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Courrier des lecteurs

Les énergies renouvelables, fondation du mythe de la croissance verte


Par Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID - Publié le Mardi 11 Août 2020 à 10:13 | Lu 942 fois

Diffusé gratuitement sur YouTube à l’occasion stratégique de la journée mondiale de la Terre, le documentaire Planet of the Humans (https://www.youtube.com/watch?v=ycN3mVW1fow), réalisé par Jeff Gibbs et produit par Michael Moore, a suscité une vive polémique. Le film dresse un portrait consternant des dérives de l’industrie des EnR aux États-Unis. Le réalisateur parcourt son pays à la découverte de centrales énergétiques diverses, éoliennes, solaires ou encore biomasse, et s’attache à démontrer les zones d’ombre.

Cette démonstration est bienvenue, car les EnR sont loin d’être une énergie propre. En effet, toute production humaine génère une pollution, de l’extraction des matières jusqu’au recyclage ou à la maintenance, et les industriels ont trop longtemps caché cette énergie grise nécessaire. Mais le film manque de nuances ; totalement à charge, il se réduit à un plaidoyer anti-EnR sans s’attaquer aux origines structurelles et politiques de la situation. Une confusion de genres qui ouvre la voie à la récupération par les promoteurs des énergies fossiles, qui se délectent de ce genre de critiques.

Planet of the Humans insiste sur le fait que les technologies EnR n’apportent pas de solution, mais créent de nouveaux problèmes, liés notamment à l’exploitation des terres rares, à la dépendance aux énergies fossiles ou à l’absence de filières de recyclage.

Le film expose que la transition énergétique n’est pas opérationnelle à l’heure actuelle, mais il ne souligne pas suffisamment l’absence de volonté politique pour la concrétiser, laissant cette transition au bon vouloir du privé. La gestion de ces technologies par les élus à travers le monde et le Marché à qui ils sont inféodés sont en effet la cause de nombreux problèmes, pas la technologie elle-même. Le manque de vision holistique (de la production à la fin de vie), les politiques de court-terme, la soif de profits, l’absence de régulation, la négation des limites de la croissance, sont des pistes. Elles sont éludées.

La distinction entre la technologie et sa gestion n’est pas opérée, et le spectateur ressort du visionnage avec peu de nuances : les EnR ne fonctionnent pas. L’idée de réduire une multitude de techniques sous le terme de « renouvelables » est déjà une confusion. Or leur utilisation, dans le cadre de la logique du marché, est problématique. Des constructeurs, en recherche de profit, ont tendance à proposer des panneaux solaires ou des éoliennes à durée de vie limitée ou de piètre qualité, sans filières de recyclage pérennes. Les États n’anticipent pas de porter la transition collectivement, laissant des projets privés, proches de l’arnaque ou en plein greenwashing, se multiplier. Comment peut-il en être autrement alors que la question du changement climatique n’est même pas prise au sérieux et que les logiques libérales dominent ?

En l’absence de dispositifs collectifs, de normes et de courage politique, les matériaux et l’énergie consommés au cours du cycle de vie des infrastructures des EnR posent un problème majeur. La construction de panneaux solaires exige des métaux spécifiques, ressources critiques dont l’extraction est aussi problématique que celle des sources d’énergie fossile. Ces limites existent aussi pour les éoliennes, qui demandent des quantités impressionnantes de métaux et de béton, sans parler des matériaux qui entrent dans la composition des pales. Des pistes voient le jour pour apporter des solutions concrètes, locales et adaptées, qui devraient être encouragées par les pouvoirs publics. Non pas que la technologie soit la solution. Mais là où les énergies fossiles ont déjà été exploitées sous toutes leurs formes et nous emmènent vers le gouffre, les EnR sont seulement à l’aube de leur développement : séparons le bon grain de l’ivraie.

Le documentaire insiste sur l’intermittence. Le vent ne soufflant pas et le soleil ne brillant pas en permanence, le recours à d’autres énergies, souvent fossiles, s’impose. Mais ce souci peut être résolu par les technologies de stockage qui connaissent des progrès notables, et que Jeff Gibbs ne cite pas. Pareil pour la biomasse. Si le film dénonce les centrales à bois, un désastre écologique très répandu aux USA, il traite la biomasse issue des algues avec peu de considération. Dénonçant les situations de déforestation sous-marine, il ne parle pas de la culture d’algues qui fait partie des solutions.

