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Courrier des lecteurs

Le marché de la vieillesse : SOS EHPAD


Par Shantal Hoarau  - Publié le Samedi 11 Avril 2020 à 09:21 | Lu 733 fois

Le marché de la vieillesse : SOS EHPAD

Ces derniers jours ont révélé la vraie situation et l’extrême fragilité des personnes âgées qui résident dans les EHPAD.
Cette situation est celle de la maltraitance ordinaire , du scandale humanitaire qui sont peu connus du grand public.

Le COVID 19 agit à ce titre comme un révélateur de ces situations de grande détresse, où les malades, pour la plupart abandonnés de leurs proches, sont totalement livrés à une institution qui est le scandale de la France, celui de la Réunion, celui de tous les responsables en exercice. 
Notons dans un même temps que le personnel soignant exerce sans masque, sans test de dépistage, sans matériel (du moins dans les premières semaines de confinement).
Pire à ce jour : dans la majorité des cas, les repas eux-mêmes sont désormais pris dans les chambres, ce qui prive de ce fait les résidents de contact avec les autres pensionnaires.

Ce faisant, c’est à des formes de grande dépression et de dépérissement, tant psychologique que physique, que l’on expose ces personnes, déjà privées depuis plus de deux semaines des visites de leurs proches, qui restent souvent le seul lien qui les relie à leur passé, à leur identité, à un geste d'humanité .

Le plus grave concerne les résidents atteints de la maladie d’Alzheimer ou d'une forme de sénilité voisine.
Etre atteint d'Alzheimer et grabataire (paralysie) aujourd'hui en EHPAD est synonyme dans ce contexte d'abandon et souvent de maltraitance. Puisque privés des visites familiales qui, au delà de retarder la dégradation des processus cognitifs, et par conséquent la dégénérescence, aidaient à leur quotidien bouleversant, dont voici l'envers du tableau:
- manque de personnel, 3 pour une trentaine de malades
- gestion catastrophique de ce même personnel : des remplaçants pour le week-end alors que les malades sont en pleine décompensation
- des contrats précaires sans une véritable évaluation du personnel. 
Un personnel souvent en détresse lorsque la précaution sanitaire voudrait que l'on tienne les malades d’Alzheimer encore valides enfermés – comme d’autres types de résidents – dans leur chambre pour leur interdire toute déambulation, ou accepter que leur liberté de mouvements soient cadrés, anticipés … par quels moyens ?
On peut imaginer le pire, des malades enfermés, sous sédatifs, sous contrainte physique ?
Entre la protection collective et le respect des malades, la loi des EHPAD que je vois au quotidien à l'œuvre, est celle du déni de la dignité, de l'oubli violent des hommes et des femmes (nos parents) qui leur sont confiés, vulnérables et tremblants comme des enfants. 

Continuons la visite :
- personnel manquant, matériel manquant, vieillesse à l'agonie.
La tristesse est palpable, les corps et les cœurs sont meurtris, les visages résignés et certains regards déjà ailleurs... des regards qui pleurent, des regards qui quémandent.
C'est la routine d’une journée ordinaire en EHPAD entre l'insuffisance des soins, d'accompagnement, l'absence d'attentions et de bienveillance pour atteindre des objectifs de rentabilité et de gros sous, dans une précarité organisée dans ces constats :
- absence de relation avec les familles
- absence de procédure de signalement des incidents.
- absence totale d'harmonisation entre le personnel et l'administration
- une couche par malade dans les mauvais jours... des soins bâclés ...
- une toilette réduite, au lieu du chariot douche prévu au moins une fois semaine
- des menus au plus bas coût : collation à 4h, un verre d'eau gélifié parfois aromatisé (sirop), un Clinutren
- repas du même bas de gamme donné à la hâte, par un personnel stressé, ayant pour certains perdus leur humanité... les restes de nourriture restent souvent sur les visages des malades, on retrouve les mêmes pâtés sur les fauteuils roulants. La bonté et l'intimité de ce geste : nourrir, se réduit à en finir, sans l'accompagnent d'un regard et la tendresse attendue pour ceux qui ne peuvent plus demander
- la dénutrition est sévère, ceux qui ne mangent pas assez vite, ne sont pas re -sollicités
- la salle à manger est vide d'espoir, à l'image des repas gris et fades
- les résidents ayant mangé vont attendre, les corps affaissés, les membres douloureux que l'équipe restreinte les ramène en chambre... là encore, attentes sans mot, sans un geste sur l'épaule, pour la mise au lit dans des pratiques parfois irrecevables... alors que nous sommes dans un contexte d'accueil de personnes âgées et dépendantes.
C'est le scandale quotidien de la loi du profit au mépris du droit au service public, du droit à la dignité, pourtant punaisé sur un mur oublié dans une chartre qui ne préserve personne tant elle est bafouée... par le gâchis de toutes ses vies désorientées, trébuchantes, en survie, à pleurer.

