Courrier des lecteurs

Le puzzle du Régime Universel des Retraites à points

Mardi 23 Juillet 2019 - 16:00

L’exercice de Jean-Paul Delevoye, Haut-Commissaire à la Réforme des Retraites, est redoutable : fondre 42 régimes, depuis celui des salariés du privé (déjà divisé en deux, l’assurance de base, le Cnav, et les complémentaires Agirc-Arrco) à celui des notaires ou de la Comédie française. Voici le « système universel, par répartition, à points », qui garantira la promesse du candidat Macron à la présidentielle : « un euro cotisé donnera droit à la même pension ».

Le niveau des cotisations ? Pour les salariés, ce sera 28,12%, dont 60% pour les employeurs, 40% pour les salariés, inchangé. Pour les hauts cadres, 2,80% au-dessus de 120 000 euros et pour le reste, ils verront avec leurs employeurs une retraite par capitalisation. Un régime pour riches. Pour les contractuels publics, aujourd’hui à 24%, les 28,12% ne seront atteints que dans 15 ans.  

Les fonctionnaires : le nouveau système prendra enfin en considération l’entièreté de leurs primes, 20% de leurs revenus. Pour éviter le choc d’une hausse brutale des cotisations, « les employeurs publics prendront ainsi transitoirement en charge une part plus importante des cotisations que celle prévue en cible. » Les enseignants (900 000 personnes) sont toujours les dindons de la farce : dépourvus de primes, leurs pensions n’augmentent pas, ou baisseront … 

Les indépendants : même taux de 28,12% appliqué sur les 40 000 premiers euros. Puis jusqu’à 120 000 euros, ce sera 12,93%. Enfin 2,80%, comme les cadres supérieurs. On peine à comprendre un système plus dur pour les revenus modestes, au motif de la « préservation de l’équilibre économique des indépendants », comme le dit le rapport. Une troisième catégorie : les très petits revenus des micro entrepreneurs qui devront cotiser sur 600 heures de Smic par an pour obtenir à la fin de leur vie de travail, le minimum retraite de 1000 euros. Sort que ne connaîtront pas les notaires, puisque les professions libérales apparaissent comme un trou noir dans les recommandations : si l’objectif de convergence est affirmé, son échéance est remise à 15 ou 20 ans, et ce d’autant plus que certains régimes, comme celui des avocats, pourront utiliser leurs imposantes réserves financières afin de financer un délai long avant de rejoindre le sort commun. Certains métiers (artistes, journalistes, marins) qui bénéficient aujourd’hui d’une réduction d’assiette, devraient obtenir la perpétuation de ce privilège : points supplémentaires payés par l’Etat. Quant aux médecins, une bonne partie de leurs cotisations pourront être prises en charge par l’assurance maladie.

Tout le monde partira au même âge, à 64 ans, « âge d’équilibre », promis pour 2025, avec une décote avant et une surcote après. La révolution est dérisoire pour les salariés du privé (16 millions de personnes), puisque l’Agirc-Arrco a repoussé d’un an l’âge du taux plein pour ceux qui sont nés après le 01/01/1957.

Certains échappent : les militaires feront valoir leurs droits après 17 années de service ; 52 ans pour les policiers nationaux, 57 ans pour les douaniers, les sapeurs-pompiers professionnels et les policiers municipaux.

Pour les autres catégories du secteur public comme les agents de la SNCF, d’EDF ou des hôpitaux, ce sera comme le privé ; de façon progressive en allongeant de 4 mois par an la vie au travail. Il faudra attendre la génération 1982 pour l’extinction des « régimes spéciaux ». A moins que le gouvernement fasse le choix d’appliquer la fin des privilèges aux nouveaux entrants. Un précédent l’y pousserait : la fermeture du statut des cheminots en 2021, instituée par la réforme de la SNCF. 

Tous ces futurs retraités pourront se présenter au guichet des handicapés et accidentés du travail, avec un taux d’incapacité de 50%, pour partir à 55 ou 57 ans, ou postuler à un départ à 60 ans dans le dispositif « carrières longues » pour ceux et celles qui auront commencé à bosser tôt, ou encore acquérir des « points de pénibilité » …A la charge de négociations non encore advenues.

Il y aura donc à moyen terme bien des combinaisons possibles pour reproduire les 42 régimes : on a l’impression que Jean-Paul Delevoye a juste réussi à transformer un bric-à-brac institutionnel en puzzle sans vue d’ensemble.