Les critiques de ce type ne font que fournir des munitions aux climato-sceptiques, aux compagnies pétrolières et à leurs lobbies, qui ont consacré les dernières décennies à propager ce genre d’idées et à s’opposer à ceux qui luttent pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le film dénonce la compromission des organisations environnementales qui promeuvent l’énergie solaire et éolienne. Ces associations ont contribué à mettre ces technologies à l’agenda politique aux USA, en se basant sur une communication tendancieuse, qui insinue que les EnR permettraient aux Américains de persister dans leur mode de vie, avec la conscience plus tranquille car leur énergie serait propre. Des liens financiers existeraient par ailleurs entre ces organisations, des investisseurs richissimes et des politiciens. Un véritable réseau de greenwashing que Jeff Gibbs met en lumière. Dans les mains du capitalisme, les EnR deviennent un produit comme un autre : manipulations, marketing douteux. Il y a confusion entre la technique et la politique, les structures et le modèle économique qui encadrent les EnR.

L’origine centrale de la polémique suscitée par le film réside dans l’affirmation d’une vérité : la transition énergétique n’est pas opérationnelle. Pas dans le monde d’aujourd’hui, avec la manière dont nous consommons l’énergie. Une réelle transition implique des changements majeurs dans de nombreux domaines, de notre modèle alimentaire au secteur des transports, en passant par le logement et le numérique. Plus important encore, il nous faut décroître, en diminuant de manière drastique notre consommation dans tous ces domaines.

Jeff Gibbs l’évoque trop rapidement à la fin en disant que « Moins doit être le nouveau plus ». Si nous voulons maintenir un certain niveau de production d’énergie nécessaire pour diverses activités de base, c’est vers les EnR qu’il faudra se tourner dans des mesures locales et raisonnables. Les EnR trouveront leur place dans une demande en équilibre avec le système terre. Les difficultés de ces technologies ne se poseront pas de la même manière, dans un monde où la consommation aura diminué, et où le recyclage sera la norme.

Le vrai débat est là, et les EnR ont involontairement participé à l’occulter. La croyance aveugle dans le progrès technique, partagée par de nombreux tenants de la croissance verte, a permis de maintenir l’illusion d’un consumérisme pérenne. Planet of the Humans a le mérite de démonter ce mythe, mais la question de la décroissance n’est qu’effleurée, alors qu’il s’agit de la seule option vraisemblable pour réduire l’impact de la production d’énergie sur l’environnement, évitant à terme la mort de millions d’innocents animaux et humains.

Inspiré de Mr. Mondialisation




1.Posté par A mon avis le 11/08/2020 11:30

Votre analyse du film n'incite pas à aller le visionner. En somme, il ne dit rien de nouveau.

Si je retiens ces quelques phrases de votre texte :

"Dans les mains du capitalisme, les EnR deviennent un produit comme un autre : manipulations, marketing douteux. Il y a confusion entre la technique et la politique, les structures et le modèle économique qui encadrent les EnR."
...
"Les EnR trouveront leur place dans une demande en équilibre avec le système terre. Les difficultés de ces technologies ne se poseront pas de la même manière, dans un monde où la consommation aura diminué, et où le recyclage sera la norme."


... on peut en déduire fort justement que nous continuerons à foncer droit dans le mur tant que le système politico-économique capitaliste actuel perdurera !

2.Posté par Bruno Bourgeon le 11/08/2020 13:04

Oui, AMA, c'est exactement cela. Mais le docu est très bien fait, vous pouvez le voir, ne serait-ce que par curiosité. La seule image positive du film : la lumière qui se dégage de Vandana Shiva. Ou venez en discuter avec nous le 14 août au Manguier, je pourrais enfin vous connaître.

3.Posté par Saucrates le 11/08/2020 14:05

Salut Bruno. Votre analyse de ce documentaire (que je n’ai pas regardé) est intéressante. Il y a effectivement une spéculation financière sur les énergies renouvelables depuis quelques décennies. Spéculation boursière sur les titres de sociétés spécialisées sur la production de ce type d’électricité verte. Spéculation sur l’industrie des fabricants de ces matériels et main mise de l’industrie chinoise (éolien, solaire...). Il me semble qu’il y a désormais également un risque de spéculation sur le démantèlement des centrales à charbon et des compensations financières publiques qui vont être demandées par les industriels sommés de démanteler ces centrales à charbon que certains viennent de racheter. Il y a le mystère de Tesla et de la voiture électrique, qui demande de telles quantités de terres rares pour la fabrication des batteries que je n’imagine pas comment la voiture électrique pourrait suppléer au moteur à explosion.

La finance a toujours pour seul et unique objectif de gagner le maximum d’argent quelqu’en soit le prix. Il lui faut juste réussir à jouer le bon cheval. La finance gagne de l’argent dans les crises financières (en spéculant sur la baisse des cours), dans les pandémies (en spéculant sur les masques ou sur les vaccins), voire dans les catastrophes naturelles ... La finance peut ainsi très facilement gagner de l’argent en spéculant sur les énergies renouvelables. Le problème de la spéculation, c’est qu’elle n’est favorable qu’aux puissants, à ceux qui ont la bonne information au bon moment. Les autres, les épargnants comme vous et moi, ne peuvent être que les moutons de Panurge. Ceux que l’on va traire, que l’on va plumer, que l’on va tondre. Amusant de voir la pluralité des expressions utilisables tirées de la basse-cour et de l’élevage pour caractériser les risques des épargnants.