Maintes fois, en m'occupant de ma mère (tous les jours), j'ai aidé Léon à tenir debout jusqu'à la salle à manger, j'ai consolé Germaine qui hurle sans s'arrêter "madame siouplait Madame " dans sa solitude, j'ai donné à boire à Mireille, affaissée sur un coin du lit, toujours dans la même position, en attendant qu'un personnel fasse ce geste.
J'ai accompagné, Auguste désorienté dans le couloir vers sa chambre, je vois en même temps Monsieur Théo se hisser mètre par mètre, aux barres d'appui du couloir pour se déplacer.
Yvonne, dont les vêtements sont de travers, attend aux portes de l'ascenseur que son fils vienne la chercher.

Que dire de l'hygiène bâclée où l'on retrouve après les changes, des selles sur les bordures du lit. Les ongles noirs de nos parents qui ont tenté d'arracher une couche trop pleine. 
Nos cœurs sont lourds en franchissant la porte de la chambre. La culpabilité (la notre), la souffrance, et l'abandon, sont les compagnons de vie de ma mère, de nos mères, dans une odeur de négligence et de mauvais soins.
Les portes de ces EHPAD se sont aujourd'hui refermées, avec nos malades dépendants, sans transmission de l'organisation prévue des soins dans cette urgence sanitaire.
Des tests pour les malades ? Le personnel soignant ?
Nous exigeons des réponses de ceux qui assurent la sécurité des personnes (le préfet , l'ARS , les administrateurs de ces établissements). 
Pour finir le coût d'un placement en EPHAD : 3200 euros (financés en partie par le Département).

C'est le prix de vies gâchées, malmenées, bouleversantes pour ceux et celles qui finissent dans ces lieux, leur dernier voyage.
À ma mère Mélanie, 

Shantal Hoarau 




1.Posté par louaisel le 11/04/2020 10:33

N est ce pas 2 ans d esperqwnce de vie dans les EHPADS. Si on aime son vie il ne faut surtout pas le mettre en EHPAD et le gqrder chew soi en l entourqnt d attention

2.Posté par Ti Tangue zilé zone le 11/04/2020 10:58 (depuis mobile)

Seule solution formation des RSA (patentés) à ce métier et quatre demi journées semaines ...obligatoires pour épauler le personnel de ces établissements

3.Posté par polo974 le 11/04/2020 20:45

témoignage poignant.

on est vraiment des salauds...