D’après « Alternatives économiques »
Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID
Lu 900 fois



1.Posté par papy le 23/07/2019 17:10

Et les députés, sénateurs , ministres , enfin tous ces gens qui ont des revenus non imposables , épuisés au travail qu'en est-il ? hein, hein ??

2.Posté par balayedovant zot porteavan le 23/07/2019 17:53

papy les politiclowns pourront toujours bosser plus en dégustant de la langouste et les bonnes bouteilles à plus de 500 euros l'unité vive la France et crèvent les lèves tôt la France d'en bas c'est vrai nous marchons sur la tête. à quand la fin des privilèges pour ses piques assiettes et ses rappetout?

3.Posté par Surinam le 24/07/2019 10:15

Retraite à points = retraite casino...puisque la valeur du point sera variable dans le temps, notamment dans le long terme, avec pour objectif déclaré de ramener le niveau des pensions à moins de 10% du PIB.
Autant dire que cela permettra de verser des haricots aux futurs pensionnés.
Quant aux régimes spéciaux, ils seront maintenus au profit de certaines catégories dont le pouvoir a besoin, notamment les policiers...On se demande bien comment justifier un tel arbitraire.

4.Posté par JORI le 24/07/2019 10:37

3.Posté par Surinam le 24/07/2019 10:15
La valeur du point sera alors au cœur de toutes les campagnes électorales nationales, c'est tout.

5.Posté par polo974 le 24/07/2019 15:30

les politiques et grands faiseurs économiques devraient se méfier des vieux, car ils sont de plus en plus nombreux, désespérés, et de fait sans grand avenir.

il risque fort d'y avoir une sorte de brigade grise qui se mette à flinguer à tout va...

enfin, c'est un risque à ne pas écarter...

mis à part ça le seul but de tout unifier est de mettre la main sur les différentes cagnottes afin de réduire l'endettement...

6.Posté par Modeste le 25/07/2019 10:40

de toutes les façons on aura du mal avec la génération actuelle assise au bord de la route....car qui paiera la retraite de ceux qui vont partir bientôt??? il n'y a pas de miracles la France est surendettée !

7.Posté par JORI le 25/07/2019 11:09

6.Posté par Modeste le 25/07/2019 10:40
Sauf que si j'ai bien compris la réforme, même ceux qui sont assis sur le bord de la route auront droit au minimum à une retraite égale à 85% du SMIC. Cela doit aussi inclure tous ceux qui ont fait une carrière au RMI ou RSA!!. Question: du coup est ce que cela vaut le coup de lever son cul du bord de la route??.

8.Posté par Modeste le 26/07/2019 10:51

à 7 JORI, c'est vrai que la France cultive l'assistanat à outrance mais jusqu'à quand???? clair aussi que vu sous cet angle ces gratteurs ne sont pas prêt d'aller bosser ....et vont continuer à critiquer les riches qui à terme iront voir ailleurs et là (quoique cela commence déjà......!) donc financé par les impôts de qui??? ceci dit réforme....mais il suffit d'un changement de Président et on est reparti pour autre chose!

9.Posté par Pierre Balcon le 28/07/2019 07:59

La propagande en Marche ! (1)

Pas besoin de tous ces bavardages pour expliquer la finalité et les moyens de la réforme !

1/ La finalité :

baisser le niveau global des pension de retraite

2/ les moyens :

deux leviers essentiels :

- diluer la base de calcul de la retraite sur toute la carrière : alors qu'elle est actuellement calculée sur le salaire brut perçu au cours des 25 meilleures années pour le privé et les 6 derniers mois pour les fonctionnaires , le changement d'unité de compte reviendra à la calculer sur la totalité de la carrière , soit près de 45 années . Comme généralement les débuts de carrière , surtout dans la fonction publique, sont moins favorables que les fins de carrière, on comprend l'enjeu .
La prise en compte pour les fonctionnaires de leurs primes est un attrape nigaud puisque qu'elles sont déjà intégrées dans un système additionnel à points qui est précisément un avant goût de l' arnaque.

- précariser le niveau de restitution de la valeur des points . On vous donne la valeur d'achat mais pas celle qui sera appliquée , in fine, au moment de la liquidation de la pension , dont , contrairement à ce qu est dit , vous ne connaîtrez donc jamais le niveau effectif avant sa liquidation . cette vaelur de restitution sera fixée au bon vouloir du gouvernement , par un Conseil d'administration à sa botte . C''est ce qui se passe d'ailleurs déjà aujourd'hui où le gouvernement peut geler ou taxer , selon son bon vouloir , les pensions . Les 2 systèmes en voie de fusion de l'AGIRC et de l'ARRCO ( qui fonctionnent déjà à points ) , illustrent parfaitement l'absence de contrôle par les futurs retraités de la valeur de leur épargne.