Ce documentaire vous semble uniquement à charge ? Mais c’est le principe même de cette économie. Les sociétés spécialisées dans le solaire ou l’éolien n’avaient pas encore gagné un kopek, n’avaient pas encore produit un kilowattheure que les financiers avaient déjà gagné des millions en spéculation. Tesla vaut désormais plus que les plus grands fabricants d’automobile mondiaux, Ford et Toyota additionnés. Ce documentaire ne fait que décrire un système sans espoir, un système fait pour gagner de l’argent, pour continuer à gagner de l’argent, pour gruger les petits épargnants ainsi que les États et les services publics, et absolument pas pour trouver une solution à la planète.

Je continue même à vous suivre sur votre diagnostic. Tout ceci ressemble à une fuite en avant du système économique, pour masquer le fait que l’on va devoir restreindre la production et la consommation d’électricité, l’utilisation des véhicules automobiles. Effectivement, le système économique de grande consommation va vers une impasse technologique et de sur-consommation de ressources naturelles. Le système capitaliste est-il malgré tout amendable ? Peut-on échapper au désastre attendu notamment grâce à des nouvelles technologies ? Vraisemblablement. Mais cette solution risque de n’être utilisée que par la finance spéculative pour s’enrichir encore plus. Les nouvelles technologies ne seront qu’un nouvel espoir comme l’ont été les énergies renouvelables.

Sommes-nous en désaccord ? Pour l’ami AMA, c’est sûr. Pour Bruno, c’est moins sûr. Je rejoins totalement le combat d’ATTAC pour combattre la spéculation financière au niveau international. Seule solution mais combat désespérément désespéré. Saucratès.

4.Posté par Bruno Bourgeon le 11/08/2020 15:41

Quand ce bon vieux Saucratès s'est laissé convaincre par le Dr BB : bravo! événement à marquer d'une pierre blanche. AMA est d'accord aussi avec moi, simplement il dit que ce n'est pas nouveau, là aussi avec juste raison.
Sur un autre blog, un posteur ne jure que par ITER : la technique de la fusion nucléaire n'est pas encore au point, elle demande des milliards d'investissement, et des chambres de confinement capables de résister à des millions de degrés. C'est pas gagné.

5.Posté par Saucrates le 11/08/2020 18:42

Cher Dr BB. Vous m’auriez convaincu ? Mais vous abordez l’aspect économique du problème, et nous sommes vraisemblablement partiellement en accord sur ce point. Je pense que c’est sur l’aspect moral de la question que nous sommes plus en désaccord, ainsi que sur la dangerosité et l’impact du réchauffement climatique. Saucratès

6.Posté par polo974 le 14/08/2020 08:02

quelques critiques et infos dans un sens comme dans l'autre:
1. les progrès en stockage sont à la marge comparé au besoin genre stocker 1 semaine de conso métropole en janvier (transpor terrestre inclus), c'est pas pour demain, ni même après-demain.
2. les éoliennes n'ont pas besoin de tant de béton que cela, il faut juste accepter des haubans.
3. les terres rares pour les aimants ne sont pas indispensables, on sait très bien faire des générateurs sans aimants.
4. si, si, le vent souffle et le soleil brille en permanence, mais pas au même endroit, il faudrait interconnecter (facile) et coopérer (compliqué) à grande échelle...
5. la critique habituelle du taux d'emploi (20 à 25% de la puissance installée) des éoliennes est très drôle si on compare avec le taux d'emploi des moteurs de voiture (qui lui est largement inférieur à 1%). on pourrait donc investir dans des bagnoles très sous-employées, mais pas dans des éoliennes utilisées au quart de leurs capacité de production crête...
6. malgré tout le mal qui a été dit du nucléaire, c'est quand même la seule voie actuelle possible pour faire le joint. sauf qu'à vouloir faire plus gros (epr), ça coince grave... et puis les centrales charbon concentrent et relarguent largement plus d'uranium et autres métaux lourd que les centrales nucléaires... (sans parler des marrée noires...)
7. iter, c'est un projet à très long terme, plein d’embûches, mais il y a aussi des "variantes" (stellarator) qui profitent et participent aux avancées d'iter. pour une fois qu'il y a un projet à très long terme, il ne faut pas cracher dans la soupe. Sinon, les parois d'iter ne sont pas soumises aux millions de degrés, grâce au confinement magnétique. Et les pertes de confinement sont anticipés, les procédures pour y parés sont justement un des sujets d'étude d'iter (qui n'est qu'un jalon avant la production d'énergie par fusion).

Par contre, oui, ce qui coince, c'est surtout l'humain, son égoïsme et son refus de faire face à un cul de sac gigantesque contre lequel, il accélère au lieu de freiner et chercher une autre voie...

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