Faits-divers

Le proxénète se faisait payer en espèces… et en nature. L'un des policiers relaxé

Lundi 29 Avril 2019 - 12:19

Salim Rangila aura quatre longues années pour méditer, à l’ombre, sur l’ingratitude du genre humain. Lâché par tous, y compris son fils, il reste pour le tribunal 'le' grand responsable de cette affaire de proxénétisme peu ordinaire. Un méli-mélo qui aura duré de 2014 à 2018, ruelle Pavé à Saint-Denis.

"De linge z’Arabes seulement, M. le président!"

La police n’a commencé à s’intéresser à ce curieux manège qu’en 2015 et il lui a fallu deux années avant de tirer les choses au clair. En bref, cette année-là, des habitants du quartier ruelle Pavé (entre le bas des rue Maréchal-Leclerc et Général-de-Gaulle) remarquent des allées et venues aussi fréquentes que tardives, qui intéressent deux immeubles de ce passage discret. Il va ressortir des écoutes, filatures et autres "planques" que de fort attirantes jeunes femmes, très dévêtues, reçoivent là une clientèle qui aurait plutôt tendance à raser les murs.

Les immeubles appartiennent à Salim Rangila, commerçant très peu honorablement connu de la Rue-Grand-Chemin, autrefois spécialisé dans babioles et fanfreluches en vrac, reconverti dans les vêtements "pou Z’Arabes seulement, monsieur le Président".

Il ressort des différents témoignages puis des auditions des suspectes, que le petit commerce était gentiment organisé par deux jeunes Malgaches, Tina Power et Natacha, et occupait le plus clair du temps de 7 à 8 jeunes femmes venues de la Grande-Île. Le nombre exact reste flou mais quand on aime, pas vrai… ?

Les deux organisatrices ne font aucune difficulté pour reconnaître que si elles "organisaient" effectivement les ballets doux de leurs compatriotes, elles payaient aussi de leur personne, comme tout le monde.

Natacha: "Je travaillais beaucoup. Souvent jusqu’à deux heures du matin". Elle ne nie même pas percevoir en même temps les allocations CAF, le RSA ainsi qu’une maigre pension de son ex.
Chez elle, on a retrouvé une foule de reçus de mandats Western Union : la majeure partie de ses bénéfices nourrissait sa nombreuse famille restée au pays. Ce qui est le cas, apprenons-nous, de la quasi-totalité des prostituées originaires de l’Île-Rouge.

Le stakhanovisme revu façon maison close

Aujourd’hui, Natacha s’est reconvertie dans l’artisanat d’art car manifestement lassée de payer de son corps mais aussi tombée gravement malade en raison de ses activités physiques. Pensez donc: "40 euros pour une passe simple en parking, 50 la turlutte sinon 200 une nuit entière". San Antonio appelait ça "de l’abattage": 4 à 5 michetons la nuit par professionnelle. Et on nous rebat les oreilles avec ce chômage qui empoisonne Macron!

Tina, qui s’exprime haut et clair, avoue d’emblée: e suis innocente… mais je me prostituais". Pour elle, l’opportunité de cette "pension" était claire. "Avant, devant la Gare, je me faisais attaquer et assommer souvent. Je me suis dit que là au moins, j’allais être en sûreté". Et à une question du Président, elle ajoute: "Toutes les filles ne travaillaient pas en même temps, bien sûr, car on n’avait que trois lits. Pendant qu’ils étaient occupés, les autres jouaient aux cartes, se racontaient des blagues. Chacune des autres filles casquait 10 euros par jour, pour le loyer!". Le stakhanovisme, rien de tel pour le rendement!

La grande question a été de savoir si le propriétaire des lieux savait ce que faisaient ses loueuses. Lui prétend que non: il n’a jamais voulu que toucher un loyer. Et puis, aussi, cet homme, né en Grande-Bretagne, a un argument qu’il juge imparable: "Je ne savais pas qu’en France, il est défendu de louer à des prostituées". Ben voyons. Le drame de ce pauvre homme, c’est que Tina et Natacha disent tout le contraire.

"Même que" dira l’une des deux coquines "même qu’il nous demandait régulièrement des faveurs gratuites, une pipe ou un rapport complet selon son humeur. Pourquoi pas un pourboire, tant qu’on y est? Il n’y a pas de petits bénéfices".

