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Patrimoine

Les épidémies à Bourbon


Avant son peuplement, Bourbon était une île saine, isolée des foyers infectieux et des moustiques. L’apport d’une population venant de tous les continents y a introduit un lot de maux, de contaminations et d’endémies tropicales ou non. De 1663, date de son premier peuplement définitif jusqu’à 1729 elle a été relativement protégée au niveau sanitaire.

Par Sabine Thirel - Publié le Samedi 4 Avril 2009 à 09:23 | Lu 2123 fois

« la Grande Maison » de Savanna
« la Grande Maison » de Savanna
Tout au long du XVIIIe siècle, le peuplement se fait par des apports, de Malgaches, d’Européens et d’Africains, de pirates, forbans et marins venant de contrées inconnues, lassés des périls de la mer et désireux de s’installer sur la terre ferme. Leurs pays d’origine ne sont pas épargnés par les maladies infectieuses.  En effet, certains immigrants viennent de zones infestées par la Peste, la Variole, le Paludisme et bien d’autres maladies graves. Plusieurs d’entre eux ne passent pas par les lazarets pourtant construits à Bourbon depuis 1727 (Le Lazaret de la Redoute, « la Grande Maison » de Savanna ou le Lazaret de la Ravine à Jacques).
En 1729, la variole se propage faisant 1500 victimes, soit un quart de la population. Les causes multiples invoquées sont l’arrivée massive de Malgaches, l’accostage d’un navire venant d’Inde ou encore une invasion de criquets de Madagascar ou  d’Afrique. C’est à cette date que l’île épargnée jusqu’ici, se trouve confrontée aux maladies venant de l’extérieur. En 1789, la Variole réapparait mais semble moins grave, cette « vérette » ou « vérole volante » touche peu de personnes.

Anneau de fer dans un mur du lazaret
Anneau de fer dans un mur du lazaret
En 1803, on note pour la première fois, l’intrusion de moustiques arrivés dans l’eau croupie des navires. Malgré l’interdiction, les échanges continuent à se faire entre les pays de l’Océan Indien. Depuis 1815, Bourbon colonie française, les échanges familiaux ou commerciaux se poursuivent à l’insu des autorités, avec Maurice et les Seychelles restées Anglaises. De plus, même si la Traite des esclaves est interdite par l’Angleterre en 1807 et par la France en 1817, de nombreux négriers débarquent des esclaves la nuit, par chaloupes entières sur les rivages de Bourbon. Ils sont plus de 100 000 à être ainsi arrivés frauduleusement. Ces intrusions non contrôlées, entrainent plusieurs épidémies graves dans l’île.
En 1819, une épidémie de Choléra fait 10000 morts à Maurice, cette île est immédiatement mise en quarantaine. Milius signe une ordonnance dans laquelle il précise «tout individu qui communiquera, sans autorisation, d'un bateau avec la terre ou vice-versa sera puni de mort ». De même, il blâme les trafiquants d’esclaves qui par « intérêt poursuivent leur trafic ».  
Malgré l’isolement, en janvier 1820, l’épidémie s’abat sur Saint-Denis mais se limite à la ville et à 203 décès.

Partie restaurée du Lazaret 1 de la Grande Chaloupe
Partie restaurée du Lazaret 1 de la Grande Chaloupe
La fin de l’esclavage en 1848 et l’arrivée massive des engagés du sucre amène la Variole en 1850 jusqu'à 1852 et en 1858.  En 1859, alors que   la colonie compte 64 400 engagés, apparaissent la Variole et le Choléra (2700 victimes soit 1,7% de la population). La construction des lazarets de la Grande Chaloupe est décidé pour un contrôle plus efficace de l’arrivée, de la quarantaine et de la surveillance des soins des engagés (plus de 6000 par an). Pour l’intrusion du Choléra, plusieurs causes sont mises en avant, un navire débarquant frauduleusement des esclaves malgaches en 1829, un bateau venant de l’Inde en 1859, entre temps c’était un autre qui arrivait des côtes africaines. Il faut dire que les marchands font tout pour déposer leur chargement le plus rapidement possible et pour repartir aussitôt, contournant parfois les obligations de quarantaine.
A partir de 1865 et pendant une dizaine d’année l’île souffre de diverses maladies souvent mal identifiées comme la fièvre de Bombay, la dengue, la malaria, une forme de typhus ou encore des « affections parasitaires ».

Cimetière Lazaret 1 de la Grande Chaloupe
Cimetière Lazaret 1 de la Grande Chaloupe
1868 voit arriver la « terrible épidémie » de paludisme. Auparavant inoffensif, le paludisme se révèle  dangereux. A chaque fois qu’une épidémie se déclare, l’arrivée d’immigrants est mise en cause. Après avoir atteint l’ensemble du littoral, le paludisme « devenu endémique » se développe dans les Hauts au début du XXe siècle. Puis apparaissent en 1873 la Dengue, en 1890 l’Influenza et en 1900 la Peste.
En mars 1919, la Grippe espagnole apportée par « Le Madona », bateau revenant d’Europe, avec à son bord des soldats de la Première Guerre Mondiale fait près de 15000 victimes (soit 3,4% de la population). Au mois de mai, le virus est balayé par un cyclone.
Avant la Deuxième Guerre Mondiale le paysage épidémiologique dans l’île, est proche de celui des pays "sous-développés", le taux moyen de mortalité est de 28‰ dont 40,5% des moins de 2 ans pour une population d’environ 200000 habitants. En 1948, le paludisme provoque 2000 décès par an, c’est la première cause de mortalité jusqu’à son éradication l’année suivante après une lutte anti vectorielle sans merci.
La dernière grosse épidémie est celle du Chicungunya de 2006.




1.Posté par William le 04/04/2009 09:20

Très intéressant !

Finalement combien de décès pour le Chicungunya ?

2.Posté par Josette Brosse le 04/04/2009 12:49

248 directs ou indirects. Mais saura t-on jamais ? Pour info, 3 à Maurice, je me gausse.

3.Posté par nicolas de launay de la perriere le 05/04/2009 23:14

et qu'en disent les tutelles..? nos bons hauts fonctionnaires locaux ?

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