Océan Indien

Les îles Eparses sont des lieux stratégiques pour comprendre la montée des eaux

Vendredi 27 Mai 2011 - 17:36

La deuxième mission du Marion Dufresne dans les îles Eparses (Europa, Bassas da India, Juan de Nova, les Glorieuses et Tromelin) s'achèvent sur un sentiment de devoir accompli pour l'équipage scientifique mais révèle aussi une certitude : les îles Eparses méritent beaucoup plus d'expertises scientifiques dans le phénomène de plus en plus commenté de l'augmentation du niveau de la mer. Les scientifiques du Cerege (Centre Européen de Recherche et d'Enseignement des Géosciences de l'Environnement) et de l'Ifremer (Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer) promettent d'y retourner.


Les îles Eparses sont des lieux stratégiques pour comprendre la montée des eaux

En avril dernier, le Marion Dufresne, navire logistique et océanographique, embarquait 72 chercheurs liés aux domaines de la biologie, de la géologie ou encore de l'archéologie pour ne citer qu'eux.

Un mois et quelques vagues plus tard, les scientifiques sont unanimes : les îles Eparses, coincées entre Madagascar et le continent africain (à l'exception de Tromelin), manquent d'une cruelle comparaison avec les terres antarctiques et australes situées plein Sud. Les îles Eparses sont en effet très réduites en taille (0.5 à 35 km²) mais les récifs qui les entourent délimitent des lagons qui dépassent parfois 250 km². Elles sont donc loin d'être que des bancs de sable blanc sans aucun intérêt scientifique.

Parmi les 18 programmes de recherche qui devaient être menés à bord du "Marion", une équipe en géosciences du Cerege et de l'Ifremer était présente à bord dans le cadre du projet REEFCORES.

Un phénomène d'amplitudes importantes des marées a été constaté

L’objectif pour les scientifiques de ce programme était "d’acquérir de nouvelles données sur les variations du niveau marin et les changements environnementaux et climatiques de la période du Quaternaire terminal à nos jours (derniers 120.000 ans) et d’en comprendre l’impact sur les systèmes coralliens des îles Éparses".

Stéphan Jorry et Gwenaël Jouet, chercheurs de l’unité Géosciences Marines et du Centre Ifremer Bretagne, expliquent les enjeux. "De nombreux prélèvements de sédiment (à la benne en mer et au carottier à main sur le littoral) ont pu être menés, ainsi qu’un échantillonnage très resserré des affleurements de coraux et de plages fossiles. Dans l'ensemble, toutes les îles montrent une très grande diversité sédimentologique qui semble être en partie influencée par la géomorphologie des récifs et par des amplitudes importantes des marées. Les premiers relevés effectués sur les massifs coralliens fossiles tendent à confirmer que les îles Eparses sont des lieux stratégiques pour étudier les hauts niveaux marins de l'Holocène (il y a quelques milliers d’années) ainsi que ceux du dernier interglaciaire (il y a environ 125.000 ans)".

L’expédition du Marion Dufresne autour des îles Éparses a marqué le démarrage du programme REEFCORES. Avec cette première mission, les chercheurs ont ainsi découvert des étendues très vastes dont l’exploration sera intéressante pour l’étude.

Partir pour mieux revenir

Les quelques jours passés autour de ces îles ont tout juste permis à l’équipe du programme REEFCORES de parcourir les différents environnements sédimentaires et récifaux à terre et en mer. Ces premiers résultats vont permettre aux scientifiques de préciser les travaux à réaliser dans les années à venir, l’objectif final de l’étude étant d'appréhender l'évolution récente des niveaux de la mer lors des derniers milliers d'années et de comprendre la capacité d'adaptation de ces milieux récifaux face à ces changements globaux.

Avant 2011, une première mission du Marion Dufresne dans les îles Éparses en 2009 avait permis, et c'est moins réjouissant, l'enlèvement de l’ensemble des déchets lourds présents depuis plus de 50 ans sur les îles.
Ludovic Grondin
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