Casier judiciaire chargé à ras bord

"Il encaissait le loyer, 880 euros, avec une pénalité de 20 euros par jour de retard, avec de petits coups supplémentaires assez souvent".

Ce qui fut l’occasion pour le Président Molié de sortir une de ces tirades dont il garde jalousement le secret: "Cette prestation n’était pas écrite dans le bail. Un contrat oral sans doute?" Il n’a pas dit "buccal' par pure décence.

Shoyeb, fils du commerçant, n’y va pas par quatre chemins, avouant de but en blanc: "Je suis partagé entre colère et tristesse! Mon père nous avait donné ces deux immeubles, à ma soeur et moi, en 2017. Sans jamais nous dire ce qui s’y passait. Mais il continuait à percevoir les loyers", ce que confirment les deux filles concernées. Il a bien tenté de rompre le bail mais trop d’obstacles, notamment la saison cyclonique, l’en ont empêché.

Le papa, d’emblée, admet sa culpabilité, ce qui ne laisse pas de surprendre: lorsque des voisins se sont plaints, il les a carrément expédiés sur les roses: "Je fais ce que je veux de mon appartement!"

Et pour les "prestations gratuites"? C’est rien que des mensonges, vous pensez bien. Lui, obsédé? Faut croire… parce que son CV porte un bon nombre de condamnations, deux pour agressions sexuelles, une pour exhibition, plus diverses escroqueries, subornations de témoins et autres histoires de faux passeports. Et on va l’accuser, lui? Est-ce que ce monde est sérieux?

Un client embarrassant

L’homme ne sait plus que répondre lorsqu’on lui fait remarquer que c’est un cadeau salement empoisonné qu’il a fait à son fils.

Yann T… apparaît alors dans le réseau. Policier de son état, il présente des états de service remarquables mais voilà, Ève lui donna la pomme à croquer… Dans la seconde maison de Rangila officie une jeune femme qui, apparemment, a trop de clients aux dires des filles d’à côté.  Concurrence inadmissible. Natacha s’en plaint à Yann qui y va de ses imprécations, menaçant la redoutable concurrente de lui retirer ses enfants et l’expédier dare-dare au gnouf. Gagné. À la barre, il dit que c’est grâce aux renseignements de Natacha qu’il a fait arrêter quelques voyous de bas étage. Main droite/main gauche…

Un autre policier, Sully E…, commandant à la retraite, n’aurait quant à lui pas été avare de ses conseils à Tina pour débrouiller ses petites affaires. Mal défini, tout ça.

Parlant de Salim Rangila, Me Girard dira: "Il a sans doute fait un cadeau empoisonné à son fils ; mais comme client, ce n’est pas un cadeau non plus". Comme tous ses confrères, il a tenté l’impossible, en vain. Le seul qui tire son épingle du jeu est le sudiste bâtonnier Djalil Gangate. Au risque de me répéter, je dirai qu’il est de la race des ténors obstinés. Précis voire pinailleur, il ne laisse rien passer, réussissant même à faire éclater de rire les juges et le parquet. Grâce à quoi son client, le fils Rangila, ressort relaxé. Chapeau, cher Maître. 

Rangila père : 4 ans ferme et réquisition des immeubles.
Les deux copines : 12 mois avec sursis.
Yann T… : Ce policier a été relaxé pour les faits de proxénétisme. Il a été condamné à 6 mois avec sursis pour usage de sa carte professionnelle à mauvais escient (Note de la rédaction : contrairement aux 12 mois avec sursis que nous avons mentionnés par erreur dans la première version de l'article, et qui concernaient l'autre policier ci-après).
Sully E… : 12 mois avec sursis pour "aide, assistance ou protection de la prostitution d'autrui" (NDLR : contrairement aux 6 mois avec sursis que nous avons mentionnés par erreur, en raison d'un quiproquo avec le premier policier, dans la première version de l'article).
Jules Bénard
Lu 10012 fois




1.Posté par jean claude le 27/04/2019 10:53

il a joint l utile a l'agréable et lorsqu'il va ramasser sa savonette ca va lui piquer aux yeux

En meme temps bravo aux courageux qui vont combler ce vide

2.Posté par gros pois du Cap le 27/04/2019 14:41

Ah ah! Le vendeur de chaire humaine au gnouf! Mais ses " dalones" n'ont pas été bien punies même si elles faisaient aussi faire des tours de manèges aux clients.. AH AH! FOUTEZMOI tout ça dans l''avion, retour à la grande île! Nana suffisamment de bons enfants chez nous pour se débrouiller autrement conseils des gilets jaunes.
Allez, nous artrouve!

