Courrier des lecteurs

Lettre de démission d'un membre d'Ensemble!

Mercredi 24 Octobre 2018 - 10:24

Lettre de démission d'un membre d'Ensemble!
Cher.e.s camarades,

J’ai décidé de démissionner d’Ensemble !  Ce mouvement était pour moi la promesse d’une union de forces sociales, démocratiques et antiautoritaires. En regroupant les meilleures traditions de la gauche française (communiste, trotskyste, féministe, écologique, libertaire/autogestionnaire), Ensemble ! occupait une place essentielle dans la “gauche de gauche”.

Ce projet politique a échoué. Les causes de cet échec sont multiples et nous sommes toutes et tous responsables de l’état catastrophique de la gauche. Notre gauche est tellement faible qu’elle risque de disparaitre comme cela s’est produit en Italie il y a quelques années. Cette disparition n’est cependant pas une fatalité. Ce serait même une totale aberration ; la conséquence d’erreurs lourdes et répétées sur le plan organisationnel, stratégique, politique et sur la question du leadership. Ces erreurs lourdes, nous les accumulons pourtant depuis plus de deux ans.

Un sursaut s’impose. Je ne crois plus que je puisse le mener au sein d’Ensemble ! Je respecte bien entendu le choix de celles et ceux qui sont d’un avis contraire. Ma décision est essentiellement dictée par la configuration de notre mouvement depuis le vote interne d’il y a un an concernant l’adhésion à la France insoumise. Voici comment je vois notre paysage interne.

Une partie a rejoint la FI à l’issue de ce vote et s’est dilluée dans celle-ci. Ce groupe est politiquement cohérent avec ses idées : de tradition républicano-jacobine, ils/elles sont à leur place dans une structure populiste et centralisée, regroupée autour d’un Chef. Ils/elles doivent y évoluer sans état d’âme particulier.

Un autre groupe a rejoint la FI en prétendant continuer à faire vivre Ensemble !, une illusion puisque la FI ne permet pas d’adhésion collective. Nos camarades le savaient, mais ils/elles ont agi comme si ce n’était pas le cas. Admettre ce fait aurait délégitimé le sens de leur décision. Il leur faudrait aujourd’hui reconnaître que la direction du FI ne les consulte pas, ne les associe pas aux décisions et, disons-le crûment, les méprise. Unité à gauche (contraire aux intérêts du Chef qui veut l’ensemble de la gauche à sa botte), Europe (Plan B ou pas de Plan B ?), liste aux élections européennes (où le Chef octroye les places comme un monarque distribue des prébendes à ses suzerains), immigration, la Syrie, Poutine, l’électoralisme de moins en moins déguisé du Chef, son mépris de plus en plus apparent à l’égard des mouvements sociaux et des syndicats, sans parler de sa dérive autoritaire et vaudevillesque : sur aucun de ces sujets brûlants, Ensemble !-France insoumise n’est intervenu dans le débat public.

Les perquisitions récentes chez des dirigeants de la FI auraient pu permettre à la gauche de s’unir dans un combat pour l’indépendance du parquet vis-à-vis du pouvoir politique. Las, la réaction violente, arrogante et même sexiste du Chef a contrarié cette démarche.

Un an après l’élection présidentielle, la trajectoire de la FI ressemble à celle du Parti de gauche : départ en fanfare pendant l’élection présidentielle (une élection plébicitaire qui met en valeur les dons tribunitiens du Chef), puis stagnation (nous y sommes) avant le déclin, progressif, mais inexorable (comme le PG après 2012). Mêmes causes, même effets : incohérence stratégique (la ligne populiste renforce et Macron et Le Pen), absence de démocratie interne, sectarisme, prise de conscience par les électeur.ice.s que le Chef est un leader de faction, pas un homme d’État.

Pourquoi les camarades d’Ensemble !-France insoumise n’ont-ils/elles pas fait front publiquement quand une députée, l’une des nôtres, a, à deux reprises, bravé la ligne fixée par le Chef ? Il s’en est pourtant suivi un recadrage des plus musclés de sa personne par le Chef et ses dévoués. Quelle cause politique nos camarades servaient-ils/elles en se taisant ?

Un troisième groupe, dont j’étais, a décidé de rester en dehors de la FI. Il y a un an, nous rejetions la démarche plébiscitaire, antidémocratique, sectaire amorcée par le Chef. Les faits nous ont donné raison. Mais nous n’avons pas pour autant gagné. Notre mouvement a éclaté et nous manquons de ressources physiques, logistiques et politiques pour articuler une ligne politique claire et influer sur le combat unitaire à gauche.

Le Chef, qui considère que sa personne est “sacrée”, personnalise tout. C’est une première dans l’histoire de la gauche française : jamais celle-ci n’avait été dominée par un mouvement aussi peu démocratique, dirigé par une oligarchie dévouée au destin politique d’un seul homme.

Nous devons impérativement nous affranchir d’un homme qui est en train d’achever la gauche de transformation sociale. Le problème n’a jamais été la FI, mais son Chef. Je l’ai dit : nous avons toutes et tous une part de responsabilité dans la situation actuelle. Si nous avions su trouver une dynamique unitaire et démocratique autour d’un programme radical cohérent, nous n’en serions pas à servir les plats (pour certain.e.s) à un recyclé du mitterrandisme.

Je crois que la grande majorité des camarades qui a rejoint la FI l’a fait de bonne foi. Ils/elles y ont vu une chance historique d’amener leurs idées au pouvoir. Après avoir passé une vie de militant.e. minoritaire, il était tentant d’essayer. Je les comprends, mais je leur dis qu’ils/elles ont été trompé.e.s.

Merci à toutes et tous de votre patience et camaraderie, et au revoir, je l’espère.

Philippe Marlière
Philippe Marlière
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1.Posté par à @44 le 25/10/2018 00:42

l’indépendance du parquet vis-à-vis du pouvoir politique.
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On ne peut laisser le pouvoir judiciaire aux seuls mains des juges. Il leur faut une autorité sinon c'est terminé l'espérance d'obtenir justice.

















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