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Société

Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab - "La fausse modernité de mon trésor (public)"


Les médias de la Réunion s’en sont fait l’écho : à partir de la fin du mois de juillet 2020, les contribuables de 10 départements-test pourront se rendre dans un bar-tabac-PMU pour y payer, qui une amende, qui sa taxe d’habitation, etc.

Par Mohamed AÏT-AARAB - Publié le Mardi 4 Août 2020 à 10:04 | Lu 1215 fois

Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab - "La fausse modernité de mon trésor (public)"
L’administration fiscale présente ces nouvelles modalités comme une innovation, un grand pas en avant vers la modernité numérique.
En réalité, c’est un grand bond en arrière et une nouvelle phase du “détricotage” du service public. 
 
Rendons-nous à l’évidence : les politiques et les technocrates qui nous gouvernent ne vivent sur la même planète que le citoyen lambda. Le nouveau dispositif baptisé « paiement de proximité » (merci les communicants) a pour but de nous « simplifier l’impôt » (re-merci les communicants). L’usager devra scanner lui-même son QR code avant de procéder au paiement (https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A14190). J’imagine la tête de ma mère (si elle était encore de ce monde) se demandant ce qu’est un QR code, elle dont le seul téléphone portable qu’elle ait jamais eu était un Alcaltel préhistorique.
 
D’autre part, quid du service public rendu par les fonctionnaires des impôts. Le buraliste qui sera en face de vous, malgré toute sa bonne volonté, ne pourra répondre à aucune de vos questions. À chacun son métier, et les vaches seront bien gardées ! 
 
Rendez-nous nos centres des impôts, ouverts tous les jours ouvrables (et non pas sur rendez-vous), avec des agents formés, qualifiés et à notre écoute. Car, ne nous leurrons pas, cette “innovation” n’a qu’un seul objectif : fermer davantage de centres, réduire le nombre de fonctionnaires. La même logique qui a conduit l’hôpital dans le mur est aujourd’hui à l’œuvre  au Trésor Public.     
 
Au service des impôts, comme dans d’autres secteurs, administratifs ou économiques, qui relèvent totalement ou partiellement de l’État, l’usager n’existe plus. Place au client ! Place au consommateur !
 
Or, payer son impôt n’est pas un acte anodin, mais le symbole d’une volonté commune de construire un vivre ensemble fondé notamment sur la solidarité. Dans notre république, le consentement à l’impôt constitue un des socles les plus importants de notre pacte social. Dès 1789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen précisait, dans son article 13, les modalités de la participation financière : « Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. »
 
Étaient ainsi posés les deux principes qui régissent l’imposition à laquelle est soumis chaque Français : 
 
universalité : l’impôt concerne tout le monde ; 
proportionnalité : chacun contribue en fonction de ses moyens, voire ne contribue pas car, pour reprendre la phrase de Rousseau, «  celui qui n’a que le simple nécessaire ne doit rien payer du tout ».
 
En transformant les débits de boissons en collecteurs, les services fiscaux banalisent l’impôt et lui ôtent son sens de contribution citoyenne permettant non seulement « la couverture des charges publiques » (Gaston Jèze, professeur de droit public, 1869-1953), mais également la cohésion sociale. On l’oublie malheureusement trop souvent, mais la France, à chaque grande crise (économique, sanitaire, sociale) a mieux résisté que ses voisins européens grâce à son système de protection sociale. 
 
Avant d’être un levier budgétaire, l’impôt est d’abord un choix politique, lié au contrat social que chaque pays s’est choisi. Même si, dans notre pays, ce contrat est abîmé, comme l’ont prouvé les manifestations des “Gilets jaunes”, il est de notre devoir, du devoir de chaque citoyen de tenter de le retisser.
 
Pour cela, nous devons nous entendre sur les valeurs qui cimentent notre société.  Voulons-nous suivre le modèle néo-libéral états-unien où, aujourd’hui, la dette des étudiants, obligés d’emprunter auprès des banques pour financer leurs études, représente « une condamnation à vie » ? Ou souhaitons-nous bâtir une pays solidaire où se soigner, éduquer ses enfants, prendre soin des plus fragiles, est une préoccupation collective ?
 
Le monde d’après dépend de notre réponse à ces questions.




1.Posté par muppets le 04/08/2020 10:47

Très bien dit, toutefois qui a encore envie de régler des impôts qui vont se perdre au bénéfice de nos élus (qui eux y échappent partiellement) ou pour des projets pharaoniques parfaitement inutiles ?
Pas moi en tous cas.

2.Posté par Remarque le 04/08/2020 14:33

Tout à fait exact, et cela s'est fait au prix d'une dette de 100% du PIB, hors coût de la crise Covid, bien sûr. Et ce service que nous utilisons, et que vous souhaitez voir étendre, nous ne le payons pas mais en laissons la charge à nos enfants... Facile.

3.Posté par Yes ! le 04/08/2020 14:40

Bah, rien de mieux qu'une bonne defiscalisation...

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