3.Posté par Laurent le 27/04/2019 15:11 (depuis mobile)

Excellent article

4.Posté par MORT le 27/04/2019 20:29

Pour si peu lui faire tant d'histoire c'est ridicule
Si on ne peut plus joindre l'utile à l'agréable mais où va t on ?

5.Posté par Jules Bénard le 28/04/2019 13:31

à posté 4 "MORT" :

Y'a pas d'mal à s'faire du bien, hein ?

6.Posté par Jules Bénard le 28/04/2019 13:33

à posté 1 "Jean-Claude" :

Votre sens de l'humour est redoutable, l'ami. Parole d'auteur !
Vous maniez la litote et l'ironie avec aisance.
Vous devriez écrire plus souvent.

7.Posté par Juge de bas étage le 28/04/2019 14:13 (depuis mobile)

Fraude au allocations social,travail au noir, exportations de milliers d'euros a l'étranger,ect ect...Que du sursis ??pas d'amende ???du Grand n'importe quoi ..

8.Posté par Yann TOUBON le 29/04/2019 16:25

Monsieur Bénard, je ne sais pas si vous avez assisté à ce procès mais si tel était le cas, allez vite chez Audika pour faire changer les piles de vos prothèses auditives. Apparemment cette audience vous a procuré une joie non dissimulée à en juger par la verve que vous avez déployée dans votre article. Ce dernier est néanmoins inexact dans sa relation aux faits, un comble pour un ancien journaliste! Votre humour que vous pensez caustique et digne d’un Frédéric Dard ou d’un Auguste Le Breton n’a pas été unanimement apprécié et tombe à plat pour l’intéressé que je suis. A vouloir trop faire le malin on fini par y perdre son latin Monsieur Bénard. Vous avez écrit le 27/04/2019

« Ni une ni deux, Rangila saute sur l’occasion comme la misère sur le bas-clergé breton au 19è siècle: "Yann m’a fait croire qu’il était le mari de Natacha. Entre un mari policier et une épouse prostituée, ça je l’ai jamais vu", comme disait Graeme Allwright. Et d’ajouter: "En tout cas, moi je veux sortir vite!" épouse prostituée, ça je l’ai jamais vu", comme disait Graeme Allwright. Et d’ajouter: "En tout cas, moi je veux sortir vite!".

De façon tout à fait étonnante, ce paragraphe magistrale et haut en couleur n’apparaît plus le 29/04/2019, on pourrait croire que ce passage épique n’est que pure invention et n’a jamais existé que dans mon esprit si je n’avais pas réalisé une capture d’écran. Du coup votre article perd un peu de sa saveur, permettez moi de vous le dire. Monsieur quand vous couvrez un procès et que vous en rapportez la substance, faites le correctement auquel cas vous pourriez vous aussi vous trouvez en tant que prévenu pour répondre aux diffamations proférées par votre plume qui franchement, de mon point de vue, n’a rien de bien talentueuse comparée à celles des auteurs cités supra.

9.Posté par Jules Bénard le 29/04/2019 17:52

à M. Toubon :

Personne ne vous oblige à aimer mon style, que je sache ?

10.Posté par jean jouhis le 29/04/2019 16:12

sacré benard.. des que ça parle de Q il chauffe le boug. ça chatouille grave hein..

11.Posté par jean jouhis le 29/04/2019 16:17

@Yann Toubon
de fait notre benard est un jouissent né qui aurait pu réussir ds le cinéma si ... MDR
ça le chatouille ça le gratouille ça lui donne des idées.. même en plein jugement.
a se demander s il n a pas instrumentalisé notre Natacha pour ouvrir un complot..
mais à l a fin notre julot fait ds son benard..

12.Posté par jean jouhis le 29/04/2019 16:19

@ jules
y'a pas dmal à sfaire du bien hein mon gars

13.Posté par jean jouhis le 29/04/2019 16:21

a jules
à priori ton .. style.. ne plaît qua dupuy974.. vous couchez pour être publié ?

14.Posté par Professeur Komunistov le 29/04/2019 19:31

Attention M. Bénard faut pas confondre du vieux poulet fleur bleue victime de son grand cœur et du vulgaire julot casse croûte et autres maquereaux....c'est que c'est très pointilleux sur leur "honneur" ces bestioles là !??


