Courrier des lecteurs

Les frontières indépassables de la planète

Mardi 10 Avril 2018 - 11:34

On ne vous parle que de cela, changement climatique et biodiversité, mais il est d’autres frontières indépassables sur notre bonne vieille Terre. Dans une étude publiée dans Nature (1), il est chiffré neuf frontières vitales à ne pas franchir pour éviter de basculer dans une zone dangereuse pour notre survie : l’acidification océanique, la déplétion de l’ozone atmosphérique, la perturbation du cycle du phosphore et de l’azote, la charge en aérosols atmosphériques, la consommation d’eau douce, le changement d’affectation des terres, et enfin la pollution chimique. Sept ont été quantifiées, quatre sont déjà dépassées. Les deux premières, climat et biodiversité, peuvent à elles seules faire basculer la destinée humaine. Deux autres ont été perturbées de manière irréversible : le changement d’affectation des sols, mesuré par le déclin de la couverture forestière, et les grands cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore : les quantités de » nutriments rejetés dans les sols et dans les eaux par l’activité humaine, entre autres agricole, ne sont plus absorbés assez rapidement par les cycles naturels et polluent l’environnement par l’eutrophisation des eaux. Les conséquences sont immédiates : non potabilité des eaux, explosion des cyanobactéries toxiques pour les humains et les animaux d’élevage, mort de la faune aquatique par manque d’oxygène.

En ce qui concerne l’eau, les chercheurs estiment à 4000 km3/an la frontière de consommation pour éviter les effets catastrophiques : épidémies, pollutions, déclins de la biodiversité, effondrement des écosystèmes. Mais la conséquence la plus directe est la pénurie alimentaire. La consommation mondiale actuelle est estimée à 2600 km3/an, et la marge de manœuvre restante se réduit : fonte des glaciers, augmentation de la population, épuisement des stocks souterrains par l’agriculture. La zone de sécurité est donc très mince, encore amincie par l’inégalité de répartition de la population mondiale : 80% de la population est exposée au risque de pénurie, particulièrement dans les zones densément peuplées : Europe, Inde, Chine.

La pollution chimique est très inquiétante. On sait aujourd’hui les risques  de certains produits chimiques sur l’embryogenèse, sur la fertilité des adultes, les perturbations endocriniennes (diabète, obésité) ou neurologiques (troubles du comportement). Et l’exposition chronique à faible dose concerne toute la population terrienne. Nous en parlerons lors du colloque le 14 avril, à Stella Matutina : « Colloque Environnement et Santé » . Par exemple, lors d’un épandage, 90% des produits restent dans les sols, peuvent migrer vers d’autres zones non contaminées, et contaminent toutes les eaux du voisinage (cas de la déséthyl-atrazine à La Réunion). Les résidus d’insecticides néonicotinoïdes provoquent la désertification des abeilles, mais aussi agissent sur les vertébrés, et finalement sur la faune sauvage et l’agriculture. La pollution atmosphérique n’est pas en reste, voir les grandes villes chinoises ou la vallée du Gange. Et même dans les villes européennes avec les particules ultra-fines (Paris, décembre 2013). Ces pollutions sont la cause de millions de décès, mais elles impactent aussi la biodiversité et les écosystèmes, grevant le pronostic des générations futures qui ne pourront compter sur un système de santé moderne.

Nous ne pouvons vous détailler toutes les frontières. Le but de cet article est de montrer que nous sommes cernés. La transgression de chacune des frontières affecte sérieusement notre santé et notre économie. Pire, elles interagissent entre elles dans un immense effet domino que personne ne maîtrise, que personne ne voit. Ces frontières nous montrent une chose : la grande machinerie industrielle est paradoxalement de plus en plus vulnérable à mesure qu’elle grandit et gagne en puissance ; elle nous conduit sans coup férir vers l’effondrement de notre civilisation.

(1)J. Rockström et al. : « a safe operating space for humanity”, Nature, vol. 461, n° 7263, 2009, p. 472-5.
Dr Bruno Bourgeon, président d’AID http://aid97400.re
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1.Posté par A mon avis le 11/04/2018 12:44

Tableau pessimiste, mais malheureusement réaliste de la situation de notre planète, c'est à dire de notre milieu de vie.
Nous nous comportons comme si nous étions en dehors de la "Nature". Mais nous sommes partie intégrante de cette nature que nous détruisons allègrement. Nous en avons conscience, (pas tous loin de là !) mais nous ne faisons rien, ou si peu !

L'humanité est dans la situation du fumeur qui sait qu'il a un cancer, mais qui continue malgré tout de fumer, en se soignant avec des tisanes !

2.Posté par polo974 le 11/04/2018 15:04

On appelle ça un suicide collectif...

3.Posté par betimmonde le 13/04/2018 14:09

L'émérite Professeur Bourgeon ne tire pas les bonnes conclusions .Il a des oublis . C'est en Afrique ,là où la population est la moins dense ,que les famines aujourd'hui sont les plus fréquentes . Les affamés ,les miséreux d'Afrique se ruent alors sur l'Europe frappée de dénatalité .. L'homme moderne a compris qu'il consomme trop d'énergie , trop d'espace ,,trop de matières premières . Alors il pratique la pilule ,l'avortement généralisé , l'homosexualité .C'est un véritable controle des naissances : une maitrise .Mais cet exemple n'est pas compris ,n'est pas suivi par les peuples tiers . et nous courons à la catastrophe humanitaire .

4.Posté par A mon avis le 13/04/2018 16:35

@ 3 3.Posté par betimmonde :

Monsieur Bourgeon conclut à "l’effondrement de notre civilisation" !

En quoi, selon vous, ne tire-t-il pas les bonnes conclusions ? Alors que vous dites vous même que "nous courons à la catastrophe humanitaire".

5.Posté par A mon avis le 13/04/2018 16:44

@ 3.Posté par betimmonde
Vous écrivez :
"L'homme moderne a compris qu'il consomme trop d'énergie , trop d'espace ,,trop de matières premières . Alors il pratique la pilule ,l'avortement généralisé , l'homosexualité ."

Raisonnement étonnant :
Pour vous, homosexualité c'est une réponse à la consommation excessive de l'énergie ?
Idem pour la pilule et l'avortement ?

Par ailleurs, si la pilule et l'avortement sont pratiqués DANS CERTAINS PAYS, il faut noter aussi que la GPA et la PMA ne vont pas dans le sens des limitations de naissance que vous présentez bizarrement comme une réponse à la consommation excessive de matières premières !
D'autre part, les principes de toutes les religions ne vont pas dans le sens d'une limitation des naissances !

6.Posté par merci le 14/04/2018 19:47

merci de vous battre pour éveiller les consciences

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