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Le directeur de l’école d'art contestera sa suspension devant le tribunal

Mardi 1 Octobre 2013 - 07:28

Presque deux semaines après avoir été suspendu à titre conservatoire du conseil d'administration, le directeur de l'Ecole Supérieure d'Art de la Réunion défend une nouvelle fois son honneur. Dans un droit de réponse adressé à notre rédaction, Thomas Kocek prend le recul nécessaire pour retracer la "mutation" dans laquelle s'est engagée l'école en très peu de temps. Enfin, il porte à la connaissance du conseil d'administration de l'ESA son intention de lancer une procédure contestant sa mise à l'écart devant le Tribunal Administratif. Son droit de réponse :


Le directeur de l’école d'art contestera sa suspension devant le tribunal
L’apaisement du climat au sein de l’École Supérieure d’Art de La Réunion et la reprise du rythme régulier des enseignements par les étudiants m’importe bien plus que la défense de mon intégrité professionnelle émaillée par plus de vingt ans d’expériences intenses. Je ne peux néanmoins laisser passer sous silence des propos et accusations à mon égard qui semblent continuer à alimenter une polémique médiatique, sui generis en quelque sorte, malgré ma retenue verbale gardée depuis le 18 septembre dernier.

Suspendu à titre conservatoire et enjoint à restreindre ma liberté de parole, je me servirai ici comme canevas à mon droit de réponse du rapport rédigé par la tutelle pédagogique des établissements publics d’enseignement supérieur artistique français, rendu public récemment (toutes les citations du rapport sont en italique dans le texte).

L’évaluation de l’École Supérieure d’Art de La Réunion, à l’origine du rapport, avait pour finalité d’effectuer un bilan de son fonctionnement « en plein milieu de la première année de son fonctionnement « normal » (2012 – 2013) ».
J’ai été missionné en septembre 2011 pour parachever une transition administrative lourde de l’ESA Réunion. Or, « une telle mutation ne peut bien évidemment pas se réaliser en si peu de temps ». Mon rôle était de mettre en place une nouvelle politique que seul un établissement public de ce type pouvait  développer territorialement avec efficience.

L’essor de développement de collaborations régionales dont l’ESA Réunion a bénéficié depuis deux ans, conventions signées ainsi que de nombreuses actions réalisées dans la continuité des efforts accomplis par la direction précédente, confirme les avantages de ce statut administratif.

Un seul échec collaboratif local revient à mon esprit. A peine quelques mois après mon installation, l’ILOI (Institut de l’Image de l’Océan Indien) a saisi le Tribunal Administratif de Saint Denis afin d’obtenir l’exécution par l’ESA Réunion d’une convention-cadre signée en 2009. La décision du 4 juillet 2012 du juge a été le rejet de la requête de l’ILOI visant à enjoindre l’ESA Réunion d’organiser des épreuves  de DNAP « Communication » pour les stagiaires de l’Institut. Conscient de la faiblesse d’adossement socio-professionnel de mon établissement, j’ai saisi l’évaluateur afin de proposer immédiatement au président de l’ILOI et directeur-fondateur de l’école un nouveau document contractuel pluriannuel bilatéral construit conformément aux textes et dans l’intérêt commun des deux structures d’enseignement. Or, on regrettera « que l’ancien directeur de l’ESBAR et actuel président de l’ILOI n’ait pas souhaité répondre à nos invitations réitérées. »

Une réaffirmation de La Réunion en tant que territoire européen ancré culturellement et économiquement dans l’Océan Indien a guidée les partenariats internationaux. Le rayonnement de l’ESA Réunion ne peut que s’appuyer sur une coopération durable avec l’Espace Européen. Cette coopération ne peut qu’être une base bénéfique et solide aux échanges avec les pays de la zone. C’est bien cette conception de notre île, « plaque tournante régionale » de l’enseignement artistique supérieur, que j’ai défendue à travers la signature de la charte Erasmus, aujourd’hui effective et à travers des liens conventionnés avec l’Afrique du Sud, l’Ile Maurice et l’Inde. J’ai explicité cette position dans deux notes stratégiques présentées aux Conseils d’Administration en novembre 2011 et en mars 2012 ainsi que dans « l’Offre globale de l’enseignement de l’ESA Réunion 2013 – 2015 », préfiguration du projet d’établissement.

Mes responsabilités de directeur et ordonnateur de l’établissement public m’ont astreint souvent à assumer seul des décisions relatives au fonctionnement général de la structure et m’ont amené notamment à organiser des jurys de recrutement ou à désigner leurs membres conformément à mes attributions légales prévues par les textes.

Quant aux décisions financières, concertées systématiquement avec le Conseil d’Administration, il est absurde de penser qu’elles puissent relever de mes préférences personnelles ou de ma cupidité. Je fais en cette matière entièrement confiance à Monsieur le Payeur Régional et, par là même, le comptable public de l’établissement qui aurait bloqué immédiatement toute dépense indue ou suspecte.

En revanche, même un directeur d’établissement public ne peut se passer d’un Conseil d’Administration présidé, selon les préconisations du législateur, par une personnalité issue de la société civile et prête à délibérer avec l’ensemble des administrateurs des orientations générales de la politique de l’établissement, notamment de l’organisation structurelle de l’établissement et de la politique de formation (cf. Statuts de l’EPCC de l’École Supérieure d’Art de La Réunion).

