Culture

Les Pois-du-Cap orphelins : Rocker, chanteur, guitariste de grand talent, Patrick Peyron est parti dans la plus grande discrétion

Mercredi 12 Février 2020 - 11:10

Hormis quelques-uns de ses très proches parents et amis, Patrick Peyron n’avait dit à personne combien il était malade. C’était tout lui, ça : ne pas rendre les autres malheureux avec ses propres soucis.

Il y a moins d’un an, chez son alter ego, Patrick Sauger, à Bois-de-Néfles Saint-Paul, il y avait les deux "Dalton", ainsi que leurs professeurs de Leconte-de-Lisle appelaient les inséparables Patrick ; il y avait Éric Banor et Élie Cerco et une foule de joyeux amis.

Nous avions apporté un tas de guitares, nous avions joué, ils avaient chanté… Leurs voix, qui s’accordaient si bien, avaient mûri certes, mais les harmonies étaient bien là. Patrick chantait et riait à la fois, ajoutant quelques accords très jazzy à ceux d’Éric et de l’autre Patrick. Il était impossible de se douter de quelque chose… alors qu’il souffrait déjà beaucoup.

La première fois que j’ai rencontré cet orchestre, c’était vers la fin des années soixante à "La Cabane Bambou". Ils s’appelaient encore les "Firebirds", les deux Patrick au micro-chant, Peyron à la guitare, Éric Banor au solo, Joël Dupont à la basse et au contre-chant (Joël a toujours été un des plus fins bassistes de l’île mais avec des modèles comme Gagneur et Saint-Alme et ses dons naturels, il ne pouvait en être autrement).

Ce soir-là, comme souvent, ces gars animaient une boum de vacances à Saint-Gilles. Au bout d’une heure, les Lynx, Marco Payet en tête, ont débarqué et c’est tout naturellement que les Firebirds leur ont prêté leurs instruments. Les Lynx ont juste demandé que Joël restât à la basse. On ne prête qu’aux riches.

Peu après, les Firebirds sont devenus les Pois-du-Cap, avec le concours d’Alain Hubert-Delisle (batterie) et Jack Bourhis (guitare accompagnement). De temps à autre les rejoignait un certain (actuel) sénateur-maire de Sainte-Rose.

Ces jeunes musiciens talentueux et rigolos, au registre un peu différent des autres formations, adeptes des chants à quatre voix, nous émerveillaient non seulement par leur savoir-faire mais également par leur matériel : quand nombre d’orchestres en étaient encore aux guitares Egmond (l’horreur absolue mais on n’avait rien d’autre !) et aux amplis Garen, eux, ils étaient déjà sur Stratocasters et amplis Marshall !

Ils n’hésitaient jamais à recevoir, dans leur petite chambre d’entrainement à Saint-Gilles, des potes (j’en sais quelque chose) avides d’utiliser ces merveilles totalement nouvelles pour nous. Patrick Peyron, virtuose et très doué harmoniquement, n’était jamais avare de conseils et tuyaux. Il m’a donné des « leçons » ! Il était comme ça, Peyron, conscient de sa chance d’avoir du bon matos et d’être naturellement talentueux, il était heureux d’en faire profiter les autres. Alors que ceux qui ont vécu cette époque doivent s’en souvenir : la concurrence était rude entre orchestres ; rares ceux qui, comme Peyron/Sauger, comme les Super-Jets ou les Flashes (Saint-Louis), invitaient les amis musiciens sur scène, sans craindre quelque concurrence que ce fût.

C’était ça, Patrick Peyron, un gars gentil, tourné vers les autres, le coeur ouvert. Je ne l’ai jamais connu autrement qu’avec ce sourire chaleureux qui était comme sa marque de fabrique.