4.Posté par Didier le 12/04/2020 09:42

Ma maman de 80 ans épuisée de s’être occupée de son mari atteint d’alzeimer à été placée en urgence psychiatrique moi même qui venait d’être opéré à coeur ouvert peu avant je n’ai pas pu m’occuper de lui il a donc été placé en ehpad . Dix jours après il était mort ! Le personnel débordé mais aussi résigné il faut dire la vérité ne la pas hydraté suffisamment il ne savait plus quand il fallait boire ayant perdu cette notion essentielle, une semaine plus tard tous ses organes lâchaient et après deux jours en réanimation il mourrait. Alors que ma maman s’en occupait depuis 5 ans ! Bref un mouroir ordinaire et une vie perdue dans l’indifférence. Société de merde qui écarte ses anciens trop onéreux. C’est quoi le mal ah oui le pognon, merde même la survie de nos parents de nos grands-parents est abandonnée, comme nos emplois, comme nos médicaments . Marre de ce monde néolibéral de merde ou seul le pognon compte, ou on laisseà la rue une vieille dame sdf de 88 ans vu dans un reportage récent sur tf1. J’accuse !

5.Posté par Kayam le 12/04/2020 12:59

Je ne ferai pas un long discours. Sans vous juger, vous dites bien de vous sentir coupable.

On s'est toujours dit : sak nana encore moman y fé pa in compte, sak na pi y rode.

6.Posté par Janus le 15/04/2020 07:13

Cette situation dans les EHPAD n'est pas une nouveauté, malheureusement ...

Le COVID19 n'a fait qu'accélérer la mortalité dans ces établissements, mais cela fait des décennies que ce scandale sanitaire et humain existe, dans l'indifférence la plus totale ...

La canicule en 2003 avait mis en lumière ces dysfonctionnements ... Plus 1300 morts tous les jours du mois d'août 2003 ... Beaucoup plus que le covid19 ...

Au sortir de cette canicule, tout le monde s'était dit : " Plus jamais çà " ...
Tout le monde s'était promis de mettre à la disposition des EHPAD, entre autres, plus de moyens humains et matériels, afin de permettre à nos anciens d'avoir une fin de vie digne et heureuse ...

Comme à l'habitude, cela a été une suite de promesses et d'engagements non tenus ...

A La REUNION, le Conseil Départemental expliquait à l'époque, en 2005, qu'un soignant ou aide-soignant pour 10 résidents cela suffisait amplement, et refusait de payer pour plus de moyens ...

Imaginez une seule personne pour faire les soins et la toilette de 10 personnes âgées le matin ... En commençant à 6H, et en consacrant une demi-heure à chacune d'entre elles, elle terminait à 11H ... Juste 5 minutes pour souffler et cette personne enclenchait la suite de ses missions pour le déjeuner de ses 10 résidents ...

Une mission impossible ... Et j'ai vu le personnel de l'EHPAD ne consacrer que 10 minutes à chacun des résidents pour ces missions ... Malgré leur dévouement, malgré leur professionnalisme, ils ne pouvaient faire autrement ... Et dans cet EHPAD de SAINT-DENIS qui accueillait 80 résidents, il y avait un décès chaque semaine ... Faute de soins suffisants, certainement ...

Aujourd'hui, ces mêmes élus qui étaient aux responsabilité à cette époque ... Ces mêmes élus qui se moquaient de ces anciens qui ne leur rapportaient rien ... Ces mêmes élus crient avec les loups pour demander plus de moyens dans les EHPAD ...

Une vraie honte ... Mais il paraît que nous avons les élus que nous méritons ...

7.Posté par kaloupillé le 15/04/2020 13:57

Le Préfet de L' île de la Réunion lui qui est Responsables que Pense t'il si sa Maman ou son Papa ou l' une de sa Famille serait enfermés dans cette EHPAD ? et LADOUCETTE Que fait t- elle ? C 'est des Personnes qui Devraient Dégagés le plus Rapidement de L' île de la Réunion et les Maires sont t- il Incapables de Réagir ? alors il faut absolument de ne plus les Payer car ils ne méritent pas d' avoir un Salaire Confortable sur la Misère du Monde alors Dehors sans Indemnités il faut que ces Gens qui ne sont pas responsables c'est de les mettre Hors Circuit et leur donner que le SMIC ....à bon entendeur !!!

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