En novembre 2012 déjà il apparaissait « incontournable que les partenaires s’entendent réellement et durablement sur le bien fondé de l’évolution de la structure et dirigent leurs énergies vers un avenir en construction. »

Or, de Juillet 2012, date du départ pour des convenances personnelles de Mr Luis Santos président du Conseil d’Administration, à l’élection unanime de Mr Gérard d’Abbadie en Avril 2013, la poursuite d’objectifs stratégiques et la construction progressive de la politique de l’école se sont fait en absence de présidence au sein du Conseil d’Administration, voire pendant une période où la Ville du Port a « émis le souhait de quitter le Conseil d’Administration de l’EPCC (…) avec d’excellentes raisons relatives à un positionnement qu’elle avait du mal à trouver au sein d’une réorganisation qu’elle ne maîtrisait pas ».

Rappelons au passage que le Conseil Général de La Réunion, compté parmi les membres fondateurs de l’établissement et même s’il intervient au Conseil d’Administration avec voix délibérative n’est plus financeur de l’école depuis au moins le changement de son statut.   

Par ailleurs, l’année 2011 avait été marquée par un surcoût de fonctionnement et notamment une augmentation significative de la masse salariale dû au passage en EPCC et la participation de l’école à la biennale des Arts Actuels. La période des premiers six mois (de janvier à juillet 2011) a été assurée financièrement par l’association Antigone (ex-ESBAR). Ainsi, l’ESA Réunion devait, à mon arrivée en septembre 2011, rembourser un montant de 460 558 euros à Antigone. Les impayés de mon établissement, atteignant des sommets vertigineux à cette époque, auraient été contournables, si les subventions du plus grand partenaire financier de l’ESA, le Conseil Régional de La Réunion, arrivaient à point nommé sur le plan du calendrier, celle-ci pourrait éviter les problèmes de trésorerie (…) ainsi que les tensions bien compréhensibles liés aux difficultés de paiement des salaires de l’ensemble des personnels ».

L’ESA semble bénéficier d’un budget adéquat aux missions qu’elle remplit auprès de ses étudiants. « Il apparaît toutefois clairement que l’équipe pédagogique en interne (…) n’est pas suffisante pour l’accomplissement des misions d’enseignement supérieur de l’établissement ».

Sur le plan de la pédagogie, « la progressivité des enseignements ainsi que la structuration pédagogique, si elle est opérante en premier cycle, n’est plus évidente en deuxième cycle ». Or, les responsabilités de coordination et d’encadrement du cycle « projet » n’ont pas été changées depuis le passage de l’association à l’EPCC.

« L’analyse du fonctionnement de l’ESA Réunion pourrait bien laisser penser que les difficultés que rencontre la structure dans sa mutation actuelle trouvent une résonnance, voire leur origine, dans l’absence d’achèvement de sa mutation précédente. »

« La direction (…) semble être (…) mise en cause (…) malgré les transformations qu’elle a mises en œuvre au sein de l’école et qui sont déjà effectives. Il faut certainement un peu de temps à l’ensemble des équipes pour constater les effets positifs de ces évolutions. »

« Or, ce sont bien toujours les étudiants qui finissent par pâtir de ce type de situation, quand ils ne sont pas indirectement instrumentalisés par un parti ou par un autre. »

Pour une école d'art, le passage du statut privé et local d’une association à celui d’un établissement public régional s’apparente à une vraie révolution. Mais la transformation s'est accomplie et à la veille de la grève-éclair, tout était en ordre au sein de l'ESA Réunion pour parfaire son évolution.

Mon sort professionnel semble être lié à la réunion du Conseil d’Administration du 8 octobre prochain. Mais, il ne faut pas perdre de vue que l’EPCC est une nécessité législative incontournable dans le processus de réforme européenne LMD des écoles d’art en France. « A ceux qui revendiqueraient un passé plus florissant, on pourrait facilement répondre que l’école revient de loin ».

Face à ces constats, j’estime que la décision de me suspendre à titre conservatoire n’est pas justifiée. J’ai donc saisi mon conseil juridique afin de lancer une procédure légale devant le Tribunal Administratif de Saint Denis à l’encontre de cette décision. La requête sera déposée dans la semaine.

Par ailleurs, suite à l’article « ESA Réunion : Réponse au collectif Alerte rouge »  paru aux Zinfos974 le 28 Septembre 2013 et qui m’a mis directement en cause, je me réserve également le droit de lancer une action en justice à l’encontre des auteurs de ce texte.   

Thomas KOCEK

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En italique dans le texte : Ministère de la Culture et de la Communication. Direction générale de la création artistique. Inspection de la création artistique. Jérôme DUPIN. École Supérieure d’Art de La Réunion. Novembre 2012 – Mars 2013.
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1.Posté par Papang le 13/10/2013 23:05

Le personnel et les professeurs de l'ESA Réunion dispose de l'ensemble des documents prouvant les manquements au devoir de ce monsieur lorsqu'il était directeur. En saisissant le tribunal administratif Thomas KOCEK risque fort de se griller définitivement. C'est lui qui risque d'être "sézi".

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