Tout le discours sur la supposée complexité et injustice du système actuel pour justifier la réforme , n'est qu'enfumage.
Le système actuel n'est ni compliqué ni si divers (2) . On nous dit qu'il existe 42 régimes mais en fait 2 d'entre eux rassemblent plus de 90 % des salariés . Et les privilèges de ceux qui divergent marginalement seront au demeurant maintenus.


(1) Alternatives Economique est devenue le bastion de la Macronie dans la supposée "gooche". Sous le couvert d'une approche technique "critique" ( toujours gentille) , elle finit toujours par conclure à la pertinence de la ,politique de Macron . Y a plus que les gogos bobos ,orphelins de leurs illusions , qui lisent encore l'Obs et Alternatives Economiques

(2) rappelons que l'Assurance vie , qui constitue pour beaucoup une épargne retraite , comprend une infinité de .manières d'agencer ses placements entre les comptes en euros et les unités de compte et là personne ne parle d'unifier les produits . Idem pour les autres produits d'épargne retraite que le gouvernement veut encore diversifier .

10.Posté par JORI le 28/07/2019 13:16

9.Posté par Pierre Balcon le 28/07/2019 07:59
Rappelez nous quelles étaient les propositions de votre candidat fillon concernant les retraites??.

11.Posté par Pierre Balcon le 29/07/2019 08:10

à post 3

Au dela du caractère pernicieux de la réforme sur le calcul des droits individuels , un autre aspect mérite d'être souligné :

Les propositions Delevoye comportent une "règle d'or' limitant à 14% du PIB le budget global des retraites.

Plus nombreux et ayant capitalisé des droits individuels mieux structurés ( c'est vrai surtout pour les femmes ) , la simple logique arithmétique fera que les retraités ne pourront donc espérer bénéficier à l'avenir d'un effort de la nation constant par individu..

Ce ne sera donc plus aux revenus (salaires, et autres), que se trouvera indexé le budget des retraites, mais au PIB.

Or, ce PIB est la variable qui réagit instantanément aux crises financières, comme ce fut le cas en 2008 , tandis que les salaires et revenus lissent les crises, et tendent à stagner plutôt qu'à chuter comme le fait le PIB.

La conséquence est claire: à la prochaine crise, lorsque par exemple la finance s'effondrera gavée de prêts à taux négatifs, la répercussion sur le budget des retraites sera potentiellement immédiate.

Alors qu'il a beaucoup été souligné que le modèle social français avait contribué à amortir les effets de la crise de 2008, les propositions Delevoye envisagent d'exposer directement les retraites aux mécanismes viciés des crise engendrées par la finance mondiale.

12.Posté par Bruno Bourgeon le 31/07/2019 15:59

Pierre, tu as parfaitement raison. Sauf que même lors de la crise des subprimes, le PIB est toujours resté positif, croissant, la croissance n'ayant jamais été négative. La seule fois dans l'histoire de l'OCDE où la croissance s'est négativée fut lors du premier choc pétrolier. Donc d'un point de vue béatement positif, les retraites indexées sur le PIB seront toujours grandissantes.
Hélas, trois fois hélas! Rien n'est moins sûr qu'un PIB sempiternellement croissant, nous pouvons subir les contrecoups d'une nouvelle crise financière, ou économique, ou de la matière première énergétique, dans ce cas, les retraites vont s'effondrer, les petits vieux (non péjoratif) s'appauvriront, on peut le voir aussi comme une sorte d'euthanasie préventive qui ne dit pas son nom, car ces personnes auront beaucoup de mal à bien se soigner.
Hélas, six fois hélas! Le taux de 14% du PIB à ne pas dépasser indique que, puisque la population des seniors de plus de 64 ans va grandir en proportion et même en valeur absolue, la part des retraites de chacun sera contrainte dans cette enveloppe limitée : les retraites ne pourront que diminuer. Voir les contributions d'ATTAC sur ce sujet.

13.Posté par JORI le 03/08/2019 21:04 (depuis mobile)

Petite question aux spécialistes es démographie : on a parlé de babyboum, aujourd'hui de papy boum mais ces derniers ne sont pas éternels. Ils vont bien décédés à un moment ou à un autre et forcément en nombre, non ??.

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