Courrier des lecteurs

Le journal de Paul Hoarau : "L'Europe nous force"

Vendredi 19 Janvier 2018 - 15:49

Le discours du doyen de l'assemblée départementale, le 18 décembre dernier, pour l'élection du nouveau Président de la collectivité, était riche d'évocations et de propositions. J'en ai extrait, pour ce "Journal", la phrase suivante : "L'Europe nous force à nous ouvrir sur notre environnement".


Le journal de Paul Hoarau : "L'Europe nous force"
Cette phrase, comme l'ensemble du discours, n'a pas retenu l'attention de l'auditoire ni celle de la presse (l'intérêt était ailleurs). Elle révèle trois postures des « fondamentaux » qui inspirent nos politiciens locaux d'aujourd'hui : la soumission bon gré, mal gré, à l'autorité supérieure reconnue (l’État, l'Europe) ; la non-reconnaissance de toute initiative locale, même aboutie ; un aveuglement
logique concernant l'Indianocéanie (notre environnement le plus proche).

"L'Europe nous force à nous ouvrir sur notre environnement". L'orateur ne semble pas d'accord (l'Europe "le force"), mais il se soumet à l'autorité parce qu'il est Européen.

L'ouverture des départements d'outre-mer sur leur environnement n'est pas venue, au départ, d'une volonté de l'Europe ou de l’État français. Elle a été le résultat d'un travail d'origine locale. Ayant participé, modestement, au changement de la politique nationale et européenne qui était, auparavant, à l'isolement de notre département dans son environnement, je sais de quoi je
parle. Ce n'est pas l'Europe ni l’État français qui ont forcé.

Le nom "Indianocéanie" est du poète mauricien Camille de Rauville ; je suis un militant de la communauté indianocéanienne au sein de laquelle est intégrée La Réunion à part entière ; Jean-Claude de L'Estrac, Mauricien, a fait avancer le projet concrètement ; il a fait nommer l'Indianocéanie, officiellement, par les chefs d'Etats de la Commission de l'Océan Indien, en 2015.

Cette année, sous la conduite de M. Hamada Madi, Comorien, nous verrons la naissance de « la communauté indianocéanienne » et sa reconnaissance internationale.

Ce travail que NOUS avons fait, n'est pas reconnu par les politiciens locaux. Même s'il a abouti, nous n'avons pas droit à
cette reconnaissance. C'est l'autorité supérieure, seule, qui a fait ce qui s'est fait. NOUS, ici, nous n'existons pas, ne devons pas exister. Telle est la posture des politiciens locaux.

L'aveuglement sur l'importance, la nécessité, l'obligation, pour La Réunion et pour toutes nos îles , de construire la communauté indianocéanienne, est évident à travers la petite phrase du doyen de l'assemblée départementale, le 18 décembre dernier.

Cet aveuglement s'inscrit dans la logique des fondamentaux qui inspirent les politiciens locaux. Elle se résume en quelques mots : irresponsabilité, maintien du système actuel, rattrapage.

L'irresponsabilité permet le maintien du système actuel. Et le système actuel empêche tout développement durable. C'est Paris (ou Bruxelles) qui décide et qui commande. Pas nous, élus locaux. Si la décision de Paris (ou de Bruxelles) ne nous plaît pas, nous ne la discutons pas, nous ne négocions pas, nous protestons, nous boycottons. Si elle nous plaît, si elle correspond à ce que nous, élus locaux, nous voulons, alors, ça marche !

Que voulons-nous, nous, élus locaux ? Nous voulons que Paris (ou Bruxelles) paye. Qu'il nous donne de l'argent que nous distribuerons, nous, à des entreprises et à des individus sous forme de subvention, d'aides, de salaires. C'est ainsi que nous tiendrons des électeurs qui voteront pour nous.

Le développement économique ? Balivernes ! Le but c'est "le rattrapage" : le niveau et le cadre de vie, le modèle de consommation, le standing doivent être ici comme en France. L'économie locale ne peut pas payer ce rattrapage. Dans ces conditions, c'est à l’État et à l'Europe, de payer. Ce qui est important, c'est l'argent du rattrapage.

L'Indianocéanie, c'est l'espace qui permettra un développement des îles qui en font partie, dont la nôtre ; qui leur permettra de se constituer un socle pouvant assurer leur autonomie économique de base. Une partie des ressources provenant "des continents des origines" devrait être investie dans le développement d'une production de richesses indianocéaniennes durables.

Nos politiciens locaux ne sont pas dans cette logique. Pour eux, le développement de La Réunion, c'est le rattrapage, et le rattrapage, c'est à l’État et à l'Europe de le payer, et à eux (les politiciens locaux) de gérer l'argent. Une gestion politicienne, une gestion
électoraliste.

C'est ainsi qu'ils pourront se permettre de casser un secteur économique qui marche parce que ses promoteurs ne sont pas de leur bord politique ; qu'ils arrêteront des projets, pour la même raison. L'argent du rattrapage nous suffit, point n'est besoin de l'Indianocéanie.

Changer le système, sera de remplacer progressivement le rattrapage par perfusion de transferts nationaux ou européens gérés par les politiciens, par le rattrapage par production de richesses propres, gérée par les acteurs économiques, dans le cadre d'une politique bien définie d'investissement.

Pour cela il faudra changer les fondamentaux et la gouvernance politique à La Réunion, et ouvrir l'espace indianocéanien, sans, pour autant, devoir sortir de la République française et nous séparer de la Nation.


Paul Hoarau
Paul Hoarau
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