui m'amène à intervenir ici c'est votre affirmation d'un effondrement "assuré" de la chute de ce Libra. C'est possible mais rien dans ce que vous avez avancé ne vous permet une telle certitude.Il me semble que la même chose avait été annoncée lorsque son inventeur" avait eu quelques démêlés avec la justice si je ne me trompe pas (inconvénients de l'âge lol).
Aussi je serais intéressé de suivre votre démonstration dans ce sens.
Cdlt

2.Posté par A mon avis le 24/06/2019 16:35

Vous mettez la charrue avant les bœufs !
Pour prédire QUAND cette nouvelle cryptomonnaie va s'effondrer, il faut au moins attendre qu'elle entre en service !

Votre pessimisme est surprenant, compte tenu du fait que ce type de monnaie électronique n'est pas nouveau et que ne nombreux acteurs financiers semblent vouloir cautionner cette initiative du fondateur de Facebook, notamment Visa et Paypal.

Compte tenu du nombre d'utilisateurs de Facebook, et des facilités promises par cette devise virtuelle, nul doute qu'elle est promise à un bel avenir !

" Concrètement, grâce à cette devise transnationale, les 2,1 milliards d’usagers de la galaxie Facebook pourront se faire instantanément des virements sans argent liquide, carte de crédit, ni commissions de change. Des transferts de pair à pair déjà possibles outre-Atlantique avec la messagerie maison Messenger, mais seulement dans les devises officielles acceptées par les banques. Comme l’a résumé Mark Zuckerberg dans une de ses rares interventions sur le sujet, «les gens voudront interagir de manière privée, de toutes les façons possibles. Le paiement en fait partie»."


https://www.liberation.fr/futurs/2019/06/17/facebook-ouvre-grand-libra-aux-monnaies-virtuelles_1734433

Les problèmes de règlementation évoqués par France culture ne sont pas nouveaux. Comme toujours, la législation tentera de s'adapter à l'évolution des nouveaux moyens d'échanges.

3.Posté par Saucratès le 25/06/2019 00:10

Salut post 2 À mon avis et post 1 justedubonsens. Merci de votre lecture. Je dois écrire la suite de cet article. Effectivement AMA, le Libra n'est même pas encore créé et je pose déjà le principe qu'il va s'effondrer. J'exagère mais je vais essayer de le démontrer. Et si tout ceci n'était seulement qu'un énorme coup de pub de Facebook ... c'est quand même autre chose de déclarer lancer une nouvelle monnaie, surtout une cryptomonnaie, plutôt que de lancer une simple application de paiement, un peu à la manière de Apple qui a juste transformé son portable en carte de paiement. Ca en jette plus, je vous l'accorde. Et comme en plus le patron de Facebook a réussi tout ce qu'il faisait, c'est sûr que ça va marcher ! Cher AMA (A Mon Avis), on en reparle quand vous aurez perdu toutes vos économies libellées en Libra ?... Amicalement. Saucratès

4.Posté par polo974 le 25/06/2019 08:10

Pour info, il a été prouvé que les blockchains sont attaquables. Il suffit pour cela de monter suffisamment de serveurs véreux pour devenir "majoritaire" dans le nuage.
Ce n'est pas très difficile, il suffit de monter un bot blockchain dans chaque téléphone ou IOT assez puissant et mal protégé pour prendre la main sur un blockchain.
Pour les téléphones, il suffit de demander quelques droits à l'utilisateur lors de l'installation d'une "appli gratuite" totalement futile mais tellement indispensaaaaaable...
Pour le IOT (les bidules "con-nectés), les niveaux de sécurité sont tellement bas, que c'est open bar.

Mais effectivement, vu qu'il y a les gros des cartes de paiement dans le groupe, il est est peu probable que ce soit un blockchain classique.

5.Posté par A mon avis le 25/06/2019 16:32

@ 3.Posté par Saucratès :
Rien à voir avec le paiement par smartphone.
Mark Zuckerberg crée en quelque sorte sa propre banque (et même plus car il crée aussi en quelque sorte sa propre monnaie - virtuelle - ) en utilisant son "formidable" support de clients potentiels : Facebook !

Il a toutes les chances de réussir dans ce nouveau monde des cryptomonnaies.

(Mais ce n'est pas pour autant que j'approuve son initiative, pas plus que je n'apprécie Facebook !)

6.Posté par maikouai le 25/06/2019 20:47

L'ouverture de crédit bancaire au développement se fait pour l'essentiel à partir des dépôts financiers des clients. Quel intérêt les États via les banques, retirent-ils du laisser faire par le développement , "hors circuits classiques contrôlés" de la cryptomonnaie ? N'y aurait-il pas là un peu de l'esprit "Madoc", où la plupart des dirigeants y trouveraient leur compte personnel en étant complices d'un appauvrissement généralisé?
D'une manière ou d'une autre immanquablement les États devront reprendre la main sur cette économie parallèle qui leur échappe et qui aura entre-temps hélas, causé suffisamment de dégâts par complicité et cupidité aussi.
"L'Ubérisation" qui s'attaque ainsi et désormais aux règles établies depuis la nuit des temps :" Chaque Chose a sa place et chaque Place a sa Chose", ne peut pas perdurer. En effet, n'importe quel quidam possédant un "avion", devrait-il de ce fait, pouvoir transporter des passagers ?

7.Posté par Saucratès le 26/06/2019 09:42

Bonjour à tous. Bonjour Polo974. Tout à fait d'accord avec vous.

Effectivement, les blockchain ne sont pas du tout inviolables. Elles reposent sur l'existence d'une information majoritaire, sur le fait que les informations majoritaires sont sensées être la bonne information. Chaque nouvelle transaction exécutée doit être rajoutée à la liste des précédentes transactions et transmises à un certain nombre d'autres serveurs ou ordinateurs. Il suffit qu'un nombre suffisamment grand de postes informatiques ou de smartphones soient compromis pour permettre de faire croire que la nouvelle chaîne de transactions est la bonne, la dernière blockchain à utiliser. Le système est sensé pouvoir se protéger des postes compromis mais c'est une utopie. Il suffit que le nombre soit suffisamment grand, à un instant T. Je ne pense pas que l'on puisse être certain de l'inviolabilité d'un placement en Bitcoin. Pour le Libra, il n'est pas envisagé une blockchain publique, comme pour les principales cryptomonnaies (comme le Bitcoin), mais un nombre limité de teneurs de comptes. Un peu comme des banques qui tiennent des comptes.

En fait ce seront comme des banques qui échangeront des chaines d'informations. Cette monnaie ne s'appelle cryptomonnaie que parce que cela fait tendance, que cela est la MODE. Aucune certitude non plus que les chaines de transactions contiendront toutes les informations depuis les premières transactions, comme dans une cryptomonnaie classique. En fait, le Libra sera peut-être une monnaie, une monnaie scripturale (reposant sur des écritures informatiques), mais l'appeler cryptomonnaie me semble juste être commercial. Elle ne reposera pas sur une chaîne publique et la chaîne ne contiendra vraisemblablement pas toutes les transactions depuis l'origine. Imaginer les mouvements de deux milliards de comptes Facebook sur des dizaines d'années dans une seule chaîne de transactions ! Saucratès

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