Courrier des lecteurs

Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : "Grand Jacques"

Mardi 8 Octobre 2019 - 09:36

Vous me pardonnerez, Monsieur le Président, cet excès initial de familiarité. Mais les quarante années de votre carrière politique (1967-2007) coïncidant avec une bonne partie de ma vie, j’ai le sentiment d’une certaine proximité avec vous.

Mon retard à vous écrire n’est ni un oubli de ma part, ni de l’indifférence à votre endroit. Mais j’ai préféré attendre la dernière danse du bal des hypocrites, tous ceux qui vous ont poignardé dans le dos, vous ont traité de “président fainéant”, mais ont versé une larme devant votre cercueil. Sans doute parce que, comme le dit le poète, « les morts sont tous des braves types » ! Alors pardonnez, Monsieur le Président, à tous ceux qui vous ont offensé. Hier comme aujourd’hui.

Soyons clairs : je n’ai jamais été de votre bord politique. Je n’ai jamais voté ni pour le R.P.R., ni pour tous ses avatars plus ou moins néo-gaullistes. Vos propos à Orléans, en 1991, sur « le bruit et l’odeur » m’ont profondément blessé. Mon histoire personnelle s’est construite sur les valeurs républicaines de méritocratie, de laïcité, de respect d’autrui, de liberté de conscience, toutes valeurs que l’école et mes instituteurs m’avaient inculquées. Et je ne pouvais comprendre, encore moins accepter que vous, petits-fils de hussards noirs de la République, cédiez à la tentation populiste.

Mais j’ai très vite mis ce dérapage verbal sur le compte d’un banquet … républicain généreux et bien arrosé (dans la tradition “rad-soc” cassoulet et vin de Cahors dont, finalement, vous étiez un héritier). 

Car en d’autres circonstances, très exactement trois ans plus tard, vous avez mis en œuvre la maxime de Michel Noir selon laquelle mieux valait perdre les élections que son âme. Au moment des élections régionales de 1998, vous avez refusé toute alliance avec le Front National de Jean-Marie Le Pen, sachant pertinemment qu’au moins trois présidences que détenait votre camp (Aquitaine, Haute-Normandie, Île-de-France) allaient basculer dans celui de la gauche.

Ce même Jean-Marie Le Pen que vous aviez secrètement rencontré à deux reprises, en 1988, en marge de l’élection présidentielle. 
Vous avouerez que l’on a eu parfois du mal à vous suivre. Vos virages idéologiques en ont dérouté plus d’un. Qui était le vrai Jacques Chirac ? Celui qui, en 1983, à Dreux, jugeait « naturelle » l’alliance entre Jean-Pierre Stirbois (F.N.) et Jean Hieaux (R.P.R.) ? Ou celui qui déclarait : « Le racisme, d’où qu’il vienne, est un crime du cœur et de l’esprit. Il abaisse, il salit, il détruit. » ? Le véritable Jacques Chirac était-il adepte d’un travaillisme à la française ou néo-libéral reaganien ? Étiez-vous simplement un pragmatique qui savait s’adapter à une situation politico-économique fluctuante ou un opportuniste qui, après avoir été élu sur une dénonciation de « la fracture sociale », adoptait très vite une politique de rigueur budgétaire ?

« Je vous surprendrai par ma démagogie », auriez-vous confié, un jour, en petit comité. Cynisme ou sincérité excessive ? Tel était votre mystère !     

La popularité qui était la vôtre, après votre retraite politique, a surpris bien des observateurs. Oubliées toutes les affaires qui ont accompagné vos années de présidence ! Comme si toute votre vie publique n’avait été qu’un grand malentendu.

Les Français ont sans doute compris tardivement qui vous étiez réellement lorsqu’ils ont été gouvernés par des incultes ou des technocrates qui avaient des algorithmes à la place du cœur. Vous aimiez profondément les gens, la population, les citoyens. Vos poignées de mains n’étaient pas factices. Vos visites (mémorables) au Salon de l’Agriculture n’étaient pas dictées par un plan com, mais par votre appétit de la vie (appétit, disons… excessif, Monsieur le Président, lorsque vous étiez maire de Paris).

Pour moi, vous resterez avant tout un humaniste. Dans toutes les acceptions du terme. Votre ignorance et votre anti-intellectualisme affichés dissimulaient un grand connaisseur des arts premiers, un amoureux de la culture japonaise, un lecteur attentif du poète Saint-John Perse. 

C’est l’humaniste en vous qui parlait, le 16 juillet 1995, ce jour où l’on commémorait le 53e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv : « Reconnaître les fautes du passé, ne rien occulter des heures sombres de notre histoire, c’est défendre une idée de l’Homme, de sa liberté, de sa dignité. […] La folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français. »

À titre personnel, j’aurais aimé, Monsieur le Président, que votre volontarisme se manifestât tout aussi spontanément à propos de la colonisation, de l’esclavage. Mais vous avez eu le mérité d’instituer, suite à une longue polémique suscitée par l’article 4 de la loi du 23 février 2005, une journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage.

Vos votes favorables à la loi Veil (1975), puis à l’abolition de la peine de mort (1981), votre opposition à l’intervention “bushienne” en Irak, votre réaction indignée dans les rues de Jérusalem-Est, étaient les actes d’un véritable chef d’État, humaniste et conscient de ses responsabilités.

C’est ce visage-là que je conserverai de vous, Monsieur le Président.
Mohamed Aït-Aarab
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1.Posté par Le Jacobin le 08/10/2019 13:27

Ceci étend dit Mohamed, au moment ou il avait toutes les cartes en main il n'a fait aucune réforme du pays,, laissant pourrir le Macchabée dans sa tombe.

Comme le disait son successeur ce fût aussi un Président fainéant au-delà de sa bonhomie, sa proximité avec les gens.

Je me souviens avoir pris dans mon Taxi un journaliste Algérien rue de Rivoli qui sortait de l'Hotel de ville de Paris vers 7h30 du matin, ce journaliste me disait qu'il était basé en Russie.

Alors que la rumeur laissait entendre que que Monsieur le Maire Jacques Chirac allait se présenter pour conquérir l'Elysée, Jacques Chirac avait réuni la presse INTL à l'Hotel de ville pour annoncer la nouvelle à 6 h du matin compte tenu d'un calendrier très serré, à la grande surprise des journalistes jacques Chirac les a reçus en Pyjama en servant lui même le petit déjeuné aux journalistes.

Les journalistes étaient surpris par la simplicité de l'homme et sa chaleur humaine.

Pour le reste Mohamed, il a aussi coupé bien des têtes à son avantage, la trahison en politique est un gage de compétence et de bonne conduite pour atteindre le sommet.

Au revoir Monsieur Le Maire. (mes meilleurs souvenirs)

2.Posté par hum hum le 08/10/2019 16:47

Bof, bof, "les morts sont tous de braves types" G. Brassens.

3.Posté par Janus le 09/10/2019 15:40

Monsieur Mohamed a encore ses "humeurs" ...

Une nouvelle fois un article sans fonds et sans fondement ... De la pure démagogie que de dénigrer Monsieur CHIRAC, pour finir par l'encenser ...

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