Sait on si ces braves policiers exercent toujours....ou s'ils ont été renvoyés de la fonction publique maintenant qu'ils ont été condamnés ?

15.Posté par Professeur Komunistov le 29/04/2019 19:39

Tiens donc, en voilà un article qu'il lé bien écrit !.


https://www.liberation.fr/france-archive/1997/08/08/j-ai-ete-victime-du-prejuge-racialagresse-en-avril-dernier-le-policier-yann-toubon-maintient-ses-acc_213464

16.Posté par bonjour le 29/04/2019 18:57

Et ben un musulman en plus sérié lo zaffair

17.Posté par imam le 29/04/2019 18:58

Domenjod c’est cool ! 👍

18.Posté par Yann TOUBON le 30/04/2019 12:58

Réponse au commentaire N°9 de Jules Bénard posté le 29/04/2019 à 17h52.

Tout à fait d'accord avec votre remarque. Sachez cependant que votre article m'aurait laissé de marbre si je n'avais pas relevé des erreurs factuelles très regrettables me concernant au premier chef. Il me semble que vous étiez présent lors de ce procès pour faire une pige et pas pour laisser libre cours à votre imagination débordante avec cette envie, que je vous sens, tenaillée au corps de faire de l'esprit au dépens de la vérité judiciaire.Moi j'étais là pour défendre mon honneur professionnel dont je me suis jamais départi au cours de mes 31 ans de service dans la police nationale et mes trois années sous les drapeaux, pour m'éviter également de perdre ma liberté et éventuellement de subir un préjudice financier qui pouvait m'acculer à la ruine en cas d'amende extravagante si j'avais été reconnu coupable des faits pour lesquels j'étais poursuivi depuis 15 mois. J'étais serein sachant ce que j'avais fait et que le dossier était vide malgré l'abnégation d'un juge d'instruction qui m'est apparu partisan dans cette affaire mais j'avais conscience qu'il est aussi toujours difficile de démontrer ce que l'on a pas fait , raison pour laquelle je nourrissais malgré tout une appréhension en ce jour particulier où tout se jouait. Richelieu disait "Qu'on me donne 6 lignes écrites de la main du plus honnête homme, j'y trouverai de quoi le faire pendre". J'en étais là de mes relations avec ce juge d'instruction. Maintenant le cauchemar est fini, c'est derrière moi, je pars en retraite la tête haute, j'ai conservé l'amour et la confiance de ma famille malgré cette épreuve très éprouvante.

Sans rancune, l'article a été modifié, le passage plus que litigieux a été retiré, les peines indiquées dans l'article sont conformes à celles prononcées par les magistrats. C'est tout ce qui m'importe.

19.Posté par Yann TOUBON le 30/04/2019 23:03

A Professeur Komunistov commentaire 14 et 15 posté le 30/04/2019 à 19h43

Vous avez exhumé un article vieux de 22 ans, c'est bien! Je vous félicite pour votre travail d'archiviste en herbe. Cherchez mieux il y'en a d'autres encore et des plus croustillants que cette affaire guyanaise. Pour répondre à votre question, je crains que vous soyez déçu, les policiers auxquels il est fait allusion dans l'article n'ont pas été renvoyés de la fonction publique. J'espère ne pas vous arracher un cri de douleur devant tant d'injustice En revanche pour poser une question aussi crétine malgré un pseudo qui fait de vous un professeur donc un sachant il faut ne pas avoir lu les articles, ce qui ne m'étonne guère. C'est toujours la même chose avec ceux qui prétendent savoir, ils parlent et ils parlent et malgré leur diarrhée verbale, il est constaté qu'en règle générale ils ne maîtrisent pas les sujets. Vous faites comment pour renvoyer de la fonction publique un ancien policier à la retraite? Ensuite petit cours de droit pour les nuls à votre intention : pour ceux qui se sont vus infliger une peine de prison qu'elle soit ferme ou assorti d'un sursis, ils ont encore la possibilité d’interjeter appel dans les délais impartis de cette condamnation dite de première instance, ce qui implique deux choses

si c'est effectivement le cas :

1- la condamnation n'est pas définitive

2- La personne est donc toujours considérée comme innocente (présomption d'innocence oblige) et cela jusqu'à épuisement de toutes les voies de recours . C'est la loi Monsieur le professeur Popov, elle est ainsi faite en France. D'autres questions?

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