Société

Les médicaments anti-Alzheimer plus remboursés, une pilule difficile à avaler

Lundi 20 Août 2018 - 14:38

Depuis le 1er août dernier, c'est officiel: les médicaments prescrits pour soigner la maladie d'Alzheimer ne sont plus remboursés. Les professionnels expliquent cette décision par un manque d'efficacité et un certain nombre d'effets secondaires. Pour faire encaisser la pilule plus facilement, le ministère de la Santé déclare que les économies réalisées serviront à accompagner les malades.


Alors que patients et familles de malades l'appréhendaient depuis des années, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, l'a fait: les quatre médicaments (Aricept, Ebixa, Exelon, Reminxyl) prescrits pour lutter contre la maladie d'Alzheimer ne sont plus remboursés depuis le 1er août 2018.

L'annonce a été faite au Journal Officiel le 1er juin dernier. Agnès Buzyn a déclaré "je suis l’avis scientifique de la Haute autorité de santé qui est payée pour évaluer les médicaments". Mais au-delà des premiers concernés, l'association France Alzheimer se dit également consternée par cette décision, qu'elle juge non fondée. 

Jusqu'à présent ces médicaments ainsi que leurs génériques étaient pris en charge à hauteur de 15% par l'Assurance Maladie. "On savait que ça allait finir comme ça, après avoir été à 60%, à 35% puis dernièrement à 15%, on savait que cela allait se terminer par ne plus être remboursé du tout", précise Loïc Bonnet, responsable de la parapharmacie sur le Boulevard Sud à Saint-Denis. 

Des traitements inefficaces et aux effets indésirables 

Le ministère de la Santé a décidé de dérembourser les médicaments anti-alzheimer pour cause d'efficacité. Il est sûr que de simples médicaments ne peuvent pas guérir à 100% de cette maladie, mais ils peuvent du moins contribuer à une meilleure vie quotidienne. Des études et des professionnels, tels que des neurologues l'ont prouvé. 

"Pour les avoir expérimentés avec mon père, (...) surtout au début de la maladie, ces médicaments sont vraiment quelque chose d'extraordinaire pour les malades et pour faciliter la vie des aidants. (...) Mais ce qui est sur c'est qu'il faut que les gens se disent, il n'y a pas de médicaments pour guérir de la maladie d'Alzheimer, il y a des choses qui apportent un mieux certes mais il n'y a pas de guérison possible pour l'instant", confie Gabrielle Fontaine, présidente de l'association France Alzheimer. 

Pour le neurologue dionysien Pierre Roelens, malgré une efficacité pas immédiate ni certaine, "il y a pas mal d'études qui ont démontré que ces médicaments permettaient de ralentir le développement de la maladie". Il y a deux catégories de médicaments, et le médicament, qui était utilisé quand la maladie était plus évoluée et qu'il y avait des troubles du comportement, était selon lui assez utile et intéressant. "Il y a beaucoup d'autres médicaments qui pourraient être déremboursés, notamment des médicaments qui continuent à être remboursés et qui n'ont aucun intérêt comme l'homéopathie", souligne-t-il. 

Pour se défendre, Agnès Buzyn déclare également que, en plus de ne pas être efficaces, ces médicaments ont de nombreux effets indésirables graves sur les patients. Elle déclare que cette décision a été prise pour ne pas nuire davantage à la santé des patients, majoritairement des personnes âgées. Elle souhaite inciter à que ces derniers ne consomment plus les médicaments anti-alzheimer. "Certaines personnes ne peuvent pas les supporter mais la majorité des personnes qui ont pris le médicament ont eu un certain confort", souligne Gabrielle Fontaine. 

Un déremboursement: des économies, mais une nouvelle charge financière

Elle déclare également que l'économie réalisée sur ces médicaments permettra d'accompagner les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer, mais aussi de financer les centres mémoire ou encore le secteur médico-social. "S'ils y arrivent, ça serait l'idéal car l'accompagnement est ce qui a de plus important et de plus efficace par rapport à des patchs", confie Loïc Bonnet. 

Quant à Pierre Roelens, le neurologue ne croit pas du tout que l'économie qui pourra être faite par la Sécurité Sociale puisse aller dans l'accompagnement aux malades. "Je ne vois pas comment l'argent pourra être transféré de la Sécu pour l'accompagnement aux malades", confie-t-il. 

Cependant, en attendant, les personnes qui continuent d'avoir recours à ces médicaments doivent désormais obligatoirement mettre la main au portefeuille. Mais rares seront certainement les familles qui pourront débourser cet argent. En effet, les médicaments sont commercialisés entre 34 euros et 72 euros. D'autant que ce déremboursement vient s'ajouter à d'autres coûts déjà présents, comme par exemple des séances d'orthophonie. 

Si cela pose un problème financier à ses patients, le neurologue déclare qu'il ne les obligera pas et ne prescrira donc plus ces médicaments car "cela fait une charge financière qui est de l'ordre de 50 euros par mois", confie Pierre Roelens. Mais pour le moment, la plupart voient des points positifs et souhaitent continuer. D'autant que, comme le souligne Pierre Roelens, ces médicaments amélioraient de manière significative d'autres maladies neurologiques un peu plus rares, comme la maladie à corps de lewy. 

Les prescriptions favorisent le lien social 

Au-delà de l'aspect financier, la prescription de ces médicaments permettait d'établir et de maintenir un lien patient-médecin important dans cette maladie neurologique. "La prescription de ce médicament faisait un lien obligatoire avec le médecin, (...) c'était une rencontre tous les ans obligatoirement et c'était important", précise Gabrielle Fontaine. 

"S'il y a plus de médicaments, on risque d'avoir beaucoup moins de consultants, et qu'on retourne à ce qu'il s'est passé il y a 15 ou 20 ans où les gens un peu âgés qui commençaient à perdre un peu la mémoire restaient chez eux et on s'en occupait pas car même si les médicaments n'ont pas d'efficacité majeure, l'accompagnement, le fait de pouvoir le faire participer à des activités, était quand même quelque chose d'important", confie Pierre Roelens. 
Charline Bakowski
Lu 2040 fois



1.Posté par titi974 le 20/08/2018 14:57

Effectivement pourquoi rembourser des médicaments inefficaces et aux effets indésirables aux dires de beaucoup de médecins autant utiliser l 'argent a bonne escient .

2.Posté par Jp POPAUL54 le 20/08/2018 15:45

C'est étrange, après les campagnes électorales et les élections, les vieux sont vite oubliés.
Mais cela ne pose pas de réel souci aux élus.
Ces médicaments ne semblant pas être vraiment efficaces, les vieux ne se rappellent plus pour qui ils ont voté.

3.Posté par Dagober le 21/08/2018 06:35 (depuis mobile)

Même pour les malades ce gouvernement n'a pas de pitié , j'espère que vous avez honte , les élus qui soutiennent macron . jusqu'à où ????

4.Posté par MT CRISTO le 21/08/2018 10:55

Alzheimer n'est pas une maladie, c'est une dégénérescence du cerveau. Aucun pseudo médicament ne peuvent rétablir la destruction des neurones.

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :
< >