Tu nous manques sévère, mon ami.
Lu 6229 fois
Jules Bénard
Le plus ancien de l’équipe ; la mémoire de Zinfos. Jules Bénard, globe-trotter et touche-à-tout... En savoir plus sur cet auteur




1.Posté par BANOR ERICK le 12/02/2020 11:34

C'était par une soirée du mois d Août Alain Hubert de Lisle, Mâle Lapin, Jacques Bourrhis , Patrick Sauger et moi même animions une soirée musicale à la cabane bambou avec toute la jeunesse du coin. Ambiance un peu shadows et slows. Monte alors sur notre petite scène un "touriste" qui à la guitare se met à attaquer direct La poupée qui fait non et Satisfaction.... Réaction immédiate des copains ( surtout des jeunes filles enthousiastes) qui vont lui en redemander avec la complicité de notre Patrick. Voilà comment s'est passé a première rencontre avec Peyrron. On a un peu travaillé ensemble en 2019 puis il s 'en est allé...au paradis des musiciens certainement

2.Posté par RIP PATRICK le 12/02/2020 12:40

RIP Patrick.
Avec Les Poids du Cap, Alain, l'autre Patrick, et les autres, vous nous avez fait danser, permis de draguer et de faire de belles rencontres.
On a pris de l'âge, mais on n'oublie pas.
Je suis heureux de t'avoir revu plusieurs fois depuis quelques années. Nous avons passé de bons moments ensemble.
Tu nous manques déjà, tes très proches dalons, Alain et l'autre Patrick doivent se sentir bien seuls.
RIP PATRICK tu seras toujours dans notre cœur et dans nos pensées

3.Posté par Choupette le 12/02/2020 13:40

En plus qu'ils étaient mignons comme tout, et sapés comme des petits princes.
Respect du public.

De nos jours, ils sont dépoitraillés, non aucun sens artistique ni musical et éructent dans un micro pour faire viril.
La honte.

4.Posté par CHABANET Zaza le 12/02/2020 14:47

Merci pour cet article très émouvant. Qui résume bien le charisme de Patrick que nous aimions tous très fort.

5.Posté par fleur le 12/02/2020 12:37

Merci Mr BENARD pour cet émouvant hommage. La musique et Patrick c’était un tout jusqu’à ses derniers moments. Il joue avec les anges maintenant.

6.Posté par Laurent le 12/02/2020 16:16 (depuis mobile)

Patrick je t'ai peu connu , tu étais aussi un amoureux de l'aviation ,à chaque que je regarderai ce beau tableau que tu m'as donné avec les deux dash en vol pour la première fois dans le ciel réunionnais j'aurai toujours une pensée !

7.Posté par Jeune melomane le 12/02/2020 21:05 (depuis mobile)

Merci Jules, je ne suis pas de cette epoque mais je me regale de vous lire. Je suis peinee pour la disparition de votre ami. Aussi la curiosité m attise, comment ecoute un extrait des firebirds ou autre pois du cap? Merci

8.Posté par Ti Tangue musicien le 12/02/2020 21:14 (depuis mobile)

Beau reportage, pour quand un reportage sur les orchestres de M. Annany ? Grand footballeur par ailleurs à la Saint Pierroise ...

9.Posté par Pierre VERGEREAU le 13/02/2020 06:49 (depuis mobile)

Les Pois du Cap quel souvenir !notre jeunesse privilégiée de St Gilles, la cabane bambou, le restaurant Chic Escale...les soirées au Boucan, les films chez Loulou....

10.Posté par Bénard le 13/02/2020 07:44

à posté 6 :
Je vais vous décevoir en vous disant que nos amis les Pois-du-Cap n'ont rien enregistré.
Si vous voulez vous faire une idée juste de leur style de chansons à 4 voix, écoutez donc du Beach Boys (Surfin' USA ou encore Barbara Ann ou Sloop John B., c'est sur Youtube).
Bien cordialement, JB.

11.Posté par Dignité le 13/02/2020 08:34

Cet article et beau et témoigne d'une époque "bénie des dieux".

Il suscite en moi des sentiments baignés de nostalgie et me fait regretter le temps qui passe et qui fout le camp laissant derrière nous des souvenirs impérissables.

Quand on a connu une telle époque on n'a pas envie de vivre dans le monde actuel où règne l'individualisme à outrance et où le collectif et la dynamique de groupe sont devenus des valeurs tombées dans l'oubli.

Un grand merci Mr BENARD. Surtout continuez vos articles qui parlent de vos rencontres et expériences passées et qui trouvent en nous (en moi ) un écho saisissant.

12.Posté par Lilie peyron le 15/03/2020 17:12 (depuis mobile)

Merci pour cet article sur mon papa..qui me manque